PARIS ET LEURS GOUVERNEMENTS
Quand l'investissement de Paris par l'armée allemande fut devenu vraisemblable et que le gouvernement provisoire français eut envoyé une délégation à Tours, je demandai au conseil fédéral si je devais suivre cette délégation ou rester dans la capitale. Le conseil fédéral me donna pour instinictions de ne pas quitter Paris, surtout parce qu'on devait à la colonie suisse de ne pas la priver de la protection de la légation dans ces circonstances difficiles, et parce qu'il était plus conforme aux usages diplomatiques de laisser le ministre plénipotentiaire dans la ville où se trouvait le ministère des affaires étrangères. J'accueillis cette décision avec plaisir, car elle était l'expression de mon plus vif désir, malgré les jours difficiles que je prévoyais dès ce moment
déjà. Mais, il s'agissait de savoir comment nous entretiendrions des relations directes avec nos gouvernements respectifs. Cette question préoccupa le conseil fédéral qui me chargea d'en conférer avec mes collègues du corps diplomatique et de nous mettre d'accord sur des démarches à faire en commun, en exprimant l'espoir que les assiégeants ne s'opposeraient point au passage d'un « courrier neutre ».
Recherchant les moyens d'aboutir à une entente avec mes collègues, j'appris que Lord Lyons, ambassadeur de S. M. Britannique, le prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche, Djemil-Mehemed Pacha, ambassadeur de Turquie et M. Okuneflf, chargé d'affaires de Russie, venaient de quitter Paris.
J'informai de ce fait le conseil fédéral en ajoutant qu'il ne restait plus à leur poste que les diplomates ayant le rang de ministre, avec lesquels je ne tarderais pas à entrer en relations au sujet de la question d'un « courrier neutre ».
En effet, le lendemain du départ des ambassadeurs, c'est-à-dire le dimanche 18 septembre 1870, je me rendis chez le nonce apostoUque pour lui faire part de la demande de quelques-uns de nos collègues, tendant à provoquer une réunion dans laquelle chacun émettrait son avis sur les circonstances dans lesquelles le corps diplomatique se trouvait placé.
Monseigneur Chigi approuva pleinement l'idée d'agir d'un commun accord, et me déclara qu'il n'hésiterait
pas à réunir chez lui le corps diplomatique. Il fut convenu que cette convocation n'aurait lieu que si le bombardement nous était dénoncé.
Cependant, le jeudi soir 22 septembre, je recevais, ainsi que mes collègues, la circulaire suivante :
«Vu la gravité des circonstances, le soussigné, c( nonce apostolique, prie MM. les chefs de mission a diplomatique à Paris, de bien vouloir se rencontrer « chez lui demain (23 et.), à 11 h. du matin, à l'effet « d'aviser à suivre une règle de conduite commune. « Flavius Ghigi, archevêque de Myre. »
Tous les ministres et chargés d'affaires présents à Paris assistèrent à cette réunion.
Le nonce ouvrit la séance en annonçant que, sur la demande de quelques-uns d'entre nous, il n'avait pas voulu renvoyer plus longtemps une convocation motivée par la situation, qui lui paraissait devenir menaçante.
Il fit allusion aux manifestations du parti rouge, qui cherchait à renverser le gouvernement, et il ajouta que, si cette tentative devait réussir, aucun habitant de Paris ne pouvait prévoir quelles en seraient les conséquences. En terminant, il précisa le but de la réunion en posant, comme sujet des délibérations, les trois questions suivantes:
a. Quels sont les moyens que pourraient adopter les ministres étrangers pour rester, malgré l'in-
Kern, Sonvenirs politiques. 10
vestissement de Paris, en rapport avec leurs gouvernements ?
6. A quel moment convient-il que le corps diplomatique quitte la capitale?
c. Les ministres, dans cette circonstance, devrontils agir collectivement ou séparément?
Le nonce insista surtout sur le fait que, à son point de vue, notre présence à Paris était inutile.
Comme je me trouvais être le doyen des ministres présents, et qu'en outre, aucun des ambassadeurs n'était à Paris, je crus pouvoir et devoir prendre le premier la parole.
Sur la première question, je demandai que l'assemblée voulût bien prier le nonce de faire, au nom de ses collègues, des démarches auprès du ministre des affaires étrangères, dans le but d'obtenir un courrier neutre.
