CHAPITRE DEUXIEME
Mort de Mgr Labelle — Dissolution du parlement fédéral — Une lettre de l’hon. Ed. Blake — Défaite des libéraux — Départ de M. Mercier pour l’Europe — L’emprunt de dix millions— Conversion de la dette de la province — M. Mercier à Paris — On lui donne un banquet — Son discours — Le Temps de Paris — M. Mercier à l’Elisée — Le Président Carnot le fait Commandeur de l’Ordre de la Légion d’Honneur — M. Mercier à St-Malo — Lettre de l’abbé Auguste Gosselin — Retour de M. Mercier au Canada — M. Mercier est fait comte du St Empire — Mort de Sir Antoine Aimé Dorion — Quelques notes sur sa carrière— Mort de Sir John A. Mac Donald — Notes sur sa carrière — M. Abbott appelé à succéder à Sir John — Mécontentement de M. Chapleau — Campagne de calomnie entreprise contre M. Mercier —
L’année 1891 s’ouvrit par un deuil cruel pour la province. Mgr Labelle, qui semblait l’image de la santé, tomba soudainement malade et mourut après deux jours de maladie, à la suite d’une opération chirurgicale.
Depuis plus de trente ans le nom de Mgr Labelle, — ou plutôt, pour lui rendre le titre
modeste qu’il a illustré — le nom du curé Labelle avait été dans notre province un véritable étendard autour duquel s’étaient groupés tous ceux qui avaient à cœur la colonisation de nos immenses territoires, le défrichement et la culture de nos belles terres, la conservation pour les nôtres du sol que nos ancêtres avaient arrosé de leurs sueurs et de leur sang.
Parmi toutes les qualités dont était doué cet homme si sympathique, il en est une qui primait toutes les autres, c’était celle du citoyen modèle, du patriote véritable qui se donne tout entier, sans restriction, sans réserve, au service de son pays.
L’œuvre entreprise et poursuivie avec tant de zèle par le curé Labelle n’était pas ordinaire. Dans le travail immense qu’il s’était imposé, deux choses l’animaient surtout: la religion et la patrie. “Emparons-nous du sol,” disait-il en toute occasion, peuplons notre pays de bons citoyens. Il voulait qu’on s’emparât du sol, mais loyalement, légitimement, sans faire aux autres le moindre tort. Il accueillait avec bienveillance tous les colons sans égard à leur race ou à leur religion.
La politique l’inquiétait peu; les partis ne comptaient guère à ses yeux. Son gouvernement idéal, c’était celui qui consentait à l’aider dans sa grande œuvre de colonisation. Ce qu’il a accompli a eu son retentissement non seulement ici, mais en Europe, en France surtout. M. Ra-
meau de Saint Père, MM. Elisée et Onésime Reclus, ces amis sincères de notre pays, ont tour à tour rendu hommage au travail si intelligent et si pratique de ce brave prêtre.
Le curé Labelle a été dans la province l’une des figures marquantes de son époque; il y a joué un rôle considérable. C’était un Canadien-français et un colonisateur. Il avait un violent amour de sa race, il voulait la voir maîtresse du sol.
Les projets de chemins de fer, de voies de colonisation qui hantaient sans cesse son cerveau fécond, étaient dans ses calculs destinés avant tout à amener l’expansion de notre race. Il n’avait ni haine, ni préjugé contre les autres nationalités, mais il était de la sienne! Les deux hommes politiques pour lesquels il professait le plus d’admiration et d’estime, furent Mercier et Chapleau.
Dès le commencement de janvier la nouvelle que le parlement fédéral allait être dissous commença à prendre de la consistance. Ce parlement datait du 22 février 1887, et, partant, il lui restait encore une année d’existence constitutionnelle. Pourquoi en abréger la durée ? Le parti conservateur sentait sans doute que les révélations terribles faites dans l’affaire Mc Greevy-Langevin lui avaient fait un tort consi-
dérable; il se rendait bien compte aussi que Sir John qui tant de fois l’avait conduit à la victoire était vieux, et qu’il fallait faire les élections avec sa puissante direction, pour les gagner. Les Chambres furent donc dissoutes subitement. La mise en nomination des candidats fut fixée au 26 février et la votation au 5 mars.
Les libéraux se jetèrent tête baissée dans la lutte, avec la détermination de sortir victorieux de cette bataille. Dans la province de Québec, grâce au concours précieux de M. Mercier, ils eurent une organisation formidable. Celui-ci qui devait partir pour l’Europe ajourna son départ afin de prendre part à la lutte. A un banquet qui lui fut donné à Montréal, il promit quinze voix de majorité à M. Laurier dans la province de Québec et il lui en donna davantage.
