MADAME DE MA1NTENON
Par plusieurs Mémoires, j'ai appris que Françoise d'Aubigné étoit petite-fille de Théodore-Agrippa d'Aubigné1, gouverneur de Maillezais, et vice-amiral de Guyenne, connu d'ailleurs par ses écrits et par sou zèle pour la religion protestante, dans laquelle il avoit été nourri, dans la maison de Jeanne d'Albret2,
1. Théodore-Agrippa d'Aubigné, né en Saintonge, à Saint- Maury, près Pons, ie 8 'février 1550, mort à Genève le 29 avril 1630. Il avait épousé en premières noces Suzanne de Lezay, qui mourut en 1596, et en secondes noces Renée Burlamachi, veuve de César Balbani.
2. Jeanne d'Albret, mariée à Moulins le 20 octobre 1548 à Antoine de Bourbon, roi de Navarre, morte à Paris le 9 juin 1512 à l'âge de quarante-quatre ans. Il n'est pas exact qu'Agrippa d'Aubigné ait été nourri dans la maison de Jeanne d'Albret. Son père, Jean d'Aubigné, était bien chancelier du roi de Navarre, mais sa naissance ayant coûté la vie à sa mère et son père s'étant remarié peu de temps après, il fut éloigné de la maison paternelle par la jalousie de sa bellemère et mena une vie d'aventures jusqu'au moment où, en 1573, c'est-à-dire un an après la Saint-Barthélémy, il fut attaché en qualité d'écuyer à la personne du roi de Navarre. (Voir la notice de M. Ludovic Lalanne, en tête des Mémoires d'Agrippa d'Aubigné, première édition, pp. 17 et suiv.1.
reine de Navarre; mais il fut encore plus recommandable par une sincérité, peu propre auprès des grands, et qu'il appelle lui-même, dans un manuscrit de sa main : une rude probité. Ce Théodore-Agrippa d'Aubigné eut l'honneur de suivre Henri IV dans toutes les guerres qu'il eut à soutenir; mais il se retira après la conversion de ce prince, dans sa petite maison de Murçay1. Son zèle pour la Religion et son attachement pour son maître lui firent tenir un discours, après l'assassinat de Jean Chatel2, que les protestants ont bien relevé depuis, et qui lui a fait un grand honneur dans le parti : « Vous n'avez, dit-il à Henri IV, renoncé Jésus-Christ que de bouche; mais, quand vous l'aurez renoncé de cœur, vous serez frappé au cœur! »
11 s'occupa, dans sa retraite, à écrire Y Histoire universelle de son temps, et il appelle Henri IV, dans la préface de ce livre : Le conquérant du sien, louange qui renferme, en peu de mots, la
1. Le petit château de Murçay, qui existe encore, bien qu'un peu délabré, est situé sur la paroisse d'Echiré, à 1 kilomètres de Niort. 11 n'appartenait pas en propre à Agrippa d'Aubigné mais à sa femme Suzanne de Lezay. Ce château, où nous retrouverons tout à l'heure madame de Maintenon, était arrivé dans la famille de Lezay par les Vivonne. — Voir une intéressante étude sur Françoise d'Aubigné publiée par M. Henri Gelin dans la bibliothèque du Mercure Poitevin.
2. Jean Chatel fut exécuté le 29 décembre 1594, à peine âgé de dix-neuf ans. Il n'avait atteint Henri IV qu'à la lèvre.
justice de sa cause et toute la gloire des autres conquérants.
