Elle fut nommée le 1" janvier
fausses idées, et lui inspira des soupçons et des plaintes contre madame de Maintenon qui contribuèrent à l'éloignemenl que madame la Dauphine eut pour le monde. Cette princesse découvrit après la mort de madame de Richelieu, dans un entretien qu'elle eut avec madame de Maintenon, la vérité de toutes choses, mais si ces mauvais procédés furent pour madame de Maintenon un motif de consolation, elle s'affligea d'avoir été trompée et d'avoir aimé sincèrement une personne qui lui étoit si contraire. L'éclaircissement que madame de Maintenon eut avec madame la Dauphine produisit un effet si favorable pour elle qu'elle demanda au Roi, avec les plus grandes instances, qu'il voulût bien que madame de Maintenon remplit auprès d'elle la place que madame de Richelieu avoit occupée. Le Roi le proposa à madame de Maintenon, elle le le refusa. Constamment madame la Dauphine vint dans sa chambre la prier d'accepter la charge de dame d'honneur; elle reçut avec respect ses propositions si obligeantes, mais elle demeura ferme dans sa résolution sans alléguer d'autres raisons que celles que sa modestie lui suggéroit. Elle dit au Roi dans le particulier : « Sire, si je l'accepte, je ferai l'envie de la Cour, pour l'honneur que la charge me feroit. Ne les ai-je pas tous par celui que me fait Votre Majesté? » Elle pria Sa Majesté de ne point parler de l'offre qu'elle et
madame la Dauphine lui avoient faite, mais le Roi ne put s'empêcher de le dire après son dîner à tous les courtisans, et le refus qu'en avoit fait madame de Maintenon. C'étoit en 1684. Madame d'Arpajon1 fut choisie pour remplir cette charge, ayant été proposée par mudame de Maintenon dont elle étoit l'ancienne amie2. Elle avoit encore une amie qu'elle plaça dans la maison de madame la Dauphine. 11 est vrai qu'on attacha pour elle à cette place des distinctions qui n'y avoient jamais été attachées; non seulement, elle eut les entrées dans les carrosses, mais elle suivoit et servoit madame la Dauphine, au défaut de la dame d'honneur et des dames de Palais.
Madame de Maintenon parlant un jour de l'envie et de la jalousie qu'on a à la Cour, dit qu'un jour monsieur le duc de Lauzun 3 lui vint faire un compli-
1. Catherine-Henriette d'Harcourt Beuvron, mariée à Louis, duc d'Arpajon, en 1659, veuve en 1679, morte le 11 mai 1701.
2. Voici ce qu'écrivait madame de Sévigné à madame de Grignan en juin 1684 : « Madame la duchesse d'Arpajon est nommée dame d'honneur. C'est madame de Maintenon qui a rempli celte place qu'elle avoit refusée. Le Roi a dit que madame de Rochefort étoit trop jeune, et a dit à madame la Dauphine que madame d'Arpajon avoit une parfaite beauté, une parfaite réputation, qu'elle étoit douce, complaisante, sûre, qu'il ne connois*oit pas par lui-même toutes ses bonnes qualités, mais par quelqu'un à qui il se fioit autant qu'à luimême. » (Lettres de madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis, édition des Grands Ecrivains, t. VII, p. 267-269.)
3. Antoine Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem, comte, puis duc de Lauzun, né en Gascogne vers 1632; il mourut le 19 novembre 1723, âgé de quatre-vingt-dix ans et six
ment (je crois que c'est quand elle fut dame d'atour), et qu'il lui dit : « Je vous fais mon compliment, madame, de tout mon cœur, parce que je n'y prétendois pas. » Voici quelques traits, qui marquent combien elle se faisoit respecter. Monseigneur le Dauphin, masqué et passant par une porte où madame de Mainlenon passoit en même temps, lui mit la main sur la gorge un peu trop librement; elle dit tout haut : « Ah, c'est Monseigneur, car il n'y a que lui en France qui soit assez hardi pour cela. » Le Roi, étant encore jeune, se divertissant un jour à renverser des dames qui éloient dans des fauteuils, baissant le dos du fauteuil presque jusqu'à terre, quand il vint à madame de Maintenon, il passa tout droit en disant : « Ah! pour celle là! je n'oserois. » Un homme de la Cour, pensant de même, s'expliqua plus grossièrement et dit : « Je m'adresserois plutôt à la Reine pour lui pincer la fesse qu'à elle. » Un jour un ami de monsieur l'abbé Testu, charmé de tout ce qu'on disoit de madame de Maintenon, lui disoit : « Enfermons-nous pour parler de
cette femme. »
La Reine disoit, après la faveur de madame de Maintenon : « Jamais je n'ai été si bien traitée du Roi, et c'est à madame de Maintenon que je le dois ». Elle
mois. Il était beau-frère de Saint-Simon. Son aventure romanesque avec la Grande Mademoiselle l'a rendu célèbre.
l'aimoit et la considérait, et attribuoit à ses conseils la conduite différente du Roi à son égard. Elle avoit une grande confiance en elle; elle la pria un jour de demeurer entre le Roi et elle; il étoit malade et avoit demandé la Reine pendant Vêpres; madame de Maintenon l'encouragea à y aller, et remarqua que ses mains trembloientde timidité et de crainte sur ce tète-à-tête.
Mademoiselle de la Vallière l dit un jour à madame de Maintenon, dans le temps qu'elle se préparoit à être Carmélite, parlant du Roi et de madame de Montespan : « Quand j'aurai de la peine à quelque chose aux Carmélites, je me souviendrai de ce que ces deux personnes m'ont fait souffrir. »
Le Roi devint dévot en même temps que madame de Maintenon fut tout à fait en faveur. Il quitta les femmes; cela fait assez voir la différence qu'il y eut entre elle et les maîtresses du Roi.
