‹ Souvenirs sur la révolutionChapitre 13 sur 35 · DU C O M T K DE R O C M E C H O I ' A U T · texte numérisé non relu

DU C O M T K DE R O C M E C H O I ' A U T

vallée où je Tavais laissé le matin même. Le roi de Prusse appela le colonel SclKcUer, un de ses aides de camp, et lui dit: <( Partez immédiatement, allez trouver Kleist, donncz- « lui l'ordre de marcher avec toutes les forces qu'il a rcu- « nies, c]u'il attaque demain matin en flanc et en queue « le corps français qui débouche par Kulm, nous Tatta- « querons en même temps de front, et nous le tournerons « par sa yauche. « Là-dessus, on nous congédia; j'indiquai bien exactement au colonel Schœller la route à suivre, et courus à mon logement. Mon ami Lambsdorf me mit au courant des événements arrivés pendant mon absence : Tarmée se retirait dans le plus grand désordre en Bohême, les nations et même les régiments se trouvaient confondus. L'empereur de Russie, le roi de Prusse et le prince de Schwarzemberg avaient passé la journée sur la grande route, séparant les fuyards, et leur indiquant le chemin qu'ils devaient suivre. Le Tzar dirigeait les Russes au centre, le roi de Prusse envoyait ses soldats à gauche, le prince de Schwarzemberg montrait aux Autrichiens le chemin de droite. Dans la journée, on était parvenu après mille fatigues à rallier cent mille hommes.

Le général Osterman, qui avait rallié à ses deux régiments de gardes russes un régiment de grenadiers commandé par le prince Eugène de Wurtemberg et quelque, soldats épars, en tout quinze mille hommes, était attaqué par le général Vandamme, commandant un corps de trente mille hommes. Le général français avait reçu Tordre de Napoléon de passer sur le corps de tout ce qui lui résisterait, d'arriver à Tœplitz avant la grande armée alliée en déroute et de l'achever. Le général Osterman, au prix des plus grands sacrifices, défendit vaillamment le terrain pied à pied; cette résistance opiniâtre couvrit de gloire le général et les braves qu'il commandait,

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et sauva Tarmée alliée en donnant le temps de réorganiser les masses venant de Dresde. Le général Osierman, un bras emporté, restait à pied au milieu de ses grenadiers, pour les encourager; le régiment de chasseurs de la garde, dans lequel j'étais incorporé, perdit vingt-deux officiers.

Le 3o août, dès le matin, le général Vandamme fut attaqué, en tète, par un corps principal, fort de quatrevingt mille hommes, à droite, par vingt mille Prussiens, et à gauche, par vingt-cinq mille Autrichiens. Ne pouvant résister à de telles forces, il commençait à battre en retraite par le chemin qu'il avait suivi la veille, lorsqu'il fut attaqué en queue par le général Kleist et toute son artillerie. Entouré de tous côtés, Vandamme essaya inutilement de faire une percée; malgré la valeur de ses troupes, il dut mettre bas les armes.

L^empereur d'Autriche, pour éterniser la belle conduite des gardes russes dans la journée du 29, et leur donner un témoignage éclatant de sa reconnaissance, fit élever à ses frais un monument sur le champ de bataille, avec cette inscription : 0 A l'honneur des gardes russes, « 29 août 181 3. » Les alliés donnèrent à cette bataille le nom de : Bataille de Kulm.

