‹ Souvenirs sur la révolutionChapitre 12 sur 35 · DU COMTE DE U O C H E C H O U A HT · texte numérisé non relu

DU COMTE DE U O C H E C H O U A HT

Le temps s'écoula sans amener de nouveaux événements à notre quartier général jusqu^tu lo août, veille de Texpiration de l'armistice; les négociations entatnées à Prague étant rompues, les hostilités devaient reprendre le 17 août.

L'alliance offensive et défensive conclue entre TAutriche, la Prusse et la Russie exigeait un nouveau plan de campagne, il fut arrêté dans un grand conseil de guerre : un corps d'armée russe et un corps prussien devaient se réunir à Parmée autrichienne en Bohème, pour harceler Parmée française en queue et en flanc, tandis que le reste des forces russes et prussiennes l'attaqueraient de front. L'Empereur nous laissa le choix de nous rendre à petites journées avec la garde impériale à Prague, lieu de rendezvous général, ou d'y aller en poste à nos frais; cette autorisation ne regardait que les aides de camp de PEmpereur, nous choisîmes tous la voiture de poste. En conséquence, le lo août, mon camarade Lambsdorf monta dans ma calèche, traînée, non par des chevaux de poste, mais par nos propres chevaux, suivie de nos domestiques et de nos chevaux de selle; nous voyagions tranquillement, à petites journées, sur une route excellente et dans un charmant pays.

Le premier jour, nous couchions à Frankenstein, le second jour à Machod, première ville de Bohême, nous nous y arrêtions pour visiter le magnifique château de la duchesse de Sagan, fille du dernier duc de Courlande; les deux forteresses de Josephstadt et de Kôningratz; le champ de bataille et enfin la ville de Kolin. Nous arrivions le i5 août à Prague, en même temps que Pempereur Alexandre.

L'empereur d'Autriche, venu pour recevoir royalement son nouvel allié, lui offrit comme demeure le

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magnifique palais des rois de Bohême, affectant plusieurs palais de la ville au logement de son état-major.

Le 17 août, l'empereur de Russie présenta sa maison militaire à l'empereur d'Autriche. A plusieurs reprises, j'avais été chargé, par le prince Wolkonski, chef d'étatmajor de l'Empereur, ou par le comte Nesselrode, chef de sa chancellerie, de différentes missions, avec ordre de rendre compte directement à l'Empereur de leur exécution; mais le concours de diverses circonstances m'avait empêché de lui remettre mes rapports. L'empereur Alexandre ne me connaissait donc pas, jamais je n'avais eu l'honneur de lui parler. Lorsque mon tour vint d'être présenté, le Tzar ne put se rappeler mon nom; il me dit en rougissant : a Nommez-vous vous-même »; très ému, je balbutiai mon nom en faisant un profond salut, puis je filai tout honteux, au désespoir d'avoir attiré cet ennui à l'Empereur. Cette petite contrariété resta longtemps gravée dans son souvenir; je m'inquiétais des suites qu'elle pouvait avoir pour mon avenir militaire, mais bien à tort, comme on le verra plus tard.

Le soir de cette désagréable journée pour moi, mon camarade, le colonel Rapatel, aide de camp de l'empereur de Russie, me dit : a Mon cher ami, je veux vous M présenter à un illustre compatriote, mon ancien « général, je lui suis resté fidèle après sa disgrâce, et j'ai « partagé son exil; je veux parler du général Moreau, u arrivé récemment d'Amérique, afin de profiter des évé- « nements qui peuvent surgir, pour rentrer dans notre « chère patrie, et V vivre sous un gouvernement légitime, u plus paternel surtout que celui qui le régit mainte- « nant. » J'acceptai avec empressement et me rendis avec mon collègue chez ce grand général, qui avait donné la l'rcuvede sa capacité militaire dans les premières guerres

de la Révolution et était, seul, capable en Europe de lutter contre Napoléon. Dès que Rapatel m'eut nommé: « Je « suis charmé, monsieur de Rochechouart, de vous voir « ici, me dit-il, c'est la place d'un homme de votre nom, « et pas auprès de cet usurpateur; il va, du reste, rece- « voir bientôt le Juste châtiment qui lui revient. » Mon étonnement fut grand, je Tavoue, en entendant ces paroles sortir de la bouche d'un homme que je croyais sincèrement républicain!

