DES TUILERIES A HASTINGS
Lorsqu'on eut décidé l'Impératrice à quitter les Tuileries, Sa Majesté sortit de ses appartements par la galerie de Diane. Elle était accompagnée de madame Lebreton-Bourbaki, du prince de Metternich, du chevalier Nigra, de l'amiral Jurien de la Gravière, de M. Conti et de M. Eugène Conneau. Il était trois heures et demie. Sa Majesté, arrivée à l'extrémité de la galerie de Diane qui touche au pavillon de Flore, tourna à gauche, suivit la galerie qui règne dans les bâtiments neufs, traversa la nouvelle salle des États et arriva devant la petite porte qui donne
1. Quelques jours après notre installation à Chislehurst, madame Lebreton, sur le désir de l'Impératrice, me raconta tout ce qui s'était passé depuis le moment où l'Impératrice avait quitté ses appartements jusqu'à celui où elle avait mis le pied sur le sol anglais. J'écrivis, en quelque sorte, sous sa dictée ; puis je lui fis relire mon travail pour m'assurer que je n'avais rien omis ni rien altéré. C'est ce récit que je reproduis sans y changer un seul mot.
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accès dans la grande galerie du Louvre. Cette petite porte était fermée. Il fallut rebrousser chemin. On regagna le pavillon de Flore. De là, on pouvait descendre dans le souterrain des cuisines, qui communiquait avec la berge de la Seine. Mais, au moment où l'Impératrice* et les personnes qui l'accompagnaient étaient engagées dans l'escalier, elles virent un mouvement se produire dans la cour des Tuileries et un certain nombre d'individus accourir en désordre. Elles crurent le palais envahi et remontèrent au premier étage, tandis que l'amiral Jurien de la Gravière, se détachant du petit groupe qui entourait Sa Majesté, allait reconnaître l'état des choses et parlementer, s'il le pouvait, avec la foule. Instinctivement, on reprit le chemin déjà parcouru et, de temps en temps, on s'arrêtait pour se rendre compte de la situation. Sur le quai, le tumulte grossissait de minute en minute et des cris furieux montaient jusqu'à l'auguste fugitive. Dans la cour des Tuileries, des mouvements de troupes avaient lieu. La cavalerie se replia derrière l'infanterie : ce qui fît croire un instant à la foule répandue sur le Carrousel que celle-ci allait se servir de ses armes, tandis que, en réalité, le château .était sur le point d'être abandonné. Le général Mellinet parlementait avec la principale colonne insurgée, qui envahissait le palais du côté des jardins. Déjà le ^drapeau était abaissé ; le bruit s'était répandu partout que l'Impératrice était partie et ceux de ses serviteurs qui étaient restés derrière elle, rassurés sur le sort de leur maîtresse, avisaient à leur propre départ.
Cependant, la petite troupe était revenue devant la porte de la galerie du Louvre et cette porte se trouva
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ouverte. L'Impératrice pénétra donc dans le Musée, alors privé, par ses ordres, de presque toutes ses toiles, qui allaient être expédiées à Brest et mises ainsi à l'abri du siège. On traversa successivement la grande Galerie, le grand-salon carré, la galerie d'Apollon. Un gardien du musée marchait à quelques pas en avant de l'Impératrice pour montrer le chemin. Dans le salon des Sept-Ghemioées, devant la grande toile de Géricault qui représente le naufrage de la Méduse, Sa Majesté s'arrêta. Elle était inquiète du sort des personnes qu'elle avait laissées dans les Tuileries et qui n'étaient point, croyait-elle, prévenues de son départ. Elle voulut bien ordonner à M. Gonneau d'aller les informer à cet égard et de veiller à ce qu'elles sortissent sans danger. M. Conneau obéit et prit congé de Sa Majesté en lui baisant la main. Le gardien, présent à cette scène, se découvrit, comme s'il eût compris pour la première fois quelle était la personne dont il guidait la fuite. Puis, il se remit à marcher devant l'Impératrice. Au bout de cette, succession de galeries, qu'occupaient autrefois les tableaux de l'École Française, s'ouvre un palier qui communique avec la colonnade. De là, descend un large escalier droit, au bas duquel se trouve la galerie qui renferme les antiquités égyptiennes. C'est au haut de cet escalier que la petite troupe se diminua encore de M. Conti, par la volonté expresse de l'Impératrice. Sa Majesté embrassa M. Conti et lui dit au revoir, sans pouvoir lui donner rendez-vous nulle part, car elle ignorait ce que le hasard déciderait de sa route au sortir des Tuileries.
