‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 7 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CONFLIT KNTRE M. THIKUS KT LES C.ONS EU V ATEURS . L E 2 i Jl A 1 .

Suite des travaux de l'Assemblée : lois et projets relatifs à l'enseignement, aux associations. — Commissions des marcliés. des grâces, des grades — Divergences croissantes entre M. Thiers et les conservateurs. — Vains essais d'accommodement. — M. Thiers est renversé et remplacé par le maréchal de Mac-Mahon.

lîii jour (1110. M. de Moiilaloinlicrt se moiilrail (■(inlrarir' (le n'avoir pu prononcer un discours (pi il avait prt'paré, Merryer le consolait en disant ; « I.a vie d'un orateur se compose de discours rentrés. » .l'ignore si la vie d'une Asseinbicîe se compose de projets qui n'aboutissent pas, mais je sais bien que la nôtre, après avoir arraclié le pays à la ruine, n'a pu réaliser tout le bien (|u'ello devait et voulait faire.

Le témoignage que j'essaie de lui n;ndre serait donc incomplet, si je ne rappelais, à c()té de ses actes, (juelque.suns de ses desseins, à côté des lois qui lui ont survécu, les lois et les projets emportés avec elle.

Tandis que nous étions encore aux prises a\ec la Coiniiiunc. l'évèque d'Orléans, revenant aux questions (|u'il avait débattues jadis et qui l'intéressaient toujours, cunviait ses amis, d'une part à rétablir les garanties que la loi de IS:')0. la « loi Fallou.\ ». inuliléc par l'Empire, avait

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doniires soit à l'enseignement libre, soitau.x membres de rUnivcrsité: dautrc pari, à compléter cette loi par une meilleure organisation de l'enseignement primaire et par 1.1 liberté de renseignement supérieur. Pour nous concerter à ce sujet, il convoipia plusieurs réunions, oii nous rencontrions M. Wallon, cpii. |)lus tard, connue ministre de l'inslrurtion |)ul)ii(|ue. devait établir la liberlc de TenseigniMuent supérieur, et .M. Saint-Marc Girardin, riionneur de l'Université, le médiateur de la pai.x conclue en IH;j(). (les pourparlers aboulirent tout d'abord à une réforme du conseil sujKTieur de l'instruction publirpie. (le conseil, tel que l'avait institué la loi Fallou.x, n'était pas exclusivement composé de professeurs; il devait être « la représentation libre et lidèle de tous les éléments de la société également intéressés à préparer les générations à Acnir», et conmie « une assemblée de famille », de la famille française, appelée tout entière h surveiller les premieis |)as de ses enfants dans la vie; il avait à jouer « plutôt le rnle du père qui désigne les leçons ;i donner à son fils que du maître qui les donne (1) ». Pour remplir ce rôle, on avait confié le soin de l'élire aux grands corps iju'il était cliargéde représenter : Institut, l'niversité, Afagistrature. (llergé; il constituait ainsi par son indé-pendance une sauvegarde tout à la fois pour l'enseignement libre et pour l'enseignement de l'i^lat, puiscpie nulle (•colr libre ne pouvait rire fermée, nul professeur de l'Ktat ne |)ouvait être destitué sans un arrêt de cette liante juriiiiclion. .Mais bientôt, à lavèneiiuînl de rKinpire. tout avait cbangé. Kn même temps ipie les professeurs de l'Ktat devenaient révocables par décret ou arrêté, les membres du conseil su|)érieur avaient cessé d'être élus par leurs pairs; le gouvernement s'en était réservé le cboi.x. Nous avions bàle de restaurer ce que i'Kmpire avait brisé. L'ne

(1) Rapport (lu duc de Broglie à la séance du i7juiii 1871.

7,s SOITVKNIRS POLITIQUKS

commission que présidait M. de Coixelles clioisit, le duc de Broglie pour rapporteur et fit adopter par l'AsscMuhléc la proposition qui lui était soumise : le conseil supérieur fut rétabli sur les bases de 1850, avec certaines adjonctions qui nous parurent opportunes; afin de répondre, par exemple, au besoin d'un enseignement professionnel et de lui inarquer une place à côté de renseignement classique, nous introduisîmes dans ce conseil des représentants de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. Pour aeliever notre œuvre il eût fallu l'étendre aux académies, instituer dans cbacune d'elles, à côté du recteur, au-dessous du conseil supérieur, des organismes avant une origine et une composition analogues. Le projet fût présenté; la commission en fut saisie. Mais l'Assemblée ne trouva pas le temps de le discuter ; et ce projet gît enseveli dans le recueil de nos documents parlementaires, où n'a pas tardé à le rejoin.lre, enterrée comme lui, notre loi sur le conseil supérieur : car nos successeurs l'ont bienUH abrogée et remplac('e par des dispositions toutes dill'éientes.

Cette loi avait été faite de concert avec le minisire de l'instruction publique, Jules Simon : précieux accord qui ne devait pas être de longue durée. Le IS décembre 1S71 , Jules Simon proposait de rendre l'instruction primaire obli-atoire. Nos bureaux nommèrent une commission, qui^'marqua nettement ses tendances en ciioisissanl M<^r Dupanloup comme président. Imposer l'instruction prhnaire sous peine d'amende, fixer, par voie d'autorité, le temps que l'enfant devrait passer à l'école et ce (ju'il y devrait apprendre semblait à beaucoup d'entre nous non seulement un empiétement sur les droits de la famille, mais encore et surtout un acbiMninement fatal à l'enseignement gratuit — car comment exiger le paiement d'un service en contraignant de l'accepter? — et à l'ensei-nement laïc ou neutre, c'est-à-dire étranger à toute

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iTovancc relij^ieuse : quelle religion professer, au nom de l'Elal, dans les écoles que des enfants appartenant à des cultes difiVrenIs seraient également astreints à fréquenter"? Depuis longtemps, la gauche avait inscrit parmi ses revendications l'instruction obligatoire, gratuite et laïque. En repoussant le premier article du [)rogramme, nous prétendions écarter le prcjgranmie tout entier Personne ne le réprouvait plus que M. Tliiers; il l'avait hautement j)roclanié à plusieurs reprises. A Bordeaux même, lors- (piil sétail entretenu, avec (juelques députés de la droite, de la composition de son ministère et ([ue ceux-ci se mon- I raient inquiets des opinions de Jules Simon, jjrécisément sur ce sujet: « Jamais je ne céderai sur une telle question, » avait-il répondu {[). Et c'était pourtant avec sa signature, accolée à celle de Jules Simon, que le projet nous était soumis; mais il com|)tait sur la droite pour le rejeter. Il nous savait prêts à combattre les tendances de SCS amis de gauche el préfi-rail. quant .1 lui. ne |)(>inl les fatiguer- de son opposition.

