‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 109 sur 112 · A MADAME DU PEROU · texte numérisé non relu

A MADAME DU PEROU

20 mai 1728, à Vergie.

« Je crois, ma mère, qu'il n'est pas nécessaire que j'aie l'honneur de vous assurer que je ne vous écris pas souvent, à cause de toutes les écritures que vous avez à faire continuellement, et que vous êtes très assurée de mon respect et de mon attachement. Je suis ravie d'avoir des prétextes qui me fassent sortir de ma discrétion. C'est toujours, ma mère, pour vous demander des grâces. — Je viens d'apprendre que monsieur le comte d'Aumale du Mont-Notre-Dame 2 a une place à Saint-Cyr pour sa petite fille3, nièce de

1 . Pour la mère de mademoiselle d'Aumale, voir l'appendice II.

2. Michel d'Aumale, vicomte du Mont-Notre-Dame, né le 24 décembre 1676, marié le 13 juin 1718 avec Marie-Anne Oudan.

3. Louise-Thérèse d'Aumale, née le 17 avril 172-0, reçue à Saint-Cyr le 24 avril 1729.

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celle qui a eu l'honneur d'être dans votre maison. Je vous supplie, ma mère, de vouloir bien lui donner une des premières places vacantes, car il y en a une si grande bande que la dernière n'aura pas le bonheur sitôt d'entrer dans votre royale maison. J'ai bien envie que cette petite fille profite de vos bontés comme ma nièce qu'on m'assure qui fait bien. Elle me demande en grâce de vous remercier d'un bouquet que vous lui avez donné. Je le fais de tout mon cœur, ce remerciement avec tant d'autres que je vous dois, ma mère, pour son compte et pour le mien, et j'ai bien envie d'être au moment de les renouveler auprès de vous. — Votre petite postulante est très aimable, el d'un excellent caractère; beaucoup d'esprit, mais une grande timidité; cela sied bien, mais aussi elle empêche quelquefois de connoitre d'abord l'esprit. Bien de la piété , de la prudence pour son âge. Je crois qu'elle contribuera toujours à la paix et à la joie où elle sera, et qu'elle ne causera jamais de trouble, ni par ses manières, ni par ses paroles; je voudrois une vingtaine de religieuses comme elle et de son humeur. Vous verrez, à ce que j'espère, un jour, si j'ai bien jugé de cette enfant.

» Vous avez sans doute entendu parler de la lettre des douze évêques au Roi sur monseigneur l'évêque

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de Sénez1. Cela m'a fail bien de la peine, car c'est augmenter le trouble qui est dans l'Église 2. J'aime fort ce que le Roi leur a fait répondre; si vous ne l'avez pas vu, le voilà. Dans notre diocèse, notre évêque 3 nous défend toute lecture, chansons, petits mois agréables qu'on peut dire contre la Constitution, et il y a même des censures pour ceux qui désobéissent. Je suis extrêmement soumise à cette loi, et lorsque j'ai quelque envie de voir à une pièce, comme par exemple la lettre des douze évoques, j'en demande la permission à mon évêque; il me mande de sacrifier cela à Dieu, non qu'il doute de mes sentiments, mais

1. Jean Soanen, né à Riom le 6 janvier 1617, évêque de Sénez depuis 1676 jusqu'en 1727, époque de sa déposition. 11 mourut à la Chaise-Dieu en 1740.

2. Pour comprendre ce que dit ici mademoiselle d'Aumale, il faut se rappeler le trouble occasionné dans l'église de France par la bulle Unigenitus, appelée parfois aussi la Constitution. Dans cette bulle, promulguée en 1713, Clément XI avait condamné 101 propositions extraites du livre du père Quesnel intitulé : Réflexions morales sur le Nouveau Testament. Cette bulle souleva une vive opposition dans l'épiscopat français. L'évêque de Sénez en particulier publia une Instruction pastorale où il qualifiait la bulle Unigenitus de décret monstrueux. La bulle ayant été cependant acceptée par le Grand Conseil et le Parlement, le cardinal de Fleury fit convoquer en 1727 à Embrun un concile provincial qui déposa l'évêque de Sénez. Ce fut contre cette déposition ou plutôt contre le nullité du concile d'Embrun que douze évêques <• des plus qualifiés dans l'épiscopat » dit Barbier dans son Journal, t. 1er, p. 36, et en tête desquels était en efTet le cardinal de Noailles, écrivirent au Roi une lettre de protestation.

3. Pierre de Sabattier, né le 14 novembre 1654, évêque d'Amiens le 15 août 1706, mort le 20 janvier 1733.

que je serai plus agréable à Dieu eu lui sacrifiant cette curiosité. Je suis peut-être la seule dans son diocèse qui ait ce scrupule, mais vous m'avez inspiré tant de droiture et d'obéissance à mes pasteurs légitimes que je ne m'en écarte en rien, quoi que le monde s'en moque; je suis comme un rocher làdessus. Monseigneur i'évêque d'Amiens a donné pouvoir à mon confesseur de m'absoudre de toutes censures en cas qu'il m'ait échappé un rien, car une plaisanterie que vous diriez vous-même est bientôt dite, quoiqu'on la désapprouve. Vous voyez que je suis bien dans un bon diocèse. Je crois que l'on ignore à Saint-Cyr tout ce qui se passe là-dessus, et c'est un bonheur. Que l'on ne cesse pourtant pas de prier pour la paix de l'Église, car il est bien triste de la voir comme elle est. Je ne cesserai jamais de prier pour les personnes qui m'ont donné de si bons principes, et pour vous, ma mère, qui avez presque toujours été à la tête. Je suis, avec bien du respect, de la reconnoissance et de l'attachement,

Votre très humble et très obéissante servante. » d'au MALE. »

« Je n'ai pas voulu donner ma lettre à mademoiselle de la Tour parce que je lui ai dit que je vous

mandois du mal d'elle. Elle me demande au moins en grâce de vous assurer de son respect profond; elle aura l'honneur de vous rendre compte des beautés de la mer. »

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