M. Laurier, dont le prestige était très grand dans tout le pays, se prodigua pendant cette campagne électorale. Il obtint surtout des succès éclatants dans la province d’Ontario où il arracha plusieurs comtés aux adversaires. Les grands journaux de Londres l’avaient déjà signalé comme un grand homme d’Etat. Dès 1888, la Canadian Gazette l’appréciait dans les termes suivants :
“Le discours deM. Laurier, à Toronto, le porte d’un bond au premier rang des hommes d’Etat. A l’éloquence naturelle du Canadien-Français se joignent chez M. Laurier l’intégrité, la droi-
ture d’intention et un patriotisme éclairé qui le désignent pour le commandement. Le Canada n’a jamais eu plus besoin qu’en ce moment, à la direction des affaires, d’hommes de cette force intellectuelle et morale.”
Au premier moment après la bataille, les libéraux se crurent vainqueurs, tant leurs succès avaient été grands: trois ministres, MM. Carling, Foster et Colby, étaient restés sur le carreau et plusieurs comtés avaient été enlevés à l’ennemi. Mais, une fois les comptes faits, on constata que Sir John était victorieux bien que sa majorité eut été singulièrement diminuée. Il avait perdu la province de Québec qui, depuis bien des années, avait appuyé le parti conservateur.
Un incident important s’était produit dans le cours de cette campagne: l’honorable Ed. Blake, qui s’était retiré de la politique, publia une lettre qui fut tout un événement. Dans ce manifeste, il prétendait que le programme de l’opposition — la réciprocité commerciale avec les Etats-Unis — pouvait conduire à de graves périls. Du reste il ne concluait à rien de pratique; il n’indiquait aucun remède aux maux qu’il signalait. Il prétendait que la politique économique du cabinet conservateur avait provoqué le mécontentement et la désagrégation, et aussi, une tendance quasigénérale vers l’annexion aux Etats-Unis. Et, en même temps, il soutenait que la réciprocité illimitée amènerait l’annexion politique avec les
Etats-Unis. Il laissait pressentir qu’une telle union pourrait bien nous écheoir en partage, mais qu’alors il valait mieux faire nos conditions avant d’aliéner notre liberté commerciale.
La grande difficulté était que M. Blake voyait des moyens d’annexion et dans la politique fiscale du gouvernement et dans celle de l’opposition — politique pourtant diamétralement opposée — et que pour toute suggestion il conseillait d’abord de faire nos conditions d’union.
Tel était le résumé de sa pensée. Son attitude était entourée de nuages; il semblait croire que la destinée nous entrainait vers la grande nation dont nous sommes les voisins, mais il hésitait tout de même et demandait à réfléchir.
Cette attitude de M. Blake déplut beaucoup aux libéraux. Ceux-ci disaient avec raison qu’il n’aurait pas dû attendre le moment de la bataille pour critiquer la politique fiscale de l’opposition qui était connue depuis longtemps. Us se demandaient aussi sur quelle herbe il avait marché pour sortir de sa tente d’une façon aussi inopportune et à un moment où il pouvait compromettre les chances de succès du parti libéral.
Sans doute, M. Laurier n’avait pas remporté la victoire, mais il avait singulièrement fortifié sa position. Il avait gagné sur l’ennemi quatorze comtés dans Ontario et autant dans notre province. D’un autre côté, il avait perdu un peu de terrain dans les provinces maritimes.
De cette Chambre élue en 1891, les seuls députés de notre province qui occupent encore leurs sièges sont Sir Wilfrid Laurier, l’honorable M. Brodeur et M. Brown, de Châteauguay.
Aussitôt les élections terminées, M. Mercier partit pour l’Europe accompagné du Trésorier, l’honorable M. Shehyn. Toutefois, avant son départ il voulut donner une dernière preuve de l’intérêt qu’il portait à M. Laurier, dont l’insuccès l’avait beaucoup affligé. Il convoqua chez lui un certain nombre d’amis et leur tint le langage que voici:
“Nos adversaires sont victorieux; ils vont vouloir jeter le découragement parmi nos amis en leur faisant des procès d’élections. Il faut se préparer à les protéger en usant de représailles, en contestant les élections de quelques députés conservateurs. Pour cela, il faut trouver moyen de prélever les fonds nécessaires pour faire les dépôts exigés par la loi.”
Il prépara à cette fin un billet au montant de $10,000.00 qu’il signa et qui fut endossé par MM. C.-A.-P. Pelletier, F. Langelier, Ernest Pacaud, J.-I. Tarte et moi-même. Ce billet fut escompté et servit à faire les dépôts pour plusieurs contestations, et ce fut une grande protection pour nos amis.
MM. Mercier et Shehyn se rendaient en Europe pour opérer la conversion de notre dette provinciale, pour placer l’emprunt de dix millions autorisé par la législature, et aussi, pour étudier sur place la fabrication du sucre de betterave.
L’Alliance Française offrit un banquet à M. Mercier pendant son séjour à Paris. Ce banquet fut présidé par M. le Comte de Vogüé, de l’Académie Française. Le discours que M. Mercier prononça dans cette occasion fut très remarqué : la grande presse de Paris en fit les plus beaux éloges.