\u jjrojetde Jules Simon destiné h un nK'vitablcéchec, ri'vé(|ue d'Orb-ans avait entrepris d'en substituer un autre (piidév(doppait renseignemeni primaire sans rcîcourir à la contrainte, intéressait île j)lus près les pères de famille h la bonne leiuie îles écoles, et, dans ces écoles, introduisait les réformes indi(|uées par l'expérience. Il en avait com-

ili « Lp I."! février 1871, la conversation (Hii rut lien entre nous (M. Tliicrs l't MM W duc de Bisaccia, 1p mari|ui8 et le coiiito de Juignéet le marquis de iJauipierri') parut de telle iiiiporlanco que nous fiiines d'avis d'en faire un procès-verbal que je rérligcai et que nous signâmes tous quatre. Voici celle pièee :

« M. de Dampierrc croit devoir en particulier observer à M. Tliiers (juc le drapeau dont M. Jules Simon ne peut pas se séparer est celui de \'Intlrnclii)ti ijraluUe et ohliijatoire. M. Tliiers a soutenu avec tmp d'éclat durant sa carrière parlementaire une cause dillérenle, pour pouvoir l'abandonner: (|uelle va être l'altitude que prendra le chef du pouvoir exécutif dans une telle situation? Jamais je ne céderai sur une telle question, répond M. Tliiers «(.Mémoires déjà cités du marquis hk 1»a«pii;iiiik, Ciiuf année» dr rie politique, p. 14.)

8ii SOUVENIRS i>OMTioin:s

l)iiir les dispositions avec Krnoiil, (|iii tlc\ail ni ■'■Ire raji- ]i()rlo,iir. Alais Kriioul, ai)pel(! au ministère de la Justice après le 2i mai, n'eut plus le loisir «le s'en occu|)er, ei cette proposition est venue rejoindre à son tour, il.ms hvaste cimetière de nos archives, tant de travaux (]ui ii ont pas laissé de traces.

Nous n'étions pas moins l'avoi-ables à la liberté d association (h «in'à la liberté d'enseignement. J'ai déjà dit comment ces dispositions se manifestèrent à Bordeaux, comment une commission fut cliargée d'ouvrir une enquête et de i)réparer un projet consacrant et l'églant cette liberté. Tandis que nous nous occupions de ce travail, le gouvernement nous demanda d'interdire V Association intcriiatioinile des travailleurs, (\u\ venait de fomenter la Conunune, et tendait à détacber ses affiliés de leur patrie en les liguant contre l'ordre social. Cette loi, présentée par M. Dufaure, fut appuyée par nous et votée : plus nous avions à cœur de donner un libre essor aux associations dont l'objet était avouable, et l'organisation légitime, plus il nous paraissait à propos d'en distinguer et de proscrire celles qui, dans l'ombre, ou par des procédés révolutionnaires, poursuivaient un but coupable. Seulement M. Dufaure, sa loi répressive une fois votée, écarta notre projet libéral. Malgré la place que la droite tenait dans notre commission et le rôle qu'y jouait Chabrol (2), un membre du rentre gauche appelé à devenir

(t) Ici je me rencontre avec mon ami regretté Cli- de Lacomlie. qui ciuns un travail publié par le Corresi>ondant (10 octobre 19U0), a précédeninienl exposé l'ieuvre ou plutôt les desseins de r.Vsseniblée nationale au sujet des associations. Personne n'était ijIus capable que lui de rendre témoignage à l'esprit qui animait la majorité de cette Assemblée, car il portail dans nos débals une façon de penser aussi ferme que conciliante ; il dégageait entre les lionnêtes gens des divers partis les idées communes et les sentiments i)areils.

{■>) Le vicomte (luillaume de Chabrol, élevé par sa famille dans le respect des traditions anciennes, était allé, comme TocquevIUe, étudier au.v États-Unis les conditions de la liberté dans la démocratie, et il en était revenu mieux préparé i|u'aucun de nous, soit à restreindre les aUribu-

CON^FLIT WKC M. TIIIICRS si

plus lanl |irooiireur gc'néral à la Cour <\o cassalioii. M. Hertaulil, avait éto nommi' ra|)|i(irli'ur. Son système n'aurait j)as dû. sans doute, être accepté sans retouciies; mais il pouvait servir de tlièmo à nos discussions. Nous eûmes beau insisli^r: M Dufaurc ne se prêta pas à l'examiner, et. lors de la pren;i('re déliliération (1), déclara que le ïouxernemeni nen tiendrait pas compte, se refusant d'ailleurs à rien |)roposer ii la place, et trouvant ino|)porlim d'aborder un pareil dc-bat à ce moment.

Des membres d(^ la droite revinrent ii lacbarge. d(Mnandant (|ue l'Assendjlée votât le projet en ])reinière bu-ture et maripiàt de la sortcN sinon la résolution de l'adopter tel (]ucl. du moins l'intention de mettre un terme au régime du Code ]ténal que nous dc'-finissions « r(''tat de siètre en matière d'association ». L'Assemblic leur doima ^ain de cause: mais la seconde délibération, (jue ce vote a\ait acceptée en |)rincipe et dont le sfouvernement ne se souciait point, ne fut jamais abordée; d'autres débats, qui semblaient plus uri^ents, remplirent nos séances. Une fois encore, l'occasion d'accomplir une réforme et de fondei' une liberté était man(|uée.

Plus tard, pour arrêter des poursuites (|ui menaçaient les associations les |)Ius innocentes cl les plus bienfaisantes. M. Dufaure, à son tcin-, prt'senta au Sénat im projet qui eût comblé nos \(eux : mais le Sénat, où ilominait la ijaucbe ré[)ublicaine, le rejeta; M. Dufaure ilut regretter alors de n'avoir pas trancbé la question avec nous.

lions du pouvoir central, soit à développer sans contrainte les associations spiintanées. Animé de ce double senliinent, il était devenu inppnrleur de la loi municipale et secrétaire de notre coniiiiission dis a.'i!<ociations. l'ai déjà signalé l'iniportance et l'intérêt e.\ccptionncls de SCS procés-vcrliaii.\.

(I, On sait ipn' le rè^'^■mcnl de l'Assemblée souractiail. sauf ursoncc déclarée par un vote spécial, tous les projets de loi à trois le(^lures ou délibérations, séparées par un intervalle de plusieurs jour.s et souvent «le plusieurs mois.

souvK^•lns roi,iTiQui;s

Kn parcourant les questions abordées par l'Assemblée à ses débuts etqu'elle n'a pas délinilivement résolues, j'ai dépassé la première période de sa courte existence, l'époque où M. Tbiers gouvernait, et n'ai pas encore rappelé |,.us les travaux auxquels elle a dû se livrer alors pour ineltre un terme au désordre des all'aires. Ces travaux no se sont pas accomplis seulement en séances publiques; il me reste à signaler ceux des commissions les plus importantes.

Sans parler des vastes enquêtes sur la Commune et le gouvernement de la Défense nationale — enquêtes rétrospectives, qui n'ont guère eu d'autres résultats que de préparer des matériaux aux bistoriens futurs, — trois commissions parlementaires, la commission des marchés, la commission des grâces et la commission des grades eurent à remplir des tâches réservées d'ordinaire au pouvoir exécutif : non pas que l'Assemblée fût disposée à empiéter sur le pouvoir délégué par elle, bien qu'elle n'eût pas toujours à se féliciter de l'usage qui en était fait; dés (|ue M. Thiers en fut investi, et tant qu'il le conserva, il exerça sans conteste tous les droits qui appartiennent dans une royauté au monarque, dans une répul)lique au chef de l'État; il pourvut aux emplois les plus élevés comme aux plus humbles; une seule prérogative lui fut disputée et refusée : la nomination des conseillers d'Ktat. Quand le Conseil d'État, aboli depuis la cluite de rKmpire, fut rétabli, le gouvernement choisissait déjà des fonctionnaires en opposition avec les sentiments de l'Assemblée. Les conseillers d'État étant appelés à coopé-

CONFLIT AVEC M. THIICRS 8S

ror soit par leurs (léliht-ratioiis [jivparatoiiTs, soit par leurs règlements ultérieurs à l'œuvre législative, l'Asscmhli'o se réserva le ilroit de les ('lire, et le Conseil issu (le ses suffrages les justifia.

