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CHAPITRE QUATRIEME

M. Senécal, gérant du chemin de fer du Nord — Son administration — U Electeur et la Caverne des 40 voleurs — Arrestation de M. C. A. F. Gagnon, gérant du journal — M. Laurier s’avoue l’auteur de cet article : il est arrêté à Montréal. Laurier à Montréal — Pas de verdict — La navigation d’hiver — Premières tentatives de coalition — Chapleau, Laurier, Mercier et David — Le projet manque grâce aux Castors — M. Mercier se fixe à Montréal — Banquet à M. Blake — Discours de M. Mercier — Démonstration à M. F. Langelier — L’Université Laval et les ultramontains — Mgr Laflèche lui déclare la guerre — Le Saint-Siège est favorable à l’Université — Attitude des journaux ultramontains — Vente du chemin de fer du Nord — Tempête dans le public — Scission parmi les conservateurs — Dénonciations par M. Tarte — M1. Chapleau s’en va à Ottawa et M. Mousseau vient à Québec — “ Le Pays, le Parti et le Grand Homme. ”

Aussitôt maître du pouvoir M. Chapleau avait confié à M. Senécal l’administration du Chemin de Fer du Nord. Les prévisions des

libéraux commençaient à se réaliser : c’était le premier pas vers la vente de cette propriété qui devait avoir lieu un peu plus tard. On commençait à accomplir les promesses qu’on avait faites à M. Senécal en retour des sacrifices qu’il s’était imposés et du dévouement dont il avait fait preuve pour assurer le triomphe de ses amis.

En mettant le chemin de fer entre les mains de cet homme, M. Chapleau s’assurait un puissant engin politique, un gros patronage et une influence considérable. En effet, ce chemin traversait toute la région si importante située entre Québec, Montréal et Ottawa. Contrats, tarif du fret, nominations des employés, tout était à la disposition de M. Senécal qui n’était pas homme à méconnaître la force de pareils moyens.

Comme le projet ultime de M. Senécal était d’acheter cette propriété, il n’avait pas d’intérêt à démontrer que c’était une entreprise payante. Aussi, multiplia-t-il les emplois et les dépenses pour donner du patronage à ses amis et pour démontrer en même temps que le gouvernement devait se débarrasser au plus vite d’un tel éléphant. Les libéraux ne furent pas dupes de cette tactique; ils firent une guerre acharnée à M. Senécal. Dans la presse, dans la Chambre, sur la rue, partout enfin, on ne parlait plus que du duo Chapleau-Senécal. On

les accusait cle toutes sortes de crimes que bien souvent ils n’avaient point commis : le malheureux Senécal surtout était le moins ménagé dans les dénonciations de la presse libérale. Elle le traitait ouvertement de voleur, de pirate, etc., etc. J’ai connu dans le comté de Montmorency une vieille femme qui avait un chat qui dérobait tout : elle l’appelait pour cela “ Sénécal ! ”

Les politiciens libéraux ne manquaient pas de soulever contre Senécal le plus de préjugés possible: ils le disaient millionnaire, ils l’accusaient d’amasser des sommes folles avec l’exploitation du chemin de fer. Ceci me remet en mémoire une amusante anecdote. Je visitais un jour un de mes électeurs, un de ces finauds que l’on rencontre assez souvent dans nos campagnes. Après avoir causé de politique, il me questionna au sujet de Senécal.

— Est-ce bien vrai, me demanda-t-il, qu’il a volé autant qu’on le dit?

—Certainement, lui répondis- je avec assurance, croyant produire une vive impression sur mon électeur.

— Alors, reprit-il, il doit être bien riche ?

— Oui, bien sûr, lui répliquai-je.

Il demeura songeur pendant quelques instants, puis, il ajouta:

— Est-ce un “ canayen ” ce Senécal-là ?

— Oui, sans doute, lui répondis- je.

— Ça me fait plaisir, dit-il: en voilà toujours un que nous n’aurons plus à engraisser.