Une dame amie de madame de Maintenon lui dit dans ce temps-là : « Le bruit se répand, madame, que le Roi quitte les femmes, et que c'est à vous qu'il le doit. — Plut à Dieu, dit-elle, que cela fût et mourir sur-le-champ. »
La Reine mourut en 1683. Dès qu'elle eut expiré, madame de Maintenon vint chez elle, mais monsieur de
1. Louise-Françoise de la Baume le Blanc, née le 5 août 1644 à Tours, morte aux Carmélites de Paris le 6 juin 1710.
la Rochefoucauld la prit par le bras, avec assez de violence, la conduisit chez le Roi, et lui dit : « Ce n'est pas le temps, madame, de quitter le Roi ; il a besoin de vous. » Ce mouvement étoit plus dans monsieur de la Rochefoucauld un effet de son zèle et de son attachement pour son maître que de l'intérêt qu'il prenoit à madame de Maintenon, car il ne l'aimoit pas1. Elle ne fut qu'un moment avec le Roi et revint chez elle, conduite par monsieur de Louvois qui l'exhortoit d'aller chez madame la Dauphine pour l'empêcher de suivre le Roi à Saint-Cloud, et lui persuader de garder le lit parce qu'elle étoit grosse de Monseigneur le duc d'Anjou-, et qu'elle avoit été saignée. — « Le Roi, ajouta monsieur de Louvois, n'a pas besoin de vos démonstrations d'amitié, et l'État a besoin d'un Prince. »
Le Roi alla à Saint-Cloud, y resta cinq jours, puis alla à Fontainebleau. Madame la Dauphine l'y suivit, et madame de Maintenon aussi qui étoit dans le carrosse avec le Roi. J'ai ouï dire qu'ayant vu madame de Maintenon si triste de la mort de la Reine, il ne put s'empêcher de lui en faire quelques plaisanteries pendant ce voyage.
1. Voir les Souvenirs de madame de Caylus, éd. Raunié, p. 124.
2. Philippe de France, duc d'Anjou, né le 19 décembre 1683. Appelé au trône d'Espagne sous le nom de Philippe V, il mourut le 9 juillet 1746.
Sa faveur parut encore augmenter. Ses amis de ce temps-là furent : madame la duchesse de Chevreuse1, madame la duchesse de Beauvilliers2, madame de Montchevreuil, madame la princesse d'Harcourt3, amie de madame la comtesse de Gramont \ Mesdames de Chevreuse et de Beauvilliers n'avoient jamais pu se résoudre à faire leur cour à madame de Montespan, malgré l'alliance que monsieur Colbert leur père avoit faite de sa troisième fille 5, avec monsieur le duc de Mortemart, neveu de madame de Montespan, et le goût que ces dames avoient pour la Cour6. Aussi regardoient-elles que la faveur de madame de Maintenon étoit fondée sur le mérite et la vertu. Elles furent ravies de pouvoir se rapprocher du Roi, leur bienfai-
1. Jeanne-Marie-Thérèse Colbert, née en 1650, mariée le 3 février 1667 à Charles Honoré d'Albert, duc de Chevreuse, morte le 26 juin 1732.
2. Henriette-Louise Colbert, seconde fille du ministre, mariée le 21 janvier 1671 au duc de Beauvilliers, morte le 19 septembre 1733.
3. Marie-Françoise de Brancas d'Oise, mariée le 22 février 1667 à Alphonse-Henri-Charles de Lorraine, prince d'Harcourt. Elle mourut le 13 avril 1715.
4. Elisabeth Hamilton, fille de Georges, comte d'Hamilton, et de Marie Butler, mariée en 1664 à Philibert, comte de Gramont, dame du palais de la reine Marie-Thérèse. Elle mourut à Versailles, le 3 juin 1708, âgée de soixante-sept ans.
5. Marie-Anne Colbert, née le 17 octobre 1665, avait épousé, le 14 février 1679, Louis de Rochechouart, duc de Mortemart, qui mourut le 3 avril 1688, âgé de vingt-cinq ans. Elle mourut le 14 janvier 1750.
G. Ce passage a été cité par Clément : Madame de Montespan et Louis XIV, p. 51, en note.
teur. Madame de Maintenon dit, un jour, parlant d'une personne qui avoit été confidente des secrets du Roi et de madame de Montespan, que pour elle, elle n'y étoit jamais entrée. Je mets ceci pour répondre à ceux qui ont dit qu'elle servoit madame de Montespan dans son inclination pour le Roi, et c'étoit en parlant là-dessus qu'elle ajouta : « Il est désagréable de vivre avec des gens de qui on n'est point connu, qui n'ont point été témoins de la vie qu'on a menée, de la conduite qu'on a tenue dans tous les temps de sa vie, en un mot qui sont d'un autre siècle que vous, et voilà ce que je gagne à vivre si longtemps. » Une autre fois sur le môme sujet, elle dit : « Je ne crois pas qu'on me prenne pour la maîtresse du Roi. »
Je lui ai ouï dire que, si le Roi avait eu une femme raisonnable, jamais il n'en auroit vu d'autre, qu'elle l'avoit bien connu. La Reine étoit une sainte, mais avoit peu d'esprit. Sa dévotion la faisoit souvent aller à l'église lorsque le Roi la demandoit.
Madame de Maintenon étant enfin au comble de la faveur du Roi, et, pour l'estime et la confiance dont il l'honoroit, on ne doute pas qu'il ne l'eût épousée en secret, ce que madame de Maintenon n'a jamais voulu avouer qu'indirectement, et du caractère de modestie dont elle étoit, elle n'auroit jamais consenti que ce mariage eût été public, étant une chose qui ne con-
venoit pas à la gloire d'un si ^rand Roi, dont elle étoit plus jalouse que de la sienne propre.
Monsieur Mignard ' faisant son portrait, quand il fut à faire l'habillement, mademoiselle Mignard2, depuis madame la marquise de Feuquières, vint chez madame de Maintenon, le Roi étant chez elle, et demanda à madame de Maintenon si on mettroit le manteau d'hermine à sainte Françoise. « Oui, dit le Roi, sainte Françoise le mérite bien. » C'est qu'elle se faisoit peindre en sainte Françoise, dame Romaine3.