Sauf eelte exception plus ou moins eontestahlc. l'Assemblée souvcraitie jjratiqua l'axiome : donner el ri-lcnir ne vaut, et constamment, avec M. Tliiers comme avec le .Maréchal, respecta la séparation des pouvoirs. C'est sur la demande formelle du gouveriicnit'iil. cl pour le d<''cliarger d'un fardeau qu'il jugeait trop lourd, (pi'elle nomma une commission chargée d'examiner les marches de la guerre. Le duc d'Audifi'ret-Pasquicr la présida en héritier des magistrats de vieille roche, el en administrateur initié à l'industrie moderne, tandis qu'un ancien inspecteur des (inances. M. Léon Riant, y poursuivait, avec d'autres fonclioimaires émérites, d'infatigables investigations. Elle eut d'abord à mesurer l'insuflisance des préparatifs et des ressources du gouvernement im{)érial quand il engagea la lutte — et ce fut en constatant cette cause de nos désastres que l'éloquence vengeresse de son président obtint le plus éclatant des triomphes oratoires, — ensuite à rechercher les malversations et les désordres qui avaient aggravé ces désastres; elle fit rentrer ainsi ipielques millions dans les caisses du Trésor, et surtout restaura l'intégrité dans le maniement des deniers publics

Ce fut également sur« le désir témoigné par le chef du pouvoir exécutif d'associer l'Assemblée nationale à sa responsabilité » que l'Assemblée intervint dans l'exercice du droit de grâce. Elle l'abandonna pleinement à M. Thiers pour les crimes de droit commun, mais le subordonna pour les crimes de la Commune ii l'assentiment d'une commission nommée par elle (1). Pendant la dernière semaine de la guerre civile, tandis que nos troupes

(1) Rapport fait au nom de la Commission chargi'-e d'examiner le projet de loi sur l'exercice du droit de grice, par M. Bathie (14 juin 1871).

rt^prenaient Paris pied à pit>il of que. flans les ronvulsioiis (le son aj^oiiio,, la Commune y mettait tout ;i feu et à sang-, les représailles avaient été terribles. Mais aussitôt l'action terminée : « Il faut, » avait dit le ehef du |)ouvoir (exécutif avee l'assentinuml unanime de l'Assemblée, « (|ue l'expiation ait lieu au nom de, la loi et par la loi. » C'était imposer aux tribunaux militaires, seuls compétents en vertu de l'état de siège, une tàcbe immense et sans exemple. Ils la remplirent en assurant aux accusés les garanties d'une bonne justice. La Conimissiondes grâces paracbcva leur œuvre. Sur 38, 000 insurgés arrêtés à Paris. 9,5176 ayant été condamnés et G,;}36 s'étant pouivus en grâce, la peine de 2,64!» fut remise ou comnmée. Sur 1 10 condamnés à mort notamment, 84 eurent la vie sauve; 20 seulement furent exécutés, savoir : un provocateur à la révolte ayantembaucbé les soldats, cinq soldats ayant déserté et tourné leurs armes contre leurs camarades et leurs cliefs, vingt assassins cl incendiaires {{).

Il y eut enfin un dernier problème, pour lequel le gouvernement fit appel h la .collaboration de l'Assemblée. Nous nous trouvions après la guerre en présence de deux armées ayant toutes deux leui-s cadres, et des cadres très différents : l'une, écrasée à Sedan et à Metz, prisonnière en Allemagne et revenue ensuite pour dompter la Commune; l'autre recrutée à la bàto, lancée à l'improviste après la disparition des troupes régulières, et qui avait soutenu pendant cinq mois une lutte sans espoir. Les cadres de la première étaient composés d'offi ciers de carrière, ceux de la seconde d'officiers improvisés, promus à titre provisoire, sans règle et comme au hasard.

(1) Rapport sur les travaux de la Commission des gnlces, présent.; par MM. Martel et Félix Voisin, le 20 décembre ISTii, cl rapport supplémentaire de M Martel du 8 mars is7t).

CONFLIT AYKC M. THIERS 83

Pour restaurer nos institutions militaires, il ne suflisait pas (le remettre les lois sur l'avancenienl en xis^neur j)Our l'avenir; il fallait encore, dans le présent, apprécier le mérite et les services des officiers nommés d'une faç^on plus ou moins arbitraire au cours de nos désastres et déterminer sans retard quel grade ils devaient garder. Tâche épineuse, à laquelle le gouvernement voulut associer lAssemblée (1). Elle y consentit, malgré les récriminations qu'elle savait devoir soulever, et chargea de cet e.xamen une commission qui choisit pour présitlciit le doyen des générau.x de l'ancienne armée, Changarnier, pour secrétaire l'un des volontaires étrangers au métier (les armes qui avaient bravement (h'fendu Paris, (lornélis do Witt (2). Si l'armée na pas éti' déchirée par les rivalités et les discordes intestines, si elle a recouvré à tous les degr(''S de la hiérarchie l'unité et la discipline, elle le droit à cette commission iiarlcmentairc.

Selon .M. Thiers et ses partisans, la majorité conser\a- Irice de r.Vssemhlée a rompu avec lui parce qu'il a voulu la républi(|ue et c'est en poursuivant, sans y parvenir, le rétablissement de la monarchie, qu elle s'est refusée à fonder, de concert avec lui, la répubh(|uc conservatrice. Selon les conservateurs, au contraire, c'est M ïhiers (jui leur a fausse compagnie, qui s'est allié contre eux au.\

Ij Kapporl présenté le 31 juillet 1871 par le gvnéral Trochu. sur le projet de loi relatif à l'anDulatioa d un décret émané de la délégation de Tours, le 13 octobre 187u (avancement dans l'armée).

(2) Rapport au nom de la Commission chargée du statuer souverainemcot sur la pu'^itina des ofUciers dont les grades devaient étru soiinii.s è une levisioo, par .M. Coro'.lis de Witt. (Séance du 3U mars la'i.)

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rt''])ul)licaiiis cl ijui a déchaîné ainsi les |)assions cl les forces révolutionnaires. Suivant les uns, l'objet du rliUerend était la forme du gouvernement, suivant les autres, r « ordre moral » de la société. Ces allégations contraires, mises en avant dès le début de la querelle, n'ont cessé de s'entrechoquer tant qu'elle a duré, les répliques se croisant d'un camp à l'autre, sans qu'on arrivât proprement à se répondre, comme si l'on eût joué, dans ce grave débat, aux propos interrompus.

Ce fut dans un message, lu par lui-même à la tribune le 13 novend)re 1872, que M. Thiers déclara que désormais la républiciue était le gouvernement légal du pays, que vouloir autre chose serait une nouvelle révolution, la plus redoutable de toutes, et qu'il nous invita en conséquence, sans qu'il fût besoin de proclamer la république, à la constituer. Il rompait ainsi le pacte de Bordeau.x; ou du moins il dénonijait comme e.xpirée la trêve consentie alors; chose plus grave, dans les explications données à la suite du message il avouait s'être personnellement engagé envers la république et les républicains dans le moment même oîi il venait de conclure (^ctte trêve et de s'en porter garant (1).