Je restai tout ébahi et je vis que je n’avais pas obtenu beaucoup de succès auprès de cet individu.

Comme je viens de le mentionner, le thème de toutes les conversations, c’était Senécal. Un jour, Y Electeur publia un article admirablement écrit, d’une vigueur extraordinaire; il produisit dans toute la province une immense sensation. Cet article avait pour titre La Ca- Caverne des 40 voleurs. Je vais en citer quelques extraits :

“ Cette caverne de 40 voleurs que 1 on croyait n’exister qu’au pays des légendes, existe réellement parmi nous. Elle n’est pas comme on pourrait le croire, au fond d un bois, protégée par des rochers inaccessibles, défendue par des sentinelles armées. Les voleurs qui y cherchent refuge ne sont pas d’obscurs bandits, cachés le jour, rôdant la nuit. Bien au contraire, ils promènent leur effronterie au grand soleil ; ils se pavanent dans les rues, ils boivent au comptoir des restaurants : la fumée de leurs cigares se retrouve partout. Du reste, ces voleurs ne sont pas les premiers venus, et tout voleurs qu’ils sont, il leur a été confié une tâche glorieuse, celle de restaurer les finances de la province de Québec! Cette caverne de voleurs c’est l'administration du chemin de fer du

Nord, et le chef de la bande s appelle de son vrai nom Louis- Adélard Senécal.

“ Quand M. Chapleau entreprit de rétablir notre position financière, il déclara, et tout le monde fut d’accord avec lui, que c’était surtout sur les ressources du chemin de fer du Nord qu’il fallait compter. C’était principalement pour la construction du chemin de fer que la dette publique avait été contractée; il était à la fois de bonne politique et de bonne administration de tirer de ce chemin tout ce qu’il était possible d’en obtenir. Il était important pour cela de mettre à la tête de l’administration du chemin un homme d’une haute capacité financière et cl’une intégrité reconnue. L’homme choisi par M. Chapleau fut M. L.-A. Senécal.

. . . “ L’administration du chemin de fer du Nord, c’est le vol érigé en système. Que personne ne se récrie ; le mot que nous employons n’implique ni violence de langage, ni irritation d’humeur. Nous ne faisons qu’appeler les choses par leur nom.

-, . .“ Nous nous attendons bien que notre langage sera relevé avec violence par les journaux serviles, nous sommes préparés pour ces attaques. M. Sénécal et sa bande, entraînés par la fièvre de leurs spéculations véreuses, n’ont pas su, depuis quelque temps envelopper leurs opérations de ce mystère dont ils les en-

touraient d’abord. . . Ces faits ne sont pas encore connus de la masse des électeurs. C’est pour la masse des électeurs que nous écrivons ; car si les voleurs doivent être chassés du temple, si le pays peut encore être sauvé, il faut la volonté et l’action de tout le peuple. ”

Ce réquisitoire si courageux, si fier, tomba dans le public comme un coup de foudre. L’opinion en fut profondément émue; il n’était plus possible de le laisser passer sous silence. Les mieux disposés en faveur de M. Senécal admettaient dans l’intimité qu’il était de son devoir de faire punir ses accusateurs ou bien d’abandonner l’administration du chemin de fer. Entre ces deux alternatives, il n’y avait plus à hésiter: il décida d’instituer des procédures contre le journal qui avait publié cet article sensationnel. On était à la veille des élections générales et M. Chapleau comprit tout le mal que lui ferait cet écrit si fauteur restait impuni. M. Senécal qui était en réalité le maître de la province et qui n’était pas homme à s’effrayer des difficultés qu’il pouvait rencontrer sur sa route, décida d’avoir raison de ses accusateurs. C’était un aléa redoutable auquel il allait faire face : il ne s’en effraya point. Il fit instituer à Montréal des procédures criminelles contre M. C.-A.-E. Gagnon. - — plus tard ministre dans le gouvernement Mercier, — qui était alors le gérant de VElec-

