‹ Souvenirs sur LamartineChapitre 40 sur 74 · LE CACHET · texte numérisé non relu

LE CACHET

Monceaux, 4 novembre 1850.

C'est ma fête, l'anniversaire si doux autrefois à la table de famille, sous les baisers de ma mère et de mon frère mort si jeune, dans l'île fiévreuse de Saint-Domingue. Je suis seul, je travaille dans la grande galerie de Monceaux, devant la fenêtre, la terrasse aux roses pâlissantes et la vallée de Prisse aux peupliers jaunis. Personne ne viendra me souhaiter ma fête.

Je songeais ainsi quand une femme matinale à la figure grave, au corps maigre, à la raideur anglaise, est entrée. C'était madame de Lamartine. Elle est venue à moi, m'a serré la main, et la figure illuminée de bonté, les yeux fixés sur moi avec une amitié pénétrante, elle m'a dit : « Je viens vous souhaiter votre fête, mon ami. » Puis elle m'a mis dans la main un cachet de son mari. Quelle surprise heureuse ! ce n'est rien, un simple cachet au manche de bois noir, au sceau d'acier gravé du nom : Alphonse.

C'était le cachet de sa jeunesse, le cachet intime, un précieux souvenir, un pauvre bijou du passé. Il lui tenait au cœur. Elle avait dû faire un grand effort pour se séparer de ce cher témoin des années heureuses ; ce n'était rien, et c'était tout. Je fus attendri, tout ému du prix du don. Il était plus beau pour moi qu'un cachet d'or. Quel sacrifice avait fait la généreuse amitié de cette noble

et sainte femme I Elle n'avait pas les largesses prodigues du cher génie qu'elle adorait. Elle avait le don sérieux, difficile, intime; son cœur grave ne flottait pas au vent du caprice. Son âme fermée aux grâces légères ne se donnait pas vite; caractère protestant, elle examinait avant d'aimer; mais quand elle aimait, c'était pour la vie.

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