‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 28 sur 38 · LA VICTOIRE DE GA.MBETTA · texte numérisé non relu

LA VICTOIRE DE GA.MBETTA

Mais aussitôt après lavènornent du parti n'-publicain, l'Exposition avait été résolue et annoncée. Dès lors il fallait qu'elle s'ouvrît et qu'elle réussît. L'n insuccès eût discrédité tout ensemble le gouvernement et la nation; il fallait à tout pri.\ l'éviter. Et d'abord une question se jiosait, non pas seulement devant le ministre liu commerce, mais devant le cabinet tout entier : le commissaire général cboisi par le précédent ministère, ingénieur babile et renommé, M. Krantz, appartenait k la gauche du Sénat; dès le 21 mai, par une lettre publique, il avait adhéré au manifeste que son parti venait de lancer contre nous. Fallait-il le conserver en fonctions? Nous aurions pu le remplacer par plus d'un personnai:e aussi compétent et non moins accrédité que lui : M. Alphand, ])ar exemple, l'auteur des embellissements de Paris ou M Berger, déjà commissaire aux sections étrangères de 1 Exposition (I). Mais le conseil des ministres et le Maréchal, qui avait pris l'affaire à cœur, redoutèrent, s ds la transféraient en d'autres mains, de fournir à nos adversaires un prétexte pour l'entraver et nous en imputer l'échec. Ceux-ci sonnaient déjà l'alarme, annonçaient à la fois, avec la retraite de M. Krant/, celle des |irincipaux exposants et la suspension des travaux préparatoires. Pour couper court à ces mauvais bruits, il fut convenu que le Maréchal visiterait sans délai les chantiers, qu'il serait prescrit au commissaire général de l'v recevoir à la tète de ses subordonnés et, le 24 mai, par une lettre aussitôt publiée, j'annonçai pour le lendemain

( I , J'avais aussi songé à mon ami et colléfiue de département au Sénat. MonlRolâiT. dés ce moment direclfur des Afiéries et Forpes de la marine, f t tiienlôt après président de la chambre de coiiiniprce de Saint-Etienne. Il venait d'attestf r devant le Sénat ■■ la satisfaction que l'acte du Maréchal avait donnée aux intérêts commerciaux et industriels du pays <•. Auparavant il avait été. à l'Assemblée n.itionale, le rapporteur des projets de chemin de fer présentés par Caillaux. alors ministre des travaux publics, et celui-ci, son ancien camarade à l'Ecole polytechnique, appuyait fort un tel choix. Mais, sondé par moi. .Montgoliier avait décliné la candidature.

celle visile en ajoulant que le Maréchal se proposait ainsi do rnellre un terme « aux intrigues de ceux qui prclendaicnt faire échouer l'Exposilion pour satisfaire leurs passions politiques ». La leçon était donnée, sinon h M. Kranlz, du moins à ses amis; s'il ne l'acceptait pas pour eux, il n'aurait qu'à se retirer; mais loin d'y songer, il se présenta au Maréchal et lui présenta son personnel dans l'attitude la plus respectueuse. Le Maréchal. avant de parcourir les chantiers, démentit, dans une courte allocution, les inquiétudes répandues au sujet de Fentreprise, déclara que le hon ordre maintenu par son gouvernement en assurerait le succès, et la visite, ofj je l'accompagnais, s'acheva sans encombre. A pai'lir de ce moment, M. Kranlz venait chaque semaine me rendre compte des demandes des exposants, qui, loin de se ralentir, afiluaientdc plus en plus et de l'avancement des travaux qui se poursuivaient sans dépasser, parfois même sans atteindre les délais impartis d'avance; il m'apportait à signer les cahiers des charges nécessaires à leur achèvement: tous stipulaient, connue il était encore de règle dans les marchés de l'Ktat, le repos du dimanche; les dépenses ii'rxciMiaienl j)as les ci-édils; aucune difliculté' ne surgit enirc le commissaire général et moi sur les questions que nous avions à traiter ensemble.

Cependant il ne convenait pas que l'autorité laissée par le gouvernement à un adversaire demeurât absolue et sans contrôle. M. Krautz était soupçonné par nos amis d'avoir i-éservé les nombreux emplois de son personnel aux républicains de toute nuance, d'avoir fait ainsi d'une œuvre nationale le monopole d'un parti, et du parti que nous combattions. Je voulus tirer la chose au clair et reconnus, par une enquête sûre et discrète, que le soupçon n'était pas fondé, que M. Krantz avait appelé près de lui, conservateurs ou républicains, les collaborateurs capables de le seconder. Il n'y avait donc pas à