Néanmoins ni la droite, ni le centre ilroit, ni Ernoul, ni

(1) « En ce rnoriieiit-là »jau moment de la Commune]'' non seulement une partie des liabilanU du Paris, mais tous les personnages qui dans les grandes villes détenaient l'aiilorité sont venus à Paris; ils ont engagé des négociations que vous avez connues » (il aurait été bien embarrassé de dire comment il nous tet avait fait connaître.) « J'ai été interpellé dansées négociations, et que me disait-on? On me disait : « Nous t détestons la Commune...: mais dites-nous si vous travaillez pour la « monarchie ou pour la république? » A cela j'ai répondu : « Vous « calomniez l'Assemblei-, il est bien vrai que beaucoup d'Iiomnies ros- « pectables de cette Assemblée sont, je dirai depuis leurs aïeux, depuis • leur naissance, passionnés, j'ai prononcé le mot, [lour la nionarcliie, . c'est leur droit: mais personne dans l'Assemblée ne conspire et vous •' la calomniez. En tout cas, moi qui vous parle, je tiendrai ma parole, « je maintiendrai la république.

. Je suis obligé de tout dire : vous n'êtes pas engagé, moi je le suis. » Discours de M. Thiers à la séance du 29 novembre 1872.)

CONFLIT AVKC M. THlI'.ltS 87

le duc (le Broglie, ni Bathir iio iiortÎTi'iU le di'hal sur la question constitulioinicllc. Avant d'engager l'avenir, ils réclaniiTcnl pour le présent un gouvernement de combat contre les radicaux : c'est le nom sous lequel on englobait alors les partis avancés, troupe confuse où se rencontraient pèlc-inèle les vétérans de la Commune et les conscrits du socialisme. Leurs progrès successifs dans les élections effrayaient les conservateurs; et, comme les radicaux composaient alors la partie la plus bruyante et, seml)lail-il. la plus nombreuse du parti républicain, la complaisance du gouvernement pour les républicains paraissait favoriser ces progrès. Les candidats révolutionnaires se targuaient de celte complaisance; les conseils municipaux des « pays rouges » envoyaicMit des adresses contre l'Assemblée qui n'étaient pas toujours mal reçues à la Présidence. Contre celte Assemblée, source de toute autorité légale, (jambella faisait campagne d'un bout à l'antre du pavs; la tenant déjà pour morte, il appelait « le fossoyeur » pour l'enlerrer et, pour la remplacer « une nouvelle couclie sociale » ; non content d'exclure des affaires les classes ou, pour parler son langage, les « couclies » supérieures de la nation, il mettait le comble à l'inquiétude comme à l'indignation des conservateurs, en faisant acclamer simultanément son nom et celui de M. Tbiers dans le banquet où il inaugurait celte espèce de guerre sociale ( 1 ). M. Tiiiers, cependant avait toujours cond)allu les doctrines et les passions étalées i)ar Gambetta; devant une commission de l'Assemblée, il déclarait regrettables, funestes à la cause républicaine elle-même, les paroles incriminées; mais il se refusait à répudier avec éclat, du liaut de la tribune, la faction dont ces paroles étaient le programme, et prétendait traiter le radi calistne, non en ennemi île la société, de ses croyances

(I) Discours de M. (iambilta au lianquct de Orenulilc. 26 spptenihre I87Î

SS SOUVK.Mll> l'Ill.muUKS

cl de ses iiislitiUioiis lu-ccssaircs, mais conimc un |i;iiii l>olili(]ue à ini'naj^cr, en le conleiiant. au uiruic lilre (jue les autres.

Assemblée et pouvoir cxéculif se trouvaient donc en désaccord; et cependant l'Assemblée, qui avait décrété quekpie temps auparavant que le pouvoir délégué à M. Tliicrs durerait autant qu'elle-même, n'était encore ni résolue à le renverser, ni préparée à le remplacer. Un accommodement fut négocié. Afin d'éviter ou d'amortir tout au moins le conflit, on proposa de placer entre le président et l'Assemblée un ministère responsable, s'inspirant des idées de la majorité, administrant les pays conformément à SOS tendances, et, pour laisser le cliamp libre à ce ministère, d'écarter selon l'usage de tous les pays constitutionnels, le clief de l'i'^lat des débats parlementaires. Par contre, M. Tliiers et ses ministres ri'clainaient de TAsseniblée des institutions destinées à lui sin-vivrc et à faire subsister après sa dispai'ition la République (jui n'était pas encore proclamée ofliciellenuMit. On crut tout arranger en faisant un bloc des deux propositions : M. Tlners accepta le règlement qui devait lui rendre plus dil'licile et plus rare l'accès de la tribune ; et l'Assemblée promit tle statuer sur les lois constitutionnelles que le gouvernement aurait à lui présenter. Cette transaction ne prévalut pas sans difficultés. Dans la grande connnission de trente membres cliargée de la négocier, et dont le duc de liroglie fut le cbef et le porte-parole, les uns cbercliaient sincèi-ement, avec des garanties pour les intérêts conservateurs, la paix avec M. Tbiers; les autres, froissés par lui, ilans leurs ojjinions ou dans leur prétentions, souhaitaient au fond une rupture. Le centre droit presque tout < Mitii'i- l't le centre gauche votèrent le traité. Presque toute la droite, — extrême droite et droite modérée, — et la gauche le repoussèrent. Au premier abord, il est vrai, ce traité ne satisfaisait à peu près personne. Eloigner ilc

CONFLIT AVKi; M. TIIIKRS 89

la li-ibuiic un Iioiiiihl' ijui ne valait ol n'agissait que, par la parole semblait au moins bizarre : lui-même avait d'abord regimbé contre ces entraves cl (|uali(it! de chinoiseries les précaulions prises i)our lempèclicr de parler troji souvent. Nul doute r|ue, s'il se fût prêté francbemenl à former un miiiistèrt! donnant des gfajïcs à la majoriU" conserxatrice, nous n'aurions pas eu à les lui imposer : le duc de Hroglie me l'avouait tout le premier, tamlis qu'il soutenait le projet dont il était rapporteur. Mais .M. Tiiiers ne consentait pas à donner ces gages; dès lors, les chinoiseries, ne suffisant pas à le contenir, ont servi à le renverser. D'autre part, [ironietlre au pays une organisation des pouvoirs j)ublics, sans annoncer en même temps la restauration de la monarciiie. c était renvoyer cette restauration à une époque singulièrement incertaine et problémali(|uc : triste mécompte après nos grands espoirs! Mais ce mécompte ne venait pas de IWssemblée; il ne dépendait d'aucun de nous de l'éviter et nous n'avions pas le droit de refuser un gouvernement au pays parce que nous n'étions pas en mesure de lui donner celui de notre cboix; un pareil refus ne pouvait (|ue discréditer notre parti et nuire à noire cause dans l'avenir D'ailleurs nous n'avions à |)rendre aucun engagement di'dinitif qui fût contraire à nos convictions : dès lors, ne \ alail-il pas mieux concourir h l'élal)Iisseinenl <les institutions in-ccssaires ([ue les laisser établir en dehors de nous?