M. de Vogüé proposa la santé de M. Mercier dans les termes les mieux inspirés. Il démontra quelles destinées étaient réservées à la terre canadienne, entrepôt désigné entre l’Europe et l’Asie, dès que le Transibérien serait ouvert. Le commerce du monde y affluera, les vastes contrées qui s’étendent entre les deux océans se peupleront. Après avoir rappelé le prodigieux développement de notre race en Canada, l’orateur ajouta:
“Nous pourrions encore apprendre de vous les directions qu’il convient de donner à une démocratie française. Votre pays est un admirable champ d’expérience. Notre esprit national y persiste avec nos coutumes et nos besoins héréditaires; mais il est en contact avec l’esprit anglais qui lui infuse quelque chose de ses solides qualités . Vous êtes le creuset où se
combinent les éléments de l’avenir; vous en faites un judicieux triage de ce qu’il en faut assimiler à nos institutions, à nos mœurs. Les tentatives qui réussissent dans la Nouvelle-France méritent toute l’attention de l’ancienne.”
M. Mercier répondit avec une rare éloquence à M. de Vogüé. Il rappela la longue lutte soutenue par les Canadiens pour revendiquer leurs droits. Au lendemain de la conquête, dit-il, toutes les forces vives, nobles, officiers, négociants, quittèrent la colonie, il n’y resta que le peuple et le clergé. Cette poignée de Français semblait à jamais perdue pour la France, tous les moyens étaient bons à l’Angleterre pour la dénationaliser. Elle a triomphé cependant, mais au prix de quels efforts!
“Comment, s’est écrié M. Mercier avec une émotion communicative, pourrais-je vous dire dans les quelques instants d’attention que vous voulez bien me donner, toutes les péripéties de nos luttes, de 1759 à 1840? Régime militaire écrasant brutalement ces pauvres vaincus; régime de persécution proscrivant la langue française, fermant les écoles; régime de corruption et de promesses, sous forme d’honneurs, de titres et de fonctions publiques, mis en usage quand celui de la persécution eut échoué; l’éloquente protestation des 92 résolutions portées au pied du trône d’Angleterre par les représentants de tout un peuple conquis, mais non soumis; la
loi martiale avec toutes les injustices de ses procès sommaires sans jury; les paysans se battant avec des vieux fusils, des fourches et des faulx, quelquefois vainqueurs, le plus souvent vaincus; enfin, les jours de deuil national où les échafauds furent dressés sur nos places publiques, et sur lesquels les illustres défenseurs de nos droits mouraient en criant: “Vive la France! Vive la liberté!”
“Le sang tombé de ces échafauds fut une semence généreuse, il arrosa le sol fertile du Nouveau-Monde et sauva la race française en Amérique. Dès ce moment, toutes les libertés religieuses et politiques nous furent acquises.
“Les 70,000 Français de 1759 sont aujourd’hui représentés par deux millions et demi, oui, Messieurs, deux millions et demi de Canadiens-français qui parlent votre langue, qui aiment encore l’ancienne mère-patrie, qui souffrent de vos défaites comme ils se réjouissent de vos triomphes; qui s’écriaient en voyant arriver un navire français à Québec, il y a quarante ans: “Voilà nos gens qui reviennent!” et qui se réunissaient aux portes de leurs églises, en 1870, pour envoyer des secours à vos soldats blessés, humble tribut d’amour filial pour la patrie de leurs ancêtres.”
La presse de Paris fut vivement émue en lisant ce beau morceau d’éloquence.
Le Temps du 19 avril disait:
“Il nous parait que le discours prononcé au
banquet de l’Alliance Française par M. Mercier mérite quelque attention. La France ne peut rester indifférente à de pareils témoignages de sympathie et d’affection qui lui viennent de ses enfants passés aujourd’hui sous une autre dénomination politique. Si ce discours ne renfermait que des choses agréables à notre amour propre national, il n’y faudrait pas insister. Mais il s’y trouve quelques leçons et quelques exemples qui venant d’une famille sœur de la nôtre doivent être d’autant mieux accueillies et méritées.
. “On dit quelquefois que sur les bords
du St-Laurent, les descendants des Français de jadis sont fiers de nous; l’autre jour, sur les bords de la Seine, en entendant M. Mercier, nous avions bien plus raison encore de nous sentir fiers d’eux.