J'ai ouï dire à monsieur le maréchal de Villeroy qu'elle l'avoit épousé environ deux ans après la mort de la Reine. Disant cela un jour devant un saint prêtre
1. Pierre Mignard, né à Troyes en novembre 1G10, mort à Paris le 29 mai 1695.
2. Catherine-Marguerite Mignard, née à Rome en mai 1657, épousa, le 1er mai 1696, Jules de Pas, comte de Feuquières. Elle mourut le 2 février 1742. Elle n'était pas marquise, mais comtesse. — La marquise de Feuquières s'appelait Marie-Madeleine- Thérèse de Monchy, dame d'Hocquincourt. Elle avait épousé le 20 janvier 1695, Antoine de Pas, marquis de Feuquières.
3. Voici comment madame de Coulanges parle de ce portrait dans une lettre à madame de Sévigné : « J'ai vu la plus belle » chose qu'on puisse imaginer, c'est un portrait de madame » de Maintenon, fait par Mignard; elle est habillée en sainte » Françoise Romaine; Mignard l'a embellie, mais c'est sans » fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l'air de la jeunesse, » et, sans toutes ces perfections, il nous fait voir un visage et >. une physionomie au-dessus de tout ce que l'on peut dire; » des yeux animés, une grâce parfaite, point d'atours et avec .. tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là. » (Lettres de madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis, édition des Grands Écrivains, t. X, p. 208.) Ce portrait de Mignard, bien mnnu et souvent reproduit par la gravure, est au mutée de Versailles.
qui avoit été son confesseur pendant seize ans, il me répondit : « Vous vous trompez, ce n'est pas dans ce temps-là. » Je demandai dans une autre occasion au même ecclésiastique s'il ne pouvoit rien dire là-dessus, que sans doute il savoit son secret. Il me répondit : « Je ne puis vous rien dire; vous en comprenez sans doute la raison. »
J'ai ouï dire que les témoins du mariage furent : monsieur l'archevêque de Paris *, monsieur de Louvois, monsieur de Montchevreuil, monsieur Bontemps2, le père la Chaise3.
Un jour que le Roi avoit pris médecine, madame de Maintenon étoit seule avec lui, et, comme il faisoit fort chaud, le Roi étoit un peu découvert dans son lit pour prendre l'air, Monsieur y entra; le Roi lui dit : « De la manière dont vous voyez que je suis
1. François de Harlay, de la branche de Champvallon, né en 1G25, archevêque de Rouen en 1651, archevêque de Paris en 1671, duc et pair, mort en 1695.11 était de l'Académie française.
2. Alexandre Bontemps, premier valet de chambre ordinaire du Roi, mort à Versailles en 1701.
3. François d'Aix, dit le Père la Chaise, mort le 20 janvier 1710; ilavait été pendant trente-cinq ans confesseur du roi. Madame de Caylus, dans ses Souvenirs (éd. Raunié, p. 134 et suiv.), nomme aussi, comme ayant été dans le secret du mariage du Roi, l'archevêque de Harlay, M. et madame de Montchevreuil, Bontemps et une femme attachée à madame de Maintenon : « Fille aussi capable que qui que ce soit de garder un secret et dont les sentiments étoient au-dessus de son état. » Elle entend certainement parler de mademoiselle Balbien, la célèbre femme de chambre de madame de Maintenon, qu'on appelait communément : « la grande Manon ».
devant madame de Maintenon, vous pensez bien ce qu'elle m'est. »
J'ai encore ouï dire à madame de Caylus qu'un jour, étant fâchée contre elle, et fort impatientée de quelque chose qu'elle avoit fait, elle lui dit dans sa réprimande avec vivacité : « Vous qui pouvez faire une figure ici étant nièce d'une Reine. » Ces paroles furent dites bas, et entre les dents; madame de Caylus les entendit.
Lisant un jour devant elle Y Histoire du chevalier Bayard, quand je fus à l'endroit où il se fait dire son horoscope par complaisance, on lui prédit qu'il sera aussi élevé en estime et considération de son prince qu'il est possible pour un mortel, mais que, pour les biens temporels, il sera toujours dans la médiocrité, madame de Maintenon me dit : « Il me ressemble. »
Toutes les fois que j'ai voulu la faire parler sur cet article, elle ne m'a jamais dit : « Cela n'est pas, » mais : « Ne parlons plus de cela. »
Elle aimoit et estimoit monsieur le duc de Noailles1 particulièrement; elle m'en fit le portrait au commencement que j'étois avec elle, le dépeignant comme le plus honnête homme qu'il y eut, et rempli d'une probité à toute épreuve, sans être dans une grande
1. Adrien-Maurice d'Aven, né à Paris le 29 septembre 1678, duc de Noailles le 21 janvier 1704, maréchal de France en 1734, mort le 24 juin 1766.
dévotion; elle lui parloit avec une grande confiance. Je me souviens qu'un jour il me dit, sortant d'avec elle : « Madame de Maintenon a été prête de me dire son secret sur le Roi; mais comme j'ai vu que c'étoit un excès de confiance dont elle pourroil avoir du regret, et qu'elle pourroit dire au Roi qu'elle me l'avoit dit, qu'il en seroit mécontent, j'ai changé vite de conversation, mais si j'avois voulu, j'aurois tout su. »
J'ai ouï dire encore qu'avant que madame la duchesse de Bourgogne vînt en France, elle étoit tous les jours enfermée chez elle avec le Roi; mais depuis l'arrivée de cette princesse, sa chambre fut libre pour qu'elle y passât aussi souvent qu'elle voudroit.
Pendant la régence de monsieur le duc d'Orléans, je lui dis une fois : « Mais, madame, il n'auroit tenu qu'à vous de faire un personnage dans ce temps-ci. » Elle se mit à rire, voyant bien ce que je voulois dire.
Entrant à Saint-Cyr après la mort du Roi, et pleurant avec une personne qu'elle aimoit, et en qui elle avoit confiance (c'étoit madame de Glapion), elle lui dit : « Il est beau, ma fille, de pleurer un Roi. »
Elle s'habilloit et se déshabilloit dans sa chambre quoique le Roi y fût. 11 est vrai que c'étoit avec toute la bienséance et la modestie qui convenoit. Je marque cela pour faire voir la manière familière dont
elle vivoit avec lui (qui ne pouvoit convenir qu'à une femme).
