‹ Souvenirs politiques, 1871-1877Chapitre 8 sur 38 · I. 'action mon Aiumoric sois i.k oouvkrnii.m knt · texte numérisé non relu

I. 'action mon Aiumoric sois i.k oouvkrnii.m knt

DE M . T H I E n s

Confi'1-ence dos princes d'Orléans el des délégués de la droile ;ï Dri'ux. — Abrogation dos lois d'exil. — Entrevue des représentants de la droite avec le comte de Chamliord à Cliamljord. Manifeste de Clianibord.

PciiilanI qiir la luttr avec la Coiiiniuiio se prolongeait Bans paraître avancer, nous en mesurions mal les diifieullés; nous en ressentions amèrement le dommage cl le jx'ril: au lieu de nous en prendre à l'insuilisancc de nos forces, nous accusions volontiers M. Thiers de lenteur el d'irrésolution; nous nous demandions avec inquiétud(^ si le « vieux petit bourgeois », comme il s'appelait luimènic, était de taille à domiiter cette révolte, si le moment n'arrivait j)oint oîi il nous faudrait, à la tète des troupes, un prince à chc\al Or ci' piince était tout près de Versailles. Après quelques jours passés sous le toit du duc d'Audiffret-Pasquier, dans l'Orne, le duc d'Aumale é'tait venu à Dreux avec le prince de ,Ioin\ille, et là, l'un et l'aulie restaient dans l'attente, et comme suspendus entre l'exil et la patrie, tandis que M. Tliiers, qui dvp les avait empêchés de se présenter à IJordeaiix. icuienvovail dire el r('|)(''ler ipic les lois d'exil n'é'taieiil [Kiinl

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ahrogros ol ((u'il no n'-pondait. on ronsôquonco, ni rie lour .sùi-cto ni (le lonr lihorli'. Cette fois, néanmoins, ils ne si'loiirnaionl pas, et coinnie ils avaient été élus députés, 1 Assenililé-e avait soit à les admettre, soit à les proscrire à son lonr en maintenant la proseription antérieure. Les proscrire, personne à droite n'y était ilisposé. Mais en même temps nous dé.sirions mettre à jirolit le besoin ipi'ils avaient de notre appui pour les réconcilier avec leur aîné et préparer ainsi la moiiarcliie. Leur impatience do se réinstaller dans leur patrie était e.xtrème; et plus M. Thiers eliercliait à les écarter, plus ils devaient se rapprocher de nous. Dès lors, ne convenait-il pas de les aliorder, de nous e.xpliquer avec cu.\, d'éclaircir ce que nous en devions attendre, soit dans le présent pour abattre rinsurrection, soit dans l'avenir pour relever le triMie"? Un certain nombre de nos amis le pensèrent et, un matin, envoyés par eu.\. le comte de Maillé. Cmnonl il moi nous partîmes pour Dreux où Moclior avait annoncé notre visite.

Le château de Dreux est détruit : du domaine princier, il reste seulement au sommet de la petite ville un t;rand |parc (|ue honlent çà et là quelques restes de vieilles tours, une chapelle funéraire et une i-troite maison qu'on appelle « la maison de l'Lvéqiif ». parce qu'elle était destinée à lévèque charg-é de garder les tomheau.x de la famille d'Orléans. Ce îut dans cette maison que nous trouvâmes les |)rinccs conune canq)és et prêts à repartir à la première alerte, ainsi que l'indiquaient leurs sacs de voyage placés à côte d'eux. Nous les cntretîimies d'abord He la lutte contre la (lommunc : ils étaient résolus à ne pas y prenilre part, à en ahandomuT pleinement la conduite et la responsabilité à .M Thiers Assumer le fardeau de la guerre civile après qu'il lui avait été interdit de se battre contre l'ennemi du dehors, attaquer, forcer et peul-ilre brûler Paris de compte à demi avec les Prus-