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réformer les mesures prises pour préparer l'Exposition ; mais il restait à prévoir comment, lorsqu'elle parvieii .liait à son terme, en seraient appréciés les résultats, distribuées les récompenses. Pour délibérer sur ce point. (|ui n'était pas le moins important, j'imaginai de réunir la Commission xHjivrieim' des eximitioiis universelles, instituée sous l'Empire, maintenue sous M. Thicrs et que mon prédécesseur, M. Teisserenc de Bort, avait com- (losée de (15 membres au lieu de 43. Celte commission avait commencé avant moi de s'occuper de l'Exposition nouvelle; elle avait, si je ne me trompe, été appelée à se lirononcor sur son emplacement. Mais depuis, le commissaire général, préférant agir seul, l'avait laissée de coté. Je résolus île la remettre en avant et de m'appuyer sur elle. Il v maiu|uait trois membres. J'y fis entrer le président du Conseil d'État. Andral, le directeur des travaux de Paris, Alpband, et je priai le président du Sénat, le duc d'Audiflret-Pasquier, de la présider, ce qu'il accepta, malgré ses dispositions défavorables à la politique inaugurée le 16 mai, avec une bonne grâce dont je dus lui savoir un gré particulier. .V la commission ainsi constituée, je demandai de dresser le règlement qui servirait de base aux opérations des jurys. Un de ses membres autorisé entre tous, M. J.-B. Dumas, ancien ministre ilu commerce et secrétaire perpétuel de r.\cadémie des sciences, se chargea d'en préparer le projet; elle l'adopta et je le promulguai, non sans provoquer chez le commissaire général un mécontentement que Broglie comparait assez ydaisamment au dépit du chantre de la Sainle-Chapelle célébré par Boileau, quand il trouve devant sa slalle le lutrin qui le dérobe aux regards. M. Kranlz se calma pourtant et continua de conférer avec moi sans récriminer. Lorsque le ministère tomba, j'avais nommé les divers jurys et les préparatifs de 1 Exposition étaient fort avancés. Les États-Unis venaient

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(racci^ptcr iiidrc iiivilalidii il"\ [irciuliur j)art : en l<]iiro|>('. rAlleniagnc seule avait refusé. de s'y présenter, et ce qu'elle nous avait refusé, (lainhetta, malgré toutes les salisfactioiis i|iiil lui doiuiait. le demanda vainement après noire cliiile: il ol)tinl seulement (|ue, sans mettre prémalur(''menl son industrie en regard de la nôtre, sans entrer en lice avec nos exposants, (lie en\'0vàt quekjues taldeanx se l'aire admii-er dans la section des |{(-aux-.\rls

(lepi'ndaiil nolii' ctunmerce e\t(''rieur dépendait beaucou[) moins de l'Exposition que des négociations engagées à cette époque soit avec l'Angleterre, soit avec l'Italie.

La négociation avec l'Angleterre avait été n'cemment ouverte à la demande du cabinet précédent : elle comportait, moyennant l'abaissement des taxes anglaises sur nos vins, l'abaissement de nos di'oits de douane sur les fers et les tissus : favorable <à la culture viticole. elle risquait de devenir préjudiciable aux industries textiles et métallurgiques, et causait dans les régions intéressées une inquiétude, qu'un de nos meilleurs et plus sûrs amis de la droite modérée, M. Blin de Bourdon, avait signalée à la tribune;. Nous la laissâmes tomber et prolongeâmes le statu quo, sans ((ue le gouvernement anglais s'en montrât d'ailleurs ni mécontent ni surpris. Oomnie je l'entendais dire à sir Sti^tford Nortlicote, alors cbancelier de l'Ecbiquier, un soir (|ue je le rencontrais chez le duc Decazes : « Ce n'est |)as au milieu d'une crise politi(pie qu'un peuple peut uiodilier son régime i''conomi(|ue. « Sous le régime économique en vigueur, la France se relevait de ses désastres. Ni dans un sens ni dans l'autre nous n'avions intérêt à le modider.

La négociation avec l'Italie avait été ré(dami'e par le gouvernement italien, qui voulait relever ses tarifs pour équilibrer son budget. Le traité de commerce qui le liait

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k la France avait été dénoncé dès le mois de janvier 187") et n'était prorogé depuis cette époque qu'à la condition do préparer un autre arrangement. Il ne dépendait donc pas de nous d'cmpéclier tout changement dans les conditions lie notre commerce avec l'Italie. Tout ce que nous pou- \ions espérer cétait, par un nouveau traité, de limiter les accroissements projetés, de les compenser par des avantages en notre faveur et surtout d'i-viter des droits dillércntiels |)esant sur nos ]>rodncteurs plus lourdement (jiie sur leurs concurrents. Dans ce but, durant mon premier passage au ministère du commerce, nous avions accepté- des pourparlers entre les délégués italiens. MM. Luzatti et Ellena, et le nôtre, M. Ozennc. Ces pourparlers, je les retrouvais, en revenant aux affaires, précisément au point oii je les avais laissés un an auparavant. Les derniers délais obtenus pour la prorogation de l'ancien traité allaient expirer; il ne nous restait plus que six semaines pour conclure, sous peine de voir le tarif général italien, tout autrement exorbitant que les taxes débattues avec nos négociateurs, frapper nos exportations et leur fermer la pt'-ninsule. La nouvelle convention fut signée à la veille de cette échéance (l i.

