I.E MINISTÈRE JULES SIMON
ffation de la loi qui déférait aux tribunaux correctionnels la plupart des délits de presse. La publicité des séances des conseils municipaux qui, depuis, a semblé innodensive, effrayait alors les hommes d'ordre; ils voyaient d'avance ces assemblées livrées dans les villa°:es aux disputes violentes et grossières, dans les villes au tumulte révolutionnaire. Laloi sur la presse, dontla g:auche poursuivait l'abrogation, avait été présentée deux ans auparavant par M. bufaurc, après (lue certains acquittements avaient contraint les esprits les plus libéraux dans tous les partis à reconnaître l'incapacité du jury à réprimer les excès des journaux. Sur des questions qui n'étaient aucunement cléricales, le ministère donnait donc de nouveaux et sérieux griefs aux conservateurs (1). Il est vrai que les deux votes n'étaient pas définitifs et que l'opinion, s'habituant aux écarts de la Chambre, ne s'en alarmait "■uère. Le Maréchal n'en crut pas moins venue l'occasion qu'il guettait et, sans plus attendre, il se décida à congédier Jules Simon, en faisant appel au duc de Broglie (2).
(I) Dans son K-cit. hostile à la tentative du Seiic-Mai, M. de Marcère le rcconDait ■« Le 13 mai, on discutait à la Cliambre la loi municipale. et la Chambre vota le principe de la publicité des séances des conseils m.inirinaux. Jules Simon ne prit pas part à la délibération, il n'assistait même pa- à la séance. Le Maréchal attachait un intérêt majeur d ordre public a cette affaire de la publicité des séances des conseils municipaux: le Con<;cil des ministres en avait délibéiè. et on a dit que Jules Siiuon s'était eiiRagé envers le Maréchal à résister sur ce point à la gauche de la Chambre On s'étonne aujourd'hui de ces frayeurs comme si l'on ne connais^ail pa~ limporlance exagérée que les partis donnent a ce qui les occupe La passion grossit tout. Nous-mêmes, membres de la majorité ripublicaiiie lorsqu'en 1883. nous examinions, en . ,jiiiiiiission. la loi municipale du o avril 1884. nous hcsilàmes longtemps à inlioduu-c ce même prin.ipc dans la loi .. Deux jours après, le Ib mai. on discutait a la Chambre un projet relatif à l'abrogation du titre II d une oi votée h 29 sepleinbie 18T5. quelques jours avant la séparation de 1 Assemblée nationale Mon Uieu ! après la longue application de la loi de 1881 sur la nres-^e il y a beaucoup de gens, très libéraux, qui pensent aujourd hui ce auc pensait alors le Mar.chal. La Cliambre avait volé l'abrogation sans que Jules Simon s'y fut opposé. Décidément, dut-il se dire, la société était sans défense... • Le Seizt Mai tl la fin du Septennat, p. 42
et 43.
(2) Chambre des dépulês. séances des 13 et IH mai i877.
Quand Broglie reçut ce nouvel appel, il n'essaya plus de s'y dérober. Il considéra que, s'il refusait une seconde fois son concours, le Maréclial renoncerait à lutter contre le radicalisme et, tenant cette lutte pour nécessaire, il accepta de la soutenir dans une occasion qu'il n'avait pas choisie. Il laissa seulement le Maréchal l'engager sans lui : vis-à-vis ses plus proches amis, il parut ignorer la résolution soudaine prise à l'Elysée avant qu'elle fût exécutée. En réalité, il ne l'avait pas suggérée, et pour le succès de l'entreprise il importait que l'initiative n'en pût être attribuée qu'au chef de l'État.
La nouvelle du congé donné à Jules Simon se répandit parmi les députés dans la matinée du 10 mai, à l'enterrement d'Ernest Picard. C'était un mercredi, jour oij la Chambre ne siégeait pas, où Broglie recevait le soir. Lu journée se passa donc sans explications ni incidents parlementaires; mais le soir je trouvai le salon de la rue Soiférino (1) plus rempli que d'habitude, les uns venant saluer, les autres observer lo pouvoir prêt à surgir. Broglie me prit un instant à part :
« Ayant à former le ministère, j'ai compté sur vous, » me dit-il. L'olfrc ne me séduisait guère et m'effrayait. Je ne cachai pas ce premier mouvement : « Personne, » reprit-il. « ne m'a engagé, plus que vous, à faire ce que je fais aujourd'hui. Vous ne pouvez pas m'abandonnor. » — « C'est vrai, » répondis-je. et je. cessai de reculer. Il m'indiqua rapidement connnent il entendait composer le cabinet; nous échangeâmes, à ce sujet, quelques brèves observations et nous séparâmes. Au milieu des regards fixés sur les mouvements du maître de la maison, des oreilles tendues k ses paroles, l'entretien avait duré seulement quelques minutes; il n'avait pas échappé pourtant à deux de mes amis, l'un avide des confidences de
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