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siens qui occupaioiU tMicuie plusieurs forts et sans le conscnlenicnl desquels on ne ])0uvait agir ne convenait aucunement au duc d'Auniale: il se prononça de façon à couper court à toute insistance sur ce pdinl

Quant au rétablissement de la d\ii;islic (pic sa famille avait jadis supplantée el dont die dc\ail niainlenant liériler, son langage fut moins net, sans nous paraître défavorable. Les siens et lui, sans doute, souhaitaient la monarcbie et n'opposaient aucune rivaiili'. aucune conipétilion dvnasti(pH> à la royauté (pie nous souhaitions nous-mcine. à la royauté légitime. « iMais ce n'est pas nous, » ajoutait aussitôt le duc d'.\uniale, « qu'il vous importe de gagner à votre cause. Les d'Orléans, à proprement parler, n'ont pas de parti. A peine quelques fils des ministres de mon père, (p]eli|ues héritiers des serviteurs du duc de Penthièvre » (il y pensait sans doute parce ([u'il se trouvait dans un domaine venant des Pen tiiièvrc) « leur restent fidèles; mais ils correspondent à certain état d'esprit, à certains préjugés, si vous voulez, du peuple français, à son goût pour la monarchie « sans prêtres ni nobles ». Ainsi avons-nous eu pour nous une grande partie du pays en IH-'iO. Depuis, elle nous a éciiappé. Mais, si le sentiment qui cherchait à se satisfaire avec nous a pu se tourner ailleurs, il n'est pas éteint: el c'est à désarmer, à gagner ceux qui l'éprouvent que \(ius devez travailler. Si nous reconnaissions en ce iiioMicnt les droits de notre aîné, vous auriez avec vous (pirl,|ues légitimistes de plus; ce serait pour vous qui nous abordez ici une satisfaction de cœur, pour d'autres une satisfaction d'amour-propre. Ce ne serait pas un gage de succès. T.e i\\i\ vous importe, c'est de rallier à vous, à votre prince, la poil ion de la société française que nous l'eprésentons. Nous n'y nicltrons (piani à nous aucun empêchement. »

Nous n'avions ni mandai ni (|u<dilc pour engager notre

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|iiincc. ol nous gardions «l'en rien faire. Mais nous [lOuvidMs t.'iMoiirncr des disjiositions de notre parti, et le montrions d^-gagé de toute id('e. d.- loule passion ri'lrogrades, sineèrement attaciié à la lilxTti'. arceplantle drapeau tricolore, sous l(i|url. loiit entier, il venait de cinnhaltrc : nous attestions la conrorinili- de vues et d(^ senlinienls, l'areord spontané (|ui. dès le lurimci- jour. sous le poids des désastres ressentis en ((nniiiun. s éla- Missail ii rAsscinlilé-e eiilre nous et les dciiifiiranls des autres partis, nolaninirnl les orléanistes Celte union des patriotes ne devait-idle pas être condrniée el eoin-onnee par la maison royale"? La maison de IJonrhon réconciliée irelait-elle pas nécessaire au salut, au relèvement de la lialrie? Le comte de Maillé, le premier, avait posé nettein<Mit la question, et Cumont, à sa suite, mettait une vérilalde éloquence à rejjrésenler aux deux princes la grandem-. les devoirs, les destinées de leur race. Puis, en face des objections qui nous étaient opposées, nous jjrécisions ce que nous demandions. .!<• Tavais précédemment fornndé dans la Irllrc adressée par révé(pie d'Orléans au prince de Joinville et répétais (luassurémcnt aucun de nous ne pouvait ni ne voulait imposer malgré elle un gouvernement à la France, mais que, dans la crise qn elle traversait, chacun devait savoir et dire quel gou\i rnemenl il lui souhaitait : c'était cette obligation de tout lion citoven que nous suppliions les princes de remplir : rien de moins, rien de plus. Etpuisquils tenaient la monarchie pour le meilleur gouvernement que la France pût avoir, el la maison de Bourbon unie à son chef pour la meilleure des monarchies, nous attendions (ju'ils le déclarassent, persuadés que leur déclaration agirait avec efficacité sur l'opinion puhlicjue et la volonté nationale. .Vu cours de ces instances pres.santes et réitérées, le prmce de Joinville, que sa surdité empêchait de prendre une part active à l'entretien, s'écria tout à coup : " Fnfin.