Quelle en était la teneur? Pour les droits à percevoir sur nos produits, le gouvernement italien avait admis davance (|u ils ne devraient pas exci'der 1(1 pour cent de leur valeur: or, sur 460 articles portés au projet italien, il en était 100, un cinquième environ, où, selon notre commission des valeurs de douane et selon une autre commission spéciale nommée en 1873 pour examiner ce projet (2), cette proportion était dépassée, où nous

H) ApW's que cette convention eut été rejclée par la Chambre des iléputés. ne pouvant la di'fendre devant le Sénat, où je siégais encore, je publiai, dans le Corrrtpondant. le iô juin 18T8. un article auquel je me réfère ici

fï) Celte commission, nommée en 1875 parles trois ministres des AfTaire.s élranfîéros. des tioances et de l'aKri<ulture et du commerce. M>l. Dccazes,

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(lovions (IciiiHiKlcr une réduction; nous avions olitonu gain fie cause pour qualrc- vingts de ces articles; il en restait donc vingt en dernière analyse — vingt sur (jualn' cent soixante — pour lesquels nous n'avions pas in ii pleine satisfaction : encore sur ces vingt articles y en avait-il trois, et les i)lus importants, les tissus communs, les bestiaux et la verrerie, où la satisfaction qui ne nous était pas accordée allait l'être à la Suisse, à l'Autriche et à l'Allemagne; nous en étions prévenus d'avance; c'étaient des concessions que l'Italie se réservait de faire à ces diverses puissances pour en obtenir d'autres à son tour, et dont nous serions maîtres de profiter en revendiquant le traitement de la nation la jjIus favorisée, que la convention ne mantiuerait pas, selon l'usage, de nous réserver. Enfin les taxes italiennes sur les vins français étaient abaissées, tandis que les taxes françaises sur les vins italiens étaient relevées. Nos viticulteurs recevaient ainsi quelque dédommagement du mécompte qu'avait dû leur causer rajournemciil des négociations avec l'Angleterre.

Sauf sur les vins, le tarif français était maintenu; le traité qui rehaussait le tarif italien laissait nos droits sans changement et nous ôtait la faculté de les relever à l'avenir; inscrit dans un pacte avec l'étranger, ce tarif ne pouvait être réformé par nous seuls, et c'est ce qui valut à cet arrangement d'autres adversaires ([ue ceux qui combattaient noire politique. Cependant, à les prendre dans leur ensemble tels (lu'ils figuraient dans la l'onvenlion,

Léon Sa) et de Moaux, était présidée par M. Matliica Bodct et composée de MM Grivait. Bonnet, Clapier, Dauphinol. Flottard de la Gernionière, Jullien Grande. Lenrent. membres de l'Assemblée nationale; Ozenne, secrétaire général du ministère do ragricuUure et du connnerce; Ame, directeur général des Douanes au ministère dos Finales; Meurand. directeur des .-onsulals et des allaires commerciales au nnmstere des affaires étrangères; M. Cordicr lui fut adjoint après ses premières séances, lorsqu'elle commença à s'occuper des tissus. On voit qu elle olTrait à tous les intérêts inJuslri.ls et commerciaux pleme garantie.

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le tarif français n'était pas inférieur au tarif italien, tout au contraire; les droits du premier étaient ceux qu'à la suite d'une enquête ouverte en 1875 auprès des Chambres de commerce et d'agriculture (1) le Conseil supérieur du commerce, de l'agriculture et de l'industrie avait indi(iu<'s comme base de notre tarif général, et que nous étions autorisés, par conséquent, à ne pas juger insuffisants. Refuser de les inscrire dans une convention internationale, c'eût été renoncer au régime des traités de commerce, et c'est à quoi, pour notre part, nous n'étions pas disposés, à quoi l'industrie française ne paraissait pas incliner non plus : car, dans l'enquête de ISTo, les Chambres de commerce, à une très grande majorité, s'étaient prononcées en faveur de ce régime, et la Cliambre de Paris en avait donné la raison : « Les traités, » avait-elle dit, « assurent au commerce et à l'industrie la stabilité dont ils ont besoin pour entreprendre et mener à bonne fin d'importantes ailaires, sans craindre d'être entravés dans leurs opérations par les modifications auxquelles peut donner lieu la revision fréquente des droits de douane. »