Je m'étends un peu sur Agrippa d'Aubigné, parce que, lisant devant madame de Maintenon l'Histoire universelle d'Agrippa d'Aubigné1, je remarquai le plaisir qu'elle prenoit d'entendre des traits de son grand-père. Je les recueillis comme ils suivent, de même que j'en apprenois, ou qu'elle-même m'en racontoit \
Henri IV lui dit un jour : « Vous devriez écrire
1. La première édition de l'ouvrage dont parle ici mademoiselle d'Aumale avait paru sous ce titre : Histoire universelle depuis Van 1550 jusqu'à Van 1601, 1616-1618, 1 vol. in-folio. Une seconde édition en 3 volumes parut en 1626. La préface en a été reproduite par M. Ludovic Lalanne dans son édition des Mémoires d'Agrippa d'Aubigné, p. 157. Ces Mémoires ont paru pour la première fois en 1729 sous le titre d'Histoire secrète, et réunis au Baron de Fœneste dans un recueil édité par Le Duchat (Cologne, chez Pierre Marteau, 2 vol. in-12). L'impression en avait été commencée après la paix de Ryswick, mais madame de Maintenon avait réussi à la faire arrêter. Elle possédait une copie exacte de ces Mémoires dont le texte a été altéré dans l'édition de 1729. C'est d'après cette copie, qui se trouvait à la Bibliothèque du Louvre, que M. Ludovic Lalanne a pu en rétablir le texte exact. Dans ses lettres à son frère madame de Maintenon parle à plusieurs reprises de ces Mémoires.
2. A la fin de sa vie, madame de Maintenon n'admirait pas l'ouvrage de son grand-père autant que le dit mademoiselle d'Aumale. En mars 1716, elle écrivait à madame du Pérou, supérieure de Saint-Cyr : « Dites, je vous prie, ma chère fille, à mademoiselle de la Fosse de ne pas faire venir le livre dont elle vous a parlé. En m'éclaircissant avec elle j'ai trouvé que c'est l'Histoire universelle de mon grand-père, qui est à la vérité fort rare, mais peu estimée par la passion qui règne partout pour le huguenotisme qui le prévient en bien des endroits; c'est un grand in-folio dont je n'ai que faire. » {Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 441.)
mon histoire. — Sire, lui répondit Théodore-Àgrippa d'Aubigné, faites, et puis j'écrirai. »
Pendant qu'on traitoit du mariage de la sœur de Henri IV1 avec plusieurs princes, qui la demandoient, et à qui il la promettoit : « Le Roi clant couché, et Messieurs d'Aubigné et de Fontenay2 ayant l'honneur d'être dans la chambre du Roi, couchés dans le même lit, ils s'enlretenoient tout bas de ce mariage, et monsieur de Fontenay, voulant faire répéter ù monsieur d'Aubigné quelque chose, qu'il n'avoit pas entendu, le Roi lui cria : « Sourd que tu es, est-ce que tu n'entends pas qu'il dit que je me veux faire plusieurs gendres de ma sœur. » Monsieur d'Aubigné répondit : « Dormez, dormez, Sire; nous en avons bien d'autres à dire sur votre compte. »
Ces paroles marquent une grande familiarité avec le prince; sa fortune n'y répondit pas.
J'ai trouvé la préface de son Histoire universelle si belle, que j'en vais mettre ici quelques endroits. « Je commencerai, dit-il, mon ouvrage à la naissance d'Henri IV, justement surnommé : le Grand. Il n'est dédié à aucun qu'à la postérité ; mon dessein
1. Catherine de Bourbon, princesse de Navarre, née à Paris le 7 février 1558, fut mariée le 30 janvier 1599 à Henri de Lorraine, duc de Bar. Elle mourut à Nancy le 13 février 1604.
2. D'Aubigné raconte ce trait au tome III, liv. III, chap. \xi de son Histoire universelle. Mais il nomme Frontenac et non pas Fontenay.
