LK MINISTÈRE JULES SIMON
« La Chambre, considérant que les manifestations ultramontaines, dont la recrudescence pourrait compromettre la sécurité intérieure et extérieure du pays, constituent une violation flagrante des lois de l'État ;
« Invite le gouvernement, pour réprimer cette agitation anti-palriotique, à user des moyens légaux dont il dis pose (1). »
Cet ordre du jour lut adopté par 346 voix contre 114. Un seul des ministres parmi ceux qui faisaient partie de la Chambre, Decazes, s'abstint de le voter, alléguant que les termes en pourraient offenser une puissance avec laquelle il avait à traiter, la puissance pontificale (2).
;li .. La Chambre. • .•ciivailJ.-J. Weiss quelque temps après. « a mv connu rétal vrai du pavs en déclarant la guerre au clergé, sous prétexte qu'il «e trame dans l'ombre un vaste complot clérical qui menace les libertés et la civilisation intellectuelles de la France. Le cléricalisme sera peut-être un jour un danger; à force de parler du loup on le fait venir Le cléricalisme est jusqu'à présent, dans notre pays, un mot vide de sens. Jamais la liberté et la spéculation scientifique n'a été portée plus loin que chez nous dans ces six dernières années; jamais la science n a joui de plus d'avantages : jamais plus d'indépendance d'esprit na été comblée de plus de faveurs. Ceu.v qui enseignent dans les hautes chaires de I Ktat s'appellent Claude Bernard. Charles Robin, Berthclol. Uenan, Maspéro : ^ont-ce là des anges de leuébres? Récemment encore un arrelr du ininislre de llnslruclion publique appelait à enseigner à titre de prualdocenh dans un édifice de l'Etat, Broca. BertiUon. Hovelacque, Topiuard et avec eux toute la jeune école, nous avons bien envie de dire toute la jeune secte authropologiste et anlhropogèniste. si riciie en esprits studieux et originaux, mais si peu mesurée dans ses hypothèses : est-ce de la persécution contre ceu.x qui pensent librement-^ be^ bourses de vovage sont ann.iellemeul fournies par le Tré.-or public pour entretenir quelques-uns de nos jeunes maitres auprès de l'Université de Berlin c'clà-dire au foyer le plus actif de la philosophie la plus dégagée de tout parti pris dogmatique qui fut jamais : est-ce là le gouvernement du SijUabiiti L'un'des précédents ministères contenait dans son :,ein quatre protestants celui qui vient de tomber deux protestants et un Israélite est-ce là les usurpations du clergé? La Chambre a méconnu les conditions de la liberté et du bon gouvernement lorsque, dans un accès de rolere. cau-é par un article de journal, ni plus ni moins violent que les trois ou quatre mille articles qui ont été écrits en France, de 1815 à 1877. contre les Chambres de toute couleur, elle a appliqué elle-même cette loi de 187b quelle-même avait déclarée caduque et qui. tout à coup, le 16 mai, sest redressé.- contre elle. « (Article du 16 juin 1877. reproduit dans le volume intitulé : Combat co)Ulitulionnel. p. 61 et 62.) ' {il Chambre des députés, séances des 3 et 4 mai 1877.
\ji' iiiinistère avait (loiu; capitule di-vaiit la gauche. Le Maréclial allait-il se prêter à cette capitulation? I']n y consentant, et comme s'il eût voulu l'en rendre solidaire, Jules Simon avait attesté « la respectueuse admiration que lui insipirait cliaquc jour davantage la conduite politique du (dicf de l'Etat ». C'était mal connaître le Maréchal que de le flatter de la sorte. Tandis que l'attitude adoptée par son ministre achevait de lui ôtcr toute confiance, l'éloge qu'il en regut, en un pareil moment, lui répugna. Il voulut le renvoyer le londemain. Broglie, aussitôt appelé, l'en détourna. Il lui représenta que, si la. rupture avec le ministère, et par conséquent un conflit avec la Chambre à qui ce ministère obéissait, étaient devenus inévitables, encore ne fallait-il pas, dans l'intéi'ét de l'Église, comme pour la bonne issue du conflit, qu'il éclatât sur une question religieuse. Mais pour décider son interlocuteur à attendre une autre occasion, il dut lui promettre que, cette occasion survenant, il ne lui ferait pas défaut et serait son homme.
Les conseils de prudence que Broglie avait donnés au Maréchal, il eut à les répéter ensuite à la droite du Sénat. Chesnclong, banni de la Chambre des députés, venait de prendre place parmi nous en qualité de sénateur inamovible. Personnellement visé dans l'invective de Gambetta contre le congrès elles comités catholiques, il était prêt, avec son talent et son ardeur oratoires, à relever le gant. Sur les bancs de la droite et du centre droit, nous nous sentions tous, ou presque tous, atteints avec lui. Nous nous réunîmes en grand nombre rue de Grenelle, dans le vaste appartement de l'un d'entre nous, le baron de Lareinty, pour délibérer sur la conduite à tenir : « Voulez-vous seulement » — nous dit Broglie — « protester à la tribune du Sénat contre une politique funeste? Dès à présent. la protestation est légitime et ne manquera pas d'être éloquente. Mais cela suffit-il? Ne