J'aurai plusieurs fois l'occasion de parler du maréchal Moreau, jedis maréchal, car l'empereur Alexandre venait de lui conférer le titre de feld-maréchal, en l'attachant à son service. Cet homme illustre avait conservé une franchise un peu brutale. Le lendemain de ma visite, le Tzar donnait un grand dîner en son honneur; la maison militaire et plusieurs généraux autrichiens et prussiens assistaient au dîner. L'Empereur, ayant à sa droite le prince de Schwarzemberg, et à sa gauche le feld-maréchal Moreau, prit pendant le dîner une carafe pour se servir à boire. Le nouveau maréchal arrêta brusquement son bras : a Sire, ne buvez pas de cela, c'est du poison, <( car, ou ce que je viens de goûter est indignement frelaté, « et alors cela ne peut vous être servi, ou cette boisson « contient une substance vénéneuse, indiquée par son <c goût exécrable. » L'Empereur se mit à rire aux éclats et, s'adressant au grand maréchal de sa maison, lui dit : « Comte Tolstoï, vous entendez, c'est pourtant le vin dont « vous m'abreuvez depuis plusieurs jours. » Je citerai plus tard une seconde boutade du même personnage, pendant la bataille de Dresde.

Moreau venait de quitter l'Amérique, sur les instances très pressantes de sa femme, et, par son entremise, il entra en relation avec Louis XVIII à Hartv/ell. Ce monarque

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lui avait promis les plus grands honneurs, s'il consentait à se mettre à la tête d'une armée que lui seul, rival de gloire du général Bonaparte, pouvait commander avec espoir de succès. Rapatel, et plus tard le comte François d'Escars, m'affirmèrent que madame Moreauet les princes français échangeaient, en Angleterre, une correspondance très active.

L'empereur Alexandre, négociant l'entrée de l'Autriche dans la coalition, avait proposé Moreau comme généralissime; l'amour-propre de tous eût été ainsi sauvegardé. 11 avait fait ressortir les talents incontestés de cet illustre guerrier; mais le prince de Metternich exigea, sous menace de rupture, que ce titre fût conféré au prince de Schwarzemberg. L'Empereur exprima ses regrets à Moreau, qui lui répondit : « Sire, je comprends la répu- « gnance de l'Autriche; si Votre Majesté m'avait fait a l'honneur de me consulter plus tôt, je lui aurais court seillé de réclamer pour elle-même ce suprême com- (( mandement; toute opposition disparaissait devant un a tel chef. J'aurais été votre major général, les opérations « n'auraient eu qu'une seule direction; maintenant, je ne « puis offrir à Votre Majesté que les conseils dictés par (( ma vieille expérience. Que Dieu nous soit en aide! »

Le général Jomini arrivait, en même temps que Moreau, offrir ses services à l'empereur Alexandre, Né le 6 mars 1779, à Payerne, canton de Vaud, il était parvenu au grade de général de brigade dans l'armée française, avait aidé le général Éblé à construire le pont de chevalets sur la Bérézina et était devenu plus tard chef d'état-major du maréchal Ney. Napoléon ne l'ayant pas nommé général de division, grade auquel il croyait avoir droit, Jomini se présenta à noire quartier général; l'Empereur le conserva près de lui comme aide de camp général. Par son

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expérience et sa connaissance de la guerre, il rendit de grands services à rarmée alliée.

Le 20 août, nous partions de Prague pour entrer de nouveau en campagne, et nous couchions à Schlau; la marche continua sans incidents jusqu'au 24. Le 25, l'empereur Alexandre, accompagné de tout son étatmajor, voulut reconnaître les environs de Dresde ; quelques coups de canon furent échangés de part et d'autre, sans motifs et sans résultats.

Le 26 août, premier jour de la bataille de Dresde, l'attaque commença encore trop tard et pas assez vigoureusement. L'armée alliée enleva cependant deux redoutes situées entre les portes de Freyberg, de Dippotiswald et de Pirna; ses forces, réunies autour de Dresde, dépassaient deux cent mille hommes et n'avaient devant elles, ce jour-là, que le corps du maréchal Gouvion Saint-Gyr; il devait donc promptement succomber : i» si l'attaque avait commencé deux heures plus tôt, et rien n'eût empêché de le faire; 2" si, après les premiers succès, l'attaque eût été poussée vigoureusement, au lieu de se borner à envoyer de temps en temps des renforts qui ne faisaient qu'entretenir le combat sans amener de résultat. Il fallait attaquer' sur toute la ligne à la fois et avec toutes les troupes disponibles. Le feld-maréchal Moreau, jugeant ces efforts insignitiants, dit au Tzar : « Mais qu'est-ce que « l'on fait donc? pourquoi n'avance-t-on pas? D'après la (( mollesse de la défense. Napoléon n'est pas là, nous u n'avons affaire qu'à un corps de son armée, w

L'Empereur, frappé de la justesse de cette remarque, conduisit Moreau près du généralissime, pour qu'il la lui répétât. Le général autrichien donna de fort mauvaises raisons pour justifier la lenteur de son action, qu'il qualifiait de prudente; enfin, pressé, il ajouta : « Nous

