‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 11 sur 112 · Lettres historiques et édifiantes, t. II, p · texte numérisé non relu

Lettres historiques et édifiantes, t. II, p

LVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

repos, entre les bras de sa chère Glapion, « la seule affection, disait-elle, qui ne l'eût jamais déçue ».

Il est temps de revenir à mademoiselle d'Aumale dont nous étions un peu loin. Pas si loin cependant qu'il pouvait paraître, car une étroite intimité et une véritable tendresse existaient entre ces deux femmes que les liens d'un même dévouement attachaient à madame de Maintenon. « Quand j'étois la petite d'Aumale, sans esprit ni discernement, écrivait celle-ci à madame de Glapion, j'avois pour vous une inclination fort particulière. Jugez de ce que la connaissance y a fait. » Il n'apparaît point qu'il y ait eu entre elles l'ombre d'une jalousie. C'eût été à mademoiselle d'Aumale à souffrir, car si, chaque jour, elle rendait quelque service à madame de Maintenon, chaque jour, au contraire, c'était madame de Glapion qui en recevait quelqu'un de madame de Maintenon, et souvent l'on s'attache davantage aux êtres en proportion de la peine qu'ils vous ont donnée que des obligations qu'on peut leur avoir. A partir de son retour

NOTICE BIOGRAPHIQUE. LVII

de Gomerfontaine, où elle avait si bien justifié la confiance mise en elle, mademoiselle d'Aumale devint inséparable de madame de Maintenon, qui la traitait avec beaucoup d'égards. « Ayez bien soin de cette demoiselle, dit-elle à ■ses femmes quand elle la prit à son service. Elle est de meilleure naissance que moi, et mérite d'être bien servie. » A Versailles, mademoiselle d'Aumale demeurait au château, et elle l'accompagnait partout, à Fontainebleau, à Marly, à Meudon. Secrétaire incomparable, elle écrivait parfois vingt lettres en un jour sous sa dictée ou en son nom. Sûre, discrète, toujours à sa place, elle vécut dix ans de la vie de la Cour, et vit sans doute beaucoup de choses sans être mêlée à aucune intrigue ni tracasserie, et sans essayer de prendre part à des plaisirs qui n'étaient point faits pour elle. De la fenêtre de la petite chambre qu'elle occupait à Fontainebleau, elle écrit qu'elle voit passer dans l'avenue des chiens et des chevaux de quoi prendre tous les cerfs de la forêt. Mais elle ne suit point la chasse. Dangeau, toujours exact, mentionne cependant que la marquise de Pompadour, dont la fille avait épousé le fils de Dangeau, l'y mena une fois en carrosse. Elle n'avait qu'un défaut : son extrême poltronnerie.

LVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

Elle poussait des cris en voiture quand les chemins étaient mauvais, et, quand le temps était à l'orage, il ne fallait pas compter sur elle pour écrire. Madame de Maintenon, dans une de ses lettres, l'appelle un lièvre. Mais elle était gaie, pétulante, aimait les amusements : « Je ne peux pas, disait-elle, être toujours dévote. » Dans les récréations, elle était le boute-en-train de Saint- Cyr. Nous avons un programme de divertissements dicté par madame de Maintenon à mademoiselle d'Aumale elle-même, où, après l'avoir chargée de divers emplois, comme « de mettre au jeu avec sa magnificence ordinaire », puis « déjouer au roi qui parle en y ajoutant les agréments qui lui plairont », madame de Maintenon termine ainsi : « mademoiselle d'Aumale demeurera enfermée pour les folies qu'elle aura faites ' ».

Cette humeur enjouée de mademoiselle d'Aumale se retrouve dans les lettres qu'elle écrivait pour son compte. Lavallée en a publié un certain nombre et on en trouvera quelques autres à la fin de ce volume. Elles sont presque toutes datées de Fontainebleau, pendant les séjours, trop longs à son gré et au gré de madame de Maintenon, que

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