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Messieurs, si nous tenions dans nos mains la couronne de France, nous la mettrions sur la tète du conUc de Cliainhord et non du comte du Paris, n'est-ce pas, Auniale? » — Le duc d'Anmale (it un signe d'assenliiiKMil — « Mais nous ne tenons pas la couronne de Fiance, » ajoutèrent aussitôt les deux princes.

Telle fut la conclusion de la conférence. Quand elle eut pris fin, en attendant fheure du train qui devait nous ramener à Versailles, les princes nous firent visiter leur résidence, et la conversation détendue s'espaça sur divers sujets. Je ne manquai pas de parler au duc d'Aumale de sa visite à Rixensart avec le comte de Paris, et de la reconnaissance qu'en gardait la famille de M. de Montalembert. Le prince de Joinville s'informa curieusement, et non sans quelque a[)pétil de vengeance, du préfet de police de Gambetta qui l'avait arrêté et renvoyé à l'étranger, Ranc, devenu alors l'un des chefs de la Commune. Pour lui, comme pour son frère, rester en France i;tait le bien suprême; les en chasser le grief inexpiable, ils parcoururent avec nous le parc ouvert au public, où de rares promeneurs les reconnaissaient et les saluaient. Ils nous conduisirent à la chapelle bâtie par Louis-Philippe, type remarquable du gothique frelaté en honneur sous son règne. Nous descendîmes à leur suite dans les caveaux où dormaient ceux de leurs parents qui n'étaient pas morts en exil, où depuis lors ils ont ramené les exilés, où maintenant ils dorment eux-mêmes.

Une fois remontés en wagon, nous échangeâmes nos impressions sur les deux princes, leur accueil et le résultat de notre démarche. Dans le langage abondant, habile et biillant du duc d'Aumale, nous avions remarqué je ne sais (|uelle froideur et comme de la sécheresse d'âme. Le prince de Joinville, ayant peine à nous entendre, avait abandonné à son frèn; la tache de nous répondre et ne s'élail niéli' à rcnlrclicn (|ue par (pichpics paroles rapides

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pI sonores : i-Ikv. lui |Muii(aiil nous avions sciili jtliis de cipiir (>l (l'cLiii IJi ilcliiiilivc, nous avions reconnu (|ue tonsdi'ii.x (•taieiil |iliis ilis|iosés à suivre ropiiiion ]uil)lii|n'e (ju'ii la iie\.iiicer ou h la iliriiier. (|u'ils n'euleuilaii'ul a[)|)orlei- à iioti-e. enti-ejirise nionarcliiijue ni (-oncours ni i)listacle. el ne forniaient pour leur propre compte (pi'un seul Vieu clair el fixe : à ipiel(pie lilie ipie ce lù|. vi\ ii- en France et ser\ir la France

Cependant la négociation tendant à l'abrogation des lois dexil (Hait désormais engagée. Cette négociation allait se poursuivre en partie double : avec M. Tliiers et avec la droite de l'Assemblée; et, comme nous l'avions jirévu. rapprocber les princes de la droite à mesure .pic \\ Tbiers s'elloivail davantage de les (■carier-

