XX PREFACE
ver au-dessus de ce terre à terre, planer, gouverner, régner...? Cela est autre chose. N'oublions pas que, bien qu'elle ne fût pas le moins du monde hautaine, l'Impératrice portait en elle la fierté d'être l'Impératrice des Français et aussi la fierté, au moins égale, d'être « grande d'Espagne ». Il n'est pas possible que ce double sentiment n'ait pas produit en elle, sans qu'elle se l'avouât à elle-même, de l'orgueil. Ne pas oublier non plus cette imagination qui se plaisait aux grands rêves.
Quelles étaient ses idées sur le gouvernement de la France?
Filon déclare qu'elle n'était pas une cléricale, pas même une dévote. Rien de plus juste, à mon avis. Elle était très religieuse ; des gestes de la piété espagnole accompagnaient sa prière fervente. Elle n'a jamais permis au doute de troubler sa conscience ; sa foi était une ferme forteresse défendue par sa volonté; mais elle respectait toutes les croyances; elle s'intéressait aux diversités du sentiment religieux, et l'esprit d'intolérance lui était inconnu. Dans son entourage familier, on ne voit aucune soutane noire ou violette, point de calotte rouge, point de froc monacal. Souveraine, son gouvernement n'aurait pas été un régime de prêtres. Il faut cependant noter en cet endroit que la chute du pouvoir temporel des papes lui fut très pénible et même l'offensa grièvement ; elle exigeait qu'au moins l'indépendance du souverain pontife fût assurée par la possession de