‹ Souvenirs sur LamartineChapitre 54 sur 74 · UN MANUSCRIT DES HARMONIES · texte numérisé non relu

UN MANUSCRIT DES HARMONIES

Monceaux, 4 novembre 1850.

Ce jour-là, j'étais seul dans la grande galerie, dès le matin, au travail, à ma place accoutumée, devant la fenêtre, assis à ma table de secrétaire. Je lisais des pages toutes fraîches de l'Histoire de la Restauration, lorsque M""* de Lamartine entra. Elle s'avança vers moi, dans sa noblesse un peu grave, dans sa démarche un peu raide, sa taille jeune en contraste avec son visage sérieux, la figure éclairée d'un sourire. « C'est votre fête, aujourd'hui, je viens vous la souhaiter avec ce manuscrit d'Alphonse. » Et elle me mit dans la main

un petit album rouge, aux feuilles jaunies comme des feuilles d'automne. D'un élan attendri, je l'embrassai au front. Quel don précieux et quelle touchante générosité! Se priver d'un manuscrit du temps de son bonheur, eh Italie, à Florence, aux belles années de l'ambassade, donner ce cher souvenir, vrai sacrifice I Elle si avare des manuscrits de son mari ! Quel prix avait son amitié I C'est qu'une amitié intime nous unissait. Elle m'aimait comme une mère et une sœur; je l'aimais comme un fils et un frère. Mon cœur enveloppait d'affection et de respect la noble femme, si haute dans ses épreuves, si sûre dans sa tendresse. C'était une amie intérieure, un cœur à la source profondé qui versait son intimité à son jeune ami.

Cette femme éminente inspirait le respect. Son âme, comme un sanctuaire, était pleine de saintes pensées et de saintes œuvres. Son cœur, tel qu'un vase sacré, renfermait les blanches hosties. Pourtant elle était humaine, et très humaine. Sa figure encadrée des épais bandeaux de ses beaux cheveux bruns, rafraîchissait et voilait sous la poudre le feu de son teint. Sa physionomie sévère était tempérée par la douceur de sa voix. Son accent tendre et triste trahissait un cœur qui avait donné et n'avait pas reçu l'amour. Elle avait le charme de Tâme et non le charme de la beauté. Elle en avait souffert. Puis sa vertu avait accepté sa destinée de femme d'un génie adoré. Elle s'était résignée à recevoir dans son salon un essaim de femmes jeunes et belles du Midi, du Nord, de l'Occident, de l'Orient, accourues de tous les pays du monde verser au poète enchanteur les parfums de leur admiration et de leur beauté.

Elle s'assit près de moi, et j'ouvris l'album de poésies. C'était le manuscrit de plusieurs Har^ montes, un trésor.

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Sur la première page, on lisait ce titre :

Psaumes modernes Livre i" (£2^ heure) Hymne de la nuit Harmonies sacrées.

Ce titre s'était modifié depuis dans l'édition imprimée, et était devenu un titre plus simple et plus vrai :

Harmonies poétiques et religieuses.

Les premières strophes manquaient, écrites sans doute sur un autre album, en strophes d'un lyrisme ardent où le poète regrette la fin du jour, et aspire au jour éternel. Il demandait à ses faibles yeux d'homme :

Sont-ils ouverts pour les ténèbres Ces regards altérés du jour f

. Oui, certes, il avait les yeux bien ouverts, ce bel oiseau de nuit; il perçait l'infini étoile doses regards d'aigle. Il se consolait vite de la nuit et la poésie commençait à ces vers :

Mon Dieu ! dans ces déserts mon œil retrouve et suit Les miracles de ta présence.

Et le poète lançait son enthousiasme à ce firmament plein d'étoiles. Il ne trouvait pas les cieux vides. Son hymne religieux disait à Dieu :

Que Tablme est comblé par ta magnificence, Que les deux sont vivants...

Et de sa poitrine montaient les strophes aux larges lames, au courant rapide, amples et courtes, tour à tour, comme une mer se brisant aa pied d'un phare et montant jusqu'à sa lumière.