. “Il est une troisième leçon qui se dégage
■de ce discours, c’est une leçon de tolérance et de paix religieuse. Le ministre de Québec expliquait le succès des efforts soutenus des Canadiens- Français par l’intime union du peuple et de son clergé. Le clergé canadien a été d’un patriotisme admirable. Il a retenu comme en un indestructible faisceau tout ce qui faisait l’unité de l’âme française, non seulement le culte, mais les coutumes, la langue et la littérature. Ainsi unie, la race s’est trouvée imperméable et invincible. Ce qu’il y a de plus admirable peut-être, c’est que cette union du peuple canadien avec son Ælergé ne l’a pas empêché de marcher dans la
voie de l’affranchissement démocratique et dans celle de la tolérance et du respect des droits invariables de toute conscience. Les droits de la minorité sont consacrés et garantis par la loi aussi bien que ceux de la majorité. Ne serionsnous pas glorieux si l’on pouvait en dire autant de notre République? Mais comment l’alliance pacifique a-t-elle pu se faire entre des éléments que dans notre étroitesse d’esprit nous sommes habitués à concevoir et à traiter comme irréductiblement contradictoires?”
M. Mercier eut l’honneur d’être reçu à l’Elisée par le président Carnot qui voulut l’honorer en le nommant Commandeur de l’Ordre de la Légion d’Honneur. Il ne voulut pas quitter la France sans visiter St-Malo, ce coin de terre qui nous est cher à tant de titres, puisqu’il a vu naître Jacques Cartier. Je laisse la parole à M. l’abbé Auguste Gosselin qui accompagnait M. Mercier dans ce pèlerinage patriotique. Voici quelques extraits d’une lettre qu’il m’adressait, alors de St-Malo:
. “Aller dire la sainte messe à St-Malo,
dans cette antique cathédrale d’où partit autrefois Jacques Cartier pour découvrir le Canada, dans cette église où l’évêque du lieu — car il y avait alors un évêque à St-Malo — bénit ses drapeaux et lui souhaita bon voyage; puis ensuite visiter cette bonne ville de St-Malo encore si intéressante et si catholique, son port si renommé.
et pousser une pointe jusqu’à Limoilou et à la Porte Cartier: Hoc erat in votis!
“St-Malo est à cinq ou six kilomètres de La Briantais. A huit heures ce matin, nous étions à la cathédrale, église magnifique dont la construction remonte jusqu’au douzième siècle, l’une des plus belles et des plus attachantes de toute la France, qui possède cependant tant de beaux monuments religieux.
“Je n’ai pas besoin de vous dire le bonheur que j’eus de célébrer la messe en ce lieu béni. Au nom de l’Eglise je remerciai Dieu de lui avoir ouvert, par la découverte de Jacques Cartier, de si vastes horizons pour le salut des âmes.
. “La messe dite et visite de la cathédrale
terminée, nous parcourons les principaux endroits de la ville où il y a tant de détails intéressants, tant de reliques des âges passés; puis, nous montons en voiture pour Limoilou.
“Les côtes de St-Malo et toutes ces campagnes de Bretagne sont assez souvent noyées dans la. brume et les brouillards ; dans ces conditions lesj plus beaux paysages deviennent tristes et sanscouleur.
“Aujourd’hui, au contraire, tout cela baigne dans la lumière; le soleil est ravissant, la gaité est partout.
“De St-Malo à Limoilou, il y a bien une dizaine de kilomètres. C’est une excursion ravissante,
sur le bord de la mer, au milieu de jardins, de riches campagnes, de splendides villas dont plusieurs portent des noms de saints, comme par exemple la villa St-Jean-Baptiste, la villa St- Joseph, etc., etc. Evidemment nous sommes ici dans un pays encore bien catholique où le dimanche, d’ailleurs — car c’est aujourd’hui dimanche — est encore religieusement observé.
“Limoilou et la Porte-Cartier sont deux fermes distinctes, qui se touchent cependant l’une et l’autre et appartiennent à un riche propriétaire, qui n’a plus rien de commun avec la famille de Jacques Cartier. Ces deux fermes dépendent de la commune de Rothneuf; l’église est située à deux kilomètres environ.
“Les gravures que nous avons au Canada et qui nous représentent le vieux château de Jacques Cartier sont bien exactes. Il y a une partie de l’habitation qui est évidemment moderne; mais l’autre, celle qui renferme deux tourelles, est certainement très ancienne et remonte au temps où l’on avait sans cesse à se défendre contre des ennemis répandus partout et pouvant arriver à l’improviste à toute heure.
“L’intérieur de la maison est simple comme dans toutes les bonnes fermes françaises: un beau fourneau, toujours luisant, de nombreux ustensiles de cuisine et de ménage, toujours en ordre parfait, une longue table à manger, quelques
chaises, des lits à deux étages, quelques armoires, voilà à peu près tout le mobilier.
“Ce serait se faire illusion que de se représenter la maison de Jacques Cartier comme un grand château, une demeure princière. Jacques Cartier n’était ni un prince, ni un duc, ni un marquis; il appartenait à une famille du peuple; il a découvert le Canada: n’est-ce pas assez pour sa gloire? et en faut-il davantage pour que tout Canadien aime avec passion à visiter le lieu de sa naissance ?”
M. Mercier voulut laisser un souvenir de son passage à St-Malo: il fit placer sur une plaque de marbre dans le pavé du chœur de la cathédrale l’inscription suivante:
“Ici s’est agenouillé Jacques Cartier à son départ de St-Malo pour la découverte du Canada en 1531.”