s'étend aulant que ma vie et mon pouvoir. Je ne m'excuserai point par crainte ni par espérance, plus pour l'empêcher à châtier l'excès de ma liberté, qu'à me guérir du flatteur. Nourri aux pieds de mon Roi, desquels je faisois mon chevet, en toutes les saisons de ses travaux; quelque temps élevé en son sein et sans compagnon en privautés, et lors plein des franchises et sévérités de mon visage; quelquefois éloigné de sa faveur et de sa Cour, et lors si ferme en mes fidélités que, même au temps de ma disgrâce, il m'a fié ses plus dangereux secrets. J'ai reçu de lui autant de bien qu'il m'en falloit pour durer et non pour m'élever, et quand je me suis vu croisé par mes inférieurs et par ceux mêmes qui, sous mon nom, étoient entrés en son service, je me suis payé en disant : « Eux et moi avons bien servi, eux à la fantaisie du maître, et moi à la mienne, qui me sert de contentement. » J'ai eu quelque avantage naturel à mon entreprise, n'ayant pris les armes qu'un an avant qu'elles fussent permises à mon Roi; parvenu par les petites charges aux subalternes, quand il a eu les souveraines, et même administré celles qu'on mit à la place de jeux aux batailles, grands combats et sièges de remarque, honoré de lui entre trois ou quatre pour l'accompagner aux placements des armées , aux reconnoissanccs ou aux
piquets des tranchées, au temps de son repos admis à ses conseils, dépêché aux plus chatouilleuses négociations. Si quelqu'un sent ces discours à la vanterie, je le prie de considérer que mon livre veut aller au chevet des rois, et je lui donne ses plus beaux habits de peur que l'huissier ne lui ferme la porte, etc. »
Après la mort de Henri IV, monsieur d'Aubigné cessa son histoire en disant : « Je n'ai plus d'haleine pour faire aucun article des succès de cette mort; la plume me tombe des mains. »
Il fit cette épitaphe :
Henri le Grand, si grand que la paix ni la guerre Ne lui ont fait souffrir maître ni compagnons, Trouve repos au ciel qu'il n'eut point en la terre; Guerrier sans peur, vainqueur sans fiel, roi sans mignons.
Théodore-Agrippa d'Aubigné épousa Suzanne de Lezay ' de la maison de Lusignan, dont il eut un fils nommé Constant d'Aubigné 2 père de madame de
1. Dans une lettre du 10 mars 1718 madame de Maintenon écrivait à madame de Caylus : « Elle (la supérieure de Saint- Cyr) a envoyé chercher les preuves de mon frère qui sont brillantes comme le soleil, mais que je regarde comme un ouvrage de flatterie faite pour une personne en faveur.... J'en ai tiré la date du contrat de mon grand-père... » et, après avoir copié ce contrat, elle ajoute : « Jamais je n'ai eu tant de peine sur ma noblesse que je viens d'en avoir en copiant tout ceci. » (Collection Morrisson, cat., t. IV, p. 106.)
2. Constant d'Aubigné, né en 1585, mort à Orange le 31 août 1647.
Maintenon, deux filles dont une épousa monsieur de Villette1, grand-père de madame de Caylus \ Vautre monsieur de Caumont Dade 3. Voila quel étoit le grand-père de madame de Maintenon. Venons à son père qui est Constant d'Aubigné.
Constant d'Aubigné fut malheureux et mérita ses malheurs par sa conduite. Il épousa en premières noces madame de Nuaillé qui étoit veuve d'un homme de ce nom. On ne sait pas le sien4. Les Nuaillé sont gens de condition de la province d'Aunis; il y en a encore aujourd'hui qui possèdent la terre de Nuaillé et qui sont riches. Monsieur d'Aubigné fut accusé de la mort de cette première femme et de celle d'un homme dont on prétendoit qu'il étoit jaloux avec raison 5. Il n'eut point d'enfant de cette femme. Ses
i. Louise-Arthémise d'Aubigné, née en 1585, morte le 24 janvier 1663, avait épousé, le 22 octobre 1610, Benjamin le Valois, sieur de Villette, qui mourut le 3 août 1661, âgé de soixantedix-neuf ans. . ,
2. Marthe-Marguerite-Hipolite le Valois de Villette, baptisée à Niort le 19 avril 1671, morte le 15 avril 1729. Elle avait épousé, le 8 mars 1686, dans la chapelle de Versailles, Jean-Aimé de Tubières, comte de Caylus, mort à Bruxelles en 1709.