Je fis remarquer que, en ce qui concernait la France, j'avais la conviction que cette faveur nous serait accordée et que M. Jules Favre s'empresserait de faire, auprès de qui de droit, les démarches nécessaires si la demande lui en était faite. J'exprimai l'espoir que la Prusse ne se refuserait pas à faire droit à une demande qu'autorisaient les usages du droit international.
Si, contre mon attente, un refus devait nous être opposé, le blâme en retomberait, non sur nous, mais sur ceux qui nous refuseraient cette concession. Enfin
nous serions justifiés vis-à-vis de nos gouvernements respectifs, et nous aurions le sentiment de n'avoir rien négligé pour assurer un service régulier de notre correspondance.
Sur la seconde question, j'émis l'opinion qu'il était préférable de ne pas nous prononcer, ni dans un sens ni dans l'autre, car il ne me paraissait pas exister de motifs d'agir autrement qu'au moment du départ des ambassadeurs, et de revenir sur la décision prise à cette époque, de rester à Paris. La situation extérieure était en effet la même; quant à la situation intérieure, je déclarai ne pouvoir partager l'opinion qu'elle devait nous engager à quitter la capitale. D'abord, nous ne saurions, vis-à-vis du gouvernement français, alléguer comme motif de notre départ le fait que nous craignions de voir son autorité méconnue. J'ajoutai qu'à mon point de vue et en tenant compte de ce que M. Jules Favre restait à Paris, la résolution que nous prendrions de quitter cette ville serait envisagée sous un jour très défavorable et paraîtrait peut-être encore plus inopportune qu'il y a huit jours.
Enfin, qu'il me paraissait prématuré de décider dores et déjà que le corps diplomatique quitterait la capitale dans le cas où le bombardement lui serait formellement dénoncé. Il y aurait plutôt lieu d'attendre, à mon avis, jusqu'à ce que cette dénonciation devienne un fait accompli. On pourrait alors convoquer une nouvelle réunion et agir selon les circonstances.
Passant à la troisième question, j'objectai «qu'il était plus conforme à notre dignité et à notre position d'agir collectivement, de prendre des mesures communes plutôt que de vouloir travailler chacun à notre gré et de nous désunir».
Je fis allusion au départ des ambassadeurs, en déclarant que nous ne pouvions ni ne devions imiter cet exemple, car les rapports que nous avions chaque jour à soutenir comme collègues, exigeaient que les résolutions d'un intérêt majeur pour chacun de nous, fussent prises en commun et que nous devions nous entendre librement et franchement pour, une fois d'accord, agir de concert.
Deux personnes prirent la parole après moi; ce furent M. de Moltke, ministre de Danemark, et M. de Zuylen, ministre des Pays-Bas, qui déclarèrent partager mon avis. Ils conclurent que le nonce avait eu raison de ne pas attendre plus longtemps pour la provocation d'une réunion du corps diplomatique. Mgr. Chigi ainsi interpellé dit que, chacun ayant eu connaissance des négociations tentées entre les belligérants, la réunion était par là légitimée et motivée.
M. Washbume, ministre des Etats-Unis, prit ensuite la parole en anglais, en faisant traduire son discours par le premier secrétaire de sa légation. Lui aussi, se joignit sous tous les rapports à mes conclusions et aux considérations que j'avais développées pour
les appuyer. Les autres ministres et les consuls y adhérèrent également, mais sans motiver leur vote.
Le résultat de nos délibérations fut que nous resterions à Paris jusqu'à nouvel ordre et que, si le bombardement de la ville venait à nous être dénoncé, le nonce nous convoquerait de nouveau pour prendre des mesures collectives. Mgr. Chigi fut en outre prié de faire des démarches auprès du ministère des affaires étrangères, afin de chercher à obtenir qu'un courrier neutre fût autorisé à franchir les lignes des deux armées, pour porter les dépêches du corps diplomatique jusqu'à un bureau postal quelconque, à partir duquel les communications seraient libres avec les divers états neutres.
Ces mesures adoptées, le nonce nous promit de nous convoquer sitôt qu'il aurait reçu une réponse à la note qu'il enverrait, au nom de tous, au ministre des affaires étrangères.
Ce fut le 4 octobre suivant, que Mgr. Chigi nous convoqua pour nous donner connaissance de deux lettres que lui avait adressées M. Jules Favre.
La première de ces lettres, datée du 24 septembre, était conçue en ces termes:
, Paris, le 24 septembre 1870.
„Le ministre des affaires étrangères de France au nonce
apostolique à Paris.
