XII PREFACE
charme de ses yeux, tout proches l'un de l'autre, si vivants, si vifs, où j'ai vu maintes fois succéder au sourire une large larme qui voilait le regard.
Chez elle « aucune pose, aucun souci de l'effet ». Les jours de cérémonie, sous le manteau impérial et le diadème de pierreries, elle prenait sans effort l'air de majesté; mais, dans la vie quotidienne, elle apparaissait « plus simple et plus naturelle qu'aucune des femmes qui l'entouraient ». Même les gens les plus timides se sentaient à l'aise avec elle après quelques minutes de conversation.
L'Impératrice parlait beaucoup; un peu bruyamment, et je l'ai entendue dire des choses qu'elle aurait beaucoup mieux fait de ne pas dire; mais sa conversation intéressait par sa vivacité, par la promptitude à passer d'un sujet à un autre, par des traits amusants, par des sentences bien frappées comme cellesci : « Un coup d'État est un boulet qu'on traîne et qui finit par vous paralyser la jambe. » — « En France, au commencement, on peut tout faire; au bout d'un certain temps, on ne peut même plus se moucher. »
On s'apercevait vite, en l'écoutant, qu'elle tirait de son imagination maints détails de ses récits. Filon a dit qu'elle ne mentait jamais, et elle était certainement incapable d'un vrai mensonge en matière sérieuse; mais elle brodait sur le réel de jolis dessins île SSL façon.
Un jour, elle me raconta la naissance du Prince Impérial. Une souveraine n'accouche pas comme une