PREFACE XXIII
rêva d'un retour triomphal des troupes ; sous l'Arc élevé à la gloire de l'Oncle passeraient le neveu et le petit-neveu, Napoléon III et celui qui certainement un jour serait Napoléon IV.
L'Empereur partit donc pour l'armée le 28 juillet. Et, deux jours après, il écrivait à la Régente une lettre désespérée, désespérante ; il n'avait trouvé à Metz que désordre, confusion, mésintelligence, la moitié seulement des effectifs prévus, le service des approvisionnements et des transports inexistants — étrange document, où Ylmperator avoue qu'il ignorait totalement l'état de ses armées ! — Et dans la nuit du 4 au 5 août arrive à Saint-Cloud la nouvelle de la défaite de Wissembourg ; Paris s'étonne et s'agite. —Et le 6 août, la nouvelle court d'une grande victoire de Mac-Mahon ; Paris acclame et pavoise ; mais la nouvelle est fausse ; des groupes furieux courent par les rues, criant : « Enlevez les drapeaux. » Paris s'exaspère. — Et, ce même jour, 6 août, Mac- Mahon est battu à Reichshoffen et Frossard à Forbach. M. Emile Ollivier envoie un message à Saint-Cloud : il prie la Régente de signer un décret qui déclarera Paris en état de siège, et de revenir aux Tuileries avec « toutes les troupes dont elle peut disposer » ; or, ces troupes, c'étaient les 160 hommes présents au dépôt des voltigeurs de la garde. — Et l'Impératrice reçoit une dépêche du Grand-Quartier Général : « Nos troupes sont en pleine retraite... il ne faut plus songer qu'à défendre la capitale»; elle se décide à partir
XXIV ÇREFAGE
pour Paris immédiatement; elle envoie aux ministres l'ordre de l'attendre aux Tuileries, où elle préside le Conseil, le 7 août, à trois heures du matin. — Et les Chambres ayant été convoquées pour le 9 août, s'ouvre la crise ministérielle ; au ministère Ollivier succède le ministère Palikao. — Et le 17 août arrive de Châlons une dépêche annonçant que l'Empereur, qui a remis au maréchal Bazaine le commandement de l'armée de Metz, va rentrer à Paris, et que l'armée de Mac-Mahon se reformera sous les murs de la ville ; sur quoi, après longues délibérations, la Régente signifie à l'Empereur qu'il ne doit pas revenir à Paris et que l'armée de Mac-Mahon doit aller porter secours au maréchal Bazaine. — Et l'on ne sait plus ce que va devenir l'Empereur ; il ne commande plus l'armée de Metz ; il ne commandera pas l'armée de Mac-Mahon. — Et le 23 août Mac-Mahon commence sa fatale marche. — Et le 3 septembre après-midi, la Régente reçoit la dépêche de Sedan ; Filon qui vient d'apprendre la nouvelle à la Chambre rentre aux Tui leries ;il rencontre M. Conti, chef du cabinet de l'Em pereur; tous les deux se demandent si l'Impératrice connaît le désastre; elle leur apparaît au haut du petit escalier qui faisait communiquer les appartements de l'Empereur avec les siens ; « elle est pâle, terrible, les yeux durs, flambants de colère, presque défigurée par l'émotion ; elle crie : « Vous savez qu'ils pré- » tendent que l'Empereur s'est rendu, qu'il a capitulé. » Vous ne croyez pas cette infamie ? » Elle répète sa question : « Vous ne le croyez pas? » M. Conti mur-