Après la mort du Roi, je parlois à monsieur d'Aubigné, archevêque de Rouen1, et je lui dis que j'aurois bien voulu qu'on eût déclaré à la mort du Roi qu'il l'avoit épousée, et j'ajoutai : « Vous le savez, monseigneur. — Ah! répondit-il, elle ne veut pas qu'on parle de cela. » Je crois qu'il avoit son secret, par la grande estime qu'elle avoit de lui.
Voilà ce que j'ai pu apprendre sur cet article, à quoi j'ajouterai qu'elle n'ignoroit pas que presque tout le monde pensoit qu'elle avoit épousé le Roi, et que je ne l'ai jamais vu travailler un instant à désabuser personne. Cependant elle avoit bien de la peine quand quelque enfant, ou autre personne simple, alloit lui dire : « Madame, on m'a dit que le Roi vous avoit
1. Claude-Maur d'Aubigné de Tigny, grand vicaire de l'évêque de Chartres, évêque de Noyon le 26 mars 1704, archevêque de Rouen le 24 décembre 1707. Il mourut dans cette ville le 22 avril 1719. Il avait succédé à Jacques-Nicolas Colbert, deuxième fils du ministre, mort le 10 décembre 1707.
Cet archevêque, dont il est ici question, appartenait à la famille des d'Aubigné d'Anjou, de beaucoup meilleure noblesse que celle des d'Aubigné de Poitou dont était issue madame île Maintenon. Ce fut assez tardivement, et lorsque madame de Maintenon était arrivée au comble de la faveur, que quelques généalogistes complaisants s'efforcèrent d'établir entre les deux familles d'Aubigné ou d'Aubigny (car madame de Maintenon signait des deux façons) une communauté d'origine que d'Hozier n'accepta jamais. Sur les prétentions nobiliaires de madame de Maintenon, voir Paul Scarron et Françoise d'Aubigné, pp. 156 et suiv.
épousée. » Jamais elle n'a dit non, mais simplement : « Qui vous a dit cela? »
Voici quelque chose de plus fort sur cet article que j'ai trouvé dans les lettres de feu monsieur l'évêque de Chartres.
Elle prit monsieur Godet des Marais, évêque de Chartres1, pour son directeur, à peu près dans le commencement de l'établissement de Saint-Cyr. Elle avoit en lui une confiance parfaite; sa coutume étoit d'écrire tous les soirs sa journée, et à la fin du mois elle lui envoyoit. Ne pouvant le voir souvent, elle recueilloit exactement tout ce qu'il lui mandoit, et a tout écrit sur de petits livres qu'elle fit relier exprès pour cela, et qu'elle a laissés à madame du Pérou, ancienne supérieure de Saint-Cyr2.
Voici, quelques extraits de plusieurs endroits des lettres3 de monsieur l'évêque de Chartres qui reviennent, à ce que je crois, sur son mariage avec le Roi.
« Aimez le Roi d'une très grande charité, soyez-
1. Paul Godet des Marais, né en 1648, nommé en 1690 évêque de Chartres et sacré à Saint-Cyr en 1692. Il mourut en 1709.
2. Catherine Travers du Pérou, née en 1666, dame de Saint- Louis, fut huit fois supérieure de Saint-Cyr; elle mouru le 13 juillet 1748.
3. Mademoiselle d'Aumale ne donne ici que des extraits et parfois même des phrases détachées des lettres de Godet des Marais à madame de Maintenon; ces lettres sont publiées in extenso dans la Correspondance générale, t. III, p. 390, et t. V, pp. 290, 352 et suiv.
lui soumise comme faisoit Sara qui obéissoit à Abraham; respectez-le du fond du cœur, et ne l'appelez pas seulement votre Seigneur, mais regardez-le comme tel dans l'ordre de Dieu.
» 11 est vrai, madame, que votre état est une énigme, mais c'est Dieu qui l'a fait; il est si singulier que vous ne l'auriez pas choisi, pas même imaginé; il ne faut pas s'étonner s'il vous a caché des secrets que vous ne connoissez qu'à mesure qu'ils se découvrent à vous; il en cache aussi bien au public qui le surprendroient, si vous lui disiez comme à moi. C'est le mystère de Dieu ; il faut l'adorer dans ses voies de sanctification; il a fallu que vous fussiez élevée, aimée, considérée et, dans un état puissant, afin de sanctifier ceux pour qui vous êtes.
» Vous êtes à la place des reines, et vous n'avez pas plus de liberté qu'une petite bourgeoise.
» Communiez extraordinairement pour le Roi, et pour vous; offrez-vous à tout et à Dieu et à lui qui vous a choisie pour sa consolation et pour lui obéir.
» Dieu vouloit avoir une âme fidèle, fervente et toute dévouée à son service auprès du Roi, qui fît connoître son nom aux Princes, et qui procurât sa gloire dans le lieu où la gloire du monde fait tant d'idolâtres. Tenez-vous donc là, madame, par soumission; il faut demeurer en contrainte dans une
chambre pour y procurer aux autres la liberté des enfants de Dieu; il faut y attendre en foi le succès de sa mission.
» Il ne faut pas que nous cessions d'être bons, parce que le monde est mauvois; il sera fâché de votre régularité ; ce n'est pas à lui que vous voulez plaire; le Roi n'en est pas blessé, cela nous suffit.
» Dieu met entre vos mains les intérêts de l'État, le salut d'un grand Roi, qui tient à tout, celui des Princes qui doivent régner après lui.
» Tenez vous, madame, sous le joug de l'obéissance; vous la devez au Roi; vous la devez aux ministres de Jésus-Christ auxquels la Providence vous a soumise pour le salut et la garde de votre âme. Soyez-leur soumise, au premier comme à votre maître et à votre chef, aux seconds comme à vos guides.
» Le Roi regarde encore la vertu et la perfection de son état par ce qu'il y a d'austère et de rebutant à la nature; quand il verra, dans la personne qu'il aime et qu'il estime davantage, une joie et une liberté d'esprit continuelles dans une continuelle innocence et dans un amour ardent des bonnes œuvres, Dieu lui fera la grâce d'aspirer au même bonheur. La femme fidèle sanctifie l'homme infidèle, dit saint Paul. Combien plus l'homme chrétien!
