‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 28 sur 112 · Marie-Elisabeth-Françoise de Savoie-Nemours, fille de · texte numérisé non relu

Marie-Elisabeth-Françoise de Savoie-Nemours, fille de

inspirèrent un grand désir de la mener avec elle. Cette occasion paroissoit avantageuse pour elle, mais, d'un autre côté, il étoit bien triste de quitter son pays et de renoncer à une vie aussi douce qu'étoit la sienne. Les raisons qu'elle trouvoit pour et contre la tinrent quelque temps en balance, mais enfin son étoile l'emporta. Dieu la destinoit à autre chose; elle refusa les offres de la reine de Portugal.

Le maréchal d'Albret avoit deux parentes qui demeuroient avec madame sa femme, toutes deux aimables, mais de caractères différents. L'une étoit mademoiselle de Pons, depuis madame d'Heudicourt1, et l'autre mademoiselle deMartell2. Ces deux filles ne s'aimoient pas, et elles ne s'accordoient guère que sur le goût qu'elles avoient pour madame Scarron. Madame de Montespan 3 se joignit à cette société. Elle étoit aussi parente de madame d'Albret, et c'est là

Gharles-Amédée de Savoie, duc de Nemours et d'Aumale, née le 21 juin 1646, mariée le 25 juin 1666 à Alphonse VI, roi de Portugal. Elle fit casser son mariage et épousa son beau-frère Don Pèdre. Elle mourut le 27 décembre 1683.

1. Bonne de Pons, née en 1644, mariée en 1666 à Michel Sublet, marquis d'Heudicourt, morte à Versailles en 1709.

2. Judith de Martell, la dernière des cinq sœurs de Martell, dont l'aînée avait épousé le marquis de la Cropte de Beauvais et la seconde le marquis de Juigné, était cousine des deux sœurs de Pons. Elle abjura le protestantisme en 1660 et mourut le 23 juin 1689.

3. Françoise-Athénaïs de Rochechouart, née en 1641, mariée à Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, le 2S janvier 1663, morte le 27 mai 1707.

qu'elle connut madame Scarron; son esprit lui plut et le sien fit le même effet sur madame Scarron.

Madame de Chalais, depuis madame la princesse desUrsins1, faisoitde fréquentes visites à l'hôtel d'Albret. Madame de Maintenon a raconté que, dès ce temps, quoiqu'elle fût fort jeune, monsieur le maréchal et madame la maréchale d'Aibret et bien des personnes mettoient leur confiance en elle, lui disoient leurs secrets, et vouloient avoir ses conseils. Cela la retiroit souvent des plaisirs et de tous les amusements qui étoientdans l'hôtel d'Aibret avec toute la jeunesse, et « pendant, disoit-elle, que madame la princesse des Ursins, qui me l'a dit depuis, étoit jalouse de ce qu'on me choisissoit entre toute la compagnie pour me mener dans une ruelle parler d'affaires sérieuses, j'aurois bien voulu être à sa place, et pouvoir me divertir. Ainsi nous n'étions contentes ni l'une ni l'autre; mais j'étois pourtant flattée de l'opinion qu'on avoit de moi, et c'est ce qui me faisoit sacrifier mon plaisir. » Cet échantillon marque le caractère de ces deux femmes, qui depuis ont joué de si grands rôles; car il faut avouer que madame de Maintenon n'étoit pas née pour les affaires. La droiture de son cœur et

1. Anne-Marie de la Trémoïlle, fille du premier duc de Noirmoutiers, avait épousé : 1° en 1650, Adrien Biaise de Talleyrand, prince de Chalais; 2° en 1675, Flavio Ursini, duc de Bracciano. Elle mourut le 5 décembre 1722.

la justesse de son esprit l'éloignoient des intrigues, et lui en faisoient trop voir le faux pour ne les pas craindre. Voici de petits vers que j'ai retenus de madame de Maintenon, et qui se faisoient à l'hôtel d'Àlbret sur les personnes qui en faisoient la société pour s'amuser. On les comparoit quelquefois à des fleurs ou à des métiers. Madame de Maintenon en fit quelques-uns. Elle me parloit quelquefois de ces bagatelles, en revenant de Saint-Cyr à Versailles.

Page 1