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FÉDÉRALE A ZURICH ET DE L'ÉCOLE CANTONALE

THURGOViENNE A FRAUENFELD

Le 7 février 1854, les chambres fédérales adoptaient une loi sur l'établissement d'une école polytechnique fédérale, dont les besoins se faisaient sentir tous les jours davantage.

L'état de Zurich ayant répondu affirmativement à la question, qui lui avait été posée, de savoir s'il s'engageait à remplir les obligations que la nouvelle loi imposerait au siège de l'école, on nomma une commission chargée d'élaborer un règlement.

Cette commission fut en outre chargée de recueillir des renseignements sur les établissements analogues de l'étranger; de même aussi, les gouvernements cantonaux eurent à répondre à la question de savoir jusqu'à quel degré de culture leurs établissements prépareraient les élèves à la fréquentation de l'école polytechnique.

Je faisais partie de cette commission, présidée par le chef du département fédéral de l'intérieur, qui ^tait alors M. E. Franscini.

A ce titre, je m'occupai spécialement d'examiner les réponses des gouvernements cantonaux.

Dans ces réponses, on manifestait la crainte que l'école polytechnique ne partît de la supposition d'un degré trop bas de culture, et que par là elle ne paralysât l'élan et le développement ultérieur des •écoles préparatoires cantonales.

Pareillement, on remit à la commission deux requêtes, dont l'une, émanant d'un particulier, demandait qu'on eût égard à l'enseignement pharmaceutique pour la Suisse, qui n'avait pas d'école de pharmacie ; l'autre, présentée par la société militaire suisse, <îoncluait à ce qu'il fût créé une chaire spéciale pour les sciences militaires.

Toutes ces requêtes trouvèrent leur solution dans le règlement que nous élaborâmes après de mûres délibérations, et qui fut adopté le 31 juillet 1854, sous réserve des expériences qui seraient faites plus tard. J'ajoute, pour être complet, que la pétition de la société militaire fut écartée.

Ce projet de règlement fut présenté au conseil fédéral, qui lui accorda sa sanction. Cette autorité décida, en outre, que l'ouverture de l'école polytechnique aurait lieu dans le courant de l'automne de l'année 1855, et que cette ouverture serait précédée

d'un cours préparatoire de six mois, qui commencerait au printemps suivant.

Déjà le 2 août 1854, le conseil fédéral nomma le conseil d'école suisse, et j'eus l'insigne honneur de le présider. Comme ce poste était incompatible avec celui de président du tribunal fédéral que je remplissais depuis la nouvelle organisation des autorités fédérales en 1848, je donnai ma démission pour ce dernier emploi.

M. le D' Alfrei Escher fut élu vice-président du conseil d'école.

Pendant quatre années consécutives, je consacrai toute mon ardeur à l'organisation de l'école polytechnique, avec le concours empressé de mes collègues, et spécialement de M. Escher, M. Studer, professeur de minéralogie à Berne, ainsi que de M. Keller, directeur du séminaire du canton d'Argovie. Nous avons pu, avec l'approbation du conseil fédéral, appeler aux nouvelles chaires un grand nombre d'hommes de hautes capacités, qui ont contribué essentiellement à la réputation bien méritée dont cet étabhssement a joui dès sa fondation. Qu'il me suffise de citer ici les noms de MM. Semper pour l'architecture, Zeuner et Reuleaux pour les sciences mécaniques, Culmann pour la théorie du génie, Bolley pour la chimie technique,, Landolt pour la science forestière, ainsi que de MM. Raabe pour les mathématiques, Wolf pour l'astronomie, Clausius et Mousson pour la physique, Escher

de la Linth pour la géologie, Heer et Nsegeli pour la botanique, Vischer pour l'esthétique, Burckhardt pour l'histoire de l'art, etc.

Ma nouvelle position de président du conseil d'école suisse étant également incompatible avec le mandat de député au conseil national, je fus nommé membre du conseil des états par le grand conseil de mon canton, fonctions que j'ai remplies jusqu'à l'époque où le gouvernement fédéral me nomma, en remplacement de M. le D' Barmann, ministre de la Confédération à Paris.

Pendant qu'avec le concours de mes amis politiques, MM. le D^ Furrer, Munzinger, Druey, Nâff et Frey- Hérosée je m'empressais de jeter les bases de la future école polytechnique fédérale, je subis dans mon canton, au commencement des débats pour la création d'une école cantonale (avec un gymnase et une école industrielle), un échec d'autant plus sensible que j'étais profondément convaincu qu'il s'agissait pour le canton de Thurgovie d'une question vitale €t d'une condition péremptoire de progrès.

