Lettres historiques et édifiantes, t. II, p
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la fin, Aussi ne tardait-elle pas à trouver un emploi de son temps dans le petit village d'Avon. Avon avait été longtemps la paroisse du palais royal de Fontainebleau. Dans sa vieille église, sombre et humide, se voient encore les pierres tombales d'anciens sénéchaux de la Cour, et celle de l'infortuné Monaldeschi. Madame de Maintenon fréquentait cette église, et y allait assez volontiers aux vêpres ou au salut. Il y avait aussi aux Basses-Loges un prieuré des Carmes autrefois visité par Louis XIII, où elle se rendait parfois pour entendre la messe de bonne heure. Mais madame de Maintenon, quoique pieuse, n'était pas dévote, et ne dépensait pas en oraisons la meilleure part de ses heures. La population d'Avon était alors assez misérable. Elle se proposa d'y faire quelque bien, et pour l'accomplissement de ce dessein se fit aider par mademoiselle d'Aumale. Elle entreprit d'abord d'y créer une Charité, nous dirions aujourd'hui un bureau de bienfaisance. De cette Charité mademoiselle d'Aumale tenait les comptes. Mais il n'était pas toujours facile d'en rassembler les membres. Le procureur, nous dirions aujourd'hui le secrétaire, était couvreur et il fallait souvent aller le chercher sur le haut d'un toit. Quant aux principales
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officières, peu s'en fallait qu'elles-mêmes ne fussent à l'aumône. Cependant la Charité distribuait force vêtements et potages. La reconnaissance que lui témoignaient les bonnes femmes du village qu'elle faisait venir chez elle, la joie avec laquelle elles saluaient son retour annuel à Fontainebleau, lui faisaient plaisir et la dédommageaient des injures, accusations, calomnies qu'elles avaient répandues contre elle. Mademoiselle d'Aumale avait sa part de cette reconnaissance, et quand elle passait en carrosse dans les champs, les petits garçons et les petites filles criaient de loin : « Vive mademoiselle d'Aumale! » En vieille fille qu'elle était (vieille fille pour les idées du temps, car elle n'avait pas trente ans) elle s'intéressait aux aventures de cœur des filles du village. Il y avait une certaine Françoise Payen dont les intrigues d'amour (c'est l'expression dont elle se sert) l'intéressaient beaucoup, et madame de Maintenon elle-même les favorisait. Françoise voulait contracter un mariage qui ne plaisait point à ses parents. Elle se plaignait de a ne pas voir son prétendu à moitié son soûl ». Madame de Maintenon s'efforçait alors de la déterminer à épouser un certain Fiacre. Françoise y consentait d'abord, puis elle ne voulait plus.
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« Son cœur est pris depuis longtemps, écrivait madame de Maintenon à une religieuse de Saint- Gyr, et cette sagesse qui paraît dans toute sa personne est une passion sérieuse qui l'occupe. Ce sont là présentement mes peines. » Nous ne savons comment finit l'aventure de Françoise, mais nous voyons qu'après s'être occupée ainsi, à plusieurs reprises, d'établir des jeunes filles d'Avon, madame de Maintenon finit par éprouver quelques déboires. « Je découvre de grandes intrigues, écrit-elle, et je me vois la dupe des filles du village; mais jusqu'ici je ne vois que des passions trop fortes, sans aucun vice. » On devine que, dans sa pensée, elle compare ce monde du village au monde de la Cour où elle voit moins de passions et plus de vices.