Peut-être seulement, afin de balancer les charges qui grevaient notre territoire depuis la guerre, eùl-il convenu de ménager à notre agriculture quelques droits compensateurs, comme il en était stipulé en faveur de notre industrie, de taxer à notre frontière non seulement les vins, mais les blés, jusqu'alors exempts. L'Italie ne s'y serait pas refusée; elle s'y prêta plus tard pour obtenir la ratification du traité, mais en vain : le traité avait été conclu par le gouvernement du Scize-Mai; les intérêts industriels, qu'à tort ou à raison il alarmait, trouvèrent pour le repousser un point d'appui dans les passions politiques soulevées contre nous ; il fut rejeté tout entier par la majo-

(1 J'avaia clé le premier, en ouvrant cette enquête, en 1875, à consulter les Chambres d'agriculture à côté des Chambres de commerce.

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rilé qui nous nMiversail ; aussilùt. coinmo nous fii lUioiis prévenus, un tarif oxorbilanl cl diUV-iTuticl h uolri' délrimenl ferma ie marché italien aux produits de nos manufactures, qui jus(iuc-làî exportaient annuellement pour plus de cent niillions au delà dos Alpes, et les produits des fabriques allemandes leur furent substitués. Ainsi en décida, cinq mois après son élection, la Ciiambre qui s'était fait éliie en nous accusant de préparer la guerre contre l'Italie, (lambelta, qui non seulement présidait cette Chambre, mais la dominait et la dirigeait à son gré, Gambetta laissa briser l'accord négocié par nous, sans en prendre souci ni savoir le remplacer; et bientôt l'ennemi de la France dont il avait fait son ami, Crispi. devenu premier ministre, allait profiter de cette rupture commercialiî pour envenimer lantagonisnie politique de son i)ays contre le nôtre.

Le lendemain du jour où j"avais conduit le Maréchal à l'Exposition, je l'accompagnais à Compiègne à un concours agricole. Depuis le l(i mai, c'était la première fois qu'il paraissait hors de l'aris et. comme le succès de notre ell'ort dépendait avant tout de son prestige, nous avions hàtc d'éprouver l'accueil ([ue lui réservait la province. Entré à Compiègne avec lappareil d'un souverain, il s'y laissa approcher avec sa simplicité et sa bonhomie coutumières. Habitants de la ville et de la campagne, la foule (jui remplissait les rues, qui s'amassait aux fenêtres ou se répandait à travers le champ du concours s'empressait joyeuse et conliante sur son passage, le saluait avec respect, et si quelques cris discordants furent essayés, ils

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ne troublèrcat pas autour de lui les acclamations répétées de : Vive le Maréchal !

Au déjeuner quil olFril à la sous-préfecture était venu de Clianlillv le duc d'Auniale, alors président du Conseil o-énéral de lUise, le département où nous nous trouvions, en même temps (|ue commandant du corps (rannée de Bosan(;on. Avec lui s'y rencontraient le duc de Mouciiy, mari de la princesse .Murât, l'un de nos candidats; M. Drouvn de Lhuys. appelé à cette soletmité agricole en sa ([ualité de président de la Société des Agriculteurs de France: le gém-ral Pajol, principale autorité militaire de la région: le maire de Compiègne, M. Aubreliquc, sénateur, qui siégeait à la frontière du centre droit et du centre tjauche et que nous dr-coràmes en arrivant. Ne voyionsnous pas à cette table et comme en raccourci, l'élite sociale de provenance diverse que nous prétendions unir autour d'un chef étranger à ses divisions'.'

La journée de Compiègne avait réussi. Déjà, peu de jours aui)arant. à la suite île la grande revue passée au bois de Boulogne, le Maréciial avait été fort acclamé aux Ciiamps-Élvsées. Il importait que dans la lutte engagée par lui il donnât de sa personne, qu'à travers un pays variable en ses alFections. mais ayant toujours besoin d'un chef, il se montrât, et que les candidats de son gouvernement prolilassent de la popularité de bon aloi qui, de l'aveu même do nos adversaires, lui restait encore.