Et plus bas:
“Honoré Mercier, premier ministre de Québec, souvenir de sa visite en 1891.”
M. Mercier arriva à Québec le 18 juillet par une journée superbe. Tout Québec s’était porté au devant de lui pour lui souhaiter la bienvenue. Le lendemain, il se rendait à Montréal où on lui fit l’un des grands triomphes de sa vie. Il méritait tous ces honneurs, car son passage en Europe avait puissamment contribué à annoncer
et à faire mieux connaître notre province. Quant à sa mission, il était impossible de compter sur un succès plus complet. Son séjour de trois mois à Paris avait marqué une date dans l’œuvre de rapprochement entre la France et le Canada que l’on poursuivait depuis dix ans. M. Mercier avait fait une campagne de propagande patriotique avec une ardeur et un succès admirables.
Dès son premier discours prononcé à l’Alliance Française, on avait senti en lui la volonté de mettre en présence les intérêts et les sentiments des deux pays, de façon à rendre un accord aisé et comme inévitable.
Il laissa complètement à son habile collègue, M. Shehyn, ce qui était de sa compétence, et il se renferma dans le domaine des questions d’ordre général. Vu le mauvais état du marché monétaire, ils se bornèrent à contracter un emprunt de quatre millions à deux ans.
C’était le moyen de bien définir notre situation vis-à-vis des intérêts français. Ce n’était pas de l’argent que nos ministres étaient allés en toute hâte demander à l’épargne française; ils avaient tenu avant tout à provoquer l’attention la sympathie, à exciter dans toutes les classes de la population le désir d’étudier les ressources si variées de la province de Québec. De cette façon les capitaux français pourraient prendre la route du Canada en toute connaissance de cause, et sans surprise d’aucune sorte.
En mettant le pied en France, M. Mercier fut informé par une dépêche que Léon XIII, appréciant les services qu’il avait rendus à l’Eglise en différentes circonstances, venait de le créer Comte du St-Empire. Ce titre n’est accordé par le Saint Siège qu’aux évêques nommés assistants du trône pontifical et à certains hauts personnages laïques pour les récompenser des services rendus à l’Eglise.
Le titre officiel de cette dignité est "Comte du palais apostolique et de la Cour de Latran.” Dans leur institution primitive ces personnes étaient les compagnons ( Comités ) du Pape quand il habitait St-Jean de Latran et composaient sa Cour. Les insignes consistent en une croix d’or suivant un modèle déterminé, une chaine d’or et un manteau orné d’une croix.
Ce titre donne droit à tous les privilèges de la noblesse.
Le Bref était daté du 24 mars, le jour même où M. Mercier arrivait en France, et un mois avant sa visite à Rome.
Le 30 mai, notre province perdait l’un de ses plus illustres magistrats. Sir Antoine Aimé Dorion s’éteignait doucement à l’âge de 73 ans. C’était incontestablement la personalité la plus grande, la plus sympathique du vieux parti
libéral qui disparaissait. Et, singulière coïncidence! il mourait au moment même où Sir John Macdonald se débattait encore dans les spasmes d’une longue agonie. Dans ce double malheur national, on voyait s’en aller en même temps, presque à la même heure, deux chefs, qui pendant de longues années avaient lutté l’un contre l’autre dans l’arêne parlementaire!
Le nom d’Aimé Dorion a toujours été cher aux libéraux du Canada dont il fut pendant si longtemps le courageux porte-drapeau. D’une intégrité irréprochable, doué de puissantes facultés intellectuelles, il a joué un rôle brillant dans notre politique. Hélas! il a vécu à une époque où le parti libéral, assailli par tous les préjugés, dénoncé comme pernicieux et dangereux, n’avait guère de chance de triompher. M. Dorion — et c’est un de ses titres de gloire — a eu le courage de faire ses combats tout en sachant bien que ses efforts seraient inutiles, qu’il était condamné à l’impuissance. Il luttait pour une cause qu’il croyait bonne, et rendons-lui le témoignage qu’il a employé tous ses talents, dépensé toutes ses énergies pour assurer son triomphe. Il fut souvent vaincu, jamais découragé; il y jetait alors, lui ce grand libéral, cette semence féconde qui a depuis porté ses fruits. Bref, il a préparé de longue main des victoires qui devaient être remportées plus tard par ceux qu’il avait formés à son école.
M. Dori on entra, en 1838, dans l’étude de M. C.-S. Cherrier pour y étudier le droit. Il devint plus tard son associé.
Sans prendre part à la politique, le j eune avocat y portait tout de même beaucoup d’intérêt. On était à ce moment au milieu de ces luttes si émouvantes qui ont amené l’Union des deux Canadas. C’était l’époque où Lafontaine employait tous ses efforts pour nous obtenir le gouvernement responsable. Il avait dans cette belle œuvre l’appui des libéraux de toutes les nuances.
