‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 108 sur 112 · MAISON DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

MAISON DE SAINT-LOUIS

A Vergie, jour des Morts 1723.

« J'ai voulu, ma mère, vous laisser oublier toutes les importunités et les peines que je vous ai causées avant de vous renouveler ma reconnoissance. Le temps agréable que vous avez bien voulu me permettre de passer à Saint-Cyr me fait encore plus regretter d'en être si éloignée. Non que je voulusse toujours abuser, comme je l'ai fait, de votre bonté. Je serai plus discrète dans la suite, ou, pour mieux dire, ma mère, je me reposerai sur vous avec confiance des jours et des moments que vous me réglerez. Je ne puis trop vous répéter combien j'ai été vivement touchée de la manière dont vous m'avez traitée, et avec une distinction que je ne mérite pas, et dont mon seul attachement pour Saint-Cyr me rend moins indigne. — Je fais le récit à ma mère de tout ce que vous avez fait pour moi, et cela lui sert d'oraison, car à chaque

parole : « Ma fille, remerciez Dieu; ne vous enorgueillissez pas; voilà une dame qui a un grand cœur, et qui vous traite comme si vous étiez encore à la Cour. Se porte-t-elle bien? Vivra-t-elle longtemps? Je vais prier Dieu pour elle plus que je ne faisois. » — Puis je recommence à vous vanter, ma mère, et à dire, sans reprendre haleine : « Elle m'a encore fait cela, puis cette autre chose, entrer à Saint-Cyr, manger avec elle à son côté, fait entrer pour tous mes arrangements, donné toutes sortes de permissions. Je causois du dérangement; elle le trouvoit bon, des repas merveilleux, récréations, etc., des amitiés de sa part infinies, son carrosse, ses gens, mes commodités partout en dedans et au dehors. — Ah! ma fille, quelles grâces vous avez à rendre à Dieu. Remerciez-le de tous les jours. — Ce n'est pas tout, ma mère. — Quoi, ma fille, encore! — Les demoiselles de mes amies qu'elle m'envoyoit dans le dehors dîner avec moi; la petite de la Tour tous les jours, parce que c'est ma meilleure amie; à Paris elle m'est venue chercher. — Vous devriez, ma fille, remercier Dieu à tous les instants. — Voyez cette grande boîte pleine de sucre pour le rhume pour vous et pour moi. — Ah, quelle âme! Y en a-t-il une pareille dans le monde? » Je ne finirois pas avec une rame, ma mère, si je voulois faire le récit

de tout ce que je raconte à ma mûre ' de vos bontés pour moi, de sa reconnoissance et de la mienne. Voilà seulement un échantillon. Je me flatte que vous en voyez toute l'étendue, et que, plus j'aurai l'honneur de vous voir, plus vous serez persuadée de mon tendre respect. J'attends encore quelque temps avant d'écrire, pour ce que j'ai eu l'honneur de vous dire, au sujet d'un homme auquel vous vous intéressez. »

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