(( ne voulons pas détruire la ville de Dresde! — Ah ! c'est (( pour cela, répondit le vainqueur d'Hohenlinden. Cepen- « dant, prince, quand on fait la guerre, ce n'est pas pour « épargner ses ennemis, mais bien pour leur faire le <( plus de mal possible; pourquoi alors venir devant cette « ville? Il fallait choisir un autre champ de bataille. « Puis, s'animant en voyant le flegme avec lequel on recevait ses avis, il s'écria en jetant son chapeau à terre : « Eh! sacrebleu , monsieur, je ne suis plus étonné si « depuis dix-sept ans vous êtes toujours battu! » Voilà les paroles que nous entendîmes tous. On s'imagine TetTet qu'elles produisirent ! L'Empereur essaya de le calmer et de l'emmener à l'écart, Moreau, s'éloignant, ajouta cette pré.iiciion : « Sire, cet homme-là va lout perdre! » Peu d'instants après cette singulière discussion, nous vîmes sortir des trois portes de Dresde, dont j'ai parlé plus haut, trois colonnes serrées, sur un bataillon de front, fortes au moins de quinze mille hommes chacune. Ces masses bousculèrent les alliés bien au delà des lignes qu'elles venaient d'occuper. Napoléon, ayant entendu la canonnade, accourut avec toutes ses forces, traversa l'Elbe et entra dans Dresde au moment où l'on s'y attendait le moins. La fusillade et la canonnade continuèrent jusqu'à huit heures du soir.

Le lendemain 27, une pluie torrentielle, que se rappelleront toujours ceux qui ont assisté à cette bataille, commença à tomber et dura sans discontinuer pendant trois jours. Je ne donne pas les détails stratégiques de cette deuxième journée si triste pour les armées alliées. Au lieu de la victoire qu'elles étaient en droit d'espérer, elles éprouvèrent le revers le plus écrasant; je renvoie pour tous les détails au Manuscrit du baron Fain, ou à la Campagne de S L^.xe, i8il\ par M. d'Odeleben.

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Nous commencions à effectuer cette fameuse retraite qui dégénéra bientôt en une déroute génénile. L'empereur Alexandre, entouré dMn état-major beaucoup trop nombreux, attirait Pattention de Tennemi ; vers une heure, une batterie française envoya plusieurs volées de boulets au milieu de nous, qui causèrent un grand désordre; le maréchal Moreau dit au Tzar : w Sire, on tire sur « vous, votre personne est trop utile pour la hasarder, « surtout étant obligé de battre en retraite, par suite des (( fautes commises hier, cette nuit, même ce matin ; je « supplie Votre Majesté d'éviter un danger qu'il n'y a u aucune gloire à braver, et dont les résultats peuvent « plonger vos sujets et vos alliés dans le plus grand (( désespoir. » L'Empereur comprit qu'il n'y avait plus rien à faire, il tourna bride et dit : « Passez, feld-maréchal. » Au même moment un boulet, parti d'une batterie française très rapprochée, vint frapper Moreau au genou droit, traversa son cheval et emporta le mollet de la jambe gauche. Rapatel, qui causait avec moi, se précipita pour relever son ancien général, je m'approchai également et l'entendis prononcer les mots : a Mort! mort! » Puis il perdit connaissance. L'Empereur resta au même endroit en proie au plus violent chagrin; cinq ou six boulets tombant de nouveau au milieu de nous, on l'entraîna avec le blessé, à quelques pas, derrière un petitmamelon. Le chirurgien du Tzar déclara qu'une double amputation était nécessaire; on fit à la hâte un brancard avec des branches d'arbres, et avec des couvertures et des manteaux, un abri contre la pluie qui tombait à torrents.

Quarante grenadiers russes, prussiens et autrichiens portèrent, à tour de rôle, le blessé jusqu'à la ville de Lahn, où l'opération se fit le lendemain. La jambe droite

coupée, les chirurgiens annoncèrent au blessé la nécessité de couper aussi la Jambe gauche. Moreau demanda seulement la permission de fumer un cigare entre les deux amputations. 11 supporta ces opérations inutiles avec un courage, une résignation et une énergie admirables. Il succombait le lendemain 28, après avoir dicté à Rapatel une lettre d'adieux à sa femme et à sa fille. Son corps fut embaumé et transporté à Pétersbourg, où on lui rendit les honneurs dus à la dignité de feld- maréchal. Sa tille, mademoiselle Isabelle Moreau, nommée demoiselle d'honneur de l'impératrice de Russie, épousa plus tard le comte de Courval.

