XXII PREFACE
comprenne, qu'il se rende compte, qu'il écoute les récits de ces malheureux, dans lesquels il y a beaucoup de mensonges, mais encore plus de vérités. Il faut qu'il connaisse les affreux logis sans air et sans pain où le bonheur est impossible. Il ne peut pas régner sans avoir vu cela. » Un jour, dans une longue promenade, elle me parla des réformes sociales de Napoléon III, surtout de la loi fameuse qui autorisait les coalitions ouvrières. Elle me dit : « C'est là qu'est l'honneur du règne. »
Mais laissons cet examen des opinions de l'Impératrice pour la regarder au grand moment de sa vie, pendant les jours de juillet, août et septembre 1870.
« Cette guerre sera ma guerre », aurait-elle dit; mais ce propos a été démenti par celui même que l'on assurait l'avoir entendu. D'autre part, M. de Parieu affirme que l'Impératrice lui demanda, au moment où il sortait d'un des derniers conseils tenus à Saint-Cloud, ce qu'il pensait de la situation. Il répondit : « Madame, je pense que, si l'Angleterre nous offrait sa médiation, nous aurions grand tort de ne pas l'accepter. » Elle répliqua : « Je le crois comme vous. »
Mais il est vrai qu'elle accepta vite la guerre — bien plus vite que l'Empereur, qui ne fit que s'y résigner. — Elle crut comme à peu près tout le monde que la victoire était certaine et serait prompte. Elle