‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 29 sur 38 · I.A Vir.TOIRi; 1)K GAMUKTTA · texte numérisé non relu

I.A Vir.TOIRi; 1)K GAMUKTTA

tcrai. » ri-poiuUt, comme mal-ré lui, lo Maréchal. Celte j.iu-olc laissait poindre le démenti qu'elîrayé, non pas pour lui-même, mais pour le pays, il allait donner à sa conduite antérieure; elle nous étonna. Nous ne la relevâmes point; aussi l.ien si, conformément à l'injonction de Gambella,il consentait, liélas! à se soumettre, en demeurant en place, nous aurions disparu aupara\ant et dès lors la seule iiueslion que nous avions à .lébattre pour notre part était de savoir si présentement la résistance pouvait se poursuivre et par quels movcns, ou bien s'il fallait y renoncer en nous retirant.

Sur celte redoutable question les ministres irétaicnt pas décidés; j'opinais pour la résistance. Encore que le Sénat lloltàt incertain, j'estimais que, mis en demeure de se prononcer, il craindrait plus encore de nous abandonner ([ue de nous soutenir, que noire résolution aurait raison .le son irrésolution, qu'il fallait donc réclamer son concours contre la Chambre, non point par des pourparlers tenus portes closes, mais ofliciellcmcnt et publi.iucmenl. Si ce concours nous était refusé, nous aurions du moins, en épuisant toutes nos ressources, rempli tout notre devoir: s'il nous était accordé, il me paraissait qu'en face du Man-chal appuyé sur le Sénat et sur l'armée, nos adversaires reculeraient, qu'une portion se détacherait du bloc ennemi, qu'il inlervien.lrait un accommudemcnt acceiilable. tel cpie le vole du budget sans ministère préalablement imposé par la gauche, ([ue tout au moins le choix des ministres de la guerre, de la marine et des alfaircs élran!.rères resterait abandonné sans contrôle au Maréchal, et qu'ainsi, en dépit de notre échec, il coucherait sur ses j.osilions. il irarderait une autorité préservatrice. Cette prévision pouvait être trompée sans doute, la majorité hostile ne pas s'arrêter ni se diviser, la Chambre, au terme de l'année, refuser opiniàlrément le budget, et lenir la vie de l'Étal et de la nation en suspens. Il faudrait

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alors recourir à une dissolution nouvelle, (|ne la constitution aulorisait incontestablement le Présiilent à réclamer du Sénat; et si, pour iranciicr le conflit entre les deux pouvoirs, des mesures de salut public, telles que l'état de siège, devenaient nécessaires, ces mesures seraient si manifestement motivées par le péril intérieur ([ue, durant une crise violente et rai)ide, elles ne provo<|ueraient pas, il était j)ermis de l'esp.'rer, l'intervention de l'étranger.

Mais je présumais trop de nos forces et je me trompais, sinon en jugeant un tel ell'ort salutaire, du moins en l'estimant praticable. Ni le ministère n'était capable de le tenter, ni le Sénat de le soutenir.

Quand le Sénat se réunit après notre échec, ce ne fut pas seulement le petit groupe des parlementaires irréductibles, la plupart amis des princes d'Orléans, qui, nous ayant suivis d'abord à contre-cœur, se déclara prêt à se tourner contre nous, si nous persistions à tenir tête à la Chambre; sur les bancs oîinous avions obtenu précédemment, où nous devions encore chercher appui, nous rencontrâmes mauvais accueil. Ce qu'avait auguré Brunet de l'attitude des honnêtes gens se manifestait dans cette élite : les conservateurs faisaient peser la responsabilité de leur défaite sur les chefs qui s'étaient exposés pour les défendre; ils ne savaient conmient les remplacer; mais, loin de se serrer autour iFcux, ils s'empressaient de les lâcher.

Au sem du cabinet, les dispositions n'étaient pas meilleures. Le plus fatigué de la lutte, le plus pressé de s'y dérober était Fourtou; il l'avait vaillamment soutenue, mais sa vigueur était épuisée; le beau joueur, la partie perdue, ne songeait j)lus qu'à jeter les cartes. Decazes et Paris tenaient pour définitive la réponse que le pavs consulté venait de nous faire; ils étaient décidés à ne pas s'aventurer au delà. Berthaut n'était point disposé à jeter l'armée dans une querelle politique. Broglie, enfin, se

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réservait prêt à .•omballrc si le combat était possible encore, mais prévoyant qu'il ne le serait pas. Quant au Marécbal, on lui avait tellement répété qu il i'tait un soldat „ non pas seulement loyal mais légal », quil répu-nail inviciblement ii sortir de la stricte légalité.