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A ce vers de recueillement devant le divin spectacle :

Terre, assoupissez vos échos 1

Il s'était arrêté, avait hésité, et avait écrit quatre vers dont deux illisibles :

Les splendeurs étincelantes Du ciel répété dans tes flots.

Puis, mécontent, les avait effacés d'un large trait noir où j'avais peine à les voir, comme les coquillages sous la mer. Il avait corrigé, amélioré ainsi sa an de strophe :

Étends tes vagues sur les plages, jSt toi, mer, endors tes orages.

Il avait encore effacé pour trouver mieux en disant :

mer I et berce ces images Du Dieu qui t*a donné tes flots 1

Et alors, dans son ivresse sacrée, il interrogeait les astres, toute la nature, demandait le nom inâni de Dieu. Il brisait les temples étroits de la terre et s'envolait libre, en plein ciel, en chantant rhymne à la nuit dans la fête des étoiles. Cet hymne d'allégresse créait une langue nouvelle. Ses rythmes variaient comme ses pensées. Ses vers abandonnaient les lenteurs de l'alexandrin, se précipitaient, en hâte, pressés, impatients, en rythmes rapides, prenaient des ailes. De son âme embrasée, les pensées, les sentiments, les enthousiasmes s'élançaient droit au ciel comme des fusées de feu, montaient, montaient toujours, au fond de l'infini, puis éclataient en gerbes d*étoiles, en cris d'adoration à Dieu, et ne redescendaient pas ; plus puissants que les feux magiques de la terre et les

l)6aux élans de rhomme qui s'arrêtent à mi-chemin du ciel, descendent lentement, à regret, et s'éteignent dans les eaux et les larmes. Le poète prodiguait les images; aux strophes de lumière succédaient des strophes d'harmonie; elles se creusaient et s'épanchaient comme les lames, au soir, sur les grèves, puis s'apaisaient et s'étendaient en larges vers tranquilles comme une mer à l'ombre, recueillie sous la paix de la nuit.

Comme épouvantés de son audacieuse inspiration, ses vers se prosternaient tels que des fronts à terre, s'abîmaient dans l'humilité de l'adoration :

Et moi! pour te chanter, Dieu dessoleUs, que suis-je?

Soudain ils se redressaient dans l'amour de- Dieu et relevaient Thomme par la noblesse de la prièreb.

Le» vers bondissaient, couraient sans repos, sans faux pas; parfois s'arrêtaient pour ranimer leur élan. 11 effaçait dans ces vers :

€ Ces élans, ces accents, ces soupirs entraînés par la foi, ces élans entraînés^ pour un mot plus ardent, emportés^ effacé après dans l'édition imprimée, et remplacé par animés. Puis à la dernière strophe, au dernier cri de sa foi, il montait d'astre en astre, à la poursuite de Dieu.

Il avait dit d'abord : « S'élever jusqu'à toi! » avait trouvé le mot s'élever, faible, l'avait rayé; puis raturant aussi le mot faible encore d'arriver, il avait trouvé enfin le mot sonore :

Retentir jusqu*à toi !

V Hymne de la nuit portait pour date : Florence, 9 mars 1826, en contradiction avec la date de 1824, écrite dans son commentaire de l'édition de 1850, et le lieu de Livourne ; contradiction née d'une erreur de sa mémoire lointaine. Il avait

compté les vers comme un jeune poète, avait mis : 100 vers, au bas du manuscrit.

V Hymne du soir dans le temple suivait. C'était la même impression que V Hymne de la nuit, reportée du ciel à la terre, du firmament à TÉglise. Il aimait (il Ta dit dans le commentaire de cette harmonie) la seconde du manuscrit et la huitième du premier livre, à se retirer au crépuscule sous les nefs de Santa-Maria^Novella ou du Duomo. A la sixième strophe, après des vers de préférence aux temples plus religieux que les forêts, il bénissait ainsi les grands artistes, leurs créateurs:

Bénis soient les hommes antiques Qui vous élevant vers les cieux Éiendirent vos longs portiques, Sous vos arceaux mystérieux !

Il avait rayé ces vers plus descriptifs que lyriques, remplacés par ces vers plus vibrants, plus jaillis de l'âme, plus conformes à son génie.

