RES ANGUSTA DOMI. — LA MERE ET LE PÈRE
7 mai.
L'enquête électorale agite toujours la Chambre de ses stériles débats. Lamartine voulait y descendre aujourd'hui en y jetant quelques hautes paroles. Il devait finir ainsi par une saisissante image : « Votre enquête, c'est Venise ; mais, du » moins, les gueules de bronze ne rejetaient » pas au dehors les secrets qui s'y étaient engouf- » frés. »
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17 mai.
est revenu dans Tenthousiasme du
• I .> . Borryer sur la question des sucres.
\Â jamais vu plus beau comme acteur,
' . .iirtonne qu'il écume pour une question
19 mal.
itô à Lamartine. Trop courte, hélas I II est .lu^ heure ardente, et dans l'élan de la lutte. ., li (lui planait dans les idées et siégeait au pla- ,hnfl, comme il disait, il veut descendre dans Tarène et combattre les hommes corps à corps. « Vous me verrez m'attaquer aux hommes. Je » voudrais qu'on en vînt à un langage plus sin- » cère, qu'on les démasquât, qu'on pût les désha- » biller tout nus en place publique, se livrer au » pugilat. » Même dans ces tentations de lutte passionnée si contraire à sa nature, il gardait la beauté de l'athlète antique.
24 mai.
Hier, il s'est promené avec Dargaud, il lui a montré au coin de la rue Belle-Chasse, à côté du Palais d'Orsay, un hôtel où il a lu ses premiers vers. Souvenirs de jeunesse, vous gardez la fraîcheur de l'aurore, vous êtes les plus douxl...
Il a préparé un grand discours pour le banquet dont on fêtera son retour à Mâcon. Il est parti ce matin.
Sjuia.
M"** de Lamarfine a donné des nouvelles du bauqtietet du discours. Elle si calme, si réservée, a de l'enthousiasme pour la fête. « C'a été, dit-elle yaiYVdXHusting. >
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18 juin.
Nouvelles tristes. Les dettes le torturent, c'est le vautour dévorant de toute sa vie. Cris de détresse. « Au secours, > dit-il. Il lui faudra vendre son berceau, Milly, et Saint^Point, son foyer*
25 et 27.
Lettre de Lamartine. Il est à Saint-^Point, il a invité dans sa solitude ses amis de Bourgogne à dîner sous les arbres. « Quelle démagogie pastorale I »
Souvenir de Dargaud. Un soir, à huit heures, dans un sentier creux de Saint-Point, ils se promenaient ensemble au crépuscule. Ils causaient de Diderot. « Je ne Taime pas, dit le poète. — Vous ne l'avez pas lu, répondit Tami. — Sh si^ » et il continua sa critique du philosophe « athée ».
4 juillet.
Je ne suis plus à Paris, mon âm« est envolée à Saint-Point près du grand absent. Il se repose de la politique dans ce foyer de paix. € Lecture » et méditation au coin du feu, mauvais temps, » voilà nos nouvelles. Que la Chambre est petite « du haut des montagnes I »
C'est le cri du poète. Il ne lutte plus, il se souvient de son enfance, de sa mère, il a écrit deux chapitres d'un ouvrage intime : Les Confidences.
Du 7 au 10 août.
Lettre désespérée de Saint-Point. « Si Je ne » trouve pas d'argent, je serai obligé de renoncer » à tout, de sortir de France pour aller vivre seul
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» avec mes pensées, car j'aurai fait tout ce qui » est humainement possible pour mon pays... » Puis oubliant sa détresse pour penser à la gêne de son ami Dargaud, ce cœur toujours généreux, au milieu de ses tortures, était prêt à se sacrifier à l'amitié : « Si vous êtes gêné, écrit-il, je vendrai quelques beaux arbres. » Voilà l'homme.
Quand ou parle du fils, on pense toujours à sa mère. Elle était parmi les femmes ce qu'il est parmi les hommes. Elle, c'est lui, lui c'est elle. Elle a laissé à son fils un journal de sa vie. Elle croyait au génie de son fils avec cette foi de la mère qui n'a pas besoin de la gloire. Son père n'y crut que lorsqu'un suffrage éclatant couronna son fils. Il se fit recevoir de l'Académie française pour contenter ^on père, qui ne l'aurait pas cru grand écrivain sans cela.
Son père était l'honneur fait homme. Il fut le défenseur volontaire du roi, de la reine, au 10 août 1792. Il fut blessé et sauvé par miracle. Le fils a raconté dans les Confidences la noble vie du père. Un seul vers de Milly la peint pour jamais :
€ En racontant sa vie enseignait la vertu. »
Mais il n*a pas écx'it une scène suprême do sa mort. Il l'a confiée à notre mémoire. La voici ;
C'était en 1840, au mois d'août, à ce beau mois oîil'on moissonne les épis mûrs. Le père du poète allait mourir ou plutôt passer dans l'autre vie ; il avait 88 ans, une saine et mâle vieillesse comme un vieux chêne ; Dieu allait moissonner cette vertu mûre pour le ciel. Deux jours avant la mort, le fils était debout près de son père. Le mourant, oublieux de lui-même, inquiet do la politique de son fils, le regard gravement fixé sur lui, lui demanda : « Quelle sera votre politique ? Lefilsrépondltr—Jesuispourlapaix.— C'est bien,
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mon flls. J'ai toujours été pour la paix. Il n'y a que cela de beau et d'élevé I » Cette exhortation solennelle de son père au lit de mort, ce vœu d'un mourant, qui allait à la paix éternelle, pour la paix de son pays, l'accent de cette voix à l'agonie, la grandeur religieuse de cette scène, le caractère sacré de ces dernières paroles, la consécration de la politique de paix du fils par le père, cette voix au bord de la tombe, tout cela fit sur Lamartine une impression profonde. Elle ne s'est jamais effacée.