‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 13 sur 112 · Lettres et entretiens sur l'éducation, t. II, p · texte numérisé non relu

Lettres et entretiens sur l'éducation, t. II, p

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Mais, à ce divertissement, même ainsi réduit, madame de Maintenon avait fini par mettre fin, non sans raison au point de vue des demoiselles. Elle se faisait également scrupule d'entretenir ainsi le goût que Louis XIV avait conservé pour les représentations théâtrales, goût qu'elle s'efforçait au contraire de combattre. Mais cependant il fallait bien inventer quelque moyen d'amuser le vieux monarque. Elle eut alors recours à un autre divertissement, et mademoiselle d'Aumale, comme nous Talions voir, trouva ainsi auprès d'elle un nouvel emploi.

On sait que Louis XIV avait toujours aimé passionnément la musique. Il avait l'oreille juste et, de même qu'il dansait admirablement, il chantait volontiers. A plus de soixante ans, pour complaire à la duchesse de Bourgogne, il faisait encore sa partie dans un chœur. Il donnait de grands soins à sa Musique qu'il faisait venir souvent pour lui jouer des airs d'opéra, et, pour récompenser les demoiselles de Saint-Cyr des plaisirs qu'elles lui avaient procurés, il l'envoyait parfois jouer dans leur église, aux grandes fêtes. « On croyait être au ciel, disent-elles dans leurs Mémoires, et entendre la musique des anges. » Madame de Maintenon eut alors la pensée d'orga-

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niser pour lui des concerts plus intimes qui auraient lieu dans sa propre chambre, et dont il lui aurait l'obligation. Pour y réussir, elle mita profit les dons naturels de mademoiselle d'Aumale. Celle-ci avait, comme nous l'avons dit, une fort jolie voix. Pour qu'elle pût accompagner et chanter ainsi dès que le Roi aurait envie de l'entendre, elle lui fit apprendre le clavecin et lui donna un maître de musique. Aussitôt mademoiselle d'Aumale d'écrire à madame de Glapion pour lui communiquer cette importante nouvelle. « Oui, ma mère, je joue du clavecin, mais par malheur je n'apprends rien de nouveau; car mon maître est dangereusement malade. Il a une fausse pleurésie, je le recommande à vos prières. J'ai un grand livre de musique; mais je n'ai guère de cœur quand je suis seule *. » Il ne semble pas cependant qu'un maître fût bien nécessaire pour les chansons qu'elle s'exerçait à chanter devant Louis XIV. C'étaient presque toutes des chansons à boire dont elle envoie le titre à une de ses amies de Saint-Cyr : « Je ne sais pas votre air d'opéra, lui écrit-elle, mais j'en sais d'autres. Savez-vous : Vive Bacchus, Vive

1. Lettres historiques et édifiantes, t. II, pp. 272 et passim.

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Grégoire! A tous les deux honneurs sans fin! Vive Grégoire pour nous verser à boire! » On ne s'imagine guère ces airs bachiques résonnant dans la chambre à coucher de madame de Maintenon, auprès de la niche où, frileuse, elle tricotait. Mais sans doute Louis XIV les aimait. Parfois mademoiselle d'Aumale chantait devant lui deux heures de suite. Elle ne s'en tenait pas là cependant. Peu à peu elle élevait et agrandissait son répertoire. « Je n'ose sortir, crainte que le Roi ne rentre, écrivait-elle quatre ans plus tard à madame de Glapion, car il veut de la musique. J'ai pour nos concerts mademoiselle Pièche, son mari avec sa basse de viole et une flûte. Quand j'ai bien chanté, je répète ou apprends pour la première fois. Tout cela me fait un grand plaisir pour celui qu'a Madame de voir amuser le Rci pendant quelques minutes. »

Pour amuser ainsi le Roi, madame de Maintenon permettait à mademoiselle d'Aumale d'appeler à l'aide d'autres jeunes femmes, qui vivaient également dans son intimité. C'était sa nièce, madame de Caylus, toute repentante et tournée à la dévotion. C'était une jeune femme qu'elle avait élevée, madame d'Auxy, dont je parlerai tout à l'heure. On est au lendemain de Denain et made-