.le m'efforçai, soit dans nos réuni(jns paiticulières, soit à la tribune, de faire pri'-valoir c<!S considérations au|)rès de mes amis de la droite : j'échouai. Mais une majorité consiilérable , composée, comme je l'indiquais plus liant, du centre droit cl du centre gauche, vota la transaction Quelque temps avant, certains des nôtre pressaient M. Thiers, dans un entretien familier, de se séparer de la gauche; il avait répondu en se jouant : e Aujourd'hui, je n'ai pas fait de politique; je suis revenu

,iO SOUVENIRS POLITIQUES

il l'histoire naturelle, » — l'histoire naturelle était une des « chères études » aux(|uelles il promettait d'occuper ses loisirs, se proposant, durant sa retraite, d'établir les vérités nécessaires, après avoir défendu, durant sa vie publique, les libertés nécessaires, — « j'ai étudié les nKï'urs du perroquet (1) ; sur son perchoir, le perroquet se déplace parfois, mais il ne quitte le bâton qu'il serre du bec qu'après s'être assuré d'un autre bâton où il se cramponne avec les pattes. Il ne reste pas en l'air. » Avec la majorité qui venait de se former, M. Thiers ne risquait plus de rester en l'air. Au premier abord, sans doute, cette majorité scnd)lait mal unie; nous ne nous voyions pas sans quelque malaise rapprochés de certains collègues qui s'y rencontraient à nos cotés, et séparés de ceux qui ne s'y trouvaient pas. Dans un dîner donné à la Présidence aux divers députés qui avaient préparé ou préconisé l'arrangement, je me trouvais auprès d'un de nos amis du centre droit, aussi délicat appréciateur de la bonne chère que de la bonne politique. La table de M. Thiers n'avait jamais passé pour bien servie, et les connaisseurs se plaignaient volontiers de la parcimonie qui caractérisait ses repas officiels. Ce jour-là, le dîner était particulièrement médiocre : « Le menu et notre nouvelle majorité se valent, » me dit mon voisin en sortant de table. Celte majorité eût suffi pourtant à soutenir le combat contre le radicalisme, et d'ailleurs la droite modérée n'eût pas tardé à le soutenir avec elle. Dans l'éloquent et courageux rapport où Batbie réclamait cette lutte, il avait fort exactement décrit les dispositions de cette partie de l'Assemblée : « Parmi les conservateurs, il en est, » disait-il, « et le nombre en est grand, qui ont gardé leur foi moiiarchi(iue. Ils ne refuseront pas au gouvernement les attributions qui lui sont nécessaires pour faire respecter

(1) Les caricaturistes du U-nqis se plaisaient à le représenter sous les traits de cet oiseau.

CONFLIT AVICC M. THIERS 91

l'ordre et observer les lois; mais d'invincibles scrupules les arrêteraient si leur concours ne pou\ait èlrt^ doiuié (|u'à la condition de renier leurs doctrines. » (Vest pai'ce (|ue les pro|)ositions des Trente leur paraissaient, à tort selon moi. inipli(|uer ce reniement (|uc la jilupart d'entre eux les avaient repoussées; mais ces propositions une fois votées, leur concours, précédemment ac(|uis ;i toutes les mesures salutaires, n'aurait point fait défaut à une entente sérieuse el duraide (Mitre .M. Tliiers et les conservateurs.

Malbeureusement, au lieu de se raflermir, l'accord à peine formé se brisa. Il avait été conclu en mars; en avril, l'Assemblée, selon sa coutume, prit de courtes vacances ; quand elle revint en mai, à la suite d'élections complémentaires à Paris el à Lyon, notre dissentiment avec M. Thiers se réveilla et ne larda pas à s'envenimer.

Durant la guerre, Lyon avait été la capitale de la démagogie méridionale ; el depuis la paix, à son bôtei de ville, une mairi(^ révolutionnaire continuait à siéger à côté du préfet, en antagonisme perpétuel avec lui, dès <|u'il se préoccupait de l'aire respecter la loi. C'était une citadelle oii la Commune avait gardé garnison : il était temp.s de l'en dt-busciuer. Certaines irrégularités admini.stralives,. qu'il était impossible de tolérer plus longtemps, ayant obligé le gouvernement à soumettre la question à lAssemblée, celle-ci avait saisi avec empressement l'occasion de réprimer un grave désordre tout en juslidant devant le pays, par un acte de fermeté, la transaction (|u elle venait d'accepter.

Le [trojet du gouvernement n'apportait au mal (ju un insuffisant palliatif : il consistait à substituer un conseil municipal élu par quartiers au conseil nommé au scutin de liste, et qui n'était autre que l'ancienne Comnmne lyonnaise : comme si, avecles mêmes électeurs, contrôlés el surveillés par les mèoics agents, un changement dans

ni soiivuN'ins poMTiQur.s

le mode du scruUii v.ûl suffi pour cri modilior oflica.-omont les nsuliuls. lui réalit.'s c'ôtail la mairie ceulrale qu'il fallait supprimer, en couiiant h Lyon comme à Paris les fondions de maire au préfet : non pas qu'une telle confusion d'attributions soit normale ou qu'il convienne de irlcndre ou de la perpétuer; mais il nous semblait que, dans les grandes villes surtout, une bonne et libre organisation municipale était incompatible avec les conditions actuelles do l'éleclorat et qu'il convenait, tant qu'elles ne seraient pas modifiées, de s'accommoder d'expédients provisoires. A Lyon, en particulier, ne fallait-il pas une transition entre l'administration qu'il devenait urgent de dissoudre et celle qu'il v aurait lieu d'instaUer plus tard? Pouvait-on se passer de l'intervention d'une aulorite supérieure et indépendante pour remettre l'ordre dans les affaires, l'amener à l'observation de la loi les fonctionnaire municipaux, instituteurs et autres, et contrôler les listes électorales frelatées ou suspectes? Peut-être une commission municipale eût-elle pu remplir cet olfice. Mais le gouvernement, qui aurait eu à la clioisir, ne s y montrait pas disposé. Dès lors, il ne nous restait d'autre ressource que d'appliquer à Lyon le régime en vigueur a Paris. Nous amenâmes assez aisément le représentant du gouvernement, Goulard, alors ministre de l'intérieur, à le penser comme nous; je dis le représentant du gouvernement, car son clief, redoutant une brouille avec les radicaux lyonnais, professait ouvertement l'opinion contrau-e. Cbargé du rapport, je préparais donc, de concert avec le ministre de l'intérieur, une loi que ce ministre devait lovalement soutenir et qui ne cessait d'être l'objet des critiques et des sarcasmes du Président de la République. C'est ainsi que la responsabiUté ministérielle commençait à être mise en pratique.

Le débat ne pouvait manquer détre orageux ; il le tut et eut un coutre-coup aussi grave qu'imprévu. Durant mon

CONFLIT AVKC M. TIIlKIiS 93

rvquisitoirc roiitre la mairie de Lyon, la gainlie me liarccla irinlcrriifilions violcnlcs, assez moUeiiiciit réprimi-es par le pivsiileiit, (Irévv. Je parvins cependant au terme de ma démonstration. .M Le Rover me répomlit, non sans aisrreur, aigreur bien naturelle dans la situation assez fausse où il se trouvait : il entreprenait de iléfendre les hommes et les choses qu'il avait réprouvés deux ans auparavant, et j'avais invoqué ses déclarations antérieures à l'apiiui de ma thèse. Pour en atténuer l'eflet, il ailecta de dédaiirncr mon « bagapre oratoire » . Ce mot de « bagage » n'avait rien de bien méchant: le marquis de (Iramonl v vit cependant une impertinence insupportable el réclama avec une bruyante impétuosité Depuis un moment, le président Grévy était distrait : une belle étrangère, avec laquelle il était en coquetterie réglée et fort innocente du reste, assistait à la séance ; nous étions au 1" avril; je ne sais pourquoi elle était fâchée contre lui ce jour-là, el voulut lui jouer un tour. Elle avait dans sa poche la photographie d'une vieille gouvernante anglaise, placée chez une de ses amies; elle l'enveloppa d'une série de papiers parfumés et (il porter le poulet, avec une adresse de sa plus séduisante écriture, au président, alors au fauteuil. Celui-ci avait déjà découvert la belle dans la tribune où elle s'abritait: il déplia le joli paquet, croyant V trouver gracieux visage cl gracieux message. La vue souilaine de la maussade figure excita sa colère; et, sachant bien il'où venait le coup, il reganla de ce côté, rouge de dépit. C'était le moment où la dispute du mar- (piis de GramonI el de M Le Royer soulevait un tniMulti-: tandis ipic la droite prenait parti contre .M Le Rover, le président, encore absorbé par son mécompte et ne discernant guère de (pioi il s'agis.sail, ra[)pela .M. de GramonI à l'ordre. La droite éclata, (il mine de quitter la salle, el .M. Grévy, estimant qu'il avait perdu la eonliauce de ses collègues, ammnca qu'il quittait la place; sa