Les jeunes libéraux, non satisfaits de la victoire que venaient de remporter Lafontaine et Baldwin, réclamaient encore d’autres réformes. Ils attaquèrent les réserves du clergé, la tenure seigneuriale, tout enfin ce qui était cher au Family Compact, à l’odieux régime oligarchique. Lafontaine et Baldwin aimaient mieux sortir de la vie publique que d’entreprendre cette vaste tâche.
Ce sont les élections générales de 1854 qui ouvrirent pour la première fois à M. Dorion les portes du parlement. U fut élu par la ville de Montréal. Déjà, il occupait une place considérable au barreau et il s’était conquis par son grand caractère la confiance publique. Toute une pléiade de jeunes gens de talent avait été élue en même temps que lui; ces libéraux s’appelaient Joseph Papin, un tribun de premier
ordre, J.-C. Laberge, un orateur académique, Chs Daoust et le fameux Eric Dorion que l’on surnomma l’Enfant Terrible.
Tous ces hommes représentaient la phalange avancée du parti libéral que l’on désignait sous le nom de Rouge.
Au retour de son exil, Papineau dénonça l’Acte d’Union qui fut défendu par Lafontaine alors premier ministre. C’est à cette occasion que s’opéra la scission dans le parti libéral. Papineau fut suivi par la jeune cohorte ayant à sa tête Aimé Dorion.
Après les élections de 1854, l’on voit entrer en scène quatre hommes qui devaient jouer les premiers rôles dans les événements qui allaient se dérouler. Ces hommes étaient John-A. Macdonald et Geo. -Et. Cartier, du côté conservateur et A. -A. Dorion et George Brown du côté libéral.
Plusieurs jeunes libéraux émirent dans ce temps-là les idées les plus extravagantes; mais M. Dorion ne les suivit pas dans cette voie. Il chercha, au contraire, à écarter de son programme tout ce qui était utopique et irréalisable. Malgré cela, on souleva contre lui les préjugés religieux; on le tint responsable des idées professées par cette poignée de jeunes libéraux; on lui attribua injustement des idées qu’il n’avait jamais exprimées ni acceptées.
M. Dorion a combattu la Confédération parce
qu’il y voyait pour notre province des dangers qu’il a signalés dans le temps et qui depuis se sont présentés, démontrant ainsi sa grande clairvoyance politique; toutefois, il n’était pas opposé au principe fédératif. Il aurait accepté une union fédérale des deux Canadas, mais il ne croyait pas le moment arrivé de réunir toutes les provinces.
Geo. Brown s’était allié aux tories pour faire accepter la Confédération, ce qui eut pour effet d’affaiblir le parti libéral. Les élections générales de 1867 furent un désastre pour ce dernier; M. Dorion sortit de la bataille avec une quinzaine de partisans seulement.
Le parti libéral sortit plus fort des élections de 1872. Il prit le pouvoir à la suite du fameux scandale du Pacifique. M. Dorion entra dans le cabinet MacKenzie comme ministre de la Justice. C’est pendant qu’il occupait ce poste qu’il opéra deux réformes importantes que le parti libéral réclamait depuis longtemps: la Loi Electorale actuelle et celle des Elections Contestées. Ces deux mesures furent adoptées à la session de 1874.
M. Dorion abandonna, après cette session, la politique pour accepter la présidence de la Cour d’ Appel après la retraite du juge Duval. Dans l’exercice de ces hautes fonctions judiciaires, il fut le type accompli du magistrat instruit, courtois et impartial. Il rendit à ce
tribunal l’autorité, le prestige qu’il avait perdus dans les derniers années. Il apporta dans ses nouveaux devoirs une âme délicate, un cœur droit, une probité au-dessus de tout soupçon, parce qu’il comprenait que le juge doit être audessus de toute tentation. La jurisprudence créée par M. Dorion était marquée au coin du savoir et des vrais principes du droit; elle se continue encore aujourd’hui. On cite souvent ses arrêts et ils font autorité devant nos tribunaux.
M. Dorion s’était acquis comme juge en chef un très grand prestige; aussi, en 1877, Sa Majesté la reine Victoria le fit chevalier. Pendant qu’il était dans la politique il avait refusé cet honneur; mais dans cette circonstance, il l’accepta parce qu’il le considérait comme conféré au tribunal dont il était le président.
“Ce fut le malheur de M. Dorion, a écrit M. Laurier, que tandis qu’il se trouva pendant plusieurs années au beau milieu de la mêlée politique, il ne lui vint jamais de sa province une majorité qui l’aurait mis à même de faire triompher les vues libérales, claires et justes qu’il avait sur les questions les plus importantes pour l’avenir du Canada. Bien qu’il se trouvât presque toujours dans la minorité, il ne cessa jamais d’être dans la Chambre une très formidable individualité et d’exercer autour de lui une influence considérable dont la seule source se trouvait dans la hauteur de son caractère et la
puissance de ses talents. Dans les rangs du parti libéral, il n’y a jamais eu d’hommes à qui ait été accordée une part plus grande de respect et d’affection.”