Je fis tous mes efforts pour obtenir que la fondation de cet établissement devînt un fait acquis et je fus surtout secondé par M. Pupikofer, ancien secrétaire et membre du conseil d'instruction publique du canton de Thurgovie, dont le zèle me fut d'un grand secours.

Ce projet rencontrait dans une grande partie de

la population thurgovienne une opposition fort décidée. Le parti radical et démocratique, tout en approuvant le progrès pour les écoles primaires et secondaires, ne pouvait reconnaître la fondation d'wne école cantonale supérieure comme un besoin réel pour le canton. Ce serait, disait-on, un établissement à l'usage des riches pour faciliter l'instruction de leurs fils ; ce serait €n un mot une y,Iïerrenschule^.

Cependant un projet de fondation et d'organisation de cette école cantonale avait été approuvé par une forte majorité du grand conseil (corps législatif).

Soumis au référendum, le peuple le rejeta, malgré l'opinion favorable de la Suisse et de la presse en général.

Je n'en restai cependant pas moins inébranlable dans mes vues qui me paraissaient parfaitement fondées, et je réussis enfin à vaincre cette opposition, ensuite de nouveaux pourparlers avec le gouvernement et le grand conseil, qui accorda aux écoles primaires et secondaires du canton, d'accord avec une partie de l'opposition, des ressources financières plus importantes que celles qu'on avait tout d'abord eu l'intention de leur consacrer. Le projet, modifié et réorganisé d'une manière plus complète, put ainsi réunir non seulement la grande majorité des membres du corps législatif, mais celle du peuple auquel il fut de nouveau soumis à la votation.

Une majorité de trente cercles électoraux sur deux

se prononcèrent pour la réalisation de ce projet duquel j'attendais tant de bien.

Chacun fut satisfait de ce résultat, et plus tard, lorsque l'établissement fut ouvert, ses anciens adversaires se félicitèrent de pouvoir confier leurs fils à cette école cantonale, dont l'organisation comprenait outre l'enseignement, la nourriture et le logement (Convict).

Le grand nombre d'élèves qui y furent instruits en vue de l'école polytechnique fédérale prouve du reste, d'une manière frappante, combien elle est indispensable au canton.

Cette victoire n'a pas peu contribué à m'encourager dans mes diverses luttes en faveur du progrès de l'instruction publique.

C'est au moment même de cette éclatante victoire que je fonctionnais comme rapporteur de la commission du conseil national chargée d'examiner les premières propositions pour la fondation d'une université fédérale.

Je défendis, à cette occasion, ce projet avec la plus grande persévérance, malgré les difiBicultés financières et l'opposition des universités cantonales existantes.

Dans une réunion nombreuse qui eut lieu devant Vhôtel des boulangers à Berne, les étudiants de l'université de cette ville manifestèrent, d'une façon très -expressive, leur assentiment au rapport que j'avais rédigé pour le conseil national en faveur de

la fondation simultanée de l'université fédérale et de l'école polytechnique suisse réunies.

De même aussi, à l'occasion d'une réunion générale des membres de la société de Zofingue, j'adressai aux étudiants, qui m'avaient remercié pour ma persévérance, la petite allocution suivante que je me permets de reproduire ici comme faisant partie intégrante de ce chapitre.

« Permettez-moi, Messieurs, de vous rappeler quelques mots adressés, il y a déjà plus de vingt ans, à une réunion de plusieurs centaines d'étudiants appartenant aux divers cantons confédérés.

«C'était le 22 septembre 1828; comme président de la section bâloise de la société de Zofingue je traitais cette question:

„Que demande de nous la patrie à notre époque, et conformément à nos destinées?

«Ma réponse est encore aujourd'hui l'expression de mes sentiments et de mes désirs d'il y a plus de vingt ans.

« Je déclarais ' alors que nous devions nous efforcer toujours davantage de veiller sur nous-mêmes, afin que, lorsque le moment sera venu où Ton nous demandera compte de nos travaux, nous puissions prouver par des faits que nous n'avons pas perdu notre temps et que nous sommes prêts à répondre par le sérieux de nos résolutions à ce qui sera demandé à chacun de nous.

KerD, Souvenirs politiques. g

„ Tâchons par notre travail et nos efforts de conserver notre honneur et notre dignité, doublions jamais les paroles suivantes que prononçait Pestalozzi:

„Oénie de notre pays! redis, par dessu,s les montagnes et les vallées, que la liberté appartient au peuple, qu'elle n'existe que par la justice et la protection de tous et que Vamour de la patrie reste toujours jeune !^

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