Le cœur brisé par la souffrance Altéré de soins immortels,

ce vers ne l'avait pas satisfait, et il l'avait changé ainsi :

Las des promesses des mortels Se cache et poursuit l'espérance Jusqu'aux pieds des divins autels.

Après avoir évoqué l'hymne des mille voix, fait des vibrations du temple et des chants de la foule, il ajoutait cette strophe effacée depuis :

Oui, toi-même, ô Dieu, tu nous aides

A t'honorer dans ton saint lieu !

Tu donnes ce que tu possèdes

Et tout est divin près de Dieu !

Un Dieu ! quel nom pour mon audace !

Quoi ! celui qui créa l'espace,

204 80T7VBKIRS St7R LAMAIfMNE

L*6spac6 ose le limiter f Oui, delà foi sublime exemple !

Partout où Thomme élève un temple, Un Dieu descend pour l'habiter !

Pourquoi Tavait-il supprimée cette strophe de foi audacieuse. Se liait*elle mal à la strophe précédente ? semblait-elle isolée ? Puis l'hymne reprenait le chant d'enthousiasme et d'extase en Dieu :

Je cherchais à monter !... et tu daignais descendre I

Plus loin, il disait du soupir d'adoration :

Le soupir cjui s'éteint dans le vague des airs.

C'était un mot mal trouvé, un contre-sens ; il l'avait effacé, et mal corrigé par ce nouveau mot, contre-sens nouveau de la part du poète croyant:

Le soupir, qui s'égare en montant vers les cîeux.

Il ne pouvait s'égarer^ puisqu'il montait à Dieu. Le poète avait laissé le mot, n'en trouvant pas de meilleur, puis avait abandonné son vers ; mais dans l'édition des Harmonies^ il avait saisi le mot vrai qui s'était dérobé, le mot de sa foi :

Le soupir qui te cherche*

Plus loin, le vers : muet sottë ta majesté, avait dans l'édition cette correction heureuse :

Sans voix sous ta majesté.

Puis il avait effacé, malgré sa beauté, cette strophe surabondante et inutile sur la fermeture du temple. Comme plus haut, dans son inspiration tout idéale, il avait supprimé le détail pittoresque :

Mais queUe voix. Seigneur, m*arrache à vos demeures, C*est le marteau sacré qui fait vibrer les heures Sous les portiques du saint lieu !

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C*est le battant d'airain de tes portes massives Qui font gémir leurs gonds sous tes arches plaintives. Adieu, saintes ombres, adieu I

Puis à la fin : Flor. 27 mars 1826.

et le nombre des vers, 186.

VHymne du matin jaillit avec Taurore, après ces hymnes de la nuit ; c'est la 3* harmonie. C'est le salut, le chant des oiseaux, à Taurore. Le concert de tous les êtres s'élance des strophes touffues comme des forêts éveillées sous l'aube; le chant s'envole et monte droit au ciel comme l'alouette :

Chaque être s^ôcrle C*est lui, c'est Tamour !

C'est lui, c'est la vie I C'est lui 1 c'est le jour !

Et' l'hymne d'allégresse court dans l'espace immense et emporte le chant des airs, des mers, de la terre. Il y a là une strophe qui s'étend, se creuse, monte, descend et chante comme la vague même, et fait image.

Pendant la lecture à deux, nous avions V Hymne du matin en action devant nous, l'hymne de la nature se levant sur les Alpes, sur la mer du bocage de la Bresse, les vallées et les rivières dii Maçonnais, le matin beau encore, quoique moins beau qu'en poésie.

Et l'hymne variait son thème d'adoration, avec une richesse, une abondance, une beauté d'images nouvelles ; il y a de rares repos dans ce vol éperdu, A toute heure., en tout lieu et jamais et toujours^ qu'il barre d'un trait impatient, pour dire avec plus de feu :

Ici^ là-haut, encore, et sans cesse et toujours 1 .

Et alors, dans sa poésie d'ascension, dans son inspiration d'aigle, dans sa passion d'adoration, il

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chantô à pleine voix, il entraîne toute la nature au ciel.

