PREFACE XV
L'idée me vint qu'il était destiné à mourir de mort violente. »
Au théâtre, elle aimait par-dessus tout la tragédie. Toute jeune et presque enfant encore, elle connut Rachel chez madame de Montijo, sa mère, qui recevait volontiers des artistes. La grande actrice se prit d'une vive affection pour la famille espagnole; elle donnait aux dames de Montijo des places pour aller l'entendre : « Elle nous voulait, raconte l'Impératrice, tout près d'elle, dans l'avant-scène du rez-dechaussée, à gauche. Notre émotion, notre enthousiasme, nos larmes l'inspiraient. Elle suivait dans nos yeux dilatés le crescendo de sa puissance tragique. »
Bien des années après, à Farnboroug, sa dernière résidence, l'Impératrice, un soir, causait, tout en tirant l'aiguille, avec quelques dames. On vint à parler de Rachel, et tout à coup, elle déclama ces vers de Phèdre :
Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée,
Je l'aime, non pas tel que l'ont vu les enfers,
Vulgaire admirateur de mille objets divers,
Qui va du Dieu des morts déshonorer la couche ;
Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi.
Tel qu'on dépeint nos Dieux ou tel que je vous voi...
Elle mit à réciter ces vers un tel accent que les aiguilles étonnées s'arrêtèrent.
L'Impératrice était éloquente; je l'éprouvai un jour