L'empereur Napoléon apprit la mort de Moreau en même temps que son arrivée à l'armée russe. Cette mort le débarrassait d'un rival de gloire, qui, devenu son adversaire, aurait, par ses conseils, son génie et son expérience de la guerre, rendu de grands services aux souverains coalisés. Comme oraison funèbre, il se contenta de lui donner le nom de : a Nouveau Coriolan. »

Le soir de cette funeste journée du 27, le prince Wolkonski m'envoya à Freyberg, m'informer comment notre retraite s'effectuait, et dans quelle position se trouvait le corps autrichien qui couvrait notre gauche. Je tombai au milieu d'un tel désordre, d'un tel sauve-qui-peut, qu'il me fut impossible de prendre ni de recevoir aucune inforimation précise. Je me rendis à Dippotiswald : même désordre. Ignorant la position des belligérants, voyant le jour sur son déclin, les chemins défoncés et inondés, reconnaissant l'imprudence de m'avancer, ne pouvant regagner mon quartier général avant la nuit, je réclamai l'hospitalité à un bivouac de Cosaques du Don; n'ayant rien mangé depuis six heures du matin, je pris avec grand appétit ma part d'un frugal repas.

Le 28, je rejoignis le quartier général à Rechstcd, au moment où TEmpereur le quittait. Je racontai au prince Wolkonski ce que j'avais vu la veille et le matin même; TEmpereur, s'étant approché, me dit : « Tous vos cama- « rades sont en mission, prenez un cheval frais et deux a Cosaques de la garde, allez à la recherche du général « Barclay de Tolly, vous lui direz que nous rentrons en « Bohême, qu'il s'y dirige également; vous aurez soin « en même temps de recueillir tous les renseignements « possibles sur la position de nos troupes et sur celles « de Tennemi; partez immédiatement, vous me rejoin- « drez à Altenberg; le général Barclay de Tolly doit se « trouver aux environs de Gieshûbel. «

Mes deux intelligents Cosaques m'aidèrent singulièrement à me tirer d'affaire; un des deux marchait en avant, s'assurant que nous ne tombions pas au milieu, ou même à portée, de quelque poste ennemi. Heureusement pour moi, je parlais allemand facilement; je questionnai les paysans saxons, ils m'apprirent que les Français occupaient Gieshûbel, que leurs avant-postes se trouvaient à dix minutes de nous, et m'indiquèrent à peu près la route prise par les Russes. Je courus toute la journée, ne rencontrant que des postes isolés; ils ne savaient ni où étaient leurs corps ni où ils allaient euxmêmes; je leur indiquai la direction à prendre pour arriver en Bohême, lieu du rendez-vous général.

A l'entrée de la nuit, apercevant des feux au fond d'une vallée, j'envoyai un de mes Cosaques en reconnaissance, pour savoir, avec toute la précaution intelligente de ces merveilleux éclaireurs, si ces feux étaient amis ou ennemis. Au bout de cinq minutes mon Cosaque revint avec un autre Cosaque du corps du général Barclay de Tolly; son cheval ayant été tué, il était resté en arrière. Ce

Cosaque m'assura que les feux en quesiion appartenaient à un gros corps prussien commandé parle général Kleist. Je m'approchai alors sans crainte, me fis reconnaître aux avant-postes et conduire près du général. Après avoir échangé de nombreuses questions, il m'apprit que nous nous trouvions dans la vallée de Telnitz ; n'étant pas poursuivi, il comptait y rester toute la journée du lendemain, pour continuer à recueillir des fuyards et des pièces de canon égarées : « Car, outre l'artillerie de ma division, « ajouta-t-il, j'ai déjà reçu des canons autrichiens, russes « et prussiens. » Je lui demandai des nouvelles du i^énéral Barclay de Tolly : « J'ai été en communication avec « lui ce matin, me répondit-il; il incline à gauche pour « se porter au secours de la brigade du général Oster- « man, composée de deux régiments de gardes russes : « le régiment des chasseurs et le régiment de Seme- « nowski. Elle a été attaquée très vivement par le général « Vandamme, je crois, et se retire sur Tœplitz. » Je partageai le feu et la soupe au lard du général prussien, et le lendemain, 29 août, à la pointe du jour, je me mis en route pour rejoindre l'Empereur à Ahenberg. Il venait d'en partir pour aller coucher à Duks, magnifique chàleau de la famille "Wallenstein. Quoique exténué de fatigue, n'ayant pas quitté mes bottes depuis quatre jours et ayant passé toutes mes journées à cheval, je m'acheminai sur Duks. Je ine rendis tout de suite chez le prince Wolkonski pour lui rendre compte de ma mission : « Votre rapport est très important, me dit-il, venez le répéter à i'Empereur. » Il m'introduisit dans le salon où se trouvaient : l'Empereur, le roi de Prusse et le prince de Schwarzemberg. Je recommençai mon récit ; on me fit répéter avec les plus grands détails tout ce qui concernait le général Kleist, le nom et la situation de la

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