» Pourquoi êtes-vous à la Cour, au faîte où vous
êtes? Pourquoi tant de dégoût du monde, et tant de goût pour Dieu? Pourquoi tant de désirs d'une vie parfaitement chrétienne? Pourquoi le Prince amusé innocemment, et comme lié parla main de Dieu? C'est qu'il le veut hors des pièges du Diable; il veut le déprendre et ensuite le sanctifier; il le lie et il vous lie, car c'est par vous qu'il veut le sanctifier; s'il vous échappoit, et si vous lui échappiez, son dessein ne s'accompliroit pas.
» Vous êtes son asile, souvenez-vous-en! Votre chambre est l'Église domestique où Dieu l'y retire.
» Sainte-Monique pleura longtemps les égarements de saint Augustin dont elle obtint enfin la conversion. Il a fait la joie et la gloire de l'Église par la sainteté de sa vie et la perfection de sa charité. Je ne puis croire, madame, qu'un homme de tant de prières, à qui Dieu a donné une amie si fidèle et si chrétienne, comme par un miracle, ne devienne à la fin un homme nouveau.
» Vous devez l'aimer, le respecter, lui obéir, et le regarder comme votre Seigneur et votre Maître, et votre société, que Dieu a formée par un miracle, et qu'il cimente et affermit tous les jours de plus en plus pour le bien de celui auquel vous êtes envoyée, le préservera de la mort, où il seroit peut-être tombé sans vous, au grand préjudice de la Pieligion et de l'État. »
Réponse à une lettre où madame de Maintenon demandoit à monsieur de Chartres son avis pour prendre un directeur s'il venoit à lui manquer, où après plusieurs avis il ajoute :
« Vous lui donneriez vos redditions1; vous lui montreriez les écrits qu'on vous a donnés, votre conduite; vous lui diriez vos liens. »
Il y a plusieurs endroits des lettres de monsieur l'évêque de Chartres pareils à ceux-ci.
Madame de Maintenon me faisoit lire de temps en temps dans ses petits livres, et quand j'arrivois à quelques endroits qui alloient à parler de ses liens avec le Roi, elle mettoit la main dessus et me disoit : « Je ne veux pas que vous lisiez cela. »
Une autre fois, lisant dans ces mêmes livres, il arriva une personne; je cessai la lecture, et, après que la personne fut sortie, elle me dit ayant repris le livre : « On vous a interrompue fort à propos, car vous étiez sur un endroit que j'aurois été bien fâchée que vous eussiez lu, » et c'est ceux que je viens de citer.
J'ai ouï dire à monsieur de Mérinville, aujourd'hui évêque de Chartres 2, qu'il avoit trouvé dans les papiers
1. L'évêque de Chartres appelle ainsi dans ses lettres des examens de conscience par écrit que madame de Maintenon lui adressait assez fréquemment.
2. Charles-François des Monstiers-Mérinville, abbé de Saint- Calais, succéda en 1709 à Godet des Marais comme évêque de Chartres.
de son prédécesseur une lettre de madame de Maintenon ou de l'évêque, je ne sais lequel des deux, qui marquoit bien ses liens avec le Roi. Il la peut produire s'il veut ; je lui ai demandé, il n'a pas voulu me la donner.
Voici quelques avis que lui donnoit monsieur de Fénelon, archevêque de Cambrai1, qui a été peu de temps son directeur avant monsieur l'évêque de Chartres2.
« Le zèle du salut du Roi ne doit pas vous faire aller au delà, des bornes que la Providence sembloit avoir marquées. Il y a mille choses déplorables, mais il faut attendre le moment que Dieu seul connoît; le vrai moyen d'attirer sa grâce sur le Roi, sur l'Étal, n'est pas de crier et de fatiguer le Roi; c'est de
1. François de Salignacde la Mothe-Fénelon, né le 6 août 1651, nommé archevêque de Cambrai le 4 février 1695, mort le 9 janvier 1715.
2. Il n'est pas tout à fait exact que Fénelon ait été, même pendant quelque temps, le directeur de madame de Maintenon. Lorsqu'elle crut devoir renoncer à la direction de l'abbé Gobelin, malade et vieilli, elle s'adressa en même temps à Bourdaloue et à Fénelon. Bourdaloue lui adressa plusieurs lettres (Corresp. générale, t. III, p. 156 et passim) mais il la prévint que ses occupations ne lui permettraient pas de la voir plus d'une fois en six mois. Quant à Fénelon, qui était déjà en relations avec elle, il lui adressa plusieurs lettres, une entre autres fort célèbre, où il lui parle de ses défauts. C'est de cette lettre que mademoiselle d'Aumale tire les extraits suivants. Lavallée ne l'a pas reproduite dans la Corresp. générale, où il en a inséré quelques autres (t. 111, p. 210 et passim). Madame de Maintenon ne crut cependant pas devoir le choisir comme directeur et se confia à Godet des Marais.
l'édifier et de mourir sans cesse à vous-même; c'est d'ouvrir peu à peu le cœur de ce Prince par une conduite ingénue et naturelle. De là vient que vous faites très bien sans avoir besoin d'y penser.
» Vous devez suivre le courant des affaires générales, pour tempérer ce qui est excessif et redresser ce qui en a besoin.
» Vous devez, sans vous rebuter jamais, profiter de tout ce que Dieu vous met au cœur, et de toutes les ouvertures qu'il vous donne dans celui du Roi, pour lui ouvrir les yeux et pour l'éclairer, mais sans empressement, comme je vous l'ai souvent représenté.
» Votre application à toucher le Roi, à l'instruire, à lui ouvrir le cœur, à le garantir de certains pièges, à le soutenir quand il est ébranlé, à lui donner des vues de paix, de soulagement des peuples, de modération, d'équité, de défiance à l'égard des conseils durs et violents, enfin d'amour pour l'Église et d'application à lui chercher de Saints Pasteurs; tout cela vous donnera bien de l'occupation ; en un mot, être la sentinelle de Dieu au milieu d'Israël, pour protéger tout le bien et réprimer tout le mal, suivant les bornes de votre autorité. »
Voilà donc ce que j'ai recueilli de monsieur de Fénelon, et je puis ajouter à tout cela que, dans tout
le temps que j'ai eu le bonheur d'être avec elle, je l'ai vue vivre avec le Roi d'une manière à ne pas douter qu'il ne l'eût épousée. Il étoit rempli de respect pour elle et dans ses paroles et dans toutes ses manières, joint à la plus parfaite et la plus juste estime. Cela ne l'a point empêchée d'avoir bien des chagrins et des peines à essuyer de son humeur et de ses refus, elle qui paroissoit devoir tout obtenir; maïs elle les souffroit, avec la patience et le courage qui convenoit, pour que le Roi ne s'aperçût jamais qu'elle avoit eu la moindre peine.
