PRÉAULT. DE SAINT-POINT A ISCHIA
Paris, du 11 au 12 juillet.
Je reviens de Bretagne, je cours de suite chez Bargaud. Lamartine est parti pour la Bourgogne.
43 SOUVENIRS SUR LAHARTINB
Mais à travers le nuage de son absence, un feu de sa présence rayonne par la causerie de Dargaud, pleine de ses pensées et de ses paroles, par les lettres de Lamartine. Notre souvenir est avec lui. Dargaud nous montre un portrait de Lamartine, un dessin d'artiste inconnu. Celui deChasseriau ne vaut pas celui-là. Du portrait on passe à l'homme : on parle de la bonté de Lamartine. Il y aurait des. actes magnifiques, si on les dévoilait ; Dargaud fait aimer ce grand cœur.
Du 13 au 19 juillet
Je vais chaque matin voir Dargaud, retrouver rimpression du grand absent. Des artistes, des poètes, des hommes supérieurs du temps y viennent aussi, Préault, Brian, Pelletan, Chasseriau, Michelet, Quinet, goûter le charme du causeur, ou savoir des nouvelles de Lamartine.
Préault vient tous les matins comme moi. Aujourd'hui 13, il est arrivé nerveux; je le regarde assis dans un fauteuil, il fixe sur nous les yeux saillants de sa tête ronde, à la crinière léonine. Le corps est trapu, les épaules larges ; il nous prend la main entre ses deux mains, et la tient longtemps dans son ardente étreinte. La main fine et fébrile semble modeler le mot comme la terre. Il cause, et les mots pittoresques jaillissent. Ils font le tour des journaux. Préault a l'originalité du bon sens et de la fantaisie; le fond est classique, la forme romantique. C'est un journaliste de parole.
Chasseriau forme un contraste ; il a l'élégance, la distinction d'un créole, d'un artiste de salon, d'un cavalier, à côté de cette tête ronde de l'art.
Ganova est un perruquier de la sculpture, c'est de la pommade, des essences, dit Préault. On
passe à Chateaubriand. — Il a le génie de la plume et du faux, l'adoration du moi; c'est une vieille coquette, dit gravement Dargaud. — Préault parle de David, le sculpteur patriote, et de Voltaire par Houdon. — Houdon est aussi grand que Phidias, Watteau aussi grand que Raphaël, dit Chasseriau dans un hardi paradoxe. Que dirait Ingres, son maître, s'il entendait ce blasphème I Préault, qui rêve grand, dit qu'il faudrait doubler la tête de Voltaire. Et Chasseriau avec sa fine raillerie : — On ne peut faire ses rides, le faire grand comme le Monte-Cavallo. David a fait le buste de V. Hugo colossal, il croit l'avoir fait grand.
Dargaud a reçu une lettre de Lamartine, datée de Saint-Point... « J'écris chaque matin des pages nouvelles de mon histoire,- je ferai ainsi toute Tannée, nuUa dies sine lineâ\ mais vraiment ce sont des lignes...
» Je ne pense plus à la politique de la rue de Bourgogne. Le monde ne veut pas de moi, je m'en étonne sans m'en affliger. Notre monde est en nous et nous en Dieu. C'est à lui de faire ce qui lui plaît de ses outils; s'il veut qu'ils se rouillent, ou qu'ils taillent du marbre au lieu de pétrir de la boue, hosannah encore ! »
Toujours le coup d'œil religieux enlève le génie du fond de l'abîme,
La causerie se recueille sur lui, Dargaud dit ses dons d'improvisation. Mirabeau écrivait ses discours; Lamartine n'écrit que des notes qu'il resserre et dont il fait ce qu'il appelle des têtes d'idées.
Du l«'août au 11 août. •
Dargaud a reçu une bonne nouvelle de Saint- Point. Lamartine a vendu 500,000 £r, 10 volumes,
10,000 fr. de rente à lui, et 5,000 fr. après sa mort à sa femme ; 600,000 fr. la propriété de ses œuvres. Il va payer un million de dettes. Il va à Marseille et y restera jusqu'au 29, puis il ira le 5 septembre aux eaux de Néris. Il appelle Dargaud près de lui.