3. Marie d'Aubigné épousa, en 1613, Josué de Caumont, sieur d'Adde ou Dadou. Elle mourut en 1650.
4. Elle s'appelait Anne Marchant. Elle était veuve non pas d'un M. de Nuaillé, mais de Jean Couraut, baron de Chatellaillon, et avait épousé le 30 septembre 1608 Constant d'Aubigné.
5. Voici en quels termes Anne de Rohan raconte l'histoire dans une lettre à la duchesse de la Trémoïlle datée du 23 février 1619 : « La belle-fille de M. d'Aubigny a fait un voyage en l'autre monde par le moyen de son mari qui l'a tuée, l'ayant trouvée avec le fils d'un avocat qu'il tua de
parents le poursuivirent criminellement et l'obligèrent de sortir du royaume. 11 acheta un établissement à la Martinique, et après avoir rétabli ses affaires domestiques, et croyant la première affaire assoupie il revint en France, mais on lui en suscita de nouvelles par le commerce qu'il avoit eu avec les Anglois dont on lui fit un crime d'État. J'ai lu l'article sur la mort de sa première femme dans un écrit de la main d' Agrippa d'Aubigné qui fut prêté à madame de Maintenon par mademoiselle de Sainte-Hermine de Chénon ! qui ne voulut pas lui laisser ce manuscrit. Constant d'Aubigné fut donc mis en prison à son retour en France, au Château-Trompette. Monsieur le duc d'Épernon2 étoit en ce temps le gouverneur de Guyenne, et les gouverneurs de cette province disposoient alors du Château-Trompette et de quelques autres gouvernements dépendants du leur; mais on n'appeloit pas gouverneurs ceux qui les commandoient, on disoit seulement : Capitaine du
trente coups de poignard et sa femme de sept, après l'avoir fait prier Dieu ». Ce jeune homme s'appelait Levesque, sieur de Lalaisse.
1. Madame de Maintenon était alliée aux Sainte-Hermine de la Laigne par le mariage de sa cousine germaine Madeleine de Villette, née en 1621, qui épousa le 4 septembre 1649 Elie de Sainte-Hermine, seigneur de la Laigne. Mais nous n'avons pu découvrir qui est cette demoiselle de Sainle-Hermine de Cliénon, dont parle mademoiselle d'Aumale.
2. Jean-Louis de Nogaret, duc d'Épernon, né en 1534, mort le 13 janvier 1642.
MÉMOIRE SUR MADAME DE MAINTENON. il
Château-Trompette. Monsieur le duc d'Épernon avoit donné ce poste à un de ses parents nommé Cardillac \ homme de condition. La tille 2 de ce Cardillac prit du goût pour monsieur d'Aubigné. Elle étoit catholique, et a toujours été depuis une femme d'esprit et de mérite, mais la médisance veut qu'elle soit devenue grosse du prisonnier de son père 3 avant de l'avoir épousé. Quoi qu'il en soit, Constant d'Aubigné épousa mademoiselle de Cardillac, et tous deux demeurèrent à Bordeaux, c'est-à-dire au Château-Trompette tant que Monsieur le duc d'Épernon et Monsieur de Cardillac y commandèrent.
Madame d'Aubigné suivoit son mari partout pour le consoler, le servir, et lui tenir compagnie \ quoi qu'elle eût beaucoup à souffrir de lui. Cela étoit si
1. Pierre de Cardillac, seigneur de Lane, lieutenant du duc d'Épernon au Château-Trompette, avait épousé Louise de Montai embert.
•2. Jeanne de Cardillac épousa à l'âge de seize ans Constant d'Aubigné. Le mariage eut lieu le 27 décembre 1G27. Elle mourut en Poitou en 1650.
3. De là vient le faux bruit parmi bien des personnes que madame de Maintenon étoit fille d'une geôlière. {Sote de mademoiselle d'Aumale.)