Le baron Fain, dans son Manuscrit de 181 3, tonie II, page 3 12, donne la relation suivante de la bataille de Kulm : « Cette journée du 3o, qui a vu luire à son début « de si belles espérances, est à peine écoulée, que les « nouvelles les plus alarmantes se répandent; elles arri- « vent du côté de Pirna, on assure que Tarmée de Van- « damme a été détruite. Nous allons raconter Pévénement « tel qu'on parvient à le dégager des exagérations du pre- « mier moment. Le 29 au matin, Vandamme, voulant « poursuivre ses avantages de la veille, était arrivé avec « son avant-garde à Kulm; il s'était laissé entraîner au

« fond de cette vallée profonde et s'avançait sur Tœplitz, « Tespoir de s'emparer de cette ville Favait tenté; en effet, « ce coup de main pouvait avoir des résultats immenses; « quoi de plus séduisant que de barrer toute retraite à « une armée de deux cent mille hommes, encombrée « dans des défilés? A rapproche de Vandamme, le dépôt « du grand quartier général allemand avait pris la fuite « de Tœplitz, qui à Duks, qui à Lahn; déjà Tavant- « garde n'était plus qu'à une demi-lieue, lorsque Ten- « nemi, cessant tout à coup de plier, avait opposé la plus « vigoureuse résistance. Le comte Osterman, comman- « dant une brigade de la garde russe, s'était placé à travers « le chemin, il avait ordre d'arrêter Vandamme à tout « prix. L'armée alliée descendait alors de Tœplitz, par « tous les ravins de la montagne; la position était cri- « tique. Si Vandamme arrivait avant elle, le sort de plu- « sieurs colonnes était compromis, quelques heures pouce valent tout sauver. Osterman et ses grenadiers avaient « compris ce que le salut commun attendait d'eux, ils « s'étaient montrés dignes d'occuper le poste de péril, et « le vallon de Tœplitz était devenu leurs Thermopyles; « l'élite de la garde russe s'était fait tuer; Osterman « avait un bras emporté, mais Vandamme n'avait pu « forcer le passage. » Suit le détail de la défaite du corps de Vandamme. La nouvelle parvenue à Napoléon lui arracha ces paroles : « Eh bien! duc de Bassano, vous venez « d'entendre! Voilà la guerre : bien haut le matin, bien « bas le soir. »

L'armée française perdait quatre mille hommes tués ou blessés, elle laissait en outre aux mains des alliés ; le général Vandamme, trois autres généraux, vingt-deux mille prisonniers, quarante pièces de canon et trois aigles.

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Le 3i, nous nous installions à Tœpliiz, séjour charmant, où de nombreux baigneurs prennent chaque année les eaux. Nous y apprenions deux victoires sur des lieutenants de Napoléon : le général Bulow avait battu à Gross-Beeren le maréchal Oudinot, duc de Reggio, et le général Blucher avait triomphé de Macdonald à Katzbach. Ces succès relevèrent le courage des soldats alliés, qui dès lors marchèrent avec plus de contiance.

Nous connaissions quelques Jours plus tard le motif qui avait arrêté tout à coup Tempereur Napoléon dans la poursuite de notre armée en déroute après la bataille de Dresde. Un violent accès de fièvre, survenu à la suite d'un refroidissement, avait forcé Napoléon de rentrer dans Dresde, au lieu d'aller coucher à Pirna, d'où il pouvait continuer à poursuivre les alliés l'épée dans les reins. L'absence de tout ordre émanant du quartier général français arrêta le mouvement qui pouvait être décisif; seul Vandamme marcha de Tavant, se croyant suivi : il fut écrasé. Napoléon habituait trop ses lieutenants à recevoir des ordres et à ne pas avoir d'initiative privée.

Je me reposai de toutes mes fatigues à Tœplitz; pendant notre séjour dans cette ville, je reçus une lettre du duc de Richelieu, je lui avais écrit plusieurs fois, lui rendant compte des différentes missions qui m'avaient été confiées et des combats auxquels j'avais assisté. La tendresse paternelle qu'il ne cessait de me témoigner me faisait un devoir de le tenir au courant de tous les événements qui se passaient sous mes yeux. Je l'avais supplié de me donner de ses nouvelles, au milieu de la peste et de tous ses dangers :

« Odessa, le 8-20 juillet i8i3.

a J'ai reçu, mon cher Léon, vos deux lettres; elles

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