Le Roi, en parlant d'elle, disoit : « C'est une sainte; elle a toutes les perfections avec beaucoup d'esprit, et moi, je n'en ai point. » Il lui dit un jour, fort agréablement : « Madame, on traite les Rois de Majesté, les Papes de Sainteté, et on devroit vous traiter de Solidité. »
Madame de Maintenon lui dit un jour : « Sire, je crois que je vivrai cent ans. » Le Roi répondit : « Ce seroit le mieux qui me pourroit arriver. »
Jamais le Roi ne s'est aperçu qu'elle eut quelque chagrin. Elle avoit souvent bien pleuré avant qu'il entrât dans sa chambre; il n'y paroissoit pas dès qu'il venoit, voulant lui éviter toutes sortes de peines, et faisant son principal devoir de l'amuser et de paroître toujours contente devant lui. Elle m'a dit
bien des fois : « Je n'aspire qu'à faire goûter la piélé au Roi; il faut pour cela qu'il me trouve toujours gaie, complaisante, car si je lui portois mes peines, j'aurois peur qu'il ne crût que c'est la dévotion qui en est la cause. »
Je l'ai vue quelquefois lasse, chagrine, inquiète, malade, et malgré cela amuser le Roi, l'entretenir trois ou quatre heures de suite toute seule, et, quand le Roi sortoit de sa chambre à dix heures du soir, et qu'on fermoit son rideau, elle me disoit : « Je n'ai que le temps de vous dire que je n'en puis plus. » G'étoit de s'être contrainte, pour que le Roi n'eut aucune peine sur elle.
D'autres fois, après avoir eu des refus du Roi de choses qu'elle demandoit pour sa famille ou pour ses amis, elle me disoit : « Je suis poussée à bout, mais le Roi ne s'en est pas aperçu; je vais pleurer au moins à mon aise entre mes quatre rideaux. »
Le Roi avoit pour elle autant d'amitié qu'il étoit capable d'en avoir, mais elle ne croyoit pas devoir insister dans les demandes qu'elle lui faisoit, et, dès que le Roi l'avoit refusée disant : « Non, madame, je veux faire cette grâce à un tel, » elle ne repondo.it rien, et ne marquoit aucun mécontentement, ne voulant jamais contraindre le Roi, de sorte qu'il croyoit que la chose lui étoit indifférente, parce qu'elle ne
répliquent pas, et dans les commencements de sa faveur, elle lui paroissoit fâchée de ses refus. Le Roi lui disoit : « Est-ce tout de bon? Vous n'avez qu'à parler, madame. » Là-dessus je prenois la liberté de lui dire. « Mais, madame, vous faites tort par votre douceur à vos parents, à vos amis, paroissez un peu fâchée et vous ferez tout ce que vous voudrez. — 11 est vrai, répondit-elle; c'en seroit le vrai moyen et j'obtiendrois tout ce que je voudrois, mais je ne crois pas que Dieu m'ait placée où je suis pour faire la croix du Roi; je lui demande la grâce de m'assister continuellement pour souffrir en paix; c'est mon personnage; le Roi est extrêmement doux, mais nos Princes ne savent pas s'aviser de faire plaisir. »
Elle auroit été bien fâchée que l'on eût su tous les refus que le Roi lui faisoit, de crainte qu'il ne fût blâmé. Elle en a bien essuyés. Il n'étoit pas porté pour ses parents et ses amis, au moins pour le plus grand nombre. Cependant, tous vouloient passer par elle, dans les grâces qu'ils demandoient, non seulement ses parents mais toute la Cour, à commencer par les Princes; on croyoit qu'elle avoit part à tout. Rien des fois, j'ai vu qu'on venoit la remercier d'une grâce du Roi comme gouvernement, pensions, évêché, abbayes. Elle se tournoit de mon côté et me
disoit : « 11 m'apprend qu'il l'a; si je m'en fusse mêlée cela n'auroit pas si bien réussi. »
Je l'ai vue prête plusieurs fois à quitter la Cour, à force de déplaisir sur ces sortes de choses, mais elle disoit : « C'est mon devoir de demeurer où je suis, et je ne suis pas la maîtresse de m'en aller. Pourquoi, mon Dieu, suis-je obligée d'y rester? » D'autres fois elle m'a dit : « Ah! si je pouvois quitter ce pays-ci. » Et cela, fondant en larmes, enfermée seule avec moi, et jetant les hauts cris.
On croiroit, à lire ceci, que le Roi n'avoit pas pour elle tout ce qui paroissoit au dehors de respect et d'estime. Jamais cependant un grand roi n'a poussé plus loin toutes ses attentions pour quelqu'un que pour madame de Maintenon ; elle disoit elle-même : « Les hommes sont tyranniques, ils ne sont pas capables d'amitié comme les femmes; il n'y en a pas de meilleur que le Roi, mais il faut souffrir de tous, et Dieu le permet pour mon salut. Que seroit-ce de me voir adorée, ou plutôt à la place que j'occupe si je n'avois quelque amertume! »
Quelquefois je lui disois : « Madame, vous n'êtes pas la derniôre du royaume. » Et, comme elle me voyoit rire en lui disant, elle me répondoit : « Taisezvous, ce sont là des sottises. » Quelquefois des enfants
disoient simplement : « Madame, on m'a dit que vous
étiez Reine. » Elle ne disoit pas non, mais seulement : « Ne parlez pas de cela; qui est-ce qui vous le dit? »
Le Roi, en parlant d'elle, ne disoit jamais que : Madame. Dans tous les voyages elle avoit toujours le plus bel appartement et le plus commode après celui du Roi. Elle étoit traitée comme la Reine, et en avoit tous les honneurs, mais elle ne s'en servoit pas.