L'activité de madame de Maintenon et celle de mademoiselle d'Aumale trouvaient encore un autre aliment à Avon. C'était dans l'instruction des enfants. Il y avait bien une école à Avon, bien que ce fût un assez pauvre village, car l'instruction populaire était, sous l'ancien régime, beaucoup plus répandue qu'on ne se plaît aujourd'hui à le dire. Il y avait même un magister appelé Mathurin Roch qui causa quelque ennui à madame de Maintenon. « Il ne peut, écrivait-elle plaisam-
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ment, s'accoutumer à mon ignorance, ni moi à son savoir. » Aussi se consacrait-elle surtout à l'enseignement des petites filles. Ce fut d'abord sa distraction pendant les longs séjours de Fontainebleau. Ce fut ensuite sa consolation pendant ces années calamiteuses de 1708, 1709, 1711, marquées par des désastres auxquels on a accusé madame de Maintenon d'être insensible et qui l'émouvaient au contraire profondément. « Il n'y a qu'Avon qui puisse la distraire de la tristesse où elle est », écrivait mademoiselle d'Aumale, et dans une autre lettre : « J'allois mourir si sa tristesse avoit continué. » Quand madame de Maintenon enseignait le catéchisme aux petites filles d'Avon, elle semblait transfigurée. Sur sa physionomie, devenue avec les années un peu triste, se lisait une grande joie. Elle passait quelquefois trois heures de suite à l'école d'Avon, « ne se rebutant point du peu de compréhension de ces petites paysannes qui lui faisoient dire plus de vingt fois la même chose ». Pour lui plaire, tout le monde s'y mettait, la jolie marquise de Dangeau, Gholet, un des laquais de madame de Maintenon, et jusqu'à un laquais de madame de Dangeau. Mais à cette besogne comme à toutes les autres, la plus ardente était mademoiselle
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d'Aumale. « Dieu sait le goût que j'ai pour le catéchisme, écrit-elle. Je ne parle d'autre chose ici... Mademoiselle de Breuillac paroît en extase, quand je parle. On le seroit à moins, n'est-il pas vrai. Peu s'en faut que je ne le sois moi-même. » Cependant elle n'entretenait pas d'illusions sur l'efficacité des leçons qu'elle donnait, car elle ajoute assez drôlement : « Toutes nos écolières aiment mieux une belle robe que la grâce de Dieu. Après qu'on a eu parlé ce matin à une pendant une heure, voilà tout ce qu'elle avoit retenu. Qu'est-ce que Dieu? Réponse : Oui. » Madame de Maintenon elle-même finit par se rebuter, et s'aperçut que ses amies d'Avon, comme elle les appelait, l'exploitaient un peu. « L'instruction ne va pas trop bien, écrivait-elle, et mes potages vont vite. On va les retrancher pour quelque temps. » Si elle eût été ce jour-là, comme cela lui arrivait souvent, en humeur de philosopher, elle aurait pu ajouter ce qu'elle disait ou écrivait souvent : « Qu'on a de dégoûts en tout! »
Par tout ce qui précède, on a pu voir combien étroits et multiples étaient les liens qui unissaient
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l'existence de mademoiselle d'Aumale à celle de madame de Maintenon. « Les emplois d'une brodeuse, d'une comédienne, d'une secrétaire de Madame, d'une fermière et intendante des écoles et des aumônes, tout cela, ma mère, me fait retrancher au pur nécessaire », écrivait mademoiselle d'Aumale à une religieuse de Saint-Cyr , en s'excusant de la brièveté de ses lettres, et c'était vrai. Elle s'acquitta jusqu'à la fin de ces divers emplois, de plus en plus dévouée à madame de Maintenon. « L'attachement que j'ai pour elle augmente tous les jours, écrivait-elle à madame de Glapion : j'en serai plus malheureuse. Je crois être assez bien avec elle : je l'amuse quand je puis : je n'ai de joie et de tristesse que quand elle en a. » Et comme, avec elle, la bonne humeur ne perd jamais ses droits, elle ajoute : « Voilà l'état de votre petite cane. » Elle plaisantait ainsi en 1712, c'est-à-dire bien près de la fin du règne. Un des morceaux les moins intéressants de ses Mémoires ne sera pas certain récit de la mort de Louis XIV à laquelle elle assista, couchant tous les jours dans la chambre que le Roi avait fait accommoder pour madame de Maintenon à côté