LE DEPART
Voici la fin de Tannée, il faut partir, rentrer à Paris pour les affaires privées et publiques, pour réaliser les entreprises de salut qu'il rêve ici, les Foyers du peuple^ journal littéraire placé à côté du Conseiller ^}o\\vndX politique, double journal qui éclairera et charmera ses lecteurs populaires.
Je pars en avant, préparer la halte des chers voyageurs, à Chalon-sur-Saône, à Thôtel du Parc. Un conseiller général, M. Benoist, un orateur dont Lamartine aime le talent, vient le voir. De Châlon, nous partons ensemble, isolés dans un coupé de chemin de fer, lui, sa femme et moi. Le long de la route, il me conte ses souvenirs. Au sortir de Dijon, du wagon qui court à mi-côte, au flanc d'une gorge rocheuse, au-dessus de la vallée, il me montre dans les montagnes de la haute Bourgogne, les grands bois du château et de la seigneurie de Monculot, aux quinze grandes croisées cintrées de face, à l'escalier princier, au parc immense arrosé d'étangs, aux garennes, aux forêts à perte de vue. 11 l'avait vendu moins de 500,000 fr. pour remettre à ses sœurs les legs des grands parents, avec les terres de Champagne, de Péronne et de Saint-Pierre. C'est là que dans l'hospitalité de son oncle, l'aimable abbé de Lamartine, il avait écrit tant de poésies des Méditations et des Harmonies j entre autres, les Novissima Verba, ces larges cris de désespoir, gémis une nuit d'insomnie, aux rafales funèbres de novembre !
Le travail à Paris est plus ardent encore qu'à Monceaux. Chaque matin, il entasse les pages. 11 a écrit à Charles Rolland, le 27 décembre :
* Je travaille comme un galérien de plume, j'aimerais mieux la rame, sauf l'honneur.
SOUVENIRS SUR LAMARTINB 257
» Je suis déjà en pleine eau de VHistoire de la Restauration, Je soigne ce beau sujet, pendant des Girondins. »
Il ne referait plus les Girondins ; il les avait écrits dans Tespérance, dans la noble ambition de régénérer un peuple. Il est à l'heure de la désillusion. Il aabandonné Thistoire des Constituants^ commencée sans enthousiasme, sans verve, sans élan, histoire froide qui donne l'impression glacée du doute et du découragement. Il n'a plus d'espoir, il est au souvenir : VHistoire de la Restaura-tion^ c'est sa jeunesse. Aussi l'écrit-il avec inspiration.