„ Monseigneur, ,J'ai transmis au gouvernement ce que vous avez bien voulu me dire lorsque vous m'avez fait Thonneur de venir
me voir hier. Le gouvernement m'a chargé de remercier V. Exe. des sentiments qu'elle m'a témoignés et qui la déterminent, Elle et plusieurs membres du corps diplomatique, à ne point s'éloigner de Paris, dans les cruelles circonstances que nous traversons. Nous avons le ferme espoir que l'ordre ne sera pas un instant troublé et que tout entière au devoir patriotique de la défense, notre population donnera au monde l'exemple de la sagesse en même temps que du courage. Au surplus, le gouvernement ne négligera aucune des mesures de protection qui peuvent garantir votre sécurité et celle de vos collègues. En cas de menace de bombardement il réclamera les immunités qui vous sont dues. Il se prêtera aussi à toutes les combinaisons qui pourront faciliter vos communications diplomatiques et, si V. Exe. le permet, demain dimanche de 2 à 3 heures, j'aurai l'honneur de me présenter chez Elle pour me mettre plus complètement encore à sa disposition.
a Agréez, etc.
(signé) «Jules Favre.**
Quant à la seconde lettre, elle contenait en substance la réponse de M. de Bismarck à la demande que lui avait adressée M. Jules Favre, sur l'instigation du nonce.
Voici ce document.
n Paris, le 3 octobre 1886.
«Le ministre des affaires étrangères de France au nonce
apostolique à Paris.
«Monseigneur, „Je reçois seulement aujourd'hui par l'intermédiaire d'un envoyé américain, la réponse que M. le comte de Bismarck devait faire à mes deux questions, l'une relative au bom-
bardement, l'autre relative au départ hebdomadaire d'un couriier diplomatique. Je m'empresse de la communiquer à V. Exe.
,Sur la première, M. de Bismarck se retranche dans la rigueur des nécessités de la guerre, et, semblant éluder ma demande, se borne à me dire qu'il ne peut préciser le moment ou la nature de son attaque.
«Sur la seconde, il concède un courrier diplomatique par semaine, à la condition que les dépêches seront ouvertes et ne traiteront aucun sujet touchant la guerre. Je crains qu'il ne soit difficile de se conformer à de telles conditions.
«Dans ces conjonctures, je ne puis que répéter ce que j'ai eu l'honneur de dire à V. Exe.
„Je demeure à sa disposition, si Elle juge encore mon concours utile, et je la prie d'agréer, etc.
(signé) „ Jules Favre.**
Après la lecture de ces deux documents, j'abordai la discussion de la condition posée par M. de Bismarck « que les dépèches seront ouvertes ». Je déclarai que notre position d'agents diplomatiques d'états neutres, s'opposait à ce que nos correspondances officielles tombassent entre les mains d'officiers ou d'autorités militaires, et qu'elles fussent lues par elles. Admettre cette condition serait contraire aux égards dus à nos gouvernements respectifs
Nous regretterons tous très vivement, dis-je, d'être privés de correspondances pendant tout le temps que durera le siège de Paris, mais cela sera préférable que de souscrii*e à la condition imposée par M. de Bismarck.
En terminant, je déclarai en outre que nous devions faire parvenir au quartier général prussien une réponse déclinatoire à ce sujet et dans le sens ci-dessus.
M. Washburne approuva entièrement ma manière de voir. D demanda également qu'une commission fût nommée pour rédiger le projet de réponse.
L'assemblée, ayant adopté ce mode de procéder, M. le baron de Zuylen, M. Washburne et moi, sous la présidence du nonce, fûmes chargés de la rédaction d'un projet de lettre.
La commission se mit immédiatement à la besogne, de manière que, deux jours après, une nouvelle séance put avoir lieu, dans laquelle il fut donné lecture d'un projet de note à adresser à M. de Bismarck.
Après quelques pourparlers d'une portée secondaii'e et qui avaient plutôt trait au mode d'expédition de cette dépêche qu'à sa rédaction, nous convînmes d'un commun accord de faire parvenir cette adresse par l'entremise d'un courrier spécial. Voici cette note:
„ Paris, le 6 octobre 1870.
,A S. Exe. M. le comte de Bismarck-Schônhausen, chancelier de la Confédération de TAllemagne du Nord.
„ Monsieur le comte, „Les soussignés, membres du corps diplomatique résidant à Paris, ont eu, le 24 septembre dernier, l'honneur de faire parvenir à V. Exe. l'expression de leur désir qu'un courrier,
porteur de leurs dépêches officielles, pût chaque semaine, à des jours à désigner, franchir les li^es de Tarmée assiégeante, et se rendre jusqu'à une localité d'où le service postal régulier fût assuré.