teur. Il fut mis en état d’arrestation le 27 mai 1881 en vertu d’un mandat émané à Montréal, afin de le forcer à subir son procès dans cette dernière ville qui était alors loin d’être aussi libérale qu’elle le devint dans la suite. MM. C. A. P. Pelletier et P. Langelier les chefs reconnus du parti libéral à Québec se portèrent cautions de M. Gagnon, ce qui donna au procès un caractère tout-à-fait retentissant. Il devenait évident qu’on en faisait une affaire de parti. M. Honoré Mercier se chargea de la défense pour accentuer encore davantage, la signification de cet événement. A part les procédures criminelles une poursuite en dommage au montant de $100.000 fut instituée contre le journal. On savait bien que M. Gagnon n’était pas l’auteur de l’article incriminé, il en ignorait probablement le nom; mais on espérait l’effrayer, puis l’engager à faire connaître le coupable. On s’était trompé d’adresse : M. Gagnon n’était pas un homme que l’on pouvait facilement terroriser.

M. Laurier était l’auteur de cet article qui avait fait tant de bruit; il était trop chevaleresque pour en laisser peser la responsabilité sur d’autres que sur lui-même. Il déclara à l’enquête préliminaire qu’il connaissait l’auteur, mais il refusa de le faire connaître. Il agissait ainsi par tactique, afin d’engager la poursuite à faire ce procès à Québec où l’of-

fense avait été commise, où le libelle a\ait été publié. Il avait offert privément à l’avocat de M. Sénécal d’accepter la paternité de l’écrit si l’on voulait le poursuivre à Québec. On repoussa cette proposition par défiance de notre population qui passait pour être trop libérale: on manquait de confiance en elle; on craignait qu’elle montrât de la partialité pour M. Laurier qui était une idole pour elle. Il n’en était pas de même à Montréal où le parti conservateur était à peu près maître de la situation. On remua ciel et terre pour découvrir la plume qui avait écrit cet éloquent libelle; on eut même recours pour y parvenir, à des moyens peu honorables. M. Ernest Pacaud était alors directeur de l’Electeur, on le savait l’ami intime de M. Laurier. Profitant du temps des vacances, alors que sa maison était fermée, des gens sans scrupules y pénétrèrent et dérobèrent ses lettres dans l’espoir d’y découvrir le nom du coupable, car on savait que l’article n’était pas de la rédaction ordinaire. Les voleurs de lettres en furent quittes pour leurs frais, ils ne trouvèrent absolument rien. Ayant échoué dans sa tentative de faire fixer le procès à Québec, M. Laurier déclara bravement qu’il était bien celui que l’on recherchait comme) l’auteur du fameux article. Cette déclaration causa une nouvelle sensation dans le public et donna un caractère

beaucoup plus grave à l’article de Y Electeur.

Un mandat fut émané à Montréal contre M. Laurier. C’était le commencement d’une bataille judiciaire dont M. Sénécal et ses amis ne soupçonnaient pas les conséquences. Il est probable que s’ils eussent pu prévoir l’éclat que cette affaire aurait, l’insuccès qui les attendait, ils ne se seraient pas engagés dans un pareil procès.

MM. Geo. I'rvine, C.-A. Geoffrion et Honoré Mercier, trois étoiles de notre barreau, se chargèrent de la défense de M. Laurier.

Les procédures de M. Sénécal n’intimidèrent guère M. Laurier. Il produisit un plaidoyer qui déconcerta ses adversaires. Dans ce plaidoyer il accusait carrément M. Sénécal d’une foule de malversations : d’accusé qu’il était il se porta accusateur. Il offrait entr’autres choses de prouver que M. Sénécal avait autrefois volé $50.00 à la compagnie de navigation de Trois-Rivières; $40.0010 à la compagnie des moulins de Pierreville; $17-000 à M. Adolphe Roy; $500 à la municipalité de Grantham.