Il ^ li-.isaili.i. en ellrl. tant ipTiJ pul. et ne (•(•da que Inrsipi il \it la droite tout enliî're rés(dne sur- celte (juesliori à braver, s'il le fallait, une rupture avec lui. Après de longs et pénibles pourparlcr-s, à la veille même du debal. il preterrdail encore stipubu' des condilioiis (|ur 11 avaient pas ele jutsé'es ius(]ue-là, exiger (pi'en iclnur- de son ac(|uiesceriienl on le proclamât, lui, pour- iriir |ieiiiHlc déterminée en vertu d'rrne loi délinitive. Pr-ésiderrt de la Mepublique, ce qui était une mairiére d'instituer la Hépubli(iue elle-rrréme et ce que devait plus tai-d jx'oposer et laire voler M Hivet. Mais à ce momerrt norrs n'en étioirs |)as encore là, et, rien de pareil n'ayairt ét(' convenu, Tun des membi-es les plus avisés et les jilus désintéressés de noir-e inajorilt', (|ui était en nréme temps Irm des plus liés avec M. Tbiers. mon ami Cbarles de Lacombe, fut cbarué (le le i-appeler à (les arrangements acceph ■^ d un (((mninii accord et sur lesquels il n'avait plus le droit de revenir. Parmi ses ministres, parmi ses familiers anciens ou nouveaux, plus d'un, tel que M. Casimir-Pcrier, s'employait auprès «le lui dans le même sens. Il resta donc convenu et lui-même finit par déclarer à la tribune ipie le gouver-

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ucMK'ul i.c sopi-oserait ni à l'abrogalio.. .los lois .l'oxil ni il l'admission des princes dans l'Assemblée, mais a la .•ondilion (lue ceux-ci n'y siégeraient pas, con.htion qui ,„■ lar.la pas à leur peser et dont ils se dégagèrent plus lard en alléguant que M. Thicrs, l'ayant publiée contre sa parole les en avait déliés, .pie d'ailleurs ils ne l'avaienl acceptée quo in.ur un Irnips et que, la proposition Kivel ayant changé Ir lilr. et allernu 1.- pouvoir de M. Tliiers ainsi que le régime républicain, ils n'étaient p us tenus aux mêmes ménagemenls. Après le débat qui leur avait n-ndu leur patrie, il en fallut donc un nouveau pour leur ouvrir l'Assemblée. Leurs amis le provoquèrent, M. 1 Iners „.. le déclina pas, et ni eux ni lui n'y gagnèrent. Ils IKU-nrent équivoquer sur la promesse et lui, 1 ancien ininistrc, le conseiller et le partisan de leur père, sans pouvoir leur fermer la porte, manifesta de plus en plus à leur égard une humeur, vmc jalousie, qui devaient sans doute l'accréditer à gauche, mais n en étaient pas moins mesquines et malséantes.

Eux et lui se trompaient sur leur véritable mteivt. hloio-nés de l'Assemblée et fixés dans le pays, les princes auraient eu un rang et une importance uniques, borcement à l'écart des manœuvres et des querelles parlementaires, mais à portée de tous les hommes publics et . e quiconque, à quelque titre que ce fût, comptait dans la nation, ils n'auraient pas tardé à être recherches et entourés ■ leur ostracisme même les eût désignés comme une ressource pour l'avenir. Sur nos bancs, au contraire., malgré une familiarité alVectce avec leurs collègues, ils se sen- Lienl mal a iaise, tenaient peu de place et, redoutant de se comprutnetlr.-. soit comme chefs soit comme soldats, dans les h.tl.^s de paru, ne jouaient aucun rôle. A la longue, leur isolernenl au milieu d.-s groupes divers faisait peme à voir; la briHanle (iou.e du due d'.Vmnale n a retrouve ,,„,..,,,,,,, ,i|„,„. ,r,.|lr,pralJrsa.u;onetà(:hant.ll>