Dès lors, il n-avait plus qu'à se retirer. C'était 1 opinion de celui qui le connaissait le mieux et connaissait aussi à <iui il avait ailairc : le secrétaire de la Présidence, le vicomte Emmanuel d'Ilarcourt. A l'avènement du Maréchal le vicomte .rnarcourl. parent de la Maréchale et dont la famille était liée de vieille date avec les BrogUc, •avait été placé près de ce chef d'Etat étranger jusqu alors aux manœuvres des partis, et linlluence discrète (lue pouvait exercer cet aide de camp civil, le crédit (iu .1 devait prendre n'avaient pas manqué de soulever des ombrages .armi les meilleurs amis du Maréchal ilans le Parlement, .lavais d'abord quelque peu partagé ces préventions ; mais jeu étais bien revenu depuis qu'arrivé aux attaires,.] avais vu M d'Ilarcourt de plus près. J'avais reconnu alors que ses informations éclairées, ses avis sûrs cl sagaces avaient préservé son chef de plus d'une faute; aussi bien nos adversaires ne s'v trompaient pas : quand le Maréchal devint .leur prisonnier, ils se hâtèrent de le séparer du confident (lui les gênait. ,. . , ■

Ainsi, tandis que j'espérais encore du Maréchal une tentative de résistance, l'homme qui l'approchait davanla-c et lui chut le plus dévoué, mesurant mieux que moi de^uoi il était capable et «luelles ressources lui restaient, souhaitait sa démission. Il avait d'aiUeurs raison de penser que, dans l'extrémité où nous étions réduits, celte démission, donnée à ce moment, eût présenté quelque avantage. Sans doute le Maréchal avait promis aux fonctionnaires fidèles de demeurer à son poste pour les défendre; mais il était dégagé de sa parole, du moment où le Président du Sénat, d'accord avec les chefs d un

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groupe <|ui (U'pciiilait de la majorité, n'atteiukiit pas (|u'uiii' nouvelle dissolution de la Chambre fût demandée pour déflarer ([u'ellc serait refusée. Il était donc autorisé à se prévaloir de ce refus annoncé d'avance et qui le désarrnail. pour tomber avec les siens, à leur tète. Les fonctionnaires fidèles n'en auraient pas moins été frappés ; mais ils ne l'auraient pas été par lui. Les ministres qui s'étaient exposés pour le couvrir se seraient vus d'autant plus violemment poursuivis, condamnés peut-être; ils n'auraient pas été désavoués et discrédités. L'armée conservatrice battue ne se serait pas débandée; elle eût gardé ses cadres et préparé sa revanche.

Pourquoi le Maréchal n'a-t-il pas tenu cette conduite'.' Pour(|uoi s'esl-il soumis d'abord pour se démettre ensuite"? Je m'étais souvent posé cette question sans trouver la réponse. Mes collègues et moi, nous étions éloignés (le ses conseils avant que l'on y débattît la détermination (|ui m'avait tristement étonné : je crois savoir aujourd'hui comment elle fut adoptée. Parmi les conservateurs du Sénat au.xquels le Maréchal lit appel après notre éloignement, plus d'un se montra disposé à le soutenir s'il résistait encore, à former sous ses ordres, si périlleuse (|ue IVil l'entreprise, un gouvernement de combat : tels l{atbie. l)e]H'vre... je ne veux nommer que les morts. Mais pour livrer ce combat ils jugeaient nécessaire de ne j)oint reculer devant des mesures de rigueur, de recourir à l'état de siège, de se résigner, ne fût-ce (]u"un instant. à la dictature. Or c'est àiiuoi le 3Iaréchal ne s'était jamais cru appelé, et ne se jugeait pas autorisé. 11 s'y refusa. Kl (juand, ayant ainsi écarté les moyens de lutter, il demanda aux amis (jui l'entoui'aient encore ce qui lui restait à faire, il ne s'en trouva aucun pour l'assurer, à l'heure décisive, (ju'il servirait mieux son pays en se retirant qu'en se soumettant. D'un commun accord ils lui représentèrent à ([uels périls au dedans et au dehors sa chute livrerait ce

