‹ Souvenirs sur LamartineChapitre 33 sur 74 · LE COURS DE MICHELET · texte numérisé non relu

LE COURS DE MICHELET

;83 mai 1850.

Une devait pas combattre ce jour-là, montera la tribune.

Libre, je suis allé au cours deMichelet. J'aimais son histoire de France. Comme Lamartine dans les Girondins, il a le don de la vie. Sa parole magique, telle que Bertram dans le ballet des nonnes de Robert le Diable, ressuscitait les morts. J'aimais son cours de morale et d'histoire. Il exaltait la jeunesse pour les héros, il nous donnait en exemple la vie de d'Aubigné. Il lui faisait honte de ses plaisirs, quand il rappelait que les deux bals publics des étudiants se tenaient sur deux cimetières ; il les faisait frissonner à cette parole : « Vous dansez sur les morts de la Terreur I »

Depuis 1846, j'avais son amitié. J'entrai dans son cabinet, où il attendait l'heure du cours. Son noble gendre, Dumesnil, sa fille, des amis l'entouraient. Il entra dans l'amphithéâtre, salué par les applaudissements de la jeunesse comme autrefois Abeilard sur la montagne Sainte-Geneviève.

La grande salle du Collège de Franco était pleine de la jeunesse des écoles, de femmes et de jeunes filles. Elles avaient bien choisi leur jour,

la leçon était faite pour elles. Le sujet était: L'éducation des enfants par la nature.

La tête trop forte sur le corps grêle se détachait sur son linge blanc et les revers de velours noir de sa fine redingote. Sa toilette avait des recherches d'élégance. Sa belle tête ^u teint pâle, aux longs cheveux blancs jetés sur le front, aux grands yeux noirs pleins d'éclairs, aux larges narines frémissantes, à la bouche de Voltaire, sa figure rayonnait. Il dit avec piété, avant de descendre dans son sujet intime, l'invocation mystique du Persan : « soleil, ô mère, ô roses 1 »

La leçon fut ravissante de fraîcheur et de parfum. Il fut nouveau, hardi, délicat. « La femme, » dit-il, doit aller au jardin de bonne heure, le » matin, quand le soleil ne l'a pas échauffé, quand » il est vierge encore, regarder les fleurs et non » les cueillir, les laisser sur leurs tiges et réflé- » chir. Qu'elle ait une tige aussi, le travail I Qu'elle » soit une rose de Dieu ! »

Le soir, je revis Lamartine. Il avait parlé, et je n'y étais pas I Je maudis ce malheur. Il était à table, tout frémissant encore comme la Sibylle, la voix voilée, et redisant avec plus de recueillement et d'intimité ces paroles de paix, de sagesse et de prière sublime au peuple.

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