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moiselle d'Aumale écrit : « Madame est fort gaie et je tâche de l'amuser un peu. Nous sommes occupés aussi des plaisirs du Roi, et madame de Caylus, madame d'Auxy et moi avons l'honneur de jouer Esther devant lui, par morceaux détachés. D'autres fois, nous chantons sans accompagnement, quelquefois avec la basse de viole et la flûte. » Madame de Maintenon trouvait-elle ce divertissement encore trop profane, cela est possible, car, quelque temps après, mademoiselle d'Aumale écrit encore : « Le Roi se porte parfaitement bien, et moi, indigne, j'eus l'honneur de psalmodier et de chanter hier au soir les vêpres de Saint-Cyr, Sa Majesté disant le verset alternativement et Madame lui dit que c'étoit madame du Pérou qui avait établi cette belle psalmodie. » Louis XIV psalmodiant les vêpres avec la secrétaire de madame de Maintenon, c'est un trait qui a échappé à Saint-Simon.

Mademoiselle d'Aumale servait encore à madame de Maintenon pour une autre fin. Louis XIV avait le goût de la jeunesse et de l'enfance. 11 avait été tendre père, trop tendre même pour ses bâtards, bien que, suivant la forte expression de madame de Maintenon, « il n'eut pas grand ragoût autour de lui ». Ce fut par cette prédilec-

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tion instinctive autant que par sa bonne grâce et sa gentillesse personnelle que la duchesse de Bourgogne le captiva. Madame de Maintenon savait ce qu'elle faisait en cherchant, par une complaisance poussée jusqu'à la faiblesse, à se faire aimer de l'aimable enfant et à l'avoir le plus souvent possible auprès d'elle. D'ailleurs elle cédait aussi à son instinct, car elle aimait les enfants, et les enfants, qui ne se trompent pas à qui les aiment, l'aimaient également. « Elle a toujours fort aimé les enfants, dit mademoiselle d'Aumale, et à les voir dans leur naturel, et les enfants sentoient si fort cette bonté qu'ils étoient plus libres avec elle qu'avec personne. » Aussi choisissait-elle parmi les élèves de Saint- Cyr une enfant qu'elle élevait dans sa chambre, sous ses yeux, et dont la société donnait satisfaction à son instinct maternel. « Vous savez, écrivait-elle, âgée déjà de quatre-vingts ans, à madame de Gaylus, que j'ai le malheur de connaître les sentiments des mères. » C'est ainsi qu'elle eut successivement auprès d'elle mademoiselle de Breuillac, dont on sait peu de chose, et une petite de la Tour qu'en mourant elle recommandait à toute la communauté. Mais il fallait quelqu'un pour veiller sur ces enfants.

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Cette tache incombait à mademoiselle d'Aumale, et nous les voyons l'une après l'autre défiler dans ses lettres. Parmi ses élèves, il en est une dont le nom est arrivé jusqu'à l'histoire, grâce à Saint-Simon, qui a raconté son heureuse aventure, mais inexactement et calomnieusement, suivant son habitude, toutes les fois qu'il s'agit de madame de Maintenon. Naturellement Michelet a adopté le récit de Saint-Simon, les yeux fermés, en le salissant avec son imagination impure. Les Lettres de mademoiselle d'Aumale et les Mémoires des Dames de Saint-Cyr permettent de rectifier et de compléter ce récit.

Jeannette de Pincré(ou plus exactement Penchrech) était d'origine bretonne. Sa mère, fort pauvre et réduite à mendier, l'avait amenée à madame de Maintenon quand elle n'avait que trois ans, et madame de Maintenon l'avait gardée auprès d'elle, comptant la mettre à Saint-Cyr à sept ans. Un hasard fit sa fortune. « Un jour, racontent les Dames de Saint-Cyr, celte enfant entra dans la chambre de madame de Maintenon comme le Roi y étoit, et, n'ayant pas encore assez de connoissance pour faire la différence d'un roi à un autre homme, elle alla droit à lui et se mit à jouer du ruban de sa canne et à lui faire des