On s’imagine facilement l’effet produit dans le public par un pareil réquisitoire. On s’éprit d’une admiration sans borne pour M. Laurier qui1 n’avait pas craint de s’attaquer à Sénécal lequel, à cette époque, était considéré comme à peu près tout puissant.

Ce fut feu le juge Monk qui eut la mission délicate de présider le tribunal chargé d’instruire un procès aussi épineux.

Malgré leurs fanfaronades, les amis de Senécal ne voyaient pas sans une certaine appréhension l'ouverture des hostilités. L’avocat du gouvernement qui était à la dévotion des “ Senécaleux ” essaya de faire ajourner le procès à un autre terme. Ces procédures criminelles avaient été instituées en vue des élections provinciales qui devaient avoir lieu à l’automne. Le substitut du procureur-général n’avait pas fait assigner un nouveau tableau de jurés afin de faire remettre la cause: cette petite manœuvre n’eut point de succès. La cour ordonna d’abord l’assignation d’un nouveau tableau, puis, elle annulla ensuite cette ordonnance, et, elle donna ordre aux jurés alors présents de ne pas s’éloigner avant que cette cause ne fut instruite. Bon gré, mal gré, il fallut procéder. MM. F. X. Archambault. neveu de M. Sènécal et M. Carter agissaient pour la poursuite.

Comme il semblait à la mode de taper sur ce malheureux Senécal, le Chronicle de Québec, crut devoir la suivre en publiant un violent article contre lui. Dans cet écrit, il mettait les ministres en demeure de jeter Senécal pardessus bord s’ils ne voulaient pas sombrer

avec lui. Aussitôt un mandat fut émané à Montréal contre M. Foote le propriétaire de cette feuille. Il ne montra pas la bravoure de M. Laurier. Il s’empressa de faire de basses excuses qui le couvrirent de ridicule. Ceci se passait le 21 novembre. Quelque temps après une troupe de ministrels donnait une soirée à l’ancienne Salle de Musique sur la rue St-Louis. M. Foote occupait l’une des premières banquettes. Ces faux nègres faisaient toutes sortes de farces, se donnant la réplique au grand amusement de l’auditoire. Tout à coup l’un d’entre eux posa à son copain la question suivante: How many Foot it takes to make an apoiogy? Only one, répondit l’autre. Cette réponse provoqua un immense éclat de rire dans toute la salle. M. Foote rouge jusqu’aux oreilles sortit de celle-ci au milieu des huées et des sifflets.

Tout l’intérêt était maintenant concentré sur le procès de M. Laurier qui dura plusieurs jours. Le public en suivait les péripéties avec une attention très marquée. Après de nombreuses passes d’armes, les jurés rendirent leur verdict le 12 novembre à dix hrs. du soir. Neuf d’entre eux était favorables à l’aquittement et les trois autres voulaient condamner l’accusé. C’était une victoire pour M. Laurier et ses amis et un cruel échec pour le parti des sénécaleux comme on les appelait alors.

Ce verdict donna un courage extraordinaire aux libéraux qui étaient en pleine campagne électorale. Mais, l’argent triompha de l’enthousiasme, la victoire échappa au parti libéral qui fut défait le 2 décembre.

Nous verrons plus tard la lutte formidable qui s’engagea lorsque le gouvernement Chapleau décida de vendre le chemin de fer du Nord.

On agitait déjà en 1881 la question de la navigation d’hiver dans le fleuve St-Laurent. Le Canadien du 12 mars en parlant d’une assemblée qui avait eu lieu à ce sujet disait:

“ Il est certain que si nous pouvions faire de Québec un port d’hiver, la Puissance entière en retirerait d’immenses avantages. Le St-Laurent deviendrait le grand véhicule du . commerce d’exportation de l’ouest.

“ Le projet est-il réalisable? C’est ce qu’il s’agit de résoudre. Jusqu’à l’endroit appelé “ la traverse ”, nous sommes enclin à croire que la navigation est possible dans presque tous les mois de l’année. L,e témoignage d’hommes comme le Père Armand, qui a vécu trente années dans le golfe, comme le Père Laçasse, comme M. David-H. Price qui ont pendant des années et des années sillonné en tous

sens le fleuve en goélette, pendant l’hiver, nous parait d'une force suffisante pour faire croire à la possibilité du projet.