Montez donc ! Fioltczdonc! roulez, volez, yents, flammes! Oiseaux, vagues, rayon?, vapeurs, parfums et voix ! Terre, exhale ton souffle ! homme, élève ton âme I Montez, Aottez, roulez, accomplissez vos lois! Montez, volez à Dieu 1 Plus haut, plus haut encore! Dans les feux du soleil sa splendeur vous a lui ! Reportez dans les cieux Thommage de Taurore ! Montez! il est là-haut! Descendez! tout est lui!

. Puis, il finit dans un cri qu'il rature trois fois comme un cœur qui étouffe et expire dans son exaltation même avec raccord recueilli d'instrument à cordes.

Toujours écrit à Florence, 3 avril 1826, et le nombre de vers, 540 de cette immense harmonie.

Mais son adoration n'était pas lasse encore ; elle se renouvelait et demandait toujours à son amour inextinguible une nouvelle harmonie I

Encore un hymne, 6 ma lyre!

C'était le désir de Dieu, l'harmonie 13*. Il chantait en strophes passionnées, dans l'ivresse de Dieu, et toujours revenait le refrain de désir :

Encore un hymne, 6 ma lyre I

De cette adoration inassouvie, dans sa folie d'amour, il s'écriait dans sa fierté d'inspiration, tout enivré de son génie, inconscient d'orgueil dans son glorieux délire comme la sibylle : DeuSj ecce DeiLSf

Mon &me à rœil de laigle, et mes fortes pensées h.^ lut de mes désirs volant comme des traits, Chaque fois que mon sein respire... plus pressées

Que les colombes des forêts.

Montent, montent toujours d'elle-même élancées

Et n'en redescendent jamais !

11 avait dit plus tard: par â! autres rempla^ées^ et le poète à terre, jaloux du vol de son âme, envieux du destin de ses pensées montées en haut du ciel, les rappelait avec angoisse I

Les reverrai-je un jour? mon Dieu ! reviendront-elles, Ainsi que la colombe errante sur les flots, M'apporter un rameau des palmes immortelles Et me dire: Là-haut est un nid pour nos ailes, Une terre, un lieu de repos f

Et son âme, tour à tour, aigle, torrent, ou vent, chantait sans repos son divin désir; Tinspication battait à coups pressés comme le sang dans l'artère ; il ne trouvait pas un hémistiche, et passait outre, à d'autres horizons. Il achève Thymne; toujours à Florence, 6 décembre 1820, et non 1828, comme il dit à tort dans son commentaire lointain. 104 vers renferment cette sublime harmonie. Puis il écrit : Elle finira le !•' volume, 2* livre, quatre harmonies!

C'était tout ce que contenait le manuscrit. Puis venaient des pages blanches, et des pages couvertes de chiffres au crayon, du nombre des pièces de vins de 1840 et 1841, enfermées dans ses caves de Milly et de Monceaux; des chiffres avaient succédé aux vers, la prose delà vie à la poésie de Pâme. C'était bien l'homme; il confirmait ainsi sa vanité étrange, un jour que nous montions l'avenue de Monceaux, les yeux sur ce bel amphi-^ théâtre de vignes en fieurs: « On dit que je suis un grand poète; non, je suis un grand vigneron. »

La dernière page du manuscrit contenait la liste de ses harmonies, dans un ordre changé depuis:

Désir de Dieu.

Ventant.

Matin.

Nuit.

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Temple.

Gênes.

Tolérance.

Orecs.

Lyre.

Épître à de Mestre (textuel).

De profundis.

Invocation.

Tirée du 1^ chant.

Pièce tirée du 2^ chant.

i2 harmonies L. et i épître. 1 volume

Le mot de Mestre trahissait les légèretés d'orthographe du poète. Ainsi dans ses harmonies, il avait écrit verds, relligion^ tonerre^ l>eaûm£y sim^ole. Il écrivait comme il accentuait, non pour les yeux, mais pour la voix. On surprenait dans le manuscrit l'intimité du génie de Lamartine, ses corrections, ses transformations de pensée et de style, le jet de son inspiration, son torrent, son abondance, la grâce de son essor, son vol d'aigle.

