‹ Souvenirs sur l'Impératrice EugénieChapitre 23 sur 45 · XXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXVI PREFACE

guerre civile entre elle et les Parisiens armés, ou elle l'abandonnerait et ce serait une révolution, un mas^ sacre. Dans les deux cas, qui gagnerait ? Les Prussiens.

Ceux qui ont vécu à Paris les journées de la fin d'août 1870 souscriront à ce jugement. Depuis plusieurs années, l'Empire était en décadence par l'effet de bien des causes dont les plus visibles furent la détestable guerre du Mexique et l'échec de la politique impériale en 1866; cet échec, le gouvernement essaya de le nier à la tribune par des arguments qu'accueillirent des haussements d'épaules. On sentait une fois de plus dans notre pays à quels périls s'expose une nation quand elle abandonne sa destinée à l'arbitraire d'un maître. Les idées libérales se réveillèrent : l'Empereur voulut satisfaire l'opinion ; mais les concessions qu'il échelonna ne servirent qu'à fournir des moyens à l'opposition sans cesse grandissante. En 1869, les élections de Paris condamnèrent l'Empire ; les rues et les places publiques furent troublées par des émeutes ; on brisa des réverbères, des essais de barricades surgirent. La presse contait les exploits des « blouses blanches » ; la Lanterne de Rochefort était dans toutes les mains. Les réunions publiques insultaient le couple impérial. L'Impératrice s'en faisait lire le compte rendu : le lecteur hésitait, s'arrêtait devant quelque parole trop grossière : « Lisez », disait-elle, et elle écoutait, sursautant à certains passages. Quelquefois une foule hostile envahissait la place du Carrousel. Un soir, pendant les journées

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