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Avrc la droite li-irilimisle, les princes ilureiil preiuire ilaulros ciisagciiients. Pour contrebalancer une lu)sliliir> (léclan'e à gauche et, ciiez le clief de l'I^tat. une mauvaise volonté qui ne demandait qu'à se dt'-clarer. ils avaient besoin de noire concours unanime. De notre coté, (|uels i|ue fussent, contre les d'(M'léans, nos longs et justes ressentiments, nous comprenions tous (|ue la réconciliation de la maison royalt> é'tait le préliminaire indispensable du rétablissement de la monarchie et que. pour avoir une royauté héréditaire ii proposer à la nation, il fallait un roi qui ne frtt pas séparé de ses héritiers. En ramenant les cadets dans la patrie, nous voulions préparer des appuis à l'aîné : nous devions prendre soin de ne pas mettre en avant, sous quelque déguisenient que ce fût, des antagonistes. C'est dans ce dessein que nous avions tout d'abord entamé à Dreux des pourpalers qui se continuèrent ii Versailles. On réussit enfin à convenir qu'après l'abrogation des lois d'exil, M. le comte de Paris irait en son nom et au nom de tous les siens rendre hommage à y\ le comte de Chamboril, le reconnaftre. non seulement comme le chef de la maison royale, mais comme le représentant du [irincipe monarchique, en exprimant le vœu que la France revînt à ce principe et rétablît la monarchie. Les |irinces, qui ne voulaient à aucun prix passer pour des émigrés, eussent souhaité (|ue la visite se fît en France. .Nous mêmes nous l'aurions préféré. Mais le comte de Cbamborrl voulait être abordé là oîi jusqu'alors il avait résidé ; le comte Paris dut se soumettre à cette exigence et [iromit de se rendre à F'rohsdorlf, se réservant seulement devenir auparavant à Versailles II tenait à se montrer d'abord en France.

C'est ainsi (|ue la proscription d(> la maison de Hourbon fut abolie .Vussilùt le vote obtemi, le prince de Joinville et le duc d Vumale arrivèrent à Versailles, remlirenl visite an |(resideiit de lAsseiiibli'e. .M (irévv, et à .M. Thiers. <l

\\i SOUVKMUS !>()[, ITiniIKS

lirciil (lire k leurs Iruis visihuirs ihi Dieux iiii'ils desii-aienl partieulièrciiieul les revoir. Ils rlaienl (leseeiiiliis clic/ leur iiilèle aiui IJoehcr. el ee lui là. daus un pavillon silué au uiilieu (les janlius de la rue Salorv. (lue nous les liuuviiines, euvirouiiés (K'jà d'une foule nombreuse de dt'pulés. L'extivme droite, la droite niodérc^e, le centre droit s'empressaient pareillement autour d'eux. Dans ee premier revoir entre les membres de la famille royale et la France, on se ftîlieitait mutuellement : nulle question politi(iue n'était abordée par les princes, mais cliaeun saluait leur retour comme un signe de réconciliation royale et nationale, un gage de salut et de relèvement pour la patrie. M. Tliiers lui-même, une fois la mesure adoptée, en prit son parti et fit à mauvaise fortune bon visage. Il donna un grand dîner oii il réunit autour du prince de Joinville, du duc d'Aumale. du duc et de la ducbesse de Chartres les députés qui leur (Uaienl allacbés ou qui s'étaient entremis pour leur retour; et, connue quelques jours auparavant l'Assemblée s'était déclarée souveraine, nous nous amusions à dire : « Nous sommes tous ici princes ou souverains. » .\ la réception riui suivit le repas, les salons de la Présidence ressemblaient à ceux d'une cour. La ducbesse de Chartres se tenait et tenait debout autour d'elle toutes les dames; à ses C(ités. Mme ïbiers, qui avait l'air de sa dame d'bonneur, lui présentait successivement loulesles persomies admises;') la soirée.

Le comte de Paris n'était pas encore arrivé à Versailles; il était retenu en Angleterre auprès de la comtesse de Paris ([ni venait d'accouclier ; on l'allendait d'ini jour à l'autre.

i.i: MAMi'i:sTK 1)1-; c.iiam houd

Tandis (]uc nous nous rendions, M. de Maille. Cunioiil cl moi. il l'appel des princes doni nous avions ni'gocié le relour. nous nous ('lions |)roniis de ne pas laisser de C(Mé leur afné, le roi donI nous entendions jiréparer l'avèneinenl. Il nous send)lait que nous lui devions, sans plus de retard, nos lionwnaues et nos iiiforrnalions. En sortant de la maison où les princes nous avaient reçus, nous entrâmes donc chez Cumont afin d'arrani;er notre voyaire en Heliri((ue, où le comte de (lliamhord se trouvait alors. M. de .Maillé se chargea de demander audience pour nous et je passai, en rentrant, au ministère des affaires étrangères prendre un passeport pour la Belgique.

