‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 12 sur 112 · Lettres historiques et édifiantes, t. Il, p · texte numérisé non relu

Lettres historiques et édifiantes, t. Il, p

NOTICE BIOGRAPHIQUE LIX

la Cour y faisait en été. A l'en croire elle avait auprès d'elle un esprit follet qui dictait ses lettres ; aussi s'excuse-t-elle de toutes les folies qu'elle y met. Il est certain qu'elle a un tour à elle pour raconter les événements les plus sérieux. Les habitants de Bruges ont-ils ouvert leurs portes aux armées du Roi, elle écrit : « Toute la nuit, ils ont bu et étoient soûls comme des cochons de joie d'être sous leur roi légitime. » Peint-elle, en termes émus, la consternation de la cour après la défaite d'Oudenarde, elle ne peut s'empêcher d'ajouter : « La perruque de monsieur Fagon a été si avancée sur son visage que, s'il n'avoit pas eu le nez si long, on n'auroit pas connu le devant d'avec le derrière de sa tête. » Les plus futiles événements de sa vie quotidienne prennent sous sa plume un tour agréable. L'échantillon d'une étoffe achetée pour elle lui déplaît-il : « Désolation, écrit-elle, amertume, regret, inquiétude, argent perdu, peines perdues, temps perdu, tout est perdu; voilà tout ce que je médis. » Et comme cette lettre est adressée à madame de Glapion, dont l'état d'habituelle tristesse lui est connu, elle ajoute avec enjouement : « Etes-vous plus misérable? » Mais elle sait trouver aussi d'aimables bien que toujours plaisantes paroles pour exprimer

LX NOTICE BIOGRAPHIQUE

la joie qu'elle aura à retrouver une de ses compagnes de Saint-Cyr : « Mesdemoiselles de Breuillac et Delorme, qui sont ici pendant que je vous écris, me trouvent en extase. Je ne vois pas autre chose pour m'y mettre que le plaisir que j'ai de vous écrire sur ce petit parterre blanc et la joyeuse pensée qui s'empare de mon esprit que, dans huit jours, je mordrai vos joues. Ma mère de Glapion m'en donnera bien la permission si c'est un jour gras. »

Ces lettres de mademoiselle d'Aumale, quel que soit leur agrément, ne mériteraient cependant pas qu'on s'y arrête, si on n'y trouvait un reflet, non pas de la vie de Cour, à laquelle elle demeura toujours systématiquement étrangère, mais de l'existence intime de Louis XIV et de madame de Maintenon. Cette existence a été souvent racontée, et je ne voudrais pas dire que les lettres de mademoiselle d'Aumale la font voir sous un jour nouveau; mais cependant elles en mettent en lumière certains détails. Après avoir ramené Louis XIV de ses égarements et l'avoir fixé auprès d'elle, il s'agissait pour madame de Maintenon de le garder, et pour cela il ne fallait pas qu'il s'ennuyât. Après le salut, il fallait s'occuper du divertissement. On sait comment

NOTICE BIOGRAPHIQUE. L.\l

d'abord elle y employa Saint-Cyr et les représentations (ÏEsther. Mais quand elle vit, ce qui n'était pas difficile à prévoir, que les applaudissements des seigneurs de la Cour tournaient ces jeunes tètes, qu'il s'ensuivait des aventures comme celle de Madeleine de Glapion, ou des demandes en mariage; que les demoiselles de Saint-Cyr se dissipaient, et qu'elles ne voulaient plus chanter vêpres pour ne pas se gâter la prononciation, elle comprit le mal qu'elle avait fait et, d'une main ferme, elle délit son ouvrage. Elle interdit les représentions en costume, n'admit à celle (ÏAthalie que cinq ou six personnes avec les princes, et bientôt décida qu'on n'y « souflriroit aucun homme, ni pauvre, ni riche, ni vieux, ni jeune, ni prêtre, ni séculier, ni même un saint, s'il y en a sur la terre1 ». Elle dut cependant tolérer qu'à plusieurs reprises quelques demoiselles de Saint-Cyr fussent amenées à Versailles dans sa propre chambre pour jouer devant les princes du sang et quelques seigneurs de distinction, sans autre parure que leur habit ordinaire, des dames de la Cour, pieuses et âgées, veillant sur elles pendant l'intervalle de leurs entrées.

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