94 SOUVKNIRS POLITIQUKS

(lôinissioii fut officiellement envoyée le lenciemain. Nous cssavàmos vainement de le renommer; il prévoyait sans doute, à bref délai, des délibérations décisives dans un sens cont["aire à ses convictions, et préférait n'avoir pas il les pn'sidcr

Il fallut donc chercher un autre président: Broj^lie et Dejjevriî proposèrent Buffet ; celui-ci, voulant se tenir à l'écart et se dérober à nos instances, nous envoya son ancien chef de cabinet, son fidèle aide de camp Ravinel, pour combattre un choix que Ravinel désirait, au fond, autant et plus que personne; Ravinel remplit consciencieusement sa mission, mais ne réussit pas à nous convaincre : Buffet fut élu et, aussitôt installé, se montra l'homme approprié à la fonction.

Assez rapproché de M. Thiers autrefois, maintenant en lutte habituelle avec lui à la commission du budget et ailleui's, Buffet venait néanmoins de soutenir à la tribune la transaction des Trente, mais sans que M. Thiers se flattât de l'avoir regagné ; s'il arrivait au fauteuil, c'était malgré M. Thiers, qui lui avait opposé sans succès l'un de nos vice-[irésidents. Martel : raison de plus pour (pie Buffet cherchât à mettre les bons procédés de son cùlé. D'après le protocole, le président de l'Assemblée souveraine a\ait le pas sur le chef du pouvoir exécutif, qui lui devait la première visite. BufTet, revenu dîner à Paris avec sa famille, réfléchit que, n'ayant pas encore pris possession de ses nouvelles fonctions, il lui restait une soirée pour faire preuve de déférence vis-<à-vis ^\ Tiiiers sans manquer à la dignité de sa charge; le soir méiiie il revint à Versailles et se rendit à la Présidence, d(^ sorte que les relations des deux puissances s'établirent sans froissement. Le Président de la République cepen dant ne méconnaissait pas la portée du coup (jui venait de l'atteindre indirei-tement. C'était la première fois que la majorité de l'Assemblée s'accordait sur un choi.x destiné

CONFLIT AVKC M TIIIKHS 9S

à le rontrecarrer ; cet accord lui présasonil wiic chute dont Bulle! ilevint l'inslruinenl. Sans HuilVt, rattaipic (|ui allait renverser M. Thiers n'aurait pas eu cliauce d'aboutir ; et c'était là, sans doute, ce que le duc de Hroiilie avait calculé, en poussant à celte élection; non ipiil fut dès lors irrévocablement décidé à ratta(|ue, mais il commençait à la prévoir et à s'y préparer.

Il n'était pas difficile, en effet, de deviner que .M. Tliiers ne se prêterait pas à une politique de résistance aux radicaux, et qu'à la tentative suprême daccnmmoilement succéderait, par consé(|U(Mil. une lutte décisive. Mais, pour que la lutte s'engafreàt, encore fallait-il, d'une ])arl. que les adversaires de .M. Thiers se fussent enteiulus sur le choix de son successeur, de l'autre, que .M. Thiers luimême la provo(|uàt par son attitude et la rendît iin''\ilable F^es deux conditions ne tardèrent pas à être remplies

Pour remplacer .M. Thiers, les orléanistes avaient d'abord proposé le duc d".\umale. Dans leurs pourparlers avec la droite modérée, ils présentaient l'arrivée de ce prince au pouvoir comme un acheminement vers la monarchie et laissfiient entendre que le duc d'Aumale prendrait à cet égard des engagrements propres à donner toute satisfaction aux légitimistes. Je n'ai pas été mêlé à ces négociations; depuis mon adhésion au projet des Trente, j'étais tenu à l'écart des conciliabules auxquels on m'avait a|ipelé jusipi'alors. Mais Baragnon, avec qui j'étais lié, me prenant un jour à part, dans un couloir, me dit : « Sans (pie vous vous en doutiez, nous venons de jouer au-dessus de votre tète le sort de la France. » M. de la Roehelle, l'aèrent autorisé du comte de Chambord, habitait alors, rue Colbert, la même maison (|ue moi, et c'est là (|uen effet les délégués de la droite modérée avaient communiqué à l'extrême droite les propositions du rentre dmil. Ils s'i'-taient heurli's ii un refus formel.

commaïul»'- sans lUiniv yav los inslruclions vcnuos de Frolisdorir et IVappaiil davaiicc d'une exclusion absolue le plus brillant, le plus caiiaide des lils de Louis-PMlipe, mais aussi le plus suspect aux royalistes de vieille rocl»e. (lomuie les voix de l'extrtMne droite étaient indispensables au succès de la campag:ne, ce refus suspendit l'ouverture des hostilités. Mais quand de nouveaux prot;rès des radicaux, encouragés par la politicjue de M. Tliiers, eurent redoublé les alarmes des conservateurs, Broglie représenta à ses amis que, si la société en péril ne pouvait être sauvée conformément à leurs préférences j)arti('ulièrt>s, ils n'avaient pas le droit de se désintéresser de son salul, et les décida, puisfju'il b; faiblit, bon gré mal gré, à renoncer au duc d'Aumale pour le maréchal de Mac-Mabon. Le duc d'Aumale, ses frères et leurs amis se résignèrent à ce sacrifice et l'accomplirent loyalement, mais non sans {[u'il subsistât, chez quelques-uns d'entre eux, un germe de méfiance et d'humeur contre le chef de parti qui les y avait amenés.

Tandis que les adversaires de M. Tbiers se concertaient, ses ministres se divisaient. Dans une réunion, étonnée de se voir saisie d'une (juestion de ce genre, au congrès des sociétés savantes à la Sorbonne, le ministre de l'instruction publique, Jules Simon, avait tout à la fois atta(|U(V l'Assemblée et glorifié le Président île la République, accusant ainsi l'antagonisinc. plus ou moins latent jusqu'alors, des deux pouvoirs. L'Assemblée se trouvait en vacances; sa commission de permanence s'émut de ce discours, en dciii.inda conqite au gouvei'nement, et le

i.i; l'i MAI

iiiiiiisirc (II- liiitcriiMir (loulaiil le dt'savoua fniirii'lliriiciit. Après ce (li-iin'iili, (loiilurd et Jules Sinuin iir pouvaieiit plus siéger ilans le même cabincl : M Tliicrs évita lie prendre parti et prolongea ré(|uivo(|ue en les faisant ou les laissant partir tous deux à la fois.

