DÉFENSE DE LA RÉPUBLIQUE. LES DISCOURS
4c Gloire aux bons, aux forts, aux sages, aux persévérants, >a-t-il dit dans son discours au peuple à l'inauguration de la constitution. Il a bien gagné cette gloire. Il va persévérer sans espoir, il va défendre sa grande œuvre, la république, contre Ta*
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bandon du peuple et de rassemblée, et la trahison du président.
Il a commencé déjà le 8 janvier, dans une courte et décisive réplique à M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères, à une attaque contre la loyauté de la diplomatie du gouvernement provisoire.
Il a continué les 29 janvier et 6 février dans ses discours sur la proposition Râteau pour la dissolution de rassemblée nationale. Il a relevé avec une fière et religieuse grandeur le reproche à son fameux mot : aleajacta est. « Je ne m'en repens pas, je le répéterais encore aujourd'hui, s'il fallait le répéter ; je suis de ceux, sachez-le bien, qui ne craindront jamais de jouer avec le sort, quand c'est la France qui tiendra le dé et quand c'est Dieu qui tiendra le sort. »
Il a montré les trois périls de la situation, le désaccord de l'assemblée avec elle-même, le désaccord du pouvoir législatif avec le pouvoir exécutif, le désaccord de l'assemblée avec le pays, la nécessite de la retraite. Il l'a adjurée de ne pas s'attarder aux lois organiques, et de sauver la république.
« Sauvons-la en nous sauvant, » ont dit quelques plaisants. Et l'orateur qui a donné lui-même l'exemple, en mai, en rendant au pays sa souveraineté, réplique avec le sens profond de l'histoire : « II y a, sachez-le bien, des retraites qui gagnent des victoires. »
Il a persévéré encore, le 8 mars, dans son grand discours sur les affaires d'Italie, et sa réplique au général Cavaignac. Il a défendu sa glorieuse politique du manifeste abandonnée depuis par Cavaignac et Bonaparte, dans les événements d'Italie, la fuite du pape à Gaëte, et la république à Rome, à Florence. Il a caractérisé cette différence entre
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leur politique et la sienne, dans une frappante image : « Il y a l'épaisseur des Alpes. »
11 a persévéré, le 10 mars, en repoussant Tamendementde Bastiat surles incompatibilités, toujours fidèle à sa pensée d'autrefois. Il Ta étreint sous les serres d'un dilemme ; il a montré que Tincompatibilité du mandat de représentant et des fonctions de ministre, condamnerait l'assemblée ou les ministres aux médiocrités.
Il a persévéré le 26 avril et le 8 mai, dans ses deux discours contre la diminution des budgets de la marine et de la guerre, si dangereuse dans la crise de l'Europe.
L'Europe est plus reconnaissante que la France. Le 8 avril, une députation d'Anglais lui apporte une adresse des habitants de Westminster. Sa réponse est un remerciement pour l'Angleterre et une leçon pour la France. « La justice vient toujours de loin. »
L'heure des élections de l'assemblée législative arrive, on use des armes empoisonnées contre lui. On lui reproche ses orgies épicuriennes à l'Hôtel de ville. Il répond au journal la Presse ces paroles d'une noble ironie :
« Jamais ni M. Dupont de l'Eure, ni moi, ni je crois aucun des membres du gouvernement, n'a pris un seul repas à l'Hôtel de ville. Je me trompe, il 3^ a eu en effet un rafraîchissement pris debout par moi et par ceux qui étaient avec moi pendant la permanence des trois journées et des trois nuits de la révolution.
» Ce repas consistait en six bouchées de pain Ms et rassis de trois jours, dont nous avions à rompre les morceaux, et en une bouteille de mauvais vin bu sans verre, dans un tesson de faïence cassée, trouvée parmi les débris de la pré-
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fecture de Paris. C'est ainsi que nous retrempâmes nos forces, et que nous soutînmes nos voix épuisées par soixante-douze heures de paroles et de luttes avec la multitude.
» Voilà la seule orgie que j'aie sur la conscience, et le seul repas que je doive à la république.
» Et voilà justement comme on écrit l'histoire I
» Lamartine,
' > Représentant du peuple. »
Paris, 4 mai 1849.
L'histoire, il l'écrit lui-même dans le silence et le recueillement de son cabinet austère, sur sa table de bois noir, assez près des événements pour en rendre la vie, assez loin pour en dégager la vérité. Il écrit l'hifirtoire de 1848, en parlant de lui comme d'un étranger, à la façon impersonnelle des historiens antiques. Il écrit ses commentaires comme César.
Il ne se contente pas de la tribune et du livre, il fait un journal. Il sait que le peuple ne lit que le journal. Deux hommes sont venus lui proposer d'écrire un journal populaire, à 6 francs par an, d^ux Juifs d'initiative, MM. Millaud et Mirés. Ils lui donnent 2,000 francs par mois. C'est fe Conseil' 1er du peuple. Il s'est fait journaliste pour guider le peuple, et sauver sa république.
L'assemblée législative est nommée le 18 mai 1849. L'élu de dix départements en 1848, n'est pas l'élu d'un seul en 1849, pas même de son pays natal ! Tant pis pour son pays ! Mâcon, qui avait inscrit sur son drapeau la belle devise de con^tance^Si la honte de l'infidélité et de l'abandon. Elle a préféré une tourbe de démagogues au grand citoyen.
Le département du Loiret eut l'honneur de réparer cette faute, le- 13 juillet, et peu de temp3
après, Mâcon, pris dé remords et de repentir, le nomma à rassemblée. Malade, il n'a pu y siéger cette année, il a été condamné au silence. Silence fécond, et tout rempli d'œuvres, le Conseiller du peuple. Le passé, le présent, V avenir de la république, et ses souvenirs du passé pour se consoler des tristesses du présent. Les Confidences, Raphaël, les pages de la vie intime, qu'il se résigne à publier pour sauver ses dieux lares, ses foyers de famille.
La république lui a coûté une fortune. Il n'épargne aucun effort à réparer sa perte. Il publie ses œuvres choisies, ses œuvres anciennes en 14 volumes illustrés de commentaires, de poésies inédites. Mon père, mes amis et moi nous y souscrivons avec joie et reconnaissance, avec tristesse aussi. Voilà comme la république l'a enrichi ! Les dettes le dévorent. Ces pages intimes, les Confidences, Raphaël, écrites en 1843, 1844, 1847, dans le recaeillement du foyer à Monceaux, à Saint- Point, ces souvenirs d'enfance et de jeunesse, attisés lenteinent comme le feu d'automne, non improvisés au pas de course sous l'éperon de la nécessité, gardés secrets longtemps et qu'il voudrait retenir, les voilà jetés en pâture dans un feuilleton de journal, au public indifférent ou hostile. Shyloch est là, il lui faut livrer son cœur.