4. 11 n'est pas exact que la femme de Constant d'Aubigné ait suivi partout son mari. Au contraire, la nécessité de surveiller de près certains procès avec les autres héritiers d'Agrippa d'Aubigné l'appelaient souvent à Paris. Elle y séjourna entre autre de 1637 à 1G42, et ses relations avec son mari se bornaient à l'échange de quelques lettres relatives à leurs affaires judiciaires. (Voir : La famille d'Aubigné et l'enfance de mademoiselle de Maintenon par Lavallée, pp. 55 et suiv.J
connu que, demandant un jour sa grâce à Monsieur le cardinal de Richelieu \ parce qu'il étoit accusé d'avoir fait de la fausse monnoie, il lui répondit : « Vous seriez bien heureuse si je vous refusois ». C'est madame de Maintenon qui a conté elle-même ce trait2. Madame d'Aubigné demanda que la prison de son mari fût transférée de Bordeaux à Niort à cause des parents de son mari auprès desquels elle désira de retourner. Elle obtint cette grâce, et peu de temps après elle accoucha dans la Conciergerie de Niort 3 de Françoise d'Aubigné au mois de novembre
1. Armand-Jean du Plessis, cardinal duc de Richelieu, né le 9 septembre 1585, mort le 4 décembre 1642.
2. On sait par une lettre de madame d'Aubigné elle-même à sa belle-sœur madame de Villette, que les choses ne se passèrent point tout à fait ainsi. Pour obtenir une audience, elle s'était adressée au médecin de Richelieu, Citois, qui était originaire du Poitou. Richelieu aurait répondu : « Il ne faut point songer à sa liberté; pour sa transfération j'en parlerai au Roi. » Ce serait Citois qui aurait ajouté : « qu'on avait fait le prisonnier bien noir et qu'elle ne devait pas souhaiter ce qu'elle demandait. »
3. •< Celle qui devait approcher si près du trône de nos rois naquit dans les horreurs de la prison et de la pauvreté. » Ainsi s'exprime Languet de Gergy dans ses Mémoires sur madame de Maintenon. Il est cependant assez douteux que madame de Maintenon soit née dans la prison de Niort. Dans la petite brochure que nous avons citée M. Gelin donne des raisons assez plausibles de croire qu'elle serait née dans une des maisons située dans la cour du Palais, cour où donnait la Conciergerie. Il s'appuie en particulier sur cette phrase d'une lettre que madame d'Aubigné écrivait de Paris à sa belle-sœur quelques années plus tard : « Je ne comprends pas pourquoi vous croyez votre frère plus privé de moi étant où je suis que lorsque j'étais logée dans la cour du Palais. » Il paraît en effet peu vraisemblable que non seulement madame d'Aubigné
de l'an 1635, au moins on le croit par l'extrait baptistaire que monsieur révoque de Poitiers ' nous a envoyé à Saint-Cyr. Elle fut tenue sur les fonts le 28 novembre par François de la Rochefoucauld 2, fils de Benjamin de la Rochefoucauld 3, et sa marraine, demoiselle Suzanne de Beaudéan A, fille de haut et puissant seigneur Charles 'de Beaudéan, baron de Neuillan 5.
Madame de Villette, sœur de Constant d'Aubigné, prit soin des couches de sa belle-sœur, amena avec elle la petite qui venoit de naître avec ses deux frères 6 qu'elle éleva à Murçay dans la religion protes-
mais les deux enfants qu'elle avait déjà eussent été autorisés à demeurer avec Constant d'Aubigné dans la prison même. Voir la brochure citée pp. 4 et suiv.
1. L'évèque de Poitiers dont il est ici question s'appelait Jean Claude de la Poype de Vertrieux. Il fut nommé évêque de Poitiers le 15 août 1702. 11 était oncle d'une dame de Saint- Louis, Marie de la Poype de Vertrieux, qui fut supérieure de Saint-Cyr.
2. François de la Rochefoucauld, marquis d'Estissac, épousa en 1658 Françoise de Gelas de Voisins.
3. Benjamin de la Rochefoucauld, baron d'Estissac, avait épousé en 1623 Anne de Villoutreys.
4. Suzanne de Beaudéan de Neuillas, mariée le 20 février 1651 à Philippe de Montault Bénac, plus tard duc et maréchal de Navailles, fut dame d'honneur de Marie-Thérèse. Veuve en 1684, elle mourut à l'âge de soixante-quinze ans en 1700.