Ki\ même temps, pour prolester contre la loi que r.Vsscmhli'e venait dadopler. Paris, (|ui avait à ('-lire un dé|iuté, nommait le radical, privé par nous de la mairie (11- Lyon. Barodel; et celte élection, |iatroniicc |)ar (laniliella. se Taisait contre un candidat ofliciei, s'il en fut jamais, le minisin» des allaircs étrangères, Rémusat, présenté par M. Tliiers en personne aux mair(>s de Paris, venus pour le féliciter de la lihéralinn du Irrritoire. Depuis la Couuuune, le pays n'étail [iliis liahiliié' à de pareils succèsdu radicalisme; une \i\c alarme se répandit parmi le.s hommes d'affaires et li's hommes politicpies; la rente, les actions el les (d)ligali()ns de ciieminsde fer haissèrenl tout à coup. Pour ré|)arercet échec ipij lalteignait tout le premier, le Président iu> trouxa rien de mieux que de proposer à lAssemhh'c la proclamation immi'diatc et dilihiti\c de la Uéqmhliipie. c"est-à-dire |»r('(;isément ce que les radicaux réclamaient impérieusement, ce qui leur a\ail été refusé jus<pi'alors el ce que. la veille encore, le princi|)al ministre. M Dufaure. dé'clarail inopportun. Ouehjue opinion que l'on pût avoir sur les avantages ou les inconvénients de la Hépuhli(|ue en France, il était difficile dr' ne |ioint considérer une senddahle proposition, en un tel moment, comme une satisfaction offerte au radicalisme; comment attendre du gouvernement ([ui la fornuilait une politique de résistance? Certains conservateurs qui jugeaient, comme nous, celle résistance nécessaire, tentèrent cepentlant un dernier effort auprès de M Thiers : il leur en coiUait de le combattre; ils acceptaient sans répugnance la Répuhliipie, et, foui prêts à continuer leur concours au gouvernenieiii. nv mettaienl

„8 SOUVENIRS l'OLITIQUKS

qu'une coudiliou : (■"csl (ju'ils rcccvraicnl un gage, uu indice nianifoslc do ses résolutions l'onlrc lo parti qu'ils considéraient, non comme un adversaire polili(iuc, mais (•ununc Tcnneini de l'ordre social. Ils demandaient, par exemple, le changement de quelques ])réfets et l'envoi dans les départements les plus entachés de radicahsme iradministrateurs capables de le combattre. M. Thiers n'accorda rien : ses meilleurs amis, Vitet en tète, l'ahandonnèrenl alors et vinrent apporter à l'opposition l'apjioint dont elle avait besoin.

La bataille devenue inévitable, c'était au duc de Broo-lic qu'il appartenait de la livrer; il avait négocié et signé fa paix au nom des conservateurs; la paix rompue, la conduite de la guerre lui incombait naturellement. Le plan de combat fut arrêté chez le général Changarnier. 11 avait été jadis l'admirateur et l'ami de M. Thiers: il en était devenu peu à peu, à mesure que M. Thiers inclinait à "^auche, l'adversaire intraitable. Dans un entretien avec les principaux membres de la droite, comme M. Thiers, célébrant la conclusion de la paix et le rétablissement de Tordre matériel, se félicitait que le pays ne fût plus exposé à périr de mort violente, Changarnier lui avait répli(iué rudement : « On meurt aussi de la pourriture d'hôpital. » Plus tard, c'était encore Changarnier qui avait réclamé la réprobation des appels révolutionnaires de Gambetta; ne l'ayant pas obtenue aussi nette, aussi énergique qu'il l'eût voulu, il recrutait des soldats pour l'assaut imminent et décisif.

Trois cent vingt députés signèrent une demande d'interpellation sur « la nécessité de faire prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice ». L'interpellation fut déposée dès la rentrée de l'Assemblée et discutée sans retard. Broglio la dévelopi)a dans un discours oii la hauteur .le l'inspiralioii relcvail l'ingénieuse l,,i|,i|,.|,'. ,h. la lacliiiu.'. M. Dnfainv lui répondit au nom

ilu gDUvcrnomcnt. Do tous los ministres de .M Tliiers. M. Dufaurc élail à tous égranls el sans coniijaraison celui (ju'écoulaienl le mieux les conservateurs, que redoutaient ilavaulage leurs adversaires. Mais cette fois, selon nous, sa cause était mauvaise et sa parole nous parut ninins éloquente qu'à l'ordinaire. D'ailleurs Broglie et lui ne semblaient pas faits pour se donnei- la r(''pli(|ue : « (juiind nous discutons ensemble, » disait IJroglie, « nos esjirits ne se rencontrent pas : il prévoit mal ce que je vais dire s'il parle avant moi, cl, s'il parle après, ne riposte g:uère il ce (|ue j'ai dit C'est le rejias du renard el de la cigoirne de La Kontaine. »

Cependant M. Tiiiers, sa politi(pie tout entière ('tant en cause, n'était pas bonnne à ne point se défendre luimême. La loi des Trente, (|ui s'appli(|uait alors pour la ])i-einièrc fois, soumettait son accès à la tribune à des formalités (|u'il ne supportait pas sans impatience el (|u'il eill voulu éluder, mais que Buifet (it respecter avec sa ténacité coutumière. Le clief du pouvoir exécutif ne |)0uvait prendre la parole qu'après l'avoir demandée par un messajre et la séance spécialement consacrée à l'entendre devait être levi'-e aussitôt après ses explications. Cette séance fut (ixt-e au lendemain malin : premier sMiipt('>me des dispositions de la majorité que cette rt'-solution <Ie réserver la journée entière |)Our terminer la crise.

Celle journé-e — le 2't- mai — s'ouvrit donc par mi discours de .M. Tliicrs, tour h tour adroit et lier, le plus persuasif peut-être qu'il ait jamais prononcé. Mais, comme il arrive dans la plu[)arl des g:rands dédiais pailementaii'es, les n-solutioiis é'iaient prises el m- pouvaient plus être miidiliées par des discours. Après le duc de Brotrlie el M l'Iiiers, il n'y avait plus rien à dire de part ni d'autre. Il ne restait (pi'ii se compter On le (it sur un orrlre du jour irErnoul, réclamant, comme il élail dit dans l'inlei -

100 SO(IVK>'IKS POLITIQUKS

|ii'llalii)ii. iiiH' « |i(ilili(Hi(' n'soluinoii I, conscrN-.-iln'ce » et nictlaiil, hors du di'-hal la l'orme du gouvernement. Les doux ])arlis se l)aluiieaient ; le résultat de l'action était douteux, (juaud Target, on son nom et au nom de (|uinz(î i-é|iul)lie;uns conservateurs, tels que Caillaux, \ inl adhérer à la inulion d'Krnoul : petit bataillon ([ui décida du (•()nd)al. Les scrutins se succé<lèrent pour choisir entre les divers ordres du jour, adopter celui qui renversait M. Thiers, accepter sa démission et le remplacer. Cha(|ue fois, la gauche nous guettait et nous arrêtait, escomptant un délai qui laissât tout en suspens. Mais la majorité vola avec une promptitude et une discipline qui témoignaient de sa n'solution d'en finir. Noire président était biend('Tidé. du reste, à faire piévaloir notre volonté; si nous sûmes non seulement discuter, mais agir, c'est à Bulfet. déjouant les embûches et bravant les colères de la gauclie, que nous en fûmes redexablcs. Entrés en séance à neuf lieur(^s du matin, nous siégeâmes à peu près sans interruption juscjuc vers minuit. Le lendemain, Paris et la province apprirent en se réveillant (|u'un gouvernement nouveau était institué. Le maréchal de Mac-Mahon avait remj)lacé M. Thiers: à peine ouverte, la crise gou\crnemenlalc était clos(^.