Le .Maréciial n'était pas impropre à ce rôle : selon une remarque de Broglie, en face soit des paysans soit des princes, il paraissait à l'aise E.xempt de vanité personnelle, mais sentant sa qualité et, par sa place dans l'armée, accoutumé depuis longtemps au premier rang, il abordait princes et pavsans sans embarras ni iiauteur. C'était avec les parlementaires qu'il se sentait gêné et intimidé

Il se prêta de bonne grâce à parcourir avec nous divers départements pour les gagner à notre cause. Je l'accom-

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pagnai pour ma part à Angoulr'iiic, à Poitiers, à Tours, et de là à l'exploitation agricole de M. Fcrnaiid Raoul- Duval, qui venait d'obtenir la prime d'honneur el dont nous opposions la candidature à celle de M. Wilson; enlin. dans mon })ropre déjjartement, la Loire, où se terminaient cette année-là les grandes manœuvres. Partout, comme à Compiègne, nous trouvâmes la population rurale favorable, tandis que la population ouvrière des villes, excitée par la portion de la bourgeoisie qui était devenue républicaine, manifestait un antagonisme intraitable. Les uns criaient : « Vive le Maréchal! «les autres : M Vive la République ! » . Comme on nous accusait de conspirer contre le régime républicain, ce cri légal, et par conséquent impossible à réprimer, était devenu le cri de ralliement contre nous; c'était une des fatalités de notre situation. Dans mon département, l'année précédente, à la suite d'un terrible accident de mine, le .Alaréchal avait fait distribuer par les mains de son aide de camp, le général d'Abzac, et les miennes, des secours abondants aux iamilles des victimes, et plus lard, une souscription provoquée par la Maréchale avait, sans qu'il fût rien demanck' au trésor public, largement assuré leur sort. S'autorisant de ce précédent, un préfet imprudent proposa une visite du Maréciial à Saint-Étiennc lorsqu'il viendrait dans le voisinage à la lin des manœuvres. Mais le Conseil municipal, mis en demeure de voter des fonds pour le recevoir, s'y refusa. Saint-Étienne ayant repoussé la visite présidentielle, la revue eut lieu à lioén; lorsque, retournant à l'aris, nous passâmes à Roanne, les manufacturiers de cette ville industrielle lâchèrent leurs ouvriers une heure j)lus tôt (jue d'iiabitude j)0ur nous assaillir de clameurs hostiles durant notre arrêt à la gare. En revanche, dans la journée, h; Maréchal ayant, après la revue des soldats, passé la revue des maires accourus des communes rurales même les plus éloignées, ces braves gens, que je hii pré-

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sentais, lui avaient fait fête, contents de l'aborder, fiers de l'accueil qu'ils recevaient, répondant avec une naïve confiance à ses questions, et la foule de campagnards qui nous entourait l'avait acclamé sans relâche.

Ce même jour, le 4 septembre, la France apprit la mort de M. Thicrs. Cette mort soudaine survenait avant que ses facultés merveilleuses ni ses ardentes passions n'eussent paru décliner en dépit de ses quatre-vingts ans, et dans le moment même où le sort du pays ris(iuail de nouveau de lui être remis. Il se voyait déjà rentrant à l'Elysée et prenant sa revanche ; autour de lui, dans son camp tout entier, sa perle devait déconcerter nos adversaires. Pourtant ils se ressaisirent vite et l'événement, en définitive, ne tourna point k notre avantage, tout au contraire. Si M Thiers eût vécu, le Maréchal, battu aux élections, se fût aussit«jt retiré devant lui; le court et triste délai durant lequel notre chef essaya de survivre à la défaite de sa cause nous eût été épargné et le parti conservateur serait demeuré vaincu, mais debout et non désorganisé, prêt à profiler d'une occasion favorable.

Qu'aurait gagné, d'autre part, .M. Thiers lui-même à son retour au pouvoir? Les amis de sa mémoire ont-ils lieu de regretter que cette dernière faveur de la fortune lui ait échappé, (juil ne lui ait été donné ni de constituer le ministère ni de formuler le programme arrêté d'avance dans sa pensée? A en croire le confidentVile (iambetta, M. Joseph Reinach, il aurait placé (Iambetta à la tête de ce ministère en lui confiant les atfaircs étrangères; il disait qu'il « le présenterait ii l'Europe » ; d'accord avec Gambetla, il aurait proposé l'amnistie de la Commune, l'instruction primaire obhgatoire. gratuite et laïque, et donné bien d'autres démentis aux opinions qu'il n'avait cessé de professer (1). On doutera pcul-êliv de l'exacli-

I) . C'élail au mois d'août 1877 ; M. Thiers, à .cUc date, avait acquis la certitude que le cabinet du 16 mai marchait à une éclaUnte d.'faileet que

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tudf (les projets confias par Gainbotta à M. Reinach et livrés par M. Reinach au public. Mais en tout cas, porté par les hommes qui le soutenaient alors, M. Thiers ne pouvait revenir et rester à la tète de l'fitat sans démolir ce qu'il avait voulu maintenir jusque-là, sans s'appuyer sur des partis qu'il n'aurait pas longtemps contentés. S'il était permis de comparer l'historien de Napoléon à son héros, j'oserais dire que ce qui attendait alors M. Thiers, ce dont la mort l'a préservé, c'était ses « Cent- Jours ».

