‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 3 sur 112 · Conseils aux demoiselles, t. 1er, p · texte numérisé non relu

Conseils aux demoiselles, t. 1er, p

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Mademoiselle d'Osmond ainsi partie, il fallait à madame de Maintenon une autre secrétaire. Elle hésitait à en prendre une qui fût en titre. Après les avoir gardées quelque temps, elle se croyait obligée de les établir, et, comme la dot de trois mille livres que Saint-Cyr leur constituait ne paraissait pas toujours suffisante aux épouseurs, comme il fallait, pour la compléter, s'adresser au Roi, et qu'elle craignait de lui causer par cette fréquente importunité quelque impatience, elle hésitait fort. Les dames de Saint-Cyr triomphèrent de ces hésitations, ainsi qu'elles vont nous le raconter.

« Je reviens, dit une de celles qui tinrent successivement la plume en leur nom l, aux demoiselles qui se succédèrent les unes aux autres auprès de madame de Maintenon. Après le mariage de madame d'Havrincourt, elle ne vouloit plus prendre de nos demoiselles, trouvant que c'étoit une affaire d'avoir à les établir, et elle craignoit que le Roi, à qui cela ne laissoit pas d'être à charge, ne s'en

1. Les Mémoires des dames de Saint-Cyr sont en manuscrit à la bibliothèque du grand séminaire à Versailles. Us sont encore inédits. Il serait à souhaiter qu'on fit de ces Mémoires une publication complète avec notes à l'appui, car ils contiennent les renseignements les plus intéressants, non pas seulement sur madame de Maintenon et Saint-Cyr, mais sur l'histoire du xviie et du xvme siècle.

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lassât : cependant nous avions ici mademoiselle d'Aumale, qui avait bien du mérite et que nous désirions fort qui occupât cette place; d'autant plus que c'étoit une fille à ne chercher d'autre fortune que le bonheur de plaire à madame de Maintenon, de la soulager et de passer sa vie auprès d'elle; on lui parla tant des bonnes qualités de cette demoiselle, surtout notre mère de Fontaines, et toutes celles qui avoient été ses maîtresses, que madame de Maintenon se laissa persuader; elle ne fut pas lontemps sans s'apercevoir que nous lui avions fait un bon présent et nous en sut bon gré ! »

Disons tout de suite que mademoiselle d'Aumale était laide, d'une laideur sur laquelle elle plaisantait agréablement. « Quelque mauvoise opinion que j'aie de moi, disait-elle, je ne chaugerois pas la bonté de mon esprit avec un autre. Pour la beauté, j'en changerois avec tout le monde l. » Mais elle avait beaucoup d'esprit, de vivacité et une remarquable facilité pour apprendre toute chose.

« Elle est très intelligente sur tout, disait madame de Maintenon, et capable de toutes les choses

t. Lettres historiques et édifiantes, t. Il, p. 348.

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d'esprit et de celles qui sont les plus basses. Je lui ai fait apprendre la cuisine, et elle réussit aussi bien à faire du riz qu'à jouer du clavecin. » Elle était en particulier très bien douée pour la musique, chantait juste, et avait une jolie voix, qu'au dire des dames de Saint-Cyr elle conduisait agréablement. Nous verrons plus tard madame de Maintenon faire servir les talents musicaux de mademoiselle d'Aumale aux plaisirs du Roi. Mais pour ses débuts dans cette place de secrétaire, mademoiselle d'Aumale allait être employée à une fonction à laquelle il semblait que son âge (elle avait à peine vingt-deux ans) ne la rendît guère propre : le relèvement et la réforme d'une abbaye. C'est encore une des erreurs qui ont communément cours sur l'ancien régime de croire que toutes les abbayes étaient riches. Il y en avait de fort pauvres, soit qu'elles eussent été insuffisamment dotées à l'origine, soit que leurs biens eussent été mal administrés. Elles se voyaient alors réduites à vivre d'aumônes, tout comme certaines communautés de nos jours. Parfois il arrivait aussi que la pauvreté amenait un certain relâchement, sinon dans les mœurs, — car c'était au contraire dans les abbayes élégantes et riches que les désordres se produisaient, — du moins

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dans la discipline. Tel avait été en particulier le cas dans une vieille abbaye de l'ordre de Saint- Bernard, l'abbaye de Gomerfontaine dont la régularité avait subi de graves atteintes durant l'administration de la dernière abbesse, centenaire et en enfance depuis vingt ans. Le Roi avait donné cette abbaye à madame de la Viefville, parente du cardinal de Noaillcs. La jeune abbesse, qui n'avait que vingt ans, avait été élevée à Saint-Cyr. Sentant la difficulté de sa tâche, elle s'adressa à madame de Maintenon « pour lui demander ses avis et l'honneur de sa protection ». « Madame de Maintenon, continuent les Mémoires des dames de Saint-Cyr, qui aimoit toutes les demoiselles de Saint Gyr, et en particulier celle-là à cause qu'elle étoit fille d'esprit et de mérite, pour être d'une maison qui lui étoit chère, et, par-dessus cela, une excellente religieuse, se sentit tout d'un coup portée à l'aider non seulement de son crédit et de ses libéralités mais aussi de ses conseils. »

L'abbesse de Gomerfontaine flattait ainsi, en s'adressant à elle, un des secrets désirs de madame de Maintenon qui était de travailler par l'exemple de Saint-Cyr à la réforme du régime et de l'éducation dans les autres maisons reli-

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gieuses. « Il y a, disait-elle, dans l'Institut de Saint-Louis de quoi renouveler dans tout le royaume la perfection du Christianisme. » Aussi ne crut-elle pouvoir mieux répondre aux désirs de la jeune abbesse qu'en lui envoyant mademoiselle d'Aumale pour l'aider à bien élever les pensionnaires et pour l'assister de ses conseils. Au moment de son départ madame de Maintenon lui remit une note ' qui débute ainsi : « Il faut, mademoiselle, vous servir, en celte occasion que Dieu vous présente de travailler pour sa gloire, de toute la piété et de toute la raison qu'il vous a données et employer utilement, pour le bien de la maison où vous allez, la capacité et les talents dont vous êtes remplie. » Madame de Maintenon continue en lui donnant des conseils, pleins de justesse et de mesure, qui sont relatifs à l'éducation des pensionnaires dont mademoiselle d'Aumale devaitprincipalement s'occuper. Ces conseils peuvent presque tous se résumer en celui-ci : « Commencez par vous en faire aimer, sans quoi vous ne réussirez jamais. » Madame de Maintenon continue : « N'est-il pas vrai que si, depuis que vous êtes ici et que vous m'entendez

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