“ En tous cas, une chose semble admise, même des plus incrédules ; c’est que l’on pourrait au moins réduire à deux ou trois mois le temps pendant lequel les navires n’atteindraient pas notre port.

“ Maintenant, M. Sewell fait une proposition dont nous acceptons la base, mais que nous croyons irréalisable en son entier. Il demande un subside d’un million de piastres comme bonus et de $250,000 par année pendant dix ans.

“ Moyennant ces conditions il fournira une flotte de trois vaisseaux dont le premier commencera le service l’an prochain. Il ne touchera d’argent que lorsqu’il aura été établi une ligne qui rendra, régulièrement chaque semaine, les malles à Québec. S’il n’arrive pas à ce résultat, il n’aura droit à aucun subside. ”

Le Canadien suggérait de faire d’abord un essai en faisant naviguer un vaisseau pendant un temps fixé.

C’est, je crois, ce M. Sewell, de Lévis, qui eut îe premier l’idée de la navigation d’hiver. Il avait quelque temps auparavant émis l’opinion qu’un bateau à vapeur pouvait facilement pendant cette saison, faire le service de la traverse entre Québec et Lévis. On se mo-

qua de lui, et, cependant son idée s’est depuis longtemps réalisée.

M. Louis Fréchette était à cette époque député de Lévis à la Chambre des Communes : il le convertit à son opinion et l’enrôla dans son bataillon qui n’était pas considérable. M. Fréchette s’empressa de saisir de cette question le gouvernement fédéral. A son instigation, un comité de la Chambre fut formé pour étudier ce sujet d’une si haute importance. Des pilotes, des navigateurs d’expérience furent entendus et ils déclarèrent que cette navigation était possible.

Voici, du reste le rapport du comité spécial nommé par la Chambre des Communes en 1876:

“ Dans le but de recueillir des informations authentiques et sûres, relativement à la possibilité de la navigation du fleuve 3t-Laurent pendant la saison d’hiver, votre comité a assigné un certain nombre de témoins qu’il a cru, à cause de leur expérience et de leurs connaissances pratiques, les plus capables de lui fournir ces informations.

“ Les témoins qui ont donné leur témoignage vice voce sont: Edmond W. Sewell, de Lévis, constructeur de navires; Cyrille Fortier de la cité de Québec, capitaine au long cours ; Mannaduke Graburn, d’Ottawa, capitaine au long cours; J. W. Carmichael, M. P.

de Pictou, constructeur de navires ; Michel Lecours, de Lévis, capitaine de bateau à vapeur; Thon. M. Savage de Gaspé, conseiller législatif ; Michel Guénard, de Lévis, pilote ; Charles Brown, de Québec, pilote; Thomas Connell, de Québec, pilote ; François Degrozeilles, de Québec, capitaine au long cours ; Honoré Sherrer, de St- Joseph de Lévis, capitaine au long cours; Col. F. C. Farijana, de New-Carlisle, hydrographe.

“ Votre comité a aussi pris communication de la déclaration suivante qui est appuyée de quarante-trois signatures. “ Nous soussignés, pilotes commissionnés pour le fleuve St-Laurent, certifions par les présentes que les amas de glaces flottantes sur le fleuve St- Laurent n’offrieraient pas beaucoup de résistance, à des steamers à hélice puissants. L’absence de brume et de vagues durant les mois d’hiver, est un avantage précieux pour la navigation d’hiver. Le tout considéré, nous sommes d’opinion que la navigation d’hiver sur le fleuve et dans le golfe St-Laurent est non seulement une chose possible mais praticable.”

