‹ Souvenirs sur l'Impératrice EugénieChapitre 16 sur 45 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

l'avaient placée... Elle n'avait rien du temps et du milieu où je l'ai connue... Autour d'elle l'on riait ou l'on chantait pendant qu'elle rêvait ou s'indignait... Il eût suffi de jeter les yeux sur les cahiers où eiie consignait les réflexions nées de ses lectures ou les mots qui l'avaient frappée pour se rendre compte du manque absolu de sympathie entre elle et son entourage. Elle ne le comprenait pas; ils ne l'ont jamais comprise. Cette femme tant admirée a été mal connue, quoiqu'elle ait vécu près de vingt ans sous l'ardente lumière que projette vers un trône la curiosité universelle... » Ces lignes m'ont frappé. Souvent auprès d'elle j'ai eu l'impression que l'Impératrice était d'un autre temps, d'un autre pays.

Dernier trait de ce caractère et non le moins important : l'Impératrice disposait d'une grande force d'énergie. Par expérience, je sais que, dans de longues promenades à pied, elle fatiguait ceux qui l'accompagnaient sans ressentir aucune lassitude. Elle était née voyageuse sur la terre et sur la mer, sur la mer surtout, dont elle aimait l'immensité, le mouvement, la couleur et l'odeur. Depuis l'exil, les voyages se sont multipliés. Elle a fait d'abord en Afrique du Sud le pèlerinage douloureux au lieu où tomba son fils. Son yacht, le Thistle, a croisé dans la Méditerranée et dans les parages de l'Irlande, de l'Ecosse, de la Norvège. Elle est allée plus loin. Elle a voulu revoir cette Egypte où elle avait reçu en 1869 les hommages du monde entier représenté à la grande fête. Elle compta pousser jusqu'à Karthoum; mais

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