Le chef tle nos garçons de salie, le \ ieu\ liécherelle, qui faisait partie en quelque sorte du mobilier de la Chambre et survivait avec nos bancs et nos pupitres à l'invasion de plus d'une assemblée, cara(;lérisait l'événement en disant : « Voilà la première révolution que je vois faite par d'honnêtes gens. »

("/est ((u'à vrai dire l'événement n'était pas une ré\olution; il s'était accompli, légalement, sans violence ni désordre, et c'est justement ce qui surj)renait un peuple habitué depuis un siècle à tant de changements de gouvc^rnemenl dus à {'('meule ou à des coups de force. Au surplus, personne ne fut plus étonné de l'issue de la lutte

(|uo doux des personnages qu'elle touchait de plus ])rès : le général Cliangarnier et le maréchal de Mac-Mahon.

Changarnicr, ayant dirigé nos conciliabules, s'iniaginnit plus on moins qu'il remplacerait M. Thiers. Quand M. 'l'Iiicrs eut doimé sa démission, \ers cini] heures du soir, il jyrt'sidait encore une réunion où les di'h'-gués des droites devaient arrêter et [)roclam('r leur choix. Il faihit le détromper: Haragnon s'en chargea et proposji timidement la canrlidalure du Maréchal, sans donner d'ahord ii celle candidature un caractère dénnitii". et comme s'il se l'ùl agi seulement de confier au commanda[)t de l'armi'C de Paris le soin ilassurer l'ordre le iendcinain. Mais le vieux hrave comprit aussitôt et s'exécuta galamment : sa bouche se tordit un peu sous sa moustache grise; puis, sans hi'silcr, il déclara {|u"il n'y axait pas à chercher d'autre successeur à M. Thiers, et, le premier, une fois rentré dans la salle des séances, recommanda le Maréchal à nos suffrages.

Fj'ac(|uiesceriH'nt du Maréchal fut autrement difficile à obtenir. Le duc de Broglie avait calcuh- (piil le refuserait certainement si on le demandait d'avance; ([u'invcsti d'un grand coimnandement par M. Thiers, il ne se pré- Irrait ]tas à coojtt'rer à sa chute en consentant à le i-em- |ilacer : il fallait que la Présidence fût rendue vacante avant (|u'il s'y crût appelé. Hroglie a\ait donc ri'solu de travailler pour notre candidat sans le consulter : aussi celui-ci nt'-larit pas prévenu de ce (|ui l'attendait, et assez inoccupé depuis la chute de la Conunune, assistait dans mie tribune à la sé-ance qui devait lui ouvrir l'accès du pouvoir. Il s'y liouvait à côté ilc .Mme Dufaure, et, dans son honnèle désir île \oir les choses s'arrancer, lui disait : « Faites donc [larler votre mari : avec lui tout ira bien ; mais que M. Thiers se taise; il brouillerait tout. » Vers la fin fie la seconde journée, on l'engagea à rentrer chez lui, sans i|u'il sût trop pourquoi. Bientôt il apprenait

102 souYI■:^'IRs politiques

son (''Icction, cl, par un premier mouvement, avant qu'elle lui lui noiiliée. allait trouver M. Tiiicrs. Quand il rentra, le bureau de l'Assemblée, conduit par BulFet, l'attendait; il traversa le salon oij se tenaient ses aides de camp, en s'écrianl qu'il ne pouvait accepter. Tel était le résultat de son entrevue avec M. Thiers. Mais Hufl'et fit appel à son patriotisme avec une ferme et pressante insistance. Il se débattit longtemps, oilrant la charge qu'on prétendait lui imposer à Buffet lui-même, à un membre quelconciue do rAsseml)lé(^ et lui promettant, pour sa part, soumission et dévouement absolus. Enlin il céda etlorsijue nous vîmes lîulfet remonter au fauteuil, après une atleute ([ui nous parut longue, la décision de l'Assemblée était acceptée.

C'est ainsi que M. Thiers est tombé pour s'être éloigné des hommes qui l'avaient porté et d'abord soutenu au pouvoir, pour avoir, en changeant de point d'appui, changé du même coup et fatalement, qu'il le voulût ou non, de politique. U a été l'artisan de sa chute; jusqu'au dernier moment, il est resté maître de l'éviter, et plût au ciel, j)our la France connue pour lui, qu'il l'eût évitée en effet! S'il ne s'était pas séparé de la grande masse des conservateurs, l'entreprise monarchique eût été tentée sous son gou\ernement comme sous le gouvermcnt du Maréchal et n'eût pas, vu l'obstination du comte de Chambord, mieux réussi. Mais après notre échec, il fût resté ce qu'a été le Maréchal : notre suprême ressource, et dans des conditions combien iiieilicures! Au lieu d'entraîner à sa suite, comme il l'a fait, et d'attirer dans le camp adverse une partie de nos alliés naturels, de iliviser au sein du Parlement et de discréditer aux yeux du pays les conservateurs i|u'il abandonnait, il les eût groupés en leur restant fidèle; il eût atteint, de concert avec eux, le but qu"il assignait à la dernit're étape de sa carrière, et fondé, sinon « la répul)lii|ue sans repu-

LK ei MAI 103

lilicaiiis I). (ju'il avait |inW'Oiiis.'c il'alMud. ilii iiuiins la c( ri'|iiil)lii|iic i-onsiTvalrii-c ». dniil il n'a ccssi' jusiiii a la lin (le s(> iliiT Ir cliamiiioiK

Son tinl lui lie iTiiiic iiu'il y |iarvi<'ii(liMil ni iiicllaiil les coiiservaleiirs ilc cnlt' ou en les clicrcliaiil ailit-urs (jue là où ils élaioiit on nombre et en force, dans les anciens partis nionarciii(|iies. .\ supitoser i|u'il eut réussi liersonncilenicnt, (juil fut arrivé à prali(iuer jus(prà sa mort une politi(|uc conservatrict^ en s'altaclianl et, se sul)onlonnant les radicaux , en loni cas cette façon (le irouverner ne convenait (|u'ii lui seul, ne |)OUvail pas lui survivre, et les lioninies auMpiels il se livrait eussent fatalement inauguré la ]H)!ili(iue contraire après lui. En mettant les choses au mieux, en admettant (|u'il ne s'exagérât pas singulièrement la durée r\ la |i(iitcc de son action sur les partis de gauclie, il reste donc ijuil préparait à la France un avenir destiné à se clore, quoi qu'il voulût, et (|Uoi qu'il fît, avec sa propre existence : et il avait soixanle-(|uinze ans !

.M. Thiers, d'ailleurs, n'a pas été le seul à faillir, sous nos yeux et pour notre malheur, à sa destinée. Au lendemain de nos désastres, un autre régime (jue la répnldi- (|ue nous avait paru conforme au génie de la France, et projjrc à relover sa fortune. .Nous aurions rétabli la monarchie, si le monarque eut accepté le drapeau que la nation avait adopté, que ses héritiers auraient inévitablement arboré. Mais lui non plus ne sut ni voir ni prévoir au delà de lui-même : voilà jjourquoi il est resté à l'écart et la monarchie nous a manciué. Suprême mécompte que j'ai maintenant à raconter.

cil A PI TRI'] V

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