“ Les témoignages recueillis par votre comité sont tels qu’après avoir examiné la question avec la plus scrupuleuse attention, il en est venu unanimement à la conclusion que les faits suivants avancés en faveur de la navigation d’hiver sont corrects et que l’on peut s’y

fier, savoir: i°. Les amas de glaces flottantes dans le golfe et sur le fleuve St-Laurent sont formés principalement de glace dont la force de résistance ne saurait être considérée comme offrant un obstacle sérieux à la navigation d’hiver; 2°. Les amas de glaces flottantes ne couvrent jamais le fleuve d’une rive à l’autre. 30. les amas de glaces flottantes se tiennent pour la plus grande partie de la saison, du côté sud du fleuve à cause des vents qui viennent ordinairement plus ou moins du nord ; 4°. Vu

cette position des dits amas de glaces, des steamers naviguant sur le St-Laurent, en montant ou en descendant ne rencontreraient jamais, ou du moins rarement, assez de glaces pour les empêcher de marcher; 50. Partout où il y a des glaces, la surface de l’eau est parfaitement unie, ce qui est un grand avantage pour les steamers à hélice particulièrement; 6°. Il y a rarement de la brume durant les mois d’hiver, et souvent il n’y en a pas du tout; 70. Les tempêtes de neige sont si peu nombreuses qu’on ne doit pas y attacher une grande importance, et un navire, durant ces tempêtes, n’est pas dans une position aussi critique que celui qui se trouverait enveloppé par la brume, le premier ayant sous le vent, entre lui et le rivage, les amas de glace pour le protéger, tandis que le dernier n’a aucune protection. Tous ces faits, dans l’opinion de votre comité, sont des ré-

ponses péremptoires aux principales objections alléguées par ceux qui n’ont aucune foi dans le projet, et leur admission par presque tous les témoins entendus complète la preuve que la navigation d’hiver est possible. Les dépositions des témoins les plus importants qui ont été entendus comme sus-dit sont si positives et si concluantes que votre comité ne peut faire autrement que de recommander instamment le mode projeté de navigation à la plus sérieuse attention du gouvernement. Quant aux avantages commerciaux qui devront nécessairement décider du succès de l’entreprise, il est presqu’impossible de les mettre en doute. Il est vrai que dans l’état de choses actuel, quand le mode de navigation en question a été considéré jusqu’ici, comme très dangereux, sinon entièrement impossible, on ne peut guère s’attendre à ce que les propriétaires des navires risquent leurs propriétés, ni à ce que les compagnies d’assurances assurent les navires et effets passant par le fleuve, en hiver. Mais, dès que la possibilité de la navigation en question sera parfaitement démontrée, votre comité ne voit pas pourquoi cette navigation ne serait pas suivie d’aussi bons résultats que dans la saison d’été. Il ne peut y avoir deux opinions sur ce point, en conséquence, votre comité a donné toute son attention au côté physique c’est-à-dire à la possibilité pratique d’ouvrir le

golfe et le fleuve St-Laurent au trafic durant la saison d’hiver. Est-ce qu’une ligne de steamers, d’une construction convenable, pourrait naviguer sur ces eaux toute 1 année a\ec sûreté et sans interruption ? Tel est le point principal dont votre comité s’est principalement enquis ; et le résultat de 1 investigation a été tel que votre comité a été convaincu que le projet est parfaitement réalisable, et qu’on devrait immédiatement en faire 1 essai. C’est pourquoi votre comité prend la liberté de suggérer que des mesures soient prises à l’effet de parvenir à une démonstration pratique de cette importante théorie, dès que la position financière du pays pourra le permettre.

L,. H. Fréchette,

Président.

Chambre des Communes,

5 avril, 1876.