Quoi qu'on en ait dit et qu'il ait dit lui-même, il savait se corriger, il excellait à trouver l'expression suprême. D'un bond, il saisissait sa proie d'images. Il y avait à peine des ratures dans ces strophes jaillies de la source vive. L'écriture élégante, ailée, rapide, volait comme l'inspiration. Le style, c'est l'homme, a dit BuflTon. L'écriture aussi, c'est l'homme.

La poésie lue ainsi dans le manuscrit était plus vivante, elle émouvait davantage, elle s'animait des palpitations, de la vie de l'écriture. Sa main pleine de grâce courait, sans fièvre, dans la félicité sereine de l'inspiration.

Le style s'était varié, dans les nouveautés des rythmes. Le vers des Harmonies n'était plus le

vers des Méditations. L'alexandrin au pas tranquille et lent, à Tallure recueillie, convient aux Méditations. Pour le vol et le chant lyrique des Harmonies, Lamartine avait inventé des rythmes nouveaux, les strophes rapides sortant de l'adagio et montant comme l'allégro, la strette en vers de huit, de cinq pieds à tire d'ailes.

Les harmonies sont le Cantique des cantiqtces du poète, son Magnificat^ son hymne d'amour à Dieu.

Lamartine se révélait là, dans ce quatuor d'harmonies, le plus grand des poètes lyriques. David n'est pas plus grand. David n'a pas la richesse, la variété, l'abondance, la magnificence d'inspiration de Lamartine. Il semble que l'aridité de la Judée ait touché ses psaumes. L'image est chaude, mais nue ; elle a le parfum ; l'accent est fort, c'est la passion, c'est l'amour de Dieu qui le fait grand, mais quel étroit amour I c'est le Dieu d'Israël qu'il adore, le Dieu de ses vengeances; ce n'est pas le Dieu des gentils. Lamartine aie large amour, c'est le Dieu de tous, c'est le Dieu du monde, c'est le Dieu juste, le Dieu bon, père et mère à la fois, le Dieu de l'amour universel, qu'il adore, qu'il chante comme jamais nul poète ne l'a chanté I

C'est qu'il t'aimait, Seigneur, saiis mesure et sans doute.

Oui, on peut dire de lui ce qu'il a dit de David, sur son tombeau même :

Jamais Tamour divin qui soulève le monde CJomme Tastre des nuits des mers soulève Tonde, Ne permit au limon où son image a lui De s'approcher plus près pour contempler sa face, Et de combler jamais d'une plus sainte audace

L'incommensurable espace

De sa poussière à lui !

Nous avions fini. Pendant la lecture, la figure

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de M"* de Lamartine avait perdu sa gravité triste et s'était éclairée sous la lumière des poésies, des années heureuses, des beaux souvenirs d'Italie. Elle avait rajeuni. Ce petit manuscrit avait été un talisman. La cloche sonna le déjeuner ; nous nous levâmes tous deux sous l'enchantement ; elle du reflet de sa vie passée, moi de ce don de fête. Nous avions eu notre festin de bonheur et de poésie.

Lamartine m'a donné aussi des manuscrits, ses tragédies Médée et de Zoraîde^ écrites en 1813, à 22 ans ; deux albums reliés en vert; le premier, commencé le 1*' janvier 1824, contient des vers à Charles Nodier, le premier chant des visions, un fragment d'épître au duc de Toscane, le psaume 7% une harmonie. Invocation pour les Qrecs^ et l'épître à Casimir Delavigne. Le second album renferme le deuxième chant du poème des chevaliers, écrit à Florence, le 1*' juin 1827, des vers au crayon, inachevés, unsonnetde Pétrarque, traduit, Brugg, 1824, des fragments de Toussaint Louver^ ture^ des pages de prose, trois articles du Pays^ des notes de discours, des têtes d'idées, selon sou mot. Il se reflète bien là dans ces manuscrits de prose et de vers, avec sa facilité d'inspiration, son écriture rapide, élégante et noble. Peu de ratures. Il ne connaît pas l'effort.

Enfin, j'ai de plus un curieux autographe culinaire, la recette d'une salade cuite composée de dix espèces. Ce n*était pas pour lui, il était indifférent à la table; mais dès qu'un ami arrivait, il descendait lui-même à la cuisine commander le plat que son ami aimait. Il avait le sens délicat de l'hospitalité.

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