‹ Souvenirs sur l'Impératrice EugénieChapitre 25 sur 45 · XXVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PREFACE

l'Impératrice a outrepassé les pouvoirs que lui attribuait l'acte par lequel la Régence fut constituée. Elle n'avait pas le droit de décréter l'état de siège, de convoquer les Chambres, de constituer un ministère; elle a donc usurpé la souveraineté. Tout cela est parfaitement vrai. L'Impératrice s'est excusée par la nécessité des résolutions promptes ; mais, même dans son entourage intime, on s'inquiétait : « Votre Majesté agit révolutionnairement », disait Filon, qui eut avec elle une sérieuse conversation, le 17 août. Une dépêche avait annoncé à l'Empereur la décision prise que l'armée de Châlons ne se replierait par sur Paris ; l'Impératrice écrivit à son mari une lettre explicative dont elle montra le brouillon à Filon. Celui-ci lui demanda d'elïacer quelques mots trop durs ; elle y consentit, mais il aurait voulu qu'elle refit toute la lettre. Pourquoi ne se contenterait-elle pas d'exposer les raisons qu'avaient fait valoir auprès d'elle, le ministre de la Guerre, le ministre de l'Intérieur, le préfet de police, en réservant à l'Empereur la décision suprême. L'Impératrice s'y refusa. Elle maintenait l'Usurpation.

Que se passait-il donc en elle ?

Comme Filon, je crois que l'Impératrice fut portée par les événements et son propre caractère à dépasser sa fonction. Les premiers jours de la Régence, elle avait été une personne de peu d'importance ; à peine la tenait-on au courant des affaires ; mais la situation s'aggrave, les événements se précipitent ; la Régente est rappelée à Paris, d'urgence ; là, on s'a-

>erçoit qu'elle est, dans le désarroi qui commence, pleinement maîtresse d'elle-même, résolue, vaillante. Tout le monde en est étonné ; Emile Ollivier s'écrie : « L'Impératrice est admirable ; tout le monde en a été frappé. » Elle est « ferme comme an roc », dit Mérimée : « Cette femme est une Romaine », dit le général Trochu. Même impression produite sur les visiteurs nombreux1 qui vinrent aux Tuileries apporter des conseils. Le ministère Ollivier tombe ; c'est la Régente qui forme le nouveau cabinet après une nuit passée à délibérer sur les choix. Le nouveau chef du cabinet n'a aucune autorité dans le Parlement, ni dans le pays; il est — et en quelles circonstances ! — de petite envergure. Seule, dans le Gouvernement, l'Impératrice est en vue : or, il y a en elle une naturelle énergie, une naturelle hauteur d'âme, un orgueil, une ambition de faire grand ; un grand rôle s'offre, s'impose, elle le comprend ; elle l'aime ; il lui plaît d'être la souveraine.

Le sentiment de cette dignité accroît son courage. Elle est résolue à la lutte jusqu'au bout. Au moment où elle ne sait pas ce que l'Empereur va devenir, elle apprend que le Prince erre de ville en ville, à la frontière Nord-Est, accompagné de quelques officiers, escorté par quelques cent-gardes. Les officiers

1. Parmi eux s'est trouvé M. Buloz. directeur de la. Revue des Deux Mondes. Il m'a dit qu'il était allé aux Tuileries pour conseiller à l'Impératrice de se défier de M. Thiers. Il m'a dit aussi qu'il avait trouvé l'Impératrice tout autre qu'il la croyait être.

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