Cette heureuse nouvelle donnée en secret, Dargaud n'a pu la cacher aux amis avides. Il a violé le secret pour des amis. Il a écrit à Lamartine, qui avait refusé les faveurs du roi, l'ambassade de Londres : « Le prestige de l'or que votre conscience a sacrifié, votre génie l'a reconquis. »
L'an dernier, Lamartine, désespéré, voulait se retirer de la politique. Dargaud lui a redonné de •/l'espoir. Il excelle à remonter son ami du découragement à l'espérance. Sans bruit, il est l'ami de bon secours, il est habile aux négociations délicates, aux services d'argent, aux emprunts nécessaires à la fortune aux abois de Lamartine. Il a obtenu ainsi des succès; c'est un diplomate, et comme l'appelle Lamartine, un TcUleyrandcVàme.
Il a repris son élan en écrivant l'histoire des Girondins. 11 mettra haut Robespierre à cause de sa persévérance. On a écrit de lui que c'était un chat buvant du vinaigre. Bailly est un saint Saint-Just; un fanatique mathématique,
Pelletan répand la bonne nouvelle. « Thiers est vex^, dit-il, le prix de Lamartine est mieux, on espérait avec Thiers, ministre, avoir des places. Lamartine n'a dû le prix de ses œuvres qu'à son génie. »
Il est parti pour Ischia, l'île de sa jeunesse, avec toute sa famille. Il a invité Dargaud à ce beau voyage, et lui a offert 1,000 fr. A Ischia, il travaillera à l'histoire, après y avoir chanté la poésie. L'histoire est la poésie de l'âge mûr.
Lamartine est en pleine audace. Il a déchiré les faux concordats, les faux liens. Il est partisan
de la séparation de l'Église et de l'État. L'èvêque d'Autun a été mécontent de ses visites à Lamartine, qui soutient l'abbé Thions, cet obscur curé de campagne, dans sa lutte contre l'èvêque. Il a rompu le câble, il est parti pour la haute mer.
Dargaud le suit avec prudence dans ses hautes aventures. Il est assis, Lamartine est debout. Il veut la liberté religieuse, mais il met les sectes au-dessous de l'État; il a un idéal de l'État, représentant le Dieu de tous. Sa philosophie est dans le Café de Surate, qu'il vient de lire avec admiration.
Lamartine est révolutionnaire ; il a été conservateur, homme de gouvernement contre la coalition de 1839, coalition immorale, pleine d'ambitions, vide d'idées. Aujourd'hui, il est homme de progrès; conservateur et révolutionnaire, il est le même au fond, il poursuit le même idéal. Il gravite autour de Dieu. Il est révolutionnaireà la façon des astres. Quand il apparaît dans la nuit parlementaire, comme une comète éclatante, il suit dans sa course lumineuse la même loi d'équilibre et d'harmonie.
Louis-Philippe n'a pas été reconnaissant à Lamartine, pour sa défense du gouvernement de Juillet et de la royauté contre la coalition. Il
la pi
;il> président de la Chambre en 1848, eût peut-être
sauvé sa royauté. La présidence de Lamartine était toute une politique libérale et glorieuse. Il la donna à Sauzet, un homme mort et insignifiant, destiné à ne pas le défendre le 24 février 1848, et à s'évanouir sur son fauteuil.
Thiers a écrit une lettre à Lamartine, ces joursci; il redoute sa force pour l'avenir. Lamartine a
aurait du lui donner la nrésidence de la Chambre des députés en 1841 ; il^îété inhabile ; Lamartine
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répondu. Mais ils ne pourront s'entendre. Thiers est l'homme des expédi-ents et Lamartine l'homme des principes.
21 août.