On se trouva enfin sous la voûte qui fait communiquer la cour du Louvre avec la place Saint-Germain-
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l'Auxerrois. Les grilles étaient fermées. On essaya en vain d'ouvrir une des grilles latérales. Il fallut que le concierge ouvrît, toute grande, la porte du milieu. L'Impératrice prit le bras du chevalier Nigra et madame Lebreton celui du prince de Metternich. Ils s'avancèrent ainsi dans l'espace vide qui sépare les deux parterres appelés les « Jardins de l'Infante ». Deux flots de peuple, débordant l'un du quai, l'autre de la rue de Rivoli, venaient se heurter et se confondre sur la petite place plantée d'arbres qui s'étend devant Saint-Germain-l'Auxerrois et devant la mairie qui lui est symétrique. Les étroites rues qui débouchent au fond de la place fournissaient aussi, de minute en minute, un contingent à la foule.
A ce moment, un gamin de dix-huit à vingt ans aperçut les deux femmes, courut vers elles, reconnut, selon toute vraisemblance, l'Impératrice, la menaça un instant du poing et retourna vers la foule en courant et en criant comme pour donner l'éveil. Mais sa voix ne se fit pas entendre au milieu du tumulte assourdissant qui régnait sur la place et l'Impératrice put atteindre en quelques instants les voitures de place qui stationnent le long du trottoir. Elle monta dans la première, qui était un liacre fermé ; madame Lebreton prit place auprès d'elle. Elle donna au cocher l'adresse d'un de ses amis qui, par sa nationalité, devait être, plus que tout autre, à l'abri du soupçon et du danger et qui, le matin même, était venu lui offrir son dévouement.
Au moment où le fiacre s'ébranlait, le gamin reparut, allongeant le poing dans la voiture jusque sous le visage de Sa Majesté et proférant des menaces inintelligibles. Le chevalier Nigra le saisit et le retint
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jusqu'à ce que la voiture se fût perdue dans la foule.
Quant au prince de Metternich, il s'était éloigné un instant auparavant dans la direction du quai, cherchant, sans doute, une voiture qu'il savait stationnée à peu de distance et qu'il voulait mettre à la disposition de l'Impératrice.
Le fiacre descendait au pas la rue de Rivoli, où se pressait une immense multitude. Les uns se rendaient déjà à l'Hôtel de Ville pour acclamer le nouveau goavernement ; les autres voulaient assister à la chute des Tuileries et voir encore une fois la demeure des souverains livrée au peuple. Les cris de Vive la République! Vive la nation! et de Déchéance ! se croisaient de tous côtés. Aux fenêtres de la caserne du Louvre, des soldats, portant les uniformes de la Garde Impériale, regardaient passer l'émeute. Quelques-uns, — les plus jeunes, — s'unissaient aux cris populaires ; les autres, plus âgés, tordaient silencieusement leur moustache. L'Impératrice, le voile baissé, la main devant la bouche, ne perdait aucun trait de ce spectacle. Ceux qui passaient jetaient un regard dans la voiture. Un homme du peuple avança la tête par la portière opposée à l'Impératrice et hurla : « Vive la nation !» A la hauteur de la rue du 29 Juillet, madame Lebreton engagea le cocher à quitter la rue de Rivoli : « Nous sommes un peu pressées, lui dit-elle, vous devriez prendre une route moins encombrée. » Le cocher obéit et fit prendre à ses chevaux une allure plus rapide. Au coin de la rue Caumartin et du boulevard des Capucines, l'Impératrice vit un groupe arrêté devant une boutique. On renversait et on brisait l'écusson impérial, accroché
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au-dessus de la porte : « Déjà ! », dit Sa Majesté à madame Lebreton.
