‹ Souvenirs sur la révolutionChapitre 22 sur 35 · DU C O M T !•: DE R O C H E C H O U A K T . 3 8 I · texte numérisé non relu

DU C O M T !•: DE R O C H E C H O U A K T . 3 8 I

« Vienne, le 14 avril 181 5.

« Vous serez peut-être bien aise, mon cher Léon, de recevoir de mes nouvelles ; je suis arrivé assez heureusement, sauf un arrêt de trente-six heures qu'un maudit capitaine prussien m'a fait subir à Liège, prétendant que je pourrais bien être un suppôt de Bonaparte; tinalement, il m'a fait conduire à Aix-la-Chapelle par un gendarme ; je suis arrivé sans autre mésaventure. J'ai trouvé les chemins encombrés de troupes, il semble que le Nord et l'Est se soulèvent pour écraser le parjure. L'Empereur m'a reçu avec sa bonté ordinaire, il est impossible d'imaginer, de souhaiter de plus excellentes dispositions que celles que j'ai trouvées. Malheureusement, il faut encore quelque temps avant que les armées, qui marchent au nombre de plus de deux cent cinquante mille hommes, arrivent aux frontières de France. Les têtes de colonnes sont en Bohême, divisées en cinq grands corps d'armée de cinquante mille hommes chacun, commandés par Sacken, Langeron, Doktoroff, Yermoloff et Rajewski. D'après le compte de l'Empereur, plus de huit cent mille hommes se trouveront en action contre la France. Je lui ai demandé la permission de l'accompagner dans cette campagne et de rester près de lui, il me l'a accordée avec beaucoup de grâce. Je n'ai pas encore pu parler de vous autres, mais l'occasion se présentera; je la saisirai, comme vous pouvez le croire. Je ne sais pas encore quand on partira, cela ne saurait tarder beaucoup. « L'armée autrichienne n'est pas reconnaissable. Elle « est complète, surcomplète : plus de trois cent mille hom- « mes entreront en campagne. Tous les jours, il passe par « ici des régiments énormes et en parfait état. Il est im-

« possible, à moins qu'on ne le fasse exprès, que la chose « ne finisse pas bientôt et bien. Quoique Monsieur doive « déjà savoir tout cela, dites-le-lui et mettez-moi à ses « pieds. Mille et mille choses à nos amis et compagnons « d'infortune. Croyez, cher ami, à ma tendre et inalté- « rable amitié pour la vie.

« Ce i5, je viens de recevoir votre lettre; nous en (' savons plus que vous sur le Midi, où Mgr le duc d'An- « gouléme a eu des avantages, il doit être aux portes de « Lyon. Mais néanmoins je crains pour lui si Ton ne « peut aller promptement à son secours, ce que Tépisode « de Murât rend presque impossible pour le moment. « On a reçu des nouvelles d'Italie hier au soir, très favo- « râbles. Murât a été battu, et, comme l'armée autric< chienne d'Italie se renforce chaque jour et sera bientôt « de cent soixante mille hommes, il n'y a aucun doute « que ce Roi ne soit écrasé avant peu, pourvu que les « royalistes du Midi puissent tenir jusque-là. Je partirai « avant TEmpereur pour aller faire mon équipage de « campagne à Francfort.

« Adieu, je vous embrasse,

Je m'empressai de communiquer cette lettre au duc de Feltre; il me pria de la lui laisser, il désirait la montrer au Roi; elle parut importante, en ce sens qu'elle nous mettait au courant de tout ce qui se passait. Le Roi chargea son ministre de me témoigner la satisfaction qu'il avait éprouvée à la lire, et celle qu'il avait de pouvoir compter sur un aussi bon avocat auprès de l'empereur Alexandre. Depuis, je rendis compte à M. de Richelieu de tout ce que nous faisions.

Les Français qui voulaient rejoindre le Roi éprouvaient

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de nombreuses dilHcultés de la part des autorités prussiennes, néerlandaises ou badoises, pour traverser les frontières de ces pays ; Louis XVIII envoya des commissaires sur ces rroniières, avec mission de s'entendre avec les autorités locales pour le passage des déserteurs et des volontaires. On me chargea de rédiger leurs instructions; les voici, approuvées par le Roi, contresignées par le ministre .

« Gand, le ly avril i8i5 « Sire,

(( Votre Majesté ayant jugé à propos d'envoyer un cer- « tain nombre d'officiers sur les frontières de son royaume, « chargés de recevoir et d'engager les soldats de son « armée et les volontaires qui désireront se réunir sous « ses drapeaux, j'ai l'honneur de Lui soumettre une liste « d'officiers que je crois dignes de la confiance de Votre K Majesté, pour l'exécution de ce service, et de Lui repré- « senter qu'afin d'obtenir des résultats prompts et effi- « caces, il serait nécessaire de promettre et d'accorder la « somme de quatre-vingts francs à chaque cavalier monté, « et celle de vingt francs à chaque fantassin qui se préce scntera aux officiers désignés à cet effet.

« Si Votre Majesté daigne approuver cette proposition, « je m'empresserai de donner aux officiers en question « les instructions nécessaires pour l'exécution du service « régulier qui leur sera confié.

« Approuvé, Le duc de Feltre.

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