Nos adversaires avaient maintenant à le remplacer, à désigner un autre personnage pour l'opposer au Maréchal et le porter au besoin à la présidence de la République. Il y avait peu de temps que le vrai chef du parti républicain, celui qui menait contre nous la campagne, Gambetta, avait été pour le pays un épouvantail ; il l'inquiétait encore. Lui-même s'en rendait compte et il eut le mérite de mettre ou de laisser mettre en avant M. Grévv, républicain comme lui, mais adversaire de sa dictature durant la gueri-e et (jui mesurait tout autrement que lui ses paroles et ses actes. Gambetta servit donc son parti en portant Grévy au premier rang, mais il ne se ménagea

les 363 scraiint réélus; il avait la juste conviction qu'au lendemain de cette défaite, et lui vivant, le marcclial do Mac-Mation aurait préféré la démission à la soumission. Dans ces conditions, c'était lui, sans aucun doute, qui serait rappelé, ])ai- les deu.\ Chambres, réunies en .assemblée nationale, à la présidence de la Réjiubliiiue. Il convenait d'être prêt à l'avance. M. Thiers se prépara et il arrêta rapidement quelques idéessur la composition de son futur ministère cl les princijiaux articles de son futur programme M. Gambetta, dont le caractère et le talent lui avaient inspiré, après quelques malentendus, l'attachement le plus vil, et qu'il se proposait de .. présenter à l'Europe », fut informé qu'il recevrait, avec la présidence du Conseil, le portefeuille des affaires étrangères.

" Le programme politique aurait compris l'amnistie, le scrutin de liste, les traités de commerce, la liberté de la pres.<e, la réforme des lois sur l'état de siège et le colportage, le droit de réunion, l'instruction primaire obligatoire gratuite et laïque, la suppression des jmys mi.\tes d'examen, la revision des traités passés avec les grandes compagnies de chemins de fer. » (Joseph RiiiNAcii, te Ministère Gambetta. Cité en note des Discours et plaidmjerf politiques de M. (Jumbetta, t. X, p. d(i et 17.;

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plus, comme sous M. Tluers. le promior rfle r.n'ny qui ne le .oûtail au.-unemenl, devenu chef .le l'I<^al, n eut canle de lappeler d'abord aux affaires et. s il ly appela plus lard, en des conjonclures défavorables, ce fut « pour précipiter sa cbute », les ennen.is de Gambelta comme ses amis en conviennent (1). Lui-même, à la dernière heure, au mom.mt où la présidence devenait vacante pressentant sans doute ce qui l'attendait, s était repenti du choix .luil avait accepté : un témoin bien place pour voir de près, à cette époque, les hommes et les choses, M de Marcère, rapporte qu'il essaya de substituer M- Dulaure qui d'ailleurs ne sy prêta point, à M. Grevy (-)• I es mots d'ordre étaient donnés, les positions prises: le Maréchal se retirant. M. Grévy se trouvait élu d avance président de la République.

Trois mois setaienl écoulés depuis que la Chambre était dissoute, trois mois que Fourtou et ses préfets avaient réclames pour organiser l'armée conservatrice et préparer l'action décisive. Cette action ne pouvait être llillerée plus longtemps. La loi constitutionnelle portait .,„■ „ en cas de dissolution, les collèges électoraux seraient convo.|ués pour de nouvelles élections <lans le délai de trois mois ... La dissolution avait été prononcée le 2r. juin; le décret convoquant les électeurs fut rendu

H, . On n'appelait M Gambetta au% affaires que pour le précipitera ... ,• na" m.Xe par ses antécédents. - a avoue plus tard, avec quelque cLideurM Camille l-clletan. alors ennemi de Gambel.a. (..oseph Rk.nach. Ditcoiirt rie r.ambella l. X. p. 1.5 )

(2) Le 16 mai et la fin du Seplennal, p iUb.