Sur ces témoignages et sur le rapport de ce comité, le gouvernement fit construire le Northern Light sous la direction de M. Sewell. Ce vaisseau n’a pas obtenu le succès qu’on en avait espéré; tout de même l’idée était jetée dans le public et elle a fait un chemin considérable dans ces derniers temps. L/hon. M. Préfontaine avait entrepris de mener cette entreprise à bonne fin; il avait fait construire le

SOUVENIRS POIylTlQUSS

Montcalm, un puissant steamer, pour briser la glace vis-à-vis du Cap-Rouge et empêcher celle-ci de s’accumuler à cet endroit. C’était le moyen de permettre à la navigation entre Québec et Montréal d’être ouverte beaucoup plus à bonne heure. Tous ceux qui sont intéressés dans le commerce maritime ont applaudi à cet effort intelligent et hardi. Ce bateau a pu sans difficulté se rendre à la fin de l’hiver à Anticosti et sur la Côte Nord. Tes premiers pas, toujours les plus difficiles, sont faits: le problème de cette navigation qui paraissait impossible, sera réalisé avant longtemps.

M. Chapleau avait des tendances libérales qui le rendaient suspect à une partie des conservateurs. Il fut constamment en lutte avec l’élément Castor qui lui avait voué une haine à mort. Cette lutte qu’on lui faisait lui suggéra l’idée de s’allier aux libéraux afin de se fortifier. A diverses reprises, notamment à St- Tin où il avait “ tendu la branche d’olivier ” à M. Laurier, il avait fait des avances aux libéraux, ce qui avait exaspéré les Castors. En 1881 des négociations sérieuses furent entamées: M. Chapleau était prêt à donner trois portefeuilles aux libéraux. Un bon nombre de

ceux-ci auraient été disposés à accepter cette coalition ; les autres n’en voulaient point. M. Joly, surtout, y était formellement opposé. Il menaçait de se retirer de la politique si ce projet se réalisait. La Patrie dirigée par M. Beaugrand s’opposa vigoureusement à cette alliance.

Dans une assemblée tenue dans le comté de Mégantic, dans le mois de septembre 1881, M. Laurier aurait dit:

“ Ce serait déshonorer le nom de gouvernement que d’appeler de ce nom ceux qui nous gouvernent; le nom qu'ils méritent c’est celui de la rapine et du pillage organisés. ”

Cependant M. L.-O. David, l’ami de cœur de M. Laurier déclara sans être contredit que M. Laurier était prêt à accepter la coalition. M. David y était lui même favorable. D’après lui il était admis des deux côtés qu’aucun des deux partis était capable, seul, de faire les réformes nécessaires pour tirer la province de Québec des embarras où elle se trouvait. Son opinion avait d’autant plus de poids que tout le monde reconnaissait son désintéressement et son patriotisme. On admettait, disait-il qu’il fallait abolir le conseil législatif sinon subitement, au moins graduellement, simplifier de beaucoup les rouages de l’administration, afin de réduire les dépenses, prendre les moyens d’éviter la taxe directe en obtenant de l’aide du gouvernement fédéral, en créant de nouvelles

sources de revenus et en vendant au besoin le

chemin de fer du Nord.

Il y avait beaucoup de bon dans ce programme s’il avait pu se réaliser, mais la chose ne fut pas possible. Une raison formidable a tout arrêté; les libéraux voulaient que M. Chapleau s’effaçât comme premier ministre en faveur d’un conservateur plus acceptable. M. Chapleau aurait peut-être accepté cette condition si on avait pu mettre la main sur ce conservateur, surtout, si ses amis ne s’étaient fortement opposés à cet effacement.

M. Mercier avait fait en Chambre une motion par laquelle il demandait la foimation d’un comité composé de onze membres, chargé d’étudier pendant la vacance la position de la province. On avait cru voir dans cette proposition un acheminement vers la coalition. Dansun discours qu’il prononça à St-Hyacinthe: il s’empressa de dissiper cette impression.. U Union, un journal libéral de cet endroit, avait dit:

“Il profita de ces explications pour protester contre l’affirmation que sa motion était une tentative de rapprochement avec le parti conservateur. Il ne s’est pas permis de dire ce qui a eu lieu, mais il peut dire que s’il eut voulu se rapprocher c était bien facile, car on a cherché à raccourcir le chemin, mais il tient

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