Jamais personne n'a poussé le désintéressement plus loin qu'elle. 11 est vrai qu'elle jouissoit de toutes les commodités de la vie et de tous les honneurs, mais elle n'avoit rien à elle en propre, c'est-à-dire de presque tous les meubles qui étoient dans ses appartements, et ne s'en soucioit pas. Le Roi lui dit plusieurs fois : « Mais, vous n'avez rien, madame; voyez ce que je pourrois faire pour vous, car si je mourrois, il ne vous resteroit rien. » Et à tout cela elle répondoit toujours au Roi de ne pas s'inquiéter là-dessus, et elle me disoit : « Dieu ne veut pas que je lui donne la moindre peine là-dessus. »
Un jour, allant à Saint-Cyr, elle me dit en chemin : « Vous m'allez bien gronder, mademoiselle ; il ne tenoit qu'à moi hier d'avoir cent mille livres de rente, car le Roi m'a bien parlé sur mon état, et c'est la première fois de sa vie qu'il l'a fait d'une manière si intéressante. — Eh bien! lui dis-je, madame, qu'avezyous fait? — Rien, répondit-elle; j'ai dit au Roi de
demeurer en paix; si je l'eusse poussé là-dessus il se seroit donné de la peine et de l'inquiétude pour chercher à me faire ce bien, et je ne suis pas auprès de lui pour cela. »
Je lui dis un jour, après la mort du Roi : « Madame, voilà un livre, que je destine pour écrire votre vie, parce qu'on la fera un jour, et, comme on ne l'écrira pas selon la vérité, vous devriez, madame, l'écrire vous-même. » Voici ce qu'elle me répondit : « Ma vie est l'ouvrage de Dieu; si j'ai fait quelque bien, c'est par lui; j'aurois bien voulu le faire glorifier en faisant connoître tout ce qu'il a fait pour moi, mais on ne peut pas tout dire. Ma vie seroit trop ennuyeuse; elle ne pourroit faire plaisir qu'à ceux qui aiment Dieu et qui veulent le louer, car elle n'est remplie que des effets de sa Providence; il n'y a ni intrigues ni événements, ni intérêts. Quel plaisir y trouveroit-on à lire que, dans la faveur, je n'ai jamais songé à moi; que je n'y étois que pour les autres; que je songeois à tout mettre dans la paix; que je donnois un conseil contre mon ami, quand c'étoit la gloire de Dieu; que je iaisois donner une grâce à mon ennemi parce que c'étoit le mieux. Tout cela n'est pas réjouissant pour ceux qui cherchent une agréable lecture. Ma vie a été un miracle, quand je pense que je suis née impatiente, et que jamais le Roi ne s'en est aperçu, quoique
souvent je me sentisse à bout et prête à tout quitter; que je suis née franche, et qu'il me falloit toujours dissimuler dans les premières années de ma faveur. Quelquefois je me fâchois quand le Roi ne m'accordoit pas ce que je demandois pour mes parents et mes amis, mais je rends grâces à Dieu de ce qu'après cela j'ai été vingt-six ans sans dire un mot qui marquoit le moindre chagrin. Quelquefois j'étois outrée et prête à sortir de la Cour; il n'y a que Dieu qui sache ce que j'ai souffert souvent dans ces temps-là; le Roi entroit dans ma chambre, il n'y paroissoit pas. J'étois de bonne humeur; je ne songeois qu'à l'amuser, qu'à le retirer des femmes, ce que je n'aurois pu faire s'il ne m'avoit trouvé complaisante et toujours égale; il auroit été chercher son plaisir ailleurs s'il ne l'avoit trouvé avec moi. Je pensois que Dieu De m'avoit pas mise où j'étois pour le faire souffrir, mais pour tâcher de le sanctifier. Voilà ce qui me fit prendre la résolution de ne plus paroître fâchée quand il me refusoit quelque chose; je l'eusse paru un peu, il m'auroit tout accordé, mais ce n'est pas là pourquoi Dieu m'avoit élevée. Voyez, mademoiselle, si tout cela est agréable à lire; il n'y a que les saints qui puissent y prendre plaisir! Je n'écrirai point ma vie, car il faudroit ne rien faire des œuvres de Dieu, et encore une fois je ne veux pas tout dire. »
Je devrois bien faire un grand article de l'établissement de Saint-Cyr, car, outre le bien qu'il fait à tout le royaume, l'honneur que j'ai eu d'y être élevée dès l'âge de sept ans, mon attachement et ma reconnoissance pour cette maison m'y porteroient doublement; mais toute la terre sait le bien que madame de Maintenon a fait à toute la noblesse par cet établissement qu'elle a regardé comme le plus grand bien de sa faveur. On trouvera dans cette maison, c'est ainsi que le roi Louis XIV la nommoit, les détails de tout ce qu'elle y a fait pour la mettre dans la perfection où elle est aujourd'hui pour l'éducation de 250 demoiselles.
Elle ne voulut point d'abord prendre à Saint-Cyr la qualité d'institutrice parce qu'elle en croyoit la signification au-dessus de ce qui lui étoit dû; mais quand elle eut appris que cela vouloit dire avoir donné commencement à la maison, « je pris patience, dit-elle, et je me laissai donner tant qu'on voulut1 ».
Après un repas et des promenades avec le Roi, les princes et les dames de la Cour, on se sépara; le Roi
1. A la fin de sa vie, madame de Maintenon se donnait elle-même ce titre. C'est ainsi que, le 1er mai 1707, elle écrivait à madame de Caylus : « Vous êtes un peu l'élève de Saint-Cyr, et il faut que vous ayez toujours de la bonté pour tout ce qui en est. Vous appartenez à Vinslitutrice; il faut bien que vous entriez dans ses intentions et dans ses inclinations. » (Col. Morrisson, cat., t. IV, p. 40.)
alla à la chasse ; monsieur le duc du Maine y alla aussi ; madame de Maintenon se prépara à aller à Saint-Cyr. Monsieur le duc du Maine lui dit : « Nous allons chacun à nos passions. » Madame de Montgon fit cette chanson, sur l'air : L amourni a fait un beau présent .