Six jours après la mort de Sir A.-A. Dorion, c’était au tour de Sir John-A. Macdonald à descendre dans la tombe à l’âge de 7 6 ans.
On devait s’attendre à sa disparition, à un âge aussi avancé, après une si rude carrière, après surtout les énormes fatigues d’une lutte acharnée. Mais le public, accoutumé à le voir jouer un rôle si proéminent depuis tant d’années, ne pouvait se résoudre à en prendre son parti.
L’histoire de Sir John est l’histoire du pays pendant qu’il a vécu, tant il a été mêlé à tous les événements importants. Jamais avant lui un homme d’Etat canadien n’avait prêté à la légende comme cet esprit élevé, original. C’était un fascinateur des masses, mais plus encore des individus pris à part et mis en contact immédiat avec ce courant magnétique qui se détachait de tous ses actes, de toutes ses paroles.
Les historiens, ou au moins les chroniqueurs qui préparent l’histoire, ont comparé Sir John à D’Israéli: ils ont eu raison sous un rapport principal, celui de la similitude des moyens appliqués à la politique. Tous deux ont cru à
l’efficacité d’un opportunisme mitigé, d’un utilitarisme séduisant dont les masses sont éprises et qu’il est bon de faire sans cesse miroiter à leurs yeux.
Elu en 1844, le jeune Macdonald entra dans le cabinet Draper en 1847, à l’âge de 32 ans.
Les libéraux livraient à ce ministère des combats incessants d’où ils sortaient généralement vainqueurs, mais le cabinet ne respectait pas assez les traditions parlementaires pour se retirer en face de cette majorité hostile. Cet état de choses si anormal ne pouvait pas durer longtemps. Lord Elgin se montrait de plus en plus impatient, la dissolution de la Chambre devenait imminente: Draper voulut entrer en campagne par un coup de théâtre: il se fit libéral!
Cette volte-face ne lui réussit pas; les libéraux l’emportèrent sur toute la ligne. Le nouveau cabinet qui était une seconde édition du ministère Lafontaine-Baldwin présenta un bill d’indemnité en faveur de ceux qui avaient souffert de la rébellion de 1837-38. Les tories de la Chambre, Sir John Macdonald à leur tête, attaquèrent ce bill avec violence; ils firent appel aux préjugés de races. On sait le reste: Lord Elgin fut insulté en pleine rue après avoir sanctionné ce bill et le parlement fut brûlé à Montréal.
Lafontaine et Baldwin, mécontents de l’attitude hostile d’un groupe libéral à leur égard, se retirèrent de la politique. Sir Francis Hincks
et l’honorable A.-N. Morin furent chargés de former un nouveau gouvernement. Celui-ci eut le mérite de négocier avec les Etats-Unis le traité de réciprocité de 1854. Pendant qu’il était en butte aux attaques de John-A. Macdonald et des tories il était aussi assailli par les Réformateurs, George Brown et Sanfield Macdonald, dans le Haut Canada et par une faction de libéraux français organisée par Lafontaine. Le ministère succomba sous tant de coups redoublés. La dissolution des Chambres fut prononcée et à la réunion du nouveau parlement, le candidat ministériel au fauteuil d’Orateur fut refusé grâce à une coalition des libéraux ministériels avec les tories, et l’on eut le cabinet McNab-Morin qui prit le nom de conservateur-libéral. Mc- Nab se trouvant en minorité dans sa province dut se retirer pour faire place au ministère Taché-Macdonald. Ce dernier arrivait premier ministre à l’âge de 43 ans. La session s’ouvrit au mois de mai 1864 et le cabinet se trouva à n’avoir qu’une majorité de deux voix. Il fut battu un mois plus tard.
Tous les partis et toutes les coalitions avaient donc été essayés tour à tour sans qu’on pût trouver un cabinet durable. C’est alors que Brown offrit, avec ses amis libéraux d’appuyer le ministère, à condition qu’on lui accordât la représentation basée sur la population. On proposa un nouveau ministère de coalition pour
jeter les bases de la Confédération. Le ministère de Sir E.-P. Taché fut formé. Des délégués furent envoyés à une conférence qui fut tenue à Charlottetown où l’on discuta le projet d’une confédération des provinces. John-A. Macdonald en formait partie et il réussit à faire accepter ses idées. A cette conférence succéda celle qui eut lieu à Québec et où fut définitivement arrêté le plan de la confédération. Macdonald, Cartier, Galt et Brown se rendirent en Angleterre pour discuter le projet avec les autorités impériales qui l’acceptèrent.
Sir Et. -P. Taché mourut vers ce temps-là, et le 1er juillet 1867, quand la confédération fut formée, John-A. Macdonald prit la direction du ministère de la Justice et il fut fait chevalier par la Reine.