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questions d'enfant qui lui plurent. Elle lui montra toutes les hardes qu'elle avoit sur elle disant que c'étoit madame de Maintenon qui les lui avoit données. Le Roi commença à l'aimer et à s'en amuser dans ses temps de délassement; elle avoit toujours quelque chose de joli à lui dire qui le divertissoit. » Cependant madame de Maintenon pensait, dans l'intérêt de l'enfant, à la faire adopter soit par la duchesse de Bourgogne, soit par la duchesse d'Estrées qui n'avait point d'enfants. « Celle-ci paraissoit en avoir envie, mais par civilité ou autrement, elle la déféroit à madame la duchesse de Bourgogne qui, par un retour de politesse et peut-être aussi parce qu'elle ne vouloit pas s'en charger, la déféroit de même à madame d'Estrées. » Pour départager ces deux bienfaitrices un peu tièdes, madame de Maintenon eut alors une idée singulière. Ce fut de faire de la petite Jeannette l'enjeu d'une partie à laquelle elle mettrait elle-même. Le sort la favorisa; elle gagna la partie, et l'enfant, dont la destinée morale avait ainsi dépendu d'un coup de dés (car il est probable que ni la duchesse de Bourgogne ni la duchesse d'Estrées n'auraient veillé avec beaucoup de soin sur elle), demeura à la Cour sous la protection de madame de Maintenon

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et sous la surveillance spéciale de mademoiselle d'An maie. Dans les lettres de cette dernière, nous la voyons, en effet, constamment apparaître, désignée tantôt sous son prénom de Jeannette, tantôt sous le sobriquet de la Chèvre. Lavallée a même publié une très jolie lettre d'elle qu'elle signe ainsi et qu'elle écrit, dit-elle, « sans transparent et sans bonne, dans la chambre de mademoiselle d'Aumale qui la brouille en jouant du clavecin ». Elle avait mérité ce nom par sa pétulance qui n'excluait cependant pas la finesse. « Devenue plus grandelette, dit Saint-Simon, elle devint plus amusante et plus jolie, et montra de l'esprit et de la grâce avec une familiarité discrète et avisée qui n'importunoit jamais. Elle parloit au Roi de tout, lui faisoit des questions et des plaisanteries, le tirailloit quand elle le voyoit de bonne humeur, et jouoit même avec ses papiers quand il travailloit, mais tout cela toujours avec jugement et mesure. »

D'instinct ou d'imitation, Jeannette en usait avec le Roi comme avait coutume de faire la duchesse de Bourgogne. De là, suivant Saint- Simon, jalousie de cette dernière et surtout de madame deMaintenon. C'est ici que ses inventions commencent. Pour se débarrasser de cette riva-

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lité naissante, madame de Maintenon aurait voulu marier Jeannette; mais le Roi trouvait toujours à redire soit à un parti, soit à un autre. Elle l'amena cependant à consentir au mariage de la Chèvre avec un jeune officier de vingt-deux ans, M. d'Auxy, qui était fils d'une belle veuve, madame de Villefort, autre protégée de madame de Maintenon, et qu'on fit venir tout exprès de son régiment, non sans lui assurer de sérieux avantages. Mais « tout conclu, le Roi lui déclara bien sérieusement qu'il n'agréoit le mariage qu'à condition que Jeannette demeureroit chez elle, après le mariage tout comme elle y étcit devant ». Madame de Maintenon se serait soumise et aurait conservé auprès d'elle cette jeune rivale vis-à-vis de laquelle elle se serait dépouillée de tous les sentiments d'affection qu'elle lui avait témoignés jusque-là . « Groiroit-on, ajoute Saint-Simon , qu'un an après son mariage, Jeannette devint la seule ressource des moments oisifs de leur particulier, jusqu'à la fin de la vie du Roi. »

Qu'y a-t-il de vrai dans cette histoire? Ceci seulement que le jeune d'Auxy, satisfait du gouvernement de Guérande et de la promesse du premier régiment d'infanterie, paraît avoir été en effet un mari un peu nominal. Une fois le mariage