«Par lettre du 3 octobre, M. le ministre des affaires étrangères de France vient de nous informer qu'il avait reçu la veille pour réponse de V. Exe. « qu'un courrier diplomatique ,ne pourrait traverser les lignes des troupes assiégeantes qu'à ^la condition que les dépêches seront ouvertes et ne traiteront ^aucun sujet touchant la guerre*.
«Nous nous serions fait un devoir, quant au contenu de nos dépêches, de nous conformer scrupuleusement aux obligations imposées pendant le siège aux agents diplomatiques par les règles et usages du droit international.
«Par contre notre position d'agents diplomatiques, et nos obligations envers nos gouvernements, ne nous permettent pas d'accepter Vautre condition, de ne leur adresser que des dépèches ouvertes,
«Si cette dernière condition devait être maintenue, il deviendrait impossible, à leur vif regret, aux représentants diplomatiques des états neutres, d'entretenir des rapports officiels avec leurs gouvernements respectifs.
«Veuillez agréer. M, le comte, les assurances de notre très haute considération.
(signé)
«Le nonce apostolique Flavius, archevêque de Myre. Kern, ministre de la Confédération suisse.
Baron Adelswaerd, ministre de Suède et Norvège. Comte de Moltke-Itvitfeldt, ministre de Danemark. Baron Beyens, ministre de Belgique.
Lopez de Arosemena, secrétaire chargé d'affaires par intérim des légations de Honduras et du Salvador.
Baron de Zuylen-de Nyevelt, ministre des Pays-Bas. M. Henrique L. Ration, chargé d'affaires du Brésil. Vicomte de Langastre, chargé d'afifaires du Portugal. Washburne, ministre des États-Unis.
ToRRÈs Gaigedo, ministre-résident des États-Unis de
Colombie.
DuG d'Aquaviva, chargé d'affaires de Monaco et
San Marino.
William Martin, chargé d'affaires de Hawaii.
Jules Thirion , chargé d'affaires de la république
Dominicaine.
V. DE Ballivian y Roxas, ministre de Bolivie. P. Galvez, ministre du Pérou.
Le 10 octobre suivant, M. le comte de Bismarck nous fit expédier, à l'adresse du nonce, un refus catégorique au désir formulé par les membres du corps diplomatique.
Voici ce document.
«VersaiUes, le 10 octobre 1870.
,Le comte de Bismarck-Schœnhausen, chancelier de la Confédération de l'Allemagne du Nord, à Versailles, à S. Exe. le
nonce apostolique à Paris.
, Monseigneur,
,J'ai eu l'honneur de recevoir la lettre en date du 6 octobre dernier, par laquelle les membres du corps diplomatique résidant encore à Paris ont bien voulu m'in former qu'il leur deviendrait impossible d'entretenir des rapports officiels avec leurs gouvernements respectifs, si la condition de ne pouvoir leur adresser que des dépêches ouvertes devait être maintenue.
, Lorsque la continuation du siège de Paris fut rendue inévitable, par le refus d'un armistice par le gouvernement français, le gouvernement du roi prévint de son propre mouvement par une note-circulaire du secrétaire d'état, M. de Thile, en date du 26 septembre dernier, les agents des puissances neutres accrédités à Berlin, que la liberté des communications avec Paris n'existait plus qu'autant que les événements militaires le permettaient. Le même jour, je reçus à Ferrières une communication de M. le ministre des affaires étrangères du gouvernement de la défense nationale, qui m'informait du désir exprimé par les membres du corps diplomatique d'être autorisés à expédier des dépêches à leurs gouvernements par des courriers partant chaque semaine et je n'hésitai pas, en me conformant aux règles établies par le droit international, à y faire une réponse, dictée par les nécessités de la situation militaire. Les représentants du pouvoir actuel ont cru convenable d'établir le siège de leur gouvernement au milieu des fortifications de Paris et de choisir cette ville et ses environs comme théâtre de la guerre. Si les membres du corps diplomatique, accrédités auprès d'un gouvernement antérieur, se sont décidés à partager avec Ifr gouvernement de la défense nationale les inconvénients inséparables du séjour dans une forteresse assiégée, ce n'est pas le gouvernement du roi qui en porte la responsabilité.