SS-' SOirVKMRS POLITIQUES

le :il si'iileinhre : il lixait les élections au ii oclol)ri'. I.a i)éno(le électorale, qui devait durer trois semaines selon l'usage, s'ouvrait, la bataille s'engageait d'un bout à l'autre du territoire. .Iu,si|ue-l;i. (oui ce qui dépendait de nous pour gagner celle halaille, nous avions voulu le faire et nous eslimions l'avoir fait. Ce n'étail pas assez : comme il convient en toute guerre, il fallait prévoir aussi la défaite et les moyens d'y parer. Quant à moi, lorsque j'envisageais cette perspective, je me liais ])arliculièiement au duc de lîroglie; je me rappelais par ([uellc! manteuvre liabile, le roi lui manquant, il s'était replié sur le Maréchal et, ralliant les conservateurs désemparés, les avait maintenus et relranchés dans une position dominante. Je complais donc sur notre chef pour assurer la retraite en cas d'échec et je n'avais pas manqué de m'en expliquer avec lui. Nous avions reconnu que. si la Chambre revenait hostile, une ressource resterait cncoïc au Maréchal et à sa cause : le Sénat; qu'en matière politique l'autorité militaire en France, pour faire acte de vigueur, a toujours besoin de s'appuyer sur une autorité civile quelconque, mais que, si le Sénat n'abandonnait pas notre cause qui, après tout, était la sienne, le Maréchal pourrait résister encore à l'hostilité de la Chambre, jirolongcr la lutte et, toul au moins, ne pas capituler sans conditions. C'est conformément à celle pensée que fut conçu le manilesle du Maréchal aux électeurs. Four oblenir le plein concours de nos ag(mls ipii risquaicnl leur carrière en se jetant dans hi niéli'c cl ipu' nos adversaires ne cessaient de menacer de leurs vengeances, pour les déterminer à s'exposer, il avait fallu leur pi-omettre (ju'ils ne seraient point lâchés et que, même après des élections contraires à sa politique, le Maréchal « resterait pour défendre les intérêts conservateurs cl protéger énergiquemenl les fonctionnaires lidèles, avec l'appui du Sénal ». A\('c Fapjjui du Sénal : movcnnani

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ce membre de phrase, la promesse était ronferm.'C dans les limites oii elle pouvait être tenue.

Lo manifeste fut rédigré par Fourtou : les principales liirnos en avaient été convenues d'avance, notamment les tcrm.-s relatifs au Sénat, et lorsque Fourtou le lui au conseil des ministres, la seule observation dont je me souvi.>nne fut celle-ci : « H y manque un mot, un nom, celui de Dieu. .. murmura l'amiral Gicquol des Toucbes, observation .pie Hro-lio appuya aussitôt très vivement, ..( d'un commun accord, faid.^ de Dieu fut invoquée dans .et appel aujiays.

Ce manifeste, expédié sous liuit millions de bandes, à chaque électeur individuellement, en même temps qu'afliché sur tous les murs, inaugura la bataille. Tandis qu'elle se livrait sur chaque point du territoire, il ne restait plus au ministère qui Tavait résolue et préparée ipi'à en attendre l'issue. Je ne sais quel slratégiste a dit : « Rien ne ressemble plus à une bataille gagnée .[u'une bataille perdue. » U ne faut donc guère s'étonner, si dans les camps opposés on augure pareillement la victoire. « Nous sommes partis trois cent soixante-trois; nous reviendrons quatre cents! » ne cessait de crier (-.ambelta. soit qu'il se le persuadât à lui-même, soit qu'il voulût le persuader à ses troupes. De notre côté l'assurance de Fourtou, d'abord ébranlée par intervalles, s'alTermissait à mesure que nous approcliions de la journée décisive. Ses pronostics se répétaient de plus en plus favorables. J'ai déjà cité ceux qu'il formait le 20 août: le 10 octobre. (|uatre jours avant le scrutin, comme il passait encore la soirée chez, moi, cette fois avec le duc de Broglie, il persistait à promettre le gain de plus de cent sièges. Sur quoi Broglie, moins confiant dans le succès de la partie que celui d'entre nous qui tenait les cartes, lui répondait : « Vous êtes beau joueur. » Puis il ajoutait : « Si agitée qu'elle soit à la surface, la France

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n'est pas l'branléc ii fond. Les électeurs vont voter silencieusement, il semble (ju'ils ai(;nt peur. Mais de (|ui? De (|ui se cachent-ils? Est-ce des radicaux? Est-ce de nous? Ce silence du pays m'effraie : je crains l'inertie des honnêtes gens. » Vers la iliême heure, un autre de nos collègues, Brunet, pensait tout haut, seul devant son fils, qui a recueilli ses réilexions. « Que les honnêtes gens sont coupables! » disait-il. « Nous avons fait aux gredins une peur qu'ils ne nous pardonneront pas; toute la francmaçonnerie est déchaînée contre nous. Et pourtant le parti de l'ordre devrait l'emporter! Mais que font les conservateurs de toute nuance? Endormis, indifférents ou bien exigeant des satisfactions immédiates à des exigences irréalisables, ils préparent notre échec et, quand nous aurons échoué, il ne nous pardonneront pas une défaite qui sera en effet le commencement de la (in. Auteurs de la catastrophe, c'est à nous qu'ils l'imputeront... Peut-être plus tard, si la France survit, seronsnous jugés avec équité. Peut-être un jour les enfants de nos petits-enfants trouveront-ils quelque honneur à rappeler, qu'alors que les esprits libres et sages entrevoyaient l'aliTme, il s'est trouvé un 3Iaréchal de France et neuf hommes de cœur prêts à tout risquer pour sauver leur pays de la ruine ( 1). . . «

