‹ Souvenirs politiquesChapitre 11 sur 29 · DE LA GUERRE, M. DE LATOUR · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE, M. DE LATOUR

Il est de mon devoir de ne pas passer sous silence dans mes souvenirs, mes débuts dans la diplomatie, c'est-à-dire mes fonctions diplomatiques, en 1848, comme chargé d'affaires de la Confédération à Vienne.

Je fus appelé à ce poste par la diète en remplacement de M. d'Effinger, qui exerçait ces fonctions depuis plusieurs années déjà. A mon arrivée à Vienne, je reçus un accueil très-bienveillant du ministère autrichien. Le ministre des affaires étrangères était alors M. de Wessenberg que j'avais l'honneur de connaître personnellement depuis longtemps, car, habitant Constance, il assistait quelquefois aux réunions de notre société d'utilité publique.

Mon entrée dans mes nouvelles f o^îctï^s' "'Çmajaait sur des temps extrêmement difâ6î{e&; '^vVf^îk^e, l^'\

étudiants jouèrent à cette époque, comme on s'en souvient, un rôle prépondérant.

A l'occasion d'un changement, entre l'Autriche et la Hongrie, dans la position des troupes de ce dernier pays, dont une partie se trouvait alors à Vienne, il se manifesta dans cette ville un mouvement révolutionnaire si général et si prononcé qu'il ne pouvait être question d'y exercer, avec quelque chance de succès, des fonctions diplomatiques.

Le soir du 6 octobre 1848, après que les troupes — qui du reste n'étaient pas nombreuses dans la ville — se furent retirées, les ouvriers des faubourgs arrivèrent, par groupes toujours plus nombreux, devant l'arsenal impérial défendu par quelques compagnies de troupes régulières et de gardes nationaux.

Déjà pendant la nuit précédente, on avait tenté plusieurs attaques contre l'arsenal, d'oîi l'on tirait à mitraille.

Les ouvriers, auxquels s'étaient joints un certain nombre de gardes nationaux, réussirent, grâce aux canons qu'ils avaient avec eux, à forcer la porte principale du bâtiment dans lequel ils entrèrent vers 8 heures du matin, le 7 octobre.

Le peuple s'empara des armes qui s'y trouvaient encore en grande quantité, de telle sorte que tout le monde fut, en un clin d'ceil, possesseur d'armes à feu.

Le jour précédent, on voyait encore nombre d'où-

vriers qui n'étaient armés que de faux et de gourdins munis de clous.

L'indignation, pendant ces journées de néfaste mémoire, était à son comble parmi le peuple, qui en voulait au ministère et tout particulièrement à M. de Latour, ministre de la guerre.

Aussi, après que la garde se fut retirée du bâtiment militaire, la populace y pénétra avec l'intention d'y rechercher le ministre Latour et de le tuer.

Celui-ci fut découvert à l'étage supérieur du bâtiment.

Il fut saisi, maltraité et percé de coups, puis pendu au candélabre d'une lanterne. J'eus le spectacle aflfreux de voir un ouvrier transpercer avec une bayonnette le corps du ministre.

Cet événement m'a laissé, pour la vie, une impression qu'il me serait impossible d'oublier jamais.

Dans la nuit qui précéda cet assassinat, le reichstag s'assemblait et déclarait — bien qu'au commencement de la séance il ne fût pas en nombre — être compétent et en permanence.

Diverses décisions furent prises ; la plus importante fut celle d'envoyer une députation à l'empereur pour déclarer que la formation d'un nouveau ministère populaire, dans lequel ne figureraient que deux des anciens ministres : M. DoblhoflF, ministre de l'intérieur, et M. Hombostel, ministre du commerce, était une nécessité urgente pour le rétablissement de

l'ordre, et pour exprimer en outre le vœu que l'on accordât une amnistie complète pour les faits qui étaient malheureusement en train de se passer.

L'empereur donna à la députation l'assurance qu'il nommerait un ministère dont la composition serait conforme au vœu exprimé par le reichstag et qu'il délibérerait avec lui sur les mesures ultérieures à prendre pour le bien de la monarchie tout entière.

D'un autre côté, le reichstag donna l'ordre aux compagnies de chemins de fer, de ne pas diriger des troupes vers la capitale, et le commandant en chef de l'armée reçut pour instniction de s'abstenir de mesures répressives envers les émeutiers, jusqu'à nouvel ordre.

Pendant que tout ceci se passait, la diplomatie et les diplomates étaient laissés au second plan.

Je n'avais accepté le poste de chargé d'affaires qu'à titre provisoire et pour un temps limité ; aussi, lorsque le ministère des affaires étrangères me conseilla, de même que mes collègues, de quitter une ville qui ne nous offrait nullement les garanties assurées par le droit des gens, je partis de Vienne en même temps que les représentants des autres nations.

Peu de temps après mon retour en Suisse, le peuple du canton de Thurgovie m'envoya siéger au sein du conseil national, et, à l'occasion de la nomination

des fonctionnaires fédéraux, prévus par la constitution fédérale de 1848 qui venait d'entrer en vigueur, rassemblée fédérale me nomma président du tribunal fédéral.

Depuis lors, j'ai siégé au conseil des états jusqu'à l'époque où le conseil fédéral, en 1854, me fit l'honneur de m'appeler à présider le conseil de l'école polytechnique fédérale.

CHAnTRE VIII

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