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malheureux pays; ils le conjurèrent, puisqu'il ne voulait plus résister, de rester à son poste, en acceptant sa défaite et en appelant auprès de lui ses vain(iueurs. Il était malheureusement enclin à se méfier de son propre jugement dès que la conduite ([ui lui paraissait la meilleure était conforme à ses i;oùts et à ses intérêts personnels. A ce moment rien ne lui paraissait plus désirable que de quitter le pouvoir qu'il n'avait jamais recherché ni beaucoup aimé. Mais depuis quil l'avait accepté, le soir du 24 mai, il se considérait comme engagé au service des conservateurs, et ne se croyait plus libre de disposer de lui-même sans leur aveu. N'ayant pas obtenu cet aveu de ses conseillers de la dernière heure, il se résigna à ne point doimcr sa démission. Aucune résolution ne devait lui être plus amère. Un excès de patriotisme l'y amena, patriotisme mal entendu .jui lui fit couunettre sa plus grande faute politique

Lorsijue les amis dont il était réduit à se séparer prirent congé de lui, comme il leur serrait la main, ils l'entendirent nmrnmrer : « On prétend (lu'il y a de mauvais garnements ([ui veulent attenter à ma vie : ils me rendraient

un fameux service. »

Pour expliquer la conduite du. Maréchal, j'ai qucl(|uc peu

devancé les événements et dépassé les derniers jours du ministère dont je faisais partie. Pour compléter mon témoignage, il me reste à rappeler comment ce ministère tomba. A l'ouverture des Chambres, en novembre, les conservateurs étaient aussi pressés de nous abandonner que les radicaux de nous poursuivre. Que le Maréchal voulût lutter ou céder, il était contraint de nous donner congé. Placés dans un poste de combat, nous attendions ce congé sans le demander et, persuadés (juil ne se ferait guère attendre, nous n'avions plus, avant de le recevoir, qu a répondre de nos actes devfmt nos adversaires. Ce dernier devoir ne tarda pas à être rempli.

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Le 7 novembre, trois jours après la rentrée de la Chambre, son comité directeur, le comité des dix-huit, déposa contre nous une demande d'enquête, prélude de la mise en accusation. C'était, en provoquant une première rencontre, fournir l'occasion aux vainqueurs d'étaler leurs griefs et leurs rancunes, aux vaincus d'expliquer et de justifier leurs actes. Ni les uns ni les autres n'y manquèrent. Après qu'un ami des jours heureux, qui ne nous abandonnait pas à l'heure de la tourmente, Numa Baragnon, eut contesté, et qu'un ancien fonctionnaire de « l'Ordre moral », devenu notre adversaire, M. Léon Renault, eut soutenu la légalité de l'enquête, le débat s'engagea entre les cliefs des deux partis : de notre côté, Kourtou et Broglie, de l'autre. Ferry et Gambetta, débat où Fourtou, à la tribune faisant face à l'ennemi, relroux a la vigueur qui lui échappait dans nos conseils, oîi Broglie vaincu marqua la victoire d'un stigmate inell'arable. Ferry avait eu la franchise, dirai-je téméraire ou impudente, d'avouer la manœuvre qui avait déterminé cette victoire, la menace de l'intervention étrangère :

a Si par malheur, » avait-il osé déclarer, « la majorité pouvait échapper au parti républicain libéral pour passer au parti clérical et monarchique, l'étranger, qui n'est qu'attentif, deviendrait ombrageux et bientôt hostile... Il existait des accords, des arrangements préparés... Voilà ce que nous avons dit aux électeurs (i). »

Sur (|Uoi Broglie réplicpiait, prenant acte de l'aveu :

« C'est la première fois qu'on a vu intervenir dans nos délibérations intérieures la menace supposée ou vraie de l'étranger. Ce serait, si l'on y persistait, le signe de la décadence irrémédiable de la patrie. Lisez l'histoire et ses tristes leçons : n'est-ce pas sur l'Agora d'Athènes mourante qu'on évoquait le fantôme de Philippe de Macé-

(1) Chambre des députés, séance du 14 novenihre 1877.

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