‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 24 sur 38 · LK MIXISTKRE JULES SIMON 31S · texte numérisé non relu

LK MIXISTKRE JULES SIMON 31S

Broglie, l'aulre qui eût souhaité recevoir semblable ouverture. Lorsque je sortis du salon, ils en sortirent avec moi, et jusqu'à ma porte ne me lâchèrent pas dune semelle, cherchant à savoir ce qui m'avait été dit; mais j'évitai de leur répondre, résolu que j'étais à ne rien faire ni pour attirer ni pour écarter le fardeau ([ui nie menaçait. Le lendemain, la journée s'avançait et je commençais à me croire à l'abri, lorsque le général d'Abzac vint me chercher et me conduire à l'Elysée. Là, tandis qu'à Versailles, du haut de la tribune, Gambetta foudroyait les bancs encore vides du ministère absent et que, de minute en minute, le télégraphe transmettait à la Présidence les colères du grand agitateur, ce ministère qui allait se dresser contre lui achevait de se former. II était tel qu'il m'avait été précédemment annoncé. Broglie, qui devait le présider, y devenait garde des sceaux; Decazes y restait aux alFaires étrangères, le général Berlbaut à la guerre: Fourtou v rentrait comme ministre de l'intérieur. (Laillaux comme ministre des finances. Paris était appelé aux travaux publics. Brunet, à l'inslruclion publique, et je reprenais le portefeuille de l'agriculture et du commerce Le sort en était jeté.

En sortant du cabinet du .Maréchal, nous traversâmes ensemble, Broglie et moi, les (Champs-Elysées. C'était l'heure de la promenade au Bois. A l'aspect de la foule aisée, élégante, insoucieuse qui circulait, par un beau .soleil, de r.\rc de triomphe à l'Obélisque : « Ce peuplelà, » me dit Broglie, « serait fait pour un coup d Etat, bien plutôt (|ue pour l'effort que nous allons lui demander. »

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