Lettres sur l'éducation des filles, p
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parler, vous ne m'aviez pas aimée ou que vous eussiez eu de l'aversion pour moi, vous n'auriez pas si bien reçu tout ce que je vous ai dit ? Cela est certain, et que les plus belles choses, enseignées par des personnes qui nous déplaisent, ne nous font aucune impression et nous rebutent souvent. » Ne croit-on pas entendre un écho de Fénelon, disant dans son Traité sur V éducation des filles : « Il y a une autre sensibilité, encore plus difficile et plus importante à donner : celle de l'amitié. Dès qu'un enfant en est capable, il n'est plus question que de tourner son cœur vers des personnes qui lui soient utiles. L'amitié le mènera à presque toutes les choses qu'on voudra de lui. » L'école est bien la même et, tout brouillés que fussent Fénelon et madame de Maintenon depuis les affaires du quiétisme, on sent encore l'influence que ce grand séducteur d'àmes avait exercée sur elle.
A Gomerfontaine, mademoiselle d'Aumale fit plus et mieux que s'occuper des pensionnaires. Elle déploya une activité et un entrain extraordinaires. Les bâtiments étaient délabrés; les meubles les plus nécessaires faisaient défaut. Tantôt la serpe et tantôt le marteau à la main, mademoiselle d'Aumale s'employait à tout, en
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particulier à la confection des couchettes destinées aux quelques demoiselles de Saint-Cyr que madame de Maintenon confiait également à l'abbesse de Gomerfontaine avec cette recommandation touchante : « Si jeune que vous soyez, traitez-les en mère l, » Mademoiselle d'Aumale n'avait pas seulement à pourvoir à l'éducation des pensionnaires; elle avait à s'occuper discrètement d'une tâche plus délicate, celle de rectifier l'orthographe de la jeune abbesse qui avait elle-même besoin de leçons, car elle écrivait à madame de Maintenon des lettres d'une incorrection déplorable dont celle-ci, qui se piquait de savoir, lui faisait de doux reproches. Les lettres de l'abbesse n'ont pas été conservées, mais nous avons celles de madame de Maintenon, les unes publiées, les autres inédites2. A travers ces lettres où madame de Maintenon s'applique souvent à tempérer le zèle réformateur de la jeune abbesse, et l'engage à commencer toujours par la douceur et la raison avant d'en venir à la rigueur, on devine les services que mademoiselle d'Aumale rendait dans cette maison religieuse réformée et reconstituée.
1. Manuscrits du grand séminaire de Versailles. Avis sur les Classes, t. II.
2. Les lettres inédites sont également au grand séminaire à Versailles. Avis sur les Classes, t. II, pp. 424 et suiv
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Mais elle n'était pas moins nécessaire à Saint-Cyr. Aussi un débat ne tardait-il pas à s'élever entre madame de Maintenon et madame de la Viefville sur la question de savoir combien de temps elle resterait à Gomerfontaine. Pour la ravoir, madame de Maintenon procède d'abord par insinuation. « Je vous annonce, écrit-elle en décembre 1705 à l'abbesse, qu'il me faudra bientôt rendre mademoiselle d'Aumale. Je n'ai fait que vous la prêter. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Et nous avons besoin d'elle ici. » Et dans une autre lettre : « N'êtes-vous point un peu indiscrète de vouloir garder mademoiselle d'Aumale parce qu'elle vous est bonne, sans penser qu'elle nous l'est aussi? Pressez donc votre résolution, ma chère fille, de nous la renvoyer vers les jours gras. » Mais l'abbesse faisait la sourde oreille et ne répondait pas. Madame de Maintenon s'en plaint '. « Est-ce par finesse que vous faites semblant de n'avoir pas reçu ma dernière lettre? Je vous prie positivement de nous renvoyer mademoiselle d'Aumale. Il ne faut point qu'elle s'arrête à Paris, mais qu'elle vienne tout droit ici à Versailles ou à Saint-Cyr. Ne me faites