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LÀ SOUSCRIPTION NATIONALE

Si ridée de la souscription nationale a été une faute, je suis seul coupable. J'en ai eu la pensée, rinitiative, j'ai obtenu la résignation de Lamartine à cette réparation du pays. Après ses vaines tentatives d'une vente de ses terres en loterie, ses

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efforts de ventes impossibles, les fruits insuffisants de son Cours familier^ devant tout le sang de son génie répandu, son travail à mort, j*ai demandé le secours de la France à son sauveur en détresse.

En février 1858, trois hommes deMâcon, le curé vénéré de Saint-Pierre, l'abbé Naulin 5 le Mathieu Dombasle du Maçonnais, M. Chamborre, l'agriculteur populaire, et l'ami de Lamartine; M. Lacroix, président du tribunal civil, furent à Paris demander l'autorisation de la souscription. Le ministre de l'intérieur l'autorisa par une lettre publique, elle était de l'Empereur. La souscription autorisée ouvertement par le gouvernement fut combattue en secret par l'administration. M. Ponsard, préfet de Saône-et-Loire, interdit la publication de mon appel au pays. Le patronage impérial ât tort à la souscription. Lamartine déplora cette lettre perfide. Il ne voulait rien de l'Empereur, mais tout du pays.

La souscription de Mâcon eut de l'élan ; elle fut rapide et généreuse. Le comité de Mâcon sut la mener à bien; elle recueillit 54,000 fr. et ne coûta que 500 francs. Le président, M. Chamborre, ad-^ ministra avec une sévère économie et un ferme dévouement,

Lamartine rendit justice au comité de Mâcon qui a tout fondé et tout ému. Auparavant déjà, le 30 août, il avait écrit : après le vote muet du département où j'ai vécu, je suis comme le Misan-* thrope^je deviens fier de tant d'outrages. Il avait des rugissements terribles de lion blessé. « L'étincelle n'allume pas la boue. Elle s'y éteint, la vôtre au moin^ ne s'éteint pas, ma reconnaissance non plus. »

Un jour, il avait demandé une somme au comité de Paris; tous étaient résolus à la refuser. Lamartine vint au comité, il se mit à cheval sur une

chaise, et dans cette pose familière, parla. Il parla avec une si émouvante éloquence, qu'il émut tous ces hommes d'acier, comme il émouvait le peuple à rhôtel de ville. Les figures de marbre s'attendrirent. L'enchanteur les charma •de sa magique parole. Un vote unanime accorda l'argent.

Il eut, dans toutes ses amertumes, une consolation. Un de nos amis, un créole, M. Alfred Le Juge, enflamma l'île Maurice pour la souscription. Le plus beau don vint de l'étranger. Boussin reçut un chèque de 10,000 francs. L'ile de France, l'île de Paul et Virginie fut plus généreuse que la France.

Pendant ces cruelles années, que faisait M**^ de Lamartine ? Elle se dévouait toujours. Résignée à tous les sacrifices, à tous les déchirements de foyer, à toutes les pertes de fortune, à tous les renoncements, elle aidait, elle soutenait son mari malheureux. Elle le défendait contre les accusations, elle décrivait la noble cause de ses dettes et me priait de les défendre. Elle se dressait dans son courage; elle faisait face à tout. Les lettres m'arrivaient pressées, rapides, émues, d'une mâle tristesse. Malade souvent, de son lit chargé d'épreuves, elle les corrigeait d'une main fiévreuse, et m'écrivait des lettres de raison, de bon sens, de résignation. Elle discutait les chiffres, les projets, les éclairait de son jugement ; puis elle jugeait les sujets du Cours familier, expliquait les œuvres do son mari ; courait à tous les horizons, me parlait de la mer, dé la nature, puis s'échappait des étreintes des affaires vei*s un paysage, un ciel, une poésie, un livre, montait aux vérités religieuses, et goûtait là le viatique dans ses épreuves. Elle pratiquait dans sa vie sa noble devise : * A cœur vaillant rien d'impossible. » J'étais le confident de ses plus secrètes

émotions, de ses plus intimes souffrances. J'entendais dans ses lettres les battements de son cœur. Avec moi, elle levait son voile de gravité, et me découvrait son cœur, et selon son mot, ce cœur plus jeune que son âge.

Ouverte à toutes les aptitudes, douée de raison, de sentiment, des dons variés de la philosophie religieuse, de la peinture, de la sculpture, de la musique, elle me rappelait ces grandes dames du xv!** siècle, ces femmes de la renaissance, poètes, artistes et savantes, ces nobles compagnes des huguenots qui défendaient avec leurs maris héroïques la liberté religieuse. Elle avait poussé son mari en 1848 aux mâles résolutions. C'était, dans sa gravité protestante et sa foi catholique, une sœur de la noble femme de Coligny.

J'ai tout un volume de lettres d'elle, confidences hautes et pieuses. Sa qualité maîtresse était la sincérité. Elle avait une piété simple. Après des lettres de discussion admirable, de défense du catholicisme, elle effaçait la terreur de l'enfer en me disant : < Je crois qu'il y a un enfer, mais je crois qu'il n'y a personne dedans. » Puis, au sortir de ces hautes discussions, levée en hiver avant l'aube, elle allait comme une humble femme à l'église. Elle m'écrivait avec une piété populaire : « J'aime à aller le matin, dès avant jour, à l'église, avec ma femme de chambre et ma cuisinière, et nous agenouiller ensemble au même autel, au milieu de tout le petit peuple du quartier; c'est une fraternité devant Dieu et devant les hommes qui me plait. »

Et en avril 1859 elle m'écrivait, pendant le carême, son admirable acceptation des peines de sa vie : « Je réponds seulement pour justifier les voies de la Providence. Dieu veuille que j'en profite, et qu'en quittant mon lit et mes méditations,

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je n'en perde pas le fruit, et ne pensez pas que toutes ces réflexions rendent tinste, au contraire; plus on arrive à mourir à soi-même, plus on vit pour les autres, avec plus de calme et de joie intérieure. »

La sainte femme i

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