Le dimanche 14 octobre au soir, les scrutins étant |)arlout fermés et commençant d'être dépouillés, les membres du cabinet se réunirent, pour en apprendre les résultats, au ministère de l'intérieur. Nous y passâmes la nuit à recevoir les dépèches qui nous annonçaient le nom des ('■lus. A mesure (jue ces dépêches se multipliaient, l'espoir de concpii'rir la majorité nous échappait, et lorsqu'enfin, vers la ])i'emièie heure du jour, toutes les élections furent connues, il fallut ••onslalcr (pic nous gagnions seulement

(1) \otes inédiles recuoiilics par la raiiiillr lii' liriim-t

LA VICTOlRi: DE GAMBETTA 395

(|iiaranle sicses. que nous en gagnerions tout au plus cin- (luante avec les ballottages. Cinquante-neuf des nouveaux candidats portés par nous étaient élus; mais parmi les anciens députés qui nous soutenaient et que nous soutenions, dix-neuf n'étant jias renommés, la nouvelleCliamlire allait en définitive réunir contre nous une majorité de plus de 300 voix contre 200. Plus lard on lit le recensement non plus seulement des députés, mais des électeurs qui avaient voté de part et d'autre. On trouva de notre côte 3 (iOO 000 suffrages; du c«Hé contraire i 300 000. Dans la nation coupée en deux, 700000 votes sur S millions d'électeurs avaient décidé de la journée.

Encore que leur armée fût entamée, l'avantage demeurait donc à nos adversaires; nous étions vaincus. Que nous restait-il à faire? Empêcher que la défaite dégénérât en déroute, et pour cela ne |)as désarmer. Ce fut tout d'abord le sentiment de liroglie, le jjremier instinct de Ibomme d'État. Lorsque, tous les résultats des scrutins nous étant connus, nous nous rendîmes du ministère de l'intérieur à l'Élvsée, il indiqua nettement la conduite à tenir : déclarer que le pays, sans nous donner encore satisfaction, avait commencé de répondre à notre appel en rejetant une portion de nos adversaires, et que nous devions en conséquence continuer la lutte, cela dit, la poursuivre vigoureusement dans les ballottages et surtout ne pas nous montrer d'avance prêts à céder ensuite. Plût à Dieu que cette résolution de notre chef se fût comnmniquéc à son entourage, qu'annoncée et soutenue dans nos journaux, elle eût animé nos troupes et (|u'.i ce chef

39fi SOUVKNin.S l'OLITIQUKS

il eût (Hi'- (Jonnô ilc l'accomplir! F^a gauche iic triompiiail pas avec un contentement sans mélange. Gamhctla avait tellement annoncé l'élection de quatre cents îles siens! ils avaient pensé revenir plus nombreux et ils l'étaient moins! \ cette déception se joignaient des alarmes : comment le Maréchal accepterait-il son échec? N'allait-il pus reprendri" roH'ensive, et (|uelle oH'cnsive? Avec (|uellcs armes? Tout en chantant victoire, nos adversaires demeuraient donc trouhlés : on nous !(> rapportait et nous étions enchns à croire ce qm send)lait en effet vraisemblable. Avec une attitude fernie et déterminée, les vaincus auraient tiré parti du trouidc des vainqueurs.

Après tout, le Maréchal n'avait plus à choisir à nos yeux qu'entre deux partis : la résistance, s'il voyait quelque moyen de lutter encore, ou la retraite, s'il se sentait dédnitivcment désarmé, (iambetta, dans le feu de l'action, lui avait insolemment indiqué une troisième solution : se soumettre, et, le lendemain de la bataille, (Irévy donnait à ses amis le prudent conseil d'attendre qu'il se soumît en effet, sans le provo(pier par leur impatience à résister. Mais c'était là pn''visions ou souhaits d'ennemis. Tant que les ministres du Seize-Mai, appelés par le Maréchal à le soutenir dans le combat qu'il avait engagé, furent admis à le conseiller, il ne fut pas question, il parut impossible qu'il restât au pouvoir pour y installer ses (Miiicinis. « Ce sont mes derniers ministres, » avait-il dit CM nous nommant; et nous pouvions, nous devions penser qu'il s'était interdit désormais d'en chercher dans les rangs adverses, qu'il avait brûlé ses vaisseaux.

Une seule fois, à la veille du jour oii nous allions être éloignés, tandis que nous délibérions encore sur les moyens de faire ajjpid au Sénat et d'en réclamer un acte (]ui l'opposât à la(]liand)re, Decazes demanda tout à coup au Maréchal : « Kt si le Sénat ne répond pas à cet a])pei. s'il refuse cet acte, (pie fere/.-\ous'.' » — « Eh bien! je rcs-

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