, Quelle que soit notre confiance que messieurs les signataires de la lettre du 6 octobre sauraient personnellement se conformer dans les communications adressées à leurs gouvernements, aux obligations que leur présence dans une forteresse assiégée selon les règles du droit de guerre peut imposer à des agents diplomatiques, il faut cependant tenir compte de la possibilité que l'importance de certains faits pourrait leur échapper au point de vue militaire. Il est évident d'ailleurs qu'ils se trouveraient hors d'état de nous fournir
ia même garantie pour les messagers qu'Us croiraient devoir employer j et que nous serions obligés de laisser passer et repasser à travers nos lignes.
„I1 a été créé à Paris un état de choses auquel l'histoire moderne, sous le point de vue du droit international, n'offre aucune analogie précise. Un gouvernement en guerre avec une puissance qui ne Ta pas encore reconnu, s'est enfermé dans une forteresse assiégée et s'y trouve entouré d'une partie des diplomates qui étaient accrédités auprès du gouvernement à la place duquel s'est mis le gouvernement de la défense nationale. En face d'une situation aussi irrégulière, il sera difficile d'établir sur la base du droit des gens, des règles exemptes de controverse sous tous les points de vue.
„Je crois pouvoir espérer que V. Exe. ne méconnaîtra pas la justesse de ces observations et voudra bien apprécier Jes considérations qui m'empêchent, à mon vif regret, de donner suite au désir exprimé dans la lettre du 6 octobre dernier. Si cependant, les signataires ne croyaient pouvoir en admettre la justesse, les gouvernements qu'ils ont représentés à Paris et auxquels je m'empresserai de communiquer la correspondance échangée avec eux, aviseront de leur côté et se mettront en communication avec le gouvernement du roi pour examiner les questions du droit des gens qui se rattachent à la position anormale que les événements et les mesures du gouvernement de la défense nationale ont créée à Paris.
.Veuillez agréer, etc. ^^j^^^^ .v. Bismarck.'
tt
Ensuite de cette persistance à vouloir refuser aux membres du corps diplomatique, représentants de pays neutres, ce qu'ils demandaient, nous prîmes la résolution de renoncer à toute communication avec
nos gouvernements, plutôt que de subir la violation de notre correspondance, ce qui était, au plus haut chef, incompatible avec notre position officielle.
Cependant, chacun comprendra combien cela nous fut pénible de rester pendant tout le siège de Paris sans communication aucune, soit de notre pays soit de nos familles. Dès le 14 septembre en effet, aucun journal, aucune lettre officielle ou privée ne parvint à la légation.
Lorsque le conseil fédéral m'avait donné pour instruction de rester à Paris, il supposait qu'un courrier neutre pourrait franchir les lignes des armées belligérantes. Ce courrier ne nous étant accordé qu'au prix de conditions impossibles à accepter, il en résulta le fait que nous nous vîmes forcés de renoncer à une correspondance régulière avec nos gouvernements.
Pendant le temps que nous restâmes forcément éloignés de toute communication extérieure, quoique entourés par deux millions d'hommes, la légation rédigea plusieurs rapports très détaillés sur les faits nombreux auxquels nous prenions journellement part.
Ces documents furent expédiés au conseil fédéral beaucoup plus tard, c'est-à-dire dès que les communications furent rétablies d'une manière régulière.
Le 26 octobre 1870 le conseil fédéral chercha de son côté à obtenir du gouvernement allemand la libre entrée et la libre sortie d'un courrier diploma-
tique, mais cette déynarcJie n'eut 'pas plus de succès que la précédente.
Longtemps encore, après la capitulation de Paris, il ne put être question de sécurité dans les communications postales et télégraphiques, ensorte que pour les affaires de quelque importance le conseil fédéral dût recourir à des moyens exceptionnels, et, quant à la légation elle se servit de ballons, pour le transport des quelques dépêches qu'elle pût expédier au gouvernement fédéral.
Lorsque, après le 18 mars 1871, la révolution eut éloigné de la capitale le gouvernement et à sa suite tous les représentants diplomatiques, j'obtins du conseil fédéral l'autorisation de me transporter à Versailles, car la rapide expédition des affaires et les égards dus au gouvernement exigeaient que la légation se transportât au siège du ministère des affaires étrangères.
Néanmoins, je laissai à Paris une partie du personnel de la légation, sous la direction de M. le secrétaire Lardy. Pendant toute la durée de l'insurrection, celui-ci entretint des relations avec moi au moyen d'un courrier chargé du transport des <lépêches.