Vous ne faites que nous prêcher [bis)
Qu'il ne faut jamais s'attacher
A ce qui peut nous plaire;
Mais Saint-Cyr nous fait voir tout le contraire.
On plaisantoit ud jour madame de Maintenon sur ce que la coutume de Saint-Cyr est de ne donner jamais à manger à personne, et monsieur le comte d'Aubigné, son frère, ayant un jour amené le Père Bourdaloue { pour prêcher lui avoit dit : « Au moins, mon père, dînez bien, car Saint-Cyr est la maison de Dieu; on n'y boit, ni on n'y mange. — Il est vrai, dit madame de Maintenon, que nous sommes sur ce pied-là, mais on ne peut faire toutes sortes de bien, ajouta-t-elle en riant; notre fort est l'instruction et notre faible l'hospitalité ».
Comme elle vouloit tout voir par elle-même à Saint-Cyr, elle entra un jour dans la cuisine et y resta longtemps avec les sœurs converses ; de là il fallut aller à une cérémonie où il y avoit beaucoup de monde. « Mais, madame, lui dit-on, vous sentirez un
1. Bourdaloue (Louis), né à Bourges le 28 août 1632, mort le 31 mai 1704.
peu la graisse. — Oui, répondit-elle, mais on ne croira jamais que c'est moi. »
Voici deux traits qui marquent le soin qu'elle avoit qu'on ne fît rien dans cette maison qui pût leur donner de la vanité et amour du monde. Madame d'Heudicourt étant venue à Saint-Cyr avec elle, elle vit une dame de Saint-Louis à qui elle ne put s'empêcher de dire qu'elle étoit belle. Madame de Maintenon fut cinq ou six ans sans l'y ramener quoiqu'elle fût son amie et qu'elle aimât à aller avec elle; madame d'Heudicourt y étant retournée après ce temps, elle lui dit : « Madame, n'ayez point peur que je trouve vos dames belles ; il y a six ans que je fais pénitence de l'avoir dit. »
Une fois, elle mit une de ses coiffures sur la tête de madame de Fontaines *, ancienne supérieure de la maison. « Je la trouvai si belle, dit-elle, qu'à peine eus-je le temps de la voir; je lui ôtai bien vite pour éviter la vanité. »
Elle porta un jour ses prénoms à Saint-Cyr, tels qu'on les avoit dressés lorsque monsieur d'Aubigné fut fait chevalier de l'ordre. Elles les jeta par dépit sur la table disant : « Voilà un assez mauvais présent que je vous fais; j'aimerois mieux des pistoles, car je les pourrois donner, et ceci n'est bon à rien. »
1. Anne-Françoise Gautier de Fontaines fut deux fois supérieure de Saint-Cyr; elle mourut le 15 décembre 17i3, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
Je ne dirai rien des Instructions qu'elle faisoit dans cette maison; on les y a toutes recueillies avec soin. Elle commençoit toujours par un Veni Sancte, Elles sont 1res agréables pour de jeunes personnes et toutes remplies de jolis traits qu'elle cite pour leur instruction.
Elle a fait aussi des Maximes pour elles, courtes et pleines d'instruction; tout cela est dans la maison.
Elle mandoit un jour aux dames de Saint-Louis : « Quand me verrai-je à cette grande table environnée de toutes mes filles, où je me trouve plus à mon aise et avec plus de plaisir que dans le banquet royal. »
De tous les vers qu'on a fait à sa louange, elle n'a jamais été touchée, à ce qu'elle m'a dit, que des deux dernières lignes de ce quatrain :
Elle voit les honneurs avec indifférence;
Son cœur de vains désirs n'est jamais combattu;
Même sa maison de plaisance
Est une école de vertu.
Elle a dit plusieurs fois : « Je voudrois n'être servie que par mes enfants (c'étoit des demoiselles de Saint- Cyr dont elle parloit), mais je ne puis me résoudre à me faire servir par des demoiselles, quoique j'aie bien du regret de voir mes femmes de chambre si bien vêtues, si bien nourries, pendant que la noblesse meurt de faim. »
Elle a toujours voulu avoir avec elle une demoiselle élevée à Saint-Cyr, non pas pour la servir; après l'avoir gardée quatre ou cinq ans, elle la marioit avantageusement. Elle vouloit qu'on lui donnât celle qui se dislingueroit davantage et dont les maîtresses avoient toujours été contentes.
Lorsqu'elle me prit, elle dit à ses femmes : « Ayez bien soin de cette demoiselle; elle est de plus grande naissance que moi, et mérite mieux d'être servie. » Car, malgré son élévation, elle s'abaissoit toujours; ce qu'elle me dit, elle peut l'avoir dit des autres, mais je mets ce que j'ai entendu.
Comme on accusoit les demoiselles de Saint-Cyr d'être un peu glorieuses, elle me dit : « Mon enfant, ne soyez pas glorieuse; je le suis assez pour vous. »
Monsieur Régnier des Marais, âgé de quatre-vingts ans, secrétaire perpétuel de l'Académie française1, a composé Y Histoire de Louis XIV en vers, et la présenta à Sa Majesté, dont elle fut fort contente. Il dépeint Saint-Cyr si agréablement, que je vais extraire cet endroit de Y Histoire de Louis XIV.
Sous des toits chancelants, mille nobles familles Avec peine élevoient d'aimables jeunes filles, Et dans ce triste état, voyoient avec douleur Du sang de leurs aïeux la honte et le malheur.
t. Régnier des Marais (Séraphin), né à Paris en 1632, mort en 1713.
Toi, de leur mauvais sort réparant la disgrâce,
Dans le superbe enclos où ta bonté les place,
Sous de sages regards, loin des yeux des humains,
Tu les fais élever par de savantes mains.
Là s'exerce chaque jour à quelque tâche aisée
La belle et jeune troupe en classes divisée.
On prend soin d'y former les cœurs et les esprits
Et pour chaque leçon on propose des prix.
Tel que, dans les beaux jours de la saison charmante,
Où la terre est de fleurs parfumée et brillante,
On voit un jeune essaim travailler sur les fleurs
Que la naissante aurore émaille de ses pleurs,
Telle voit-on la troupe, à l'ouvrage