Le fiacre s'arrêta devant le numéro *** du boulevard Malesherbes. Là, on apprit du concierge que la personne chez laquelle on se rendait était absente et que l'appartement était désert. On avait congédié le cocher : il fallut envoyer chercher une autre voiture. L'Impératrice y monta et se fit conduire chez M. de Piennes, qui habitait à l'avenue de Wagram. II n'était pas chez lui. Un seul domestique se trouvait dans l'intérieur de l'appartement. Il répondit à travers la porte aux questions qu'on lui adressa. Par un hasard singulier, il était enfermé et ne put faire entrer les étrangères.
L'Impératrice songea alors à la Légation américaine, mais ni elle, ni madame Lebreton, ne savaient l'adresse du ministre des Etats-Unis, M. Washburne. Cependant, cette idée lui en suggéra une autre. Elle se rappela qu'une personne très dévouée et qui lui appartenait en quelque sorte, le docteur Evans, habitait à l'avenue de l'Impératrice. Sa nationalité américaine et sa position indépendante lui permettraient de donner asile à la souveraine sans être compromis ni inquiété.
On arriva chez le docteur. Les deux femmes furent introduites dans son cabinet et l'Impératrice s'assit, le dos tourné à la porte, afin d'éviter qu'une exclamation du docteur, en l'apercevant, ne trahît sa présence aux domestiques. Le docteur Evans, dès qu'il eut reconnu Sa Majesté, avisa aussitôt aux moyens de combiner son départ. Il avait, ce jour-là, à dîner un de ses amis intimes, Américain comme lui, M. C... Il demanda à Sa Majesté la permission de le
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mettre dans la confidence, assurant que son sangfroid, son intelligence et son énergie, seraient certainement utiles à l'entreprise qu'on allait tenter. L'Impératrice y consentit aussitôt. M. Evans se rendit d'abord dans l'intérieur de la ville, afin de constater les progrès de la révolution. Il revint, raconta à Sa Majesté que les Tuileries avaient été envahies, puis évacuées, qu'elles étaient actuellement occupées par la garde nationale, que la république avait été proclamée et qu'un gouvernement était en train de se constituer à l'Hôtel de Ville. Les ministres avaient quitté leurs ministères; les pouvoirs établis par la Régente n'existaient plus. Dès lors, l'Impératrice ne pouvait plus songer qu'à quitter Paris.
Le docteur Évans et M. C... voulurent s'assurer par eux-mêmes que la sortie de Paris était libre. IIs.serendirent aux fortifications : les portes n'étaient point gardées. La voiture put sortir et rentrer sans être l'objet d'aucun examen.
L'Impératrice prit quelque repos. A cinq heures du matin, elle montait en voiture avec madame Lebreton, le docteur Evans et M. C... Quelques mobiles étaient en faction à la porte de Neuilly ; mais ils n'arrêtèrent qu'un instant les voyageurs et la voiture s'éloigna rapidement par l'avenue de la Grande-Armée.
On se dirigea sur Saint-Germain-en-Laye et on traversa les rues de la petite ville, remplies de tumulte. De Saint-Germain on prit la route de Mantes. A Mantes le docteur Evans remisa ses chevaux et sa voiture chez un ami. Il se procura une autre voiture qui conduisitS a Majesté jusqu'à quelques lieues d'Évreux. Vers le milieu de la nuit, on changea encore de voiture. On traversa Évreux dans la matinée du 6 sep-
tembre. La grande place était couverte de mobiles qui venaient recevoir des armes à l'Hôtel de Ville. Leur commandant, le comte d'Àrjuzon, chambellan de l'Empereur, sortait de la mairie en habits bourgeois. Ses yeux rencontrèrent ceux de madame Lebreton ; on ignore s'il a reconnu l'Impératrice ou «a compagne.
Au sortir de la ville, il fallut faire une halte. On s'arrêta devant une auberge ; on fit manger les chevaux sans les dételer. Un grand nombre de mobiles affluaient dans eet endroit. Ils retournaient dans leurs villages, après avoir reçu leur équipement. Ils passaient et repassaient auprès de la voiture, regardant avec curiosité les deux femmes, qui n'étaient pas descendues. Le docteur Evans entra dans l'auberge «t rapporta des vivres. L'Impératrice fit un léger repas dans la voiture.
Dans le courant de cette même journée, une nouvelle station fut nécessaire pour changer encore une fois de voiture. On suivait la route d'Évreux à Bernay pour gagner, de là, Lisieux et le bord de la mer.
Le docteur Evans et M. G... montaient, de temps à autre, sur le siège, en apparence pour fumer un cigare, mais, en réalité, pour connaître les «entimenls du cocher et s'assurer s'il ne soupçonnait rien. Le dernier voiturier, qu'on avait pris après avoir dépassé Évreux, se réjouissait de la révolution parisienne et manifestait l'espoir qu'on « ferait leur affaire à tous les bourgeois ». Néanmoins, il était loin de deviner qui il conduisait. Vers le soir, se trouvant assez éloigné de son point de départ, cet homme refusa de conduire plus loin les quatre voyageurs et les déposa devant une auberge, à *** (madame Lebreton n'a pu
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se rappeler le nom). On dut traverser la grande salle de l'auberge qui servait, en même temps, de cuisine et où plusieurs buveurs étaient installés. Tandis que Sa Majesté se reposait dans la seule chambre qui fût disponible, les fugitifs eurent un moment de vive inquiétude en apprenant qu'un homme, venant de Paris, était descendu à l'auberge après eux et s'était informé du nom des voyageurs de passage. Ils se croyaient déjà découverts. On avertit Sa Majesté, mais l'homme, qui n'avait ni intention, ni soupçon, se contenta de savoir que quatre Anglais étaient arrivés un moment avant lui et s'éloigna après avoir satisfait sa curiosité.
Il eût été possible à Sa Majesté, pour éviter le danger continuel d'être reconnue, de déguiser un peu cette physionomie dont les traits, grâce à la photographie, sont gravés dans toutes les imaginations et ne peuvent plus, dès qu'on les connaît, être confondus avec d'autres. Il lui eût été possible de se vieillir par un changement de coiffure ou par quelque autre négligence calculée. Madame Lebreton, avec cette liberté que la situation exigeait et qu'autorisait son dévouement, reprocha à l'Impératrice de se refuser à ces utiles précautions et accusait la « coquetterie » de Sa Majesté '. Mais ce n'était point une coquetterie vulgaire. L'Impératrice redoutait, avec raison, le ridicule auquel l'exposerait un déguisement, au cas où, par malheur, elle serait découverte. Elle voulait, dans cette circonstance, retrouver son prestige de femme «t de souveraine ; elle avait conscience de l'impres-
i. Madame Lebreton voulait parler de cette ligne au crayon noir dont l'Impératrice soulignait sa paupière inférieure, comme je l'ai expliqué au premier chapitre.
sion profonde qu'elle produirait alors sur ceux qui essaieraient de l'arrêter. C'était là sa seule défense , sa seule chance de salut et, en tout cas, le dernier moyen qui lui restât de tomber en Impératrice.
La nuit du 6 au 7 septembre se passa paisiblement dans cette auberge de campagne. Le matin, une voiture conduisit l'Impératrice et ses compagnons à une station de chemin de fer. Mais les heures n'avaient pas été bien calculées. On dut attendre longtemps dans la gare l'arrivée du train. Son voile baissé, l'Impératrice lisait. A Lisieux, on quitta le chemin de fer. Là encore, la gare et la villeétaientencombrées de mobiles. Une voiture emmena les voyageurs à Deauville et les déposa devant un vaste hôtel où était logée, en ce moment, la femme du docteur Evans. Tandis que M. C... et madame Lebreton entraient par la grande porte, se donnant pour un couple en voyage, on introduisit l'Impératrice chez madame Evans, à laquelle elle était censée faire une simple visite.
Restait la grande difficulté : trouver les moyens de sortir de France. M. Evans s'en occupa immédiatement. En flânant sur le quai, il avisa un tout petit yacht aux allures élégantes. 11 questionna ; il apprit que le yacht était la propriété de sir John Burgoyne, officier dans l'armée anglaise, et que ce gentleman se trouvait, en ce moment, à Deauville. Le docteur alla trouver sir John Burgoyne; il s'ouvrit à lui. Sir John demanda seulement le temps de consulter sa femme et la journée n'était pas finie que sa réponse affirmative parvenait au docteur Evans.
Vers minuit, l'Impératrice sortit de l'hôtel où elle; s'était tenue cachée jusque-là; elle traversa les
pelouses de Deauville, éclairées par la lune. Tout était désert et silencieux. Quelques douaniers se promenaient au bord de la mer près de l'endroit où était amarré le yacht. Sir John Burgoyne attendait Sa Majesté. Il la salua d'un shake-hands familier, comme une personne qu'il eût connue de longue date et l'introduisit sur son bateau. Quand il fut arrivé dans la cabine, changeant tout à coup d'attitude, il prit la main de l'Impératrice et la baisa. A ce moment, la ville endormie était réveillée par des cris et des chants. Les passagers du yacht prêtèrent l'oreille, ils distinguèrent le son de la Marseillaise ,. mêlée à ces cris qui les poursuivaient depuis les Tuileries : «Vive la République! Vive la nation! » L'Impératrice crut un moment qu'on avait retrouvé sa trace. Mais on fut bientôt rassuré. C'était l'arrivée du train de Paris qui causait cette émotion nocturne. Les voyageurs, après avoir crié et chanté, se répandirent dans les hôtels; tout rentra dans le silence.
A cinq heures du matin, le yacht appareilla et l'Impératrice perdit de vue les côtes de France. Lady Burgoyne l'avait installée dans sa propre cabine et l'avait, ensuite, laissée seule avec madame Lebreton. Les premières heures de la traversée furent paisibles ; la brise fraîchit avant que le yacht fût entré dans les eaux de l'Angleterre et devint tellement forte sur le soir que sir John Burgoyne se sentit inquiet. Ces inquiétudes n'étaient que trop justifiées, puisque le coup de vent de cette même nuit fit périr, corps et biens, dans les mêmes parages, un petit yacht à peu près semblable à celui qui portait l'Impératrice. Un peu plus loin, dans la Manche, se perdait le vaisseaa
de guerre anglais le Captain, dont le commandant, par une étrange coïncidence, portait aussi le nom de Burgoyne et dont le naufrage produisit en Angleterre une vive émotion.
Sir John se garda de communiquer ses appréhensions à son auguste passagère, mais, à travers les minces cloisons du bateau, elle l'entendit se consulter avec lady Burgoyne, femme de tête et de courage dont il ne dédaignait pas l'expérience. En réalité, il n'était pas plus marin qu'elle-même et c'était sur lui, cependant, que reposaient le salut et la direction du bateau. Fallait-il courir devailt le vent? Fallait-il tenir à la cape? Lady Burgoyne conseilla cette dernière manœuvre et l'on se rangea à son avis.
Il vint un moment, pendant cette longue nuit, où il sembla à l'Impératrice que la frêle carcasse du yacht se brisait et où elle entendit une exclamation sinistre : « We are ashore. »
— Que disent-ils ? demanda madame Lebreton qui n'avait plus la force de prier, mais qui crispait ses doigts autour de son chapelet.
— Ils disent, répondit l'Impératrice, que nous sommes à terre
Et madame Lebreton, rassurée par cette traduction optimiste, de s'écrier :
— Ah! Dieu soit loué!
Elle n'apprit que plus tard dans quelle extrémité s'était crue l'Impératrice. En effet, ce n'était qu'une fausse alarme et, après cette terrible lutte, quand le jour parut, le vent se calma et le bateau put reprendre sa route. Il déposa enfin l'Impératrice dans le petit port de Cowes (île de Wight). De là, Sa Ma-
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jesté se rembarqua pour la terre ferme et toucha l'Angleterre peu d'heures après. Le soir de ce jour (c'était le vendredi 9 septembre), l'Impératrice avait rejoint son fils à Hastings.