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conclu et bien conclu, car les mariés couchèrent chez madame de Villefort, où la duchesse de Bourgogne donna la chemise à Jeannette, rien ne paraît changé dans l'existence de la jeune mariée qui n'était âgée, il est vrai, que de quatorze ans. Du mari, il n'est plus question. Elle continue à coucher dans la chambre de mademoiselle d'Aumale, qui se plaint même que les ronflements de sa compagne l'empêchent de dormir. Elle demeure toujours aussi pétulante. Est-elle, par faveur singulière, autorisée à pêcher dans une île réservée, elle ne prend rien parce qu'elle ne peut pas se tenir tranquille, tandis que mademoiselle d'Aumale qui, par rejaillissement de sa faveur, est autorisée à pêcher avec elle, prend jusqu'à deux perches. Vont-elles se promener ensemble dans la forêt, mademoiselle d'Aumale s'assoit sur un rocher pour lire, tandis que madame d'Auxy s'amuse à cueillir du genièvre pour sa bonne. Mais rien non plus ne paraît changé dans les sentiments qu'elle porte à maman, comme elle appelait gentiment madame de Maintenon, et, pas davantage dans les sentiments que madame de Maintenon lui portait. Dans ses lettres elle parle de Jeannette avec une tendresse toujours égale. Jeannette a-t-elle été malade, elle

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l'envoie en convalescence à Fontainebleau, dans une petite maison où parfois elle-même aimait à se retirer, et charge mademoiselle d'Aumale de veiller sur elle. Les enfantillages auxquels la jeune mariée continuait à se complaire trouvent chez elle la même indulgence. « Madame d'Auxy est hors d'elle quand elle a un habit neuf, écritelle à la maîtresse générale des classes de Saint- Gyr. Elle me consulte sur l'assortiment. J'y entre et lui donne mes avis en lui disant que cette joie et le goût des ajustements sont de son âge, qu'il faut que la jeunesse se passe, et que j'espère qu'elle viendra plus tôt qu'une autre à des inclinations plus solides. Je crois, ajoute-t-elle avec une sagace indulgence, que cette condescendance porte plus au bien qu'une sévérité en tout qui ne sert qu'à rebuter et à rendre dissimulée i. »

Fidèle au rôle qui lui avait été assigné, madame d'Auxy continuait d'aider madame de Maintenon à distraire le Roi. Nous avons vu qu'elle chantait et jouait devant lui avec mademoiselle d'Aumale. N'était-ce pas tout ce que madame de Maintenon lui demandait : entretenir un peu de mouvement et de gaieté autour d'un

1. Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique, par M. Geflïoy, t. II p. 327.

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vieillard qu'elle craignait de voir devenir morose. Jeannette s'acquittait de ce rôle à merveille, sans chercher jamais à abuser de sa faveur, et si M. d'Auxy était revenu de Guérande pour faire valoir ses droits de mari et emmener sa femme, il est infiniment probable, malgré les dires de Saint-Simon, qu'il aurait été aussi mal reçu de madame de Maintenon que du Roi l.

Mademoiselle d'Aumale ne rendait pas seulement à Louis XIV le service de le divertir en faisant de la musique ou en entretenant autour de lui un mouvement de jeunesse. Elle aurait encore, au témoignage des Dames de Saint-Cyr, gagné sa confiance, à ce point qu'il se servait d'elle comme secrétaire. Louis XIV, on le sait, n'écrivait presque jamais de sa main, sauf aux têtes couronnées ou aux personnes de sa famille. Il signait même rarement, et ce majestueux LOUIS qui s'allonge au bas de tant de dépèches ou de lettres n'est presque jamais de sa main. Mais comme il avait souvent à écrire ou plutôt à dicter, il lui fallait toujours à portée quelqu'un à qui il pût se fier. Parfois il s'était servi de made-

1. On ne sait pas exactement ce que devint madame d'Auxy après la mort du Roi. Dangeau nous dit seulement en 1719 qu'elle a la petite vérole et il ajoute : « C'est dommage, car elle est une des plus jolies femmes du royaume. »

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moiselle de Normanville, alors qu'elle était auprès de madame de Maintenon et avant qu'elle fût devenue la présidente de Chailly. Mademoiselle d'Aumale eut le même honneur, et, à en croire les dames de Saint-Cyr, « comme elle écrivoit très bien, il s'en servoit pour des choses qu'il ne vouloit pas confier à des secrétaires. Il conversoit souvent très familièrement avec elle, ajoutent les Mémoires, et enfin la distinguoit fort » . Mademoiselle d'Aumale aurait pu facilement faire servir cette faveur à sa fortune. Elle ne le voulut pas. Il n'y a pas lieu de s'arrêter à ce que raconte à ce sujet, quelques années plus tard, la méchante Madame (la Palatine s'entend). « La maréchale de Schomberg, dit-elle en 1719 dans une de ses lettres, avait une nièce qui s'appelait mademoiselle d'Aumale. Ses parents la mirent à Saint-Cyr du temps du Roi. Cette créature est laide, mais elle a beaucoup d'esprit. Elle chercha à susciter une querelle et à la faire entrer dans un couvent. Mais le Roi ne voulut le souffrir et il fallut que la vieille la laissât revenir1. » C'est juste le contraire qui est vrai. A plusieurs reprises le Roi voulut contribuer à son mariage, comme

i. Correspondance de Madame, édition Brunet, t. II, p. "78.