5. Charles de Beaudéan Parabère, comte de Neuillan, gouverneur de Niort, mort le 14 mars 1644. Françoise d'Aubigné eut ainsi pour marraine la propre fille du gouverneur de la ville où son père était en prison.
6. Le frère aîné, né en 1629, se nommait Constant comme son père. Il se noya en 1647 dans la petite rivière qui baignait le château. Une autre version dit qu'il fut tué en duel. Le second
li MEMOIRE SUR MADAME DE MAINTENON.
tante. Madame d'Aubigné avoit eu soin, avant l'arrivée de sa belle-sœur, de faire baptiser sa fille dans une église catholique. Madame de Villelte, ayant donné à sa belle-sœur tous les secours dont elle avoit besoin, s'en retourna à Murçay avec les enfants de sa belle-sœur. L'aîné y fut noyé malheureusement; les autres y furent élevés jusqu'à sept ou huit ans. On donna à Françoise d'Aubigné la même nourrice qu'avoit eue le père1 de madame de Caylus, mais d'un autre lait.
Madame d'Aubigné, étant rétablie de ses couches, fit un voyage à Paris et obtint la liberté de son mari avec lequel elle alla à la Martinique. Elle y mena ses enfants. On ne sait ce qu'ils y demeurèrent; on croit qu'ils y ont fait deux voyages ; Françoise d'Aubigné avoit environ neuf ou dix ans quand elle en revint.
J'ai ouï dire à madame de Maintenon que madame sa mère avoit eu jusqu'à vingt-quatre femmes de chambre à la Martinique.
Charles d'Aubigné, dit le comte d'Aubigné, baptisé le 3 juin 1634, seigneur de Surineau, successivement gouverneur de Belfort, d'Aigues-Mortes, de Cognac et de la province de Berry, mourut à Vichy le 22 mai 1703.
1. Philippe le Valois, seigneur de Villette, capitaine de vaisseau du Boi, épousa : 1° le 31 juillet 1662, Marie-Anne-Hipolite de Chàteauneuf; 2° Marie Deschamps de Marsilly, élève de Saint-Cyr. Il mourut le 25 décembre 1707. Sa veuve épousa en 1720 lord Bolingbroke et mourut en Angleterre le 15 mai 1750.
Madame de Maintenon n'aimoit pas à parler d'elle; cependant elle nous a raconté des petits traits de son enfance, et, comme tout m'est précieux de ce qui la regarde, je vais dire ceux qu'elle nous a racontés.
Constant d'Aubigné a été apparemment plusieurs fois au Château-Trompette, car elle se souvenoit bien d'y avoir joué avec la fille du geôlier qui étoit de son âge. Celle-ci avoit un ménage d'argent et madame de Maintenon n'en avoit pas; elle lui reprochoit qu'elle n'étoit pas si riche qu'elle : « Non, mais, répondit Françoise d'Aubigné, je suis demoiselle et vous ne l'êtes pas '. »
En allant à la Martinique, Françoise d'Aubigné fut si mal, qu'on la crut morte. On étoit prêt à la jeter dans la mer. Madame d'Aubigné sa mère, par un mouvement de tendresse naturelle, la vouloit voir pendant qu'on la jeloit; elle sentit quelque artère qui battoit encore et dit : « Ma fille n'est pas morte » ; ce qui la sauva. On doutoit si peu de sa mort, que le canon étoit prêt à tirer pour quand on la jetteroit à la mer.
Madame de Maintenon racontoit cela dans la suite. Un courtisan (monsieur l'évoque de Metz) - qui était
1. Ce ne peut pas être avec la fille du geôlier du Château- Trompette que Françoise d'Aubigné avait joué dans son enfance, car elle n'était pas née au moment où son père y était enfermé, et il n'y fut pas emprisonné de nouveau. C'est probablement avec celle du geôlier de la prison de Niort.