En 1871, Sir John fut nommé membre de la Haute Commission anglo-américaine qui négocia le traité de Washington. Toutes les questions qui causaient une irritation dangereuse entre la Grande Bretagne et les Etats-Unis furent alors réglées, — telles que les réclamations relatives à l’Alabama, la navigation du St-Laurent, la question des pêcheries et la frontière de la Colombie Britannique.
Le gouvernement Macdonald fut défait en 1873, à la suite du scandale du Pacifique. Sir John alla se fixer à Toronto où il reprit la toge d’avocat qu’il avait abandonnée depuis si long-
temps. Il avait réussi à se faire élire et son parti lui confia la direction de l’opposition; il la conduisit avec tant d’habileté, que cinq ans après il reconquérait le pouvoir et devenait de nouveau chef du gouvernement, position qu’il occupa sans interruption jusqu’à sa mort.
La nature lui avait prodigué tous les dons qui assurent le succès auprès des masses: une parole facile, un esprit prompt à la repartie, un ton de bonhomie qui prévenait en sa faveur, l’art de prodiguer la flatterie tout en la déguisant assez bien pour éloigner la méfiance, la science de la corruption, en sachant prendre chaque homme par son faible, une dose suffisante de perspicacité, de la rouerie à profusion, une voix qui plaisait, l’œil vif et le regard agréable, un sourire charmant, une énorme masse de cheveux bouclés, une taille élancée, la démarche d’une élégante nonchalence et un nez qui faisait toute sa gloire. Le nez de Sir John donnait à ses traits un air moqueur et naïf tout à la fois qui embarrassait d’abord et attirait ensuite ceux qui entendaient ses saillies.
Il faut joindre à cela le caractère le plus aimable, une politesse inaltérable, de charmantes qualités de cœur, une rare fidélité à ses amis, le désir évident de rendre service, la reconnaissance poussée très loin, une excellente mémoire, beaucoup de santé et d’activité, une bonne humeur
qui mettait le plus humble à son aise, et un courage moral qui ne reculait devant rien.
Sir John mourut au moment même où son parti avait le plus grand besoin de son prestige, quand ce parti traversait une crise qui allait finalement le tuer. Il disparaissait en effet à l’instant où les dénonciations de M. Tarte contre Sir Hector Langevin et MM. McGreevy mettaient en péril le gouvernement conservateur.
Qui allait recueillir la succession de Sir John? Elle aurait appartenu de droit à Sir Hector qui était le doyen du cabinet; mais l’affaire McGreevy l’avait irrémidiablement écarté de ce poste d’honneur. Les deux noms en vedette étaient ceux de Sir John Thompson et de l’hon. J.-C. Abbott. Ce fut ce dernier qui l’emporta après bien des froissements et des mécontentements. Le choix du premier ministre une fois fait, il se présenta une autre difficulté du caractère le plus sérieux. Les amis de M. Chapleau réclamaient pour lui le ministère des Chemins de fer; ils n’y réussirent pas. De là une agitation considérable au sein de cette phalange conservatrice. M. Chapleau lui-même afficha ouvertement sa mauvaise humeur sans toutefois résigner.
M. Tarte — l’ami de M. Chapleau — avait épousé sa cause. Si, à ce moment, M. Abbott eut donné satisfaction à M. Chapleau, M. Tarte n’aurait jamais rendu publics les papiers accusateurs contre le gouvernement. Il les a retenus
jusqu’à ce que le sort cle M. Chapleau fut bien décidé. Ainsi, on le voit, le gouvernement conservateur, sans trop s’en rendre compte, était l’instrument de sa propre perte: Quem Deus vult perdere prius dementat.
Le partit conservateur sentant tout le mal que lui avaient fait les révélations dans l’affaire McGreevy-Langevin, et qui en voulait à M. Mercier à cause de l’appui qu’il avait donné à M. Laurier dans les dernières élections, voulut faire une diversion en montant ce que l’on a appelé le scandale de la Baie des Chaleurs. C’est cette affaire qui a amené le renvoi d’office du cabinet Mercier par le Lieutenant-Gouverneur Angers.
Ceux qui ont vécu à cette époque tourmentée de notre histoire politique se rappellent encore la campagne de diffamation et de calomnie qui fut menée contre M. Mercier et ses amis, aliéna invidia splendentem, resplendissante par la haine, d’autrui, selon l’expression de l’écrivain Saluste-.
Je ne me propose pas dans le moment défaire entendre de vaines récriminations sur ce? passé vieux de près de vingt ans: non, je veuxtout simplement, aujourd’hui que le calme s’est fait, que les passions se sont apaisées, venger la mémoire de Mercier de toutes ces calomnies qui l’ont si profondément blessé et qui l’ont fait descendre prématurément dans la tombe.
J’exposerai d’abord l’origine de cette compagnie de chemin de fer et les circonstances qui ont amené plus tard tant de difficultés.