La causerie de Dargaud est salutaire. Il m'a dit aujourd'hui : « Il faut lire et sentir jeune, il reste quelque chose, lé souvenir du beau. J'aime le lent développement, l'homme dans la nature, le foyer, en Dieu. Le jeune homme doit ne pas se tenir à la voix intérieure, mais se tremper dans le monde, écouter les grandes voix, la Bible, Homère. Il doit respirer Tair comme l'arbre, l'air c'est la nature; les racines ne suffisent pas. Il faut un terrain. Avec trop, l'indigestion, avec peu, l'inanition. Dire bien, l'impression, surtout. Sentir, et, du reste, suivre son cœur. Pas d'imitation, traduction ou création, attendre. J.-J. Rousseau avait beaucoup travaillé. Lamartine a lu beaucoup les poètes ; ses premiers vers rappellent Parny et Bertin. »
5 octobre.
J'ai reçu un coup de foudre en pleine félicité. Mon jeune frère, officier de marine, est mort de. la fièvre jaune, le 14 août, à Saint-Domingue, au moment où il allait revenir en France ! Son cœur si bon, si plein de pitié pour les marins, allié à sa science, venait de trouver le moyen de prendre les ris dans les voiles, sans faire monter les matelots sur les vergues, pendant les tempêtes. 11 leur épargnait un péril. Je pars aujourd'hui pour retrouver ma mère et mon père désolés, et pleurer avec eux. J'ai dit adieu à Dargaud, il m'a embrassé avec une étreinte de père. J'ai couru à un ami,, il était absent, j'ai laissé ce mot : — Mon cœur est mort, j'ai perdu mon frère.
SOUVENIRS SUR LAMARTINB 53
Je suis revenu à Paris, dire adieu à la vie de Paris, à mes amis, à Lamartine. Je fais ce sacrifice à ma mère, je vais vivre près d'elle, dans sa douleur et ma douleur. Je quitte une vie belle et charmante dans Tintimité des grands esprits du temps. Mais quoique loin d'eux,* j'écouterai encore de ma Bretagne, du bord de la mer, la grande voix de Lamartine.
J'ai reçu une lettre de Dargaud :
« Vous avez dû être inquiet de Lamartine, que mille affaires ont empêché aussi de vous remercier et qui vous garde un souvenir de cœur.
» Vous avez lu son beau discours. Berryer prétend qu'il n'y a qu'un mot pour caractériser ce discours et que ce mot est miraculetuv.
> Vous savez la susceptibilité tardive de Thiers, la foudroyante réplique de Lamartine, et le duel inévitable, à moins que Thiers ne retirât des expressions.
» Il les a retirées.
» Des vingt heures qui ont précédé l'accommodement, j'en ai passé quinze avec notre ami. Il était aussi calme qu'à l'ordinaire, calme comme un homme sûr de lui-même, mais sans forfanterie. Tout est maintenant terminé à son honneur. Le général Laidet me disait hier : Tous les généraux de la Chambre ont admiré le sang-froid de M. de Lamartine.
> Paris partage cette admiration. Moi qui ai vu toutes choses de près, je pense que l'opinion publique a raison. Le courage est aussi naturel à Lamartine que l'éloquence et la poésie...
» J. M. Dargaud.
» Paris, le 11 mai 1845. >
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Ce discours courageux et prophétique contre les deux dangers de Tarmement des fortifications de Paris, finit sa campagne politique de 1845. 11 s'était concentré, toute la session, dans des questions d'aflïiires, il avait parlé le 10 avril sur la contrefaçon des ouvrages publiés en Sardaignë ; le 15 avril, sur les caisses d'épargne ; le 21 avril, contre la conversion des rentes, le 3 mai ; pour la liberté des cultes ; enfin le 7 mai, contre les fortifications de Paris. Les ouvriers de Paris, émus de ce vaillant discours, et touchés de ce député qui, le premier, descendait dans les misères sociales, lui envoyèrent une députation de reconnaissance et d'enthousiasme. Il répondit par une généreuse et virile allocution. Et, dans son ardeur active, il continua sa campagne à Mâcon, au conseil général, dans un rapport de pitié pour les enfants trouvés. Dans un discours contre l'impôt barbare sur les chiens. « Il ne faut pas, dit-il, dans un rtiot charmant, renier ses amis. » Ce grand cœur aime les petits, et comme l'Hindou, il refuserait d'entrer* dans le ciel, si Dieu lui demandait le sacrifice de son chien.