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il avait fait pour mesdemoiselles de Normanville et d'Osmond. Ce fut mademoiselle d'Aumale qui, par attachement pour madame de Maintenon, ne le voulut pas et préféra rester auprès d'elle. La duchesse de Bourgogne elle-même s'en mêla, comme le raconte fort agréablement mademoiselle d'Aumale. Laissons-la parler : « Madame la duchesse de Bourgogne avoit affaire dans ma chambre; j'eus un bel entretien avec elle; elle me vouloit persuader de me marier, me disant que pour elle, elle aimoit faire une fin, comme les laquais, et que j'en devois faire une; mais voyant que je ne me souciois pas de ressembler là-dessus aux laquais, elle trouva que je prenois le bon parti. » Mademoiselle d'Aumale avoit vingtcinq ans quand elle prenait ce bon parti, et elle s'y tint jusqu'à la fin.

Si mademoiselle d'Aumale avait pris le parti contraire et si, imitant celles qui l'avaient précédée dans la confiance de madame de Maintenon, elle avait convolé en de justes noces, elle aurait laissé sa protectrice dans un singulier embarras, car celle-ci l'employait aux usages les plus

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divers. « Madame de Maintenon, disent encore nos Dames de Saint-Cyr, la trouvoit si propre à tout qu'elle l'employait à mille choses, et elle lui fut d'un grand soulagement. » A un certain moment nous la voyons, sans qu'on puisse trop savoir pourquoi, tenir pour le compte de madame de Maintenon une sorte de basse-cour à Fontainebleau, et elle prend son nouveau métier fort gaiement : « Il me semble, écrit-elle, que je chante tout le jour, que je brode toujours, que je ris toujours et que je suis tout le jour à la bassecour1. » Un de ses canetons a-t-il été écrasé : elle en achète trois pour que Madame n'ait pas le déplaisir d'une si prompte ruine. Elle est toute joyeuse d'avoir vendu un cochon à madame d'O, dame d'honneur de la duchesse de Bourgogne, et elle se lamente de ce que le berger a maladroitement coupé les deux oreilles à un agneau. Mais madame de Maintenon employait habituellement l'inépuisable activité de sa jeune secrétaire à des emplois plus relevés. Elle en avait fait son bras droit dans la dispensation de ses charités.

Les charités de Madame tiennent une grande place dans les Mémoires de mademoiselle

i. Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 372.

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d'Aumale. On y verra combien elles étaient abondantes et judicieuses. Déjà par les lettres de mademoiselle d'Aumale que Lavallée a publiées et par quelques-unes de madame de Maintenon ellemême, nous connaissions celles qu'elle exerçait pendant le séjour annuel de la cour à Fontainebleau. Madame de Maintenon n'aimait pas ces séjours, et si résignée qu'elle fût à suivre le Roi partout, elle se plaignait parfois de leur longueur. « Il faut être ici, écrivait-elle avec quelque amertume, sans volonté et sans autre goût que celui du maître. Cependant le mien ne me porte pas à courir le cerf1. » C'est qu'à Fontainebleau elle se trouvait trop éloignée de Saint-Cyr. Cependant elle jouissait d'une plus grande liberté qu'à Versailles. Elle pouvait disposer de son temps pendant les longues heures que le Roi passait à la chasse à courre, qu'il suivit jusqu'à la fin de sa vie dans un petit soufflet à deux places et à quatre chevaux conduit par lui-même, la duchesse de Bourgogne à ses côtés. Elle s'était fait meubler dans la ville de Fontainebleau une petite maison qu'elle appelait : Mon Repos. Mais le repos ne lui convenait guère, car elle demeura active jusqu'à

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