Ma helle-mère s'était réfugiée, au début de la guerre, au.\ environs de Ijru.xelles et n'en é'tail pas encore revenue, .l'annonçai l'intention de l'aller voir, ne sachant pas s'il conviendrait d'éhrniler d'avance le hutdu voyage, et me lins prêt à partir Nous croyions avoir d'autant moins à douter de l'accueil tpii nous était réservé ijue le comte (le Clunnhord. inl'oriné' de notre démarcluîà Dreux, nous en avait fait renicrciei'. reconnaissant, dans une noie remise à M. de .Maillé. i\iu- nous avions ohtemi (( des engagenienis inii)ortants pour la cause monarchique «.

Cependant, au moment d'entrer chez les princes, rue Satory, nous nous étions rencontrés avec Lucien lirun ; nous lui avions fait part de noire projet, il avait annoncé l'intention de se joindre à nous: puis il ne s'était pas Irouré au rendez-vous chez Cumont, et l)ient(')t nous avions appris qu'il était parti seul, le soir même, niand(' par le comte de (ihamhord. Pour nous, au contraire, la réponse

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se IrtisMit iittiMidif : nous accusions voloiilicrs de ce relard le bureau du |)rince, donl nous étions lial)ilucs à nous délier. Nous ne savions pas qu'au conlraire le chef de ce bureau, le marquis de la Ferlé, s'était rendu auprès de son maître pour présenter noire requête et le presser de nous accueillir.

(cependant à mesure que notre attente se prolongeait, nos préoccupations grandissaient. Lorsque Lucien Brun revint du voyage qu'il avait d'abord annoncé l'intention (le faire avec nous, un soir, chez un ami commun, nous le mîmes sur la sellette, nous le pressâmes de (piestions, et ses réponses évasives, ses i'.\|)lications embarrassées furent loin de nous l'assurei-.

Enfin arriva la réponse du comte de Cdiamliord, mais bien (lillcrenle de celle que nous souhaitions : « Monseigneur désirait nous voir, mais seulement après qu'il aurait reçu ses cousins. » Connue le principal objet que nous nous proposions en demandant audience à l'aîné, après avoir visité les cadets, était précisément de préparer leur entrevue, et de la rendre favorable à la cause monarciii(iue. nous nous sentîmes plus au moins obligeamment éconduits et nos alarmes redoublèrent.

Nous les dissimulions cependant à nos alliés du centre et ne cessions de leur demander quand s'accomplirait la visite promise par le comte de Paris. 11 nous semblait qu'il ne se hâtait pas de venir d'Angleterre et de remplir ses engagements. Aussi, quand nous apprîmes qu'il avait envoyé au comte de Chambord le colonel Lutteroth, porteur d'une lettre très respectueuse, par laquelle il demandait à être reçu aux jour et lieu qui lui seraient indiqués, nous éprouvâmes quelque soulagement. D'un côté, du moins, nos appréhensions se dissipaient. Mais ce soulagement ne dura guère. Au bout de quelques jours, le duc (rAndilIret-Pasquier |)rit à part chacun des légitimistes mêlés à la négociation : « Voici, » nous dit-il, « la réponse