Je le suis dans sa vie lointaine, et j'ai les lettres de Dargaud pour me guider.
« Paris, le 5 juillet 1845.
« Je ne veux pas quitter Paris sans vous dire ou je vais, où pourront me trouver votre pensée et vos lettres....
» J'irai passer deux mois aussi avec Lamartine. A propos de lui, je viens de chez Grovedon qui m'a off*ert un chef-d'œuvre. C'est le portrait de Lamartine à vingt ans, d'après un dessin de M"® de Virieu.... »
« Monceaux, le l^' novembre 1845,
« Lamartine continue les Girondins. Ce
sera un très beau livre, une épopée nationale et même européenne. Il écrit maintenant le séjour de Louis XVI au Temple et la mort de ce pauvre roi pour qui la couronne a été si lourde jusqu'à réçhafaud.
» Vous me demandez ce que je fais en ce moment. J'ai parcouru avec ravissement tout le pays d'Autun, le plus intéressant que je connaisse. Il y a là des arbres de huit siècles et des pierres de deux mille ans. Il n'est pas rare de trouver à la porte d'une maison de paysan un seuil arraché à . un tombeau romain. Et puis il n'y a pas que des rochers et des ruines, il y a de belles montagnes, des eaux vivantes et des bois druidiques toujours sacrés....
» Adieu, mon cher Charles, aimons*nous de loin en attendant que nous puissions nous aimer de près. M, de Lamartine et moi, nous vous prions de nous rappeler au souvenir de votre père.
» Adieu encore et tout à vous de cœur. .
» J. M. Dargaud. »
J'ai eu la joie d'entendre Lamartine défendre la marine de la France, le 16 avril, et l'aliment des pauvres, à propos de l'impôt du sel. J'ai revécu aux belles fêtes d'éloquence. Et quelle éloquence bienfaisante, humaine, descendue des passions arides de la politique aux pitiés fécondes de l'économie sociale! Sous ce simple mot de questions d'affaires, Lamartine a combattu, en tous sens, pour le salut des pauvres, des ouvriers, des marins et des opprimés. Suivez-le dans cette merveilleuse campagne de six mois, sans repos, sans
halte, sans lassitude, toujours au combat, toujours vainqueur. Comptez ces glorieuses journées. Le 12 janvier, il sq lève, et abrite les travailleurs vieillis dans les caisses de retraite et de prévoyance pour les ouvriers. Le 5 février, il bondit à la tribune, au secours des peuples amis de Syrie, les Maronites massacrés et abandonnés. Le 10 février, il défend le vin du peuple, falsifié par les impôts écrasants.Le 22 février il décharge le bétail du pauvre du droit d'octroi aristocratique qui favorisait, les grands éleveurs, fait substituer l'équitable droit au poids à l'injuste droit par tête, et il bat Berryer. Le 4 mars, il enlève dans une magnifique réplique et entraîne l'assemblée dans le courant de son éloquence, pour un projet hardi, améliorateur de la navigation de la Seine. Le 9 mars, le persévérant lutteur s'oppose, pour la sixième fois, à la conversion spoliatrice des rentes. Le 25 mars, il abat la monstrueuse association du bassin houiller de la Loire, et défend le charbon à bon marché, le feu du pauvre. Le 16 avril, il relève la marine abandonnée, cette gloire séculaire de la France. Le 22 avril, il allège le sel de l'impôt inhumain qui charge cette nourriture des pauvres gens. Le 30 mai, il sauve la pension de Baour Lormian,la vie du vieux poète; le 30 mai encore, il remonte à la tribune, il sauve le jeune ai-t du théâtre, par la subvention de TOdéon. Le 10 juin, il fait une harangue contre les folies de la conquête de l'Algérie. Le 16 juin, il remonte encore à Tassaut; il demande compte àGuizot de son abandon de la Syrie, il défend encore les peuples amis d'Orient, et achève sa laborieuse et féconde session par un triomphe d'humanité. Il surprend la France par ses aptitudes inconnues. Il se multiplie, il arrive toujours, partout, présent, inspiré, il livre coup sur coup de grandes batailles parlemen-
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taires, il les gagne toutes. Il est jeune, fort, heureux, dans rivresse du génie, il précipite sa course héroïque, Tâme en avant; de tous côtés il fait face à Tennemi et court de victoire en victoire. L'année 1846 est sa campagne d'Italie..
Une lettre de Dargaud est Técho de ces succès :
«Paris, le 13 juillet 1846.
«... Préault se porte bien et devient de plus en plus spirituel, Michelet aussi. Couture continue sa grande orgie romaine. Chasseriau qui arrive d'Afrique et qui m'a montré depuis deux jours quatre cartons pleins des plus curieux dessins, a repris son grand escalier du palais d'Orsay. Je travaille aussi un peu.
» M. de Lamartine m'écrit qu'il a été reçu avec enthousiasme, et que les électeurs de Mâcon sont unanimes dans leur sentiment pour lui. Malheureusement il est retenu à Monceaux par une seconde atteinte de rhumatisme. J'irai le voir au mois. d'octobre... »
Dargaud perdît sa sœur en août, comme j'avais perdu mon frère ; je lui ai écrit.
« Paray, le 13 septembre 1846.
< Je vous remercie de votre lettre, mon cher Charles. Elle m'a fait du bien à l'âme. Vous avez souffert comme moi, et comme moi vous croyez et vous espérez. Nous saluons de loin dans nos cœurs l'immortel avenir et nous avons la ferme confiance de revoir dans un monde meilleur ceux que nous avons tant aimés et tant pleures ici-bas. Que cette foi profonde qui nous est commune, fortifie et parfume encore notre amitié ! C'est un puissant lien de plus qu'une douleur semblable...
58 80TJVBNIRS SUR LAMARTINE
> J*âi bien souffert dans mon esprit et dans mon cœur. Mes amis ont été adorables, et si j'avais pu être consolé, je l'aurais été par eux. Vous et Robbles, et Préault et Michelet, vous avez été bien bons. Lamartine a été bien; tendre, il a pleuré avec moi, et son âme a versé sur ma douleur toute sa rosée divine.
» Tout à vous.
» J, M. Dargaud. »
« Paray, le 6 octobre 184Ô.
«... J'irai à Monceaux, du 15 au 20 de ce mois. Il y a là un cœur d'ami qui m'attend et des bras ouverts dont l'étreinte me sera douce.
» J. M. Dargaud. »
« Paray, sans date.
4c Votre lettre m'est arrivée en plein Monceaux, mon cher Alexandre. Elle m'a fait un vrai plaisir de cœur; on m'a demandé qui m'écrivait de la Bretagne, et je vous ai nommé. M. de Lamartine ne vous oublie pas, et ses nièces, sa sœur, toute sa famille s'intéresse à vous, parce que nous vous aimons. J'avais besoin de ce grand mois de travail, de distraction, de recueillement, d'amitié tendre, de conversation, de promenades à cheval, de charmante et fraternelle hospitalité. On voulait me garder jusqu'au 1" janvier, mais j'ai résisté, je devais ce mois & ma mère. Je vis ici plus sévèrement au milieu de tous mes regrets et près d'une douleur mortelle; mais le travail et le courage me soutiennent. Souffrir pour moi est d'ailleurs une si longue habitude que je rentre dans ma douleur comme dans mon élément. Cette vie, même pour les privilégiés, n'est bonne qu'à faire penser
SÔUVBNtRS SUR LÀMARTiMB &9
à une vie meilleure. Le mot de notre énigme est ailleurs. »