‹ Souvenirs sur LamartineChapitre 32 sur 74 · BERANGER · texte numérisé non relu

BERANGER

Paris, 20 mai 1850

Nous avons promené au bois de Boulogne, Lamartine, Dargaud, Martin Paschoud — un pasteur protestant, un homme de l'Évangile — et moi. Nous goûtions le printemps, près de la mare d'Auteuil, sous les allées solitaires et ombreuses, lorsqu'un homme à lalongue redingote, au chapeau auxlarges bords, à la figure de curé de campagne, un Socrate bourgeois, fixa sur nous ses gros yeux ronds spirituels, et vint serrer la main à Lamartine. C'était Béranger.

Il cavisa et on oubliait sa vulgarité de corps à la distinction de sa voix. « Vous, Lamartine, dit-il — en parlant de leur poésie idéale et populaire, — » vous n'avez que de l'or dans les poches, et moi » j'ai des gros sols. »

On causait, en marchant, à l'ombre, à pas lents:

SOUVBNIRS SUR LAMARTINE 217

lentus in umbra^ comme dit Virgile. La causerie eut les détours, les tournants, les sinuosités du bois.

On revint, Martin Paschoud nous quitta. Lamartine lui dit : « Pendant que nous combattons dans la plaine, priez Dieu pour nous sur la montagne. »

Page 1