LE MANIFESTE DE CHAMRORn 115

(jue nous \cnons de recevoir. Nous vousla ('omniuni(]uonSk, parce que c'est vis-à-vis de vous que nous avons pris des engagements et, s'ils ne sont pas remplis, ce n'est pas notre faute ; vous le reconnaîtrez après avoir lu cette note. D'ailleurs nous ne \ous en laisserons pas prendre cn])ie; loule pirce copiée est tôt ou tard ime pièce publiée cl nous tenons, en ce qui nous concerne, à ne lien envenimer. »

dette ré'ponse était une note à la troisième personne, conçue à peu près en ces ternies : « .M. le comte de Ciiambord sera 1res heureux «le recevoir M. le comte de Paris. Mais auparavant il a un acte à accomplir (]ui ne chaiiiiera rien — il en est persuadé — aux bonnes (lis[iosilioiis de ses cousins, mais qu'il juue plus lo\al de [lublicr avant leur visite. »

l^e duc Pasquier protesta (|ue les princes étaient résolus à ne iioint se blesser et que. s'ils nous faisaient cette ciimmunicalion. ce n'i-tait |i()inl |iniir m' |ilaindrr. mais uiii- (|uemenl pour expli(juer cl justilicr leur conduite.

(juantànons, nos inquiétudes devinrent des angoisses, et iiientôt ces angoisses devaient se changer en consternation.

Au cours d'une séance insignifiante, M. de Maillé avertit ses amis qu'il avait une communication à nous faire. A cet appel, dont son accent et son visage n'indiquaient que trop la triste gravité, nous nous réunîmes ilans la vaste salle oii se tenait d'ordinaire le onzième bureau: et là, voici ce (juil nous dit : « Je sais — ne me demandez pas comment — (|ue M le comte de Chambord arrive en ce moment à Chambord et qu'il y vient pour arborer dans un manifeste à la France le drapeau blanc. Voilà la démarche dont j)arlait lanoteau comte de Paris »

Durant un |ircmier différend au sujet du drapeau qui avait arrêté sous l'Kmpireune première tentative de fusion, le comte de Chambonl avait écrit au duc de Nemours: " l,a France n'est point un pays dont on doive disposer

loin ir<'llc t'I sans elle. » Et par ce motif, assurément très plausible cl propre à lui faire honneur, il avait refusé de s'(Mii;ai;er d'avance sur la couleur du drapeau. Maintenant il se liiiurait dégager sa parole en venant à l'improvisli; à C.handjord, pour dater de là le manifeste issu de sa volonté et de ses méditations solitaires, manifeste assurément contraire au sentiment national, que nous annonçait M. de Maillé.

A cette nouvelle, dans cette réimion de royalistes fidèles, la douleur fut unanime. Tous résolurent de tout tenter pour conjurer ce ipic tous considéraient comme un suprême malheur. A vrai dire, il nous restait peu d'espoir; déjà et depuis trop longtemps, le prince se montrait inaccessible au.\ conseils de ses plus sages amis. Il n'en était pas moins de notre devoir de lui porter la vérité, fût-il résolu à ne pas l'entendre. On songea d'abord à lui députer les trois mend)res de la droite (jui avaient abordé les premiers les princes d'Orléans, M. de Maillé, (lumont et moi. Mais je représentai (ju'en cette occurrence, la mission remplie par nous à Dreux nous discréditerait à Chambord; qu'en réclamant le drapeau tricolore, nous serions soupçonnés de soutenir ce que nous avions accepté d'a^•ance et de plaider notre propre cause plutôt que celle de la royauté elle-même. Nous avions parmi nous les héritiers de trois des plus grandes maisons de la monarchie : Maillé, La Rochefoucaulf, Gonlaut-Biron. Après la maison royale, il n'en était pas dont l'illustralion fût plus étroitement liée à la gloire du drapeau blanc. Nous leur demandâmes d'obtenir du roi le sacrifice de ce drapeau. Tous troisacceptèrent,M.deMaillé, ([ui avait joué le rôle principal dans les négociations antérieures, aussi bien (jue les deux autres, qui n'y avaient pas été mêlés jusqu'alors. C'était l'ancienne France qui allait adjurer son chef de ne pas tourner le dos à la France nouvelle. Comme nous sortions de cette délibération douloureuse

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