PREFACE
Mais voici qui achève de faire connaître l'homme qu'était Augustin Filon.
En 1874, il commença de souffrir d'une périostite, qui mettait ses yeux en péril ; le mal s'aggrava en 1879 ; une opération l'aveugla pour plusieurs mois ; d'autres succédèrent qui lui rendirent une faible lueur. Je le vis pour la dernière fois à l'École normale en 1914, il était presque aveugle; il me demanda de le conduire à sa « turne » ; on appelle ainsi les salles d'étude où sont répartis, par petits groupes, les élèves do troisième année. Arrivé au corridor qui dessert les turnes, il quitta mon bras : « Laisse-moi, me ditil, chercher mon chemin. » A tâtons, il chercha et trouva : « C'est ici. » Puis il marqua la place qu'occupaient ses camarades de turne, ses « coturnes », comme on dit à l'École. Et les vieux souvenirs lui revenaient : voilà donc la fenêtre par où il passait, pour monter sur le toit, où l'on fumait et jouait aux cartes, deux plaisirs défendus par les règlements normaliens d'alors. « Ah ! me dit-il, dans ce tempslà, je n'avais pas peur de me casser le cou à chaque pas. » Aucune amertume ne se mêlait à ses propos ; il souriait.
Avec cette infirmité, comment donc a-t-il pu achever tant d'oeuvres qui supposent tant de lecture, tant d'écriture. Quelqu'un l'assista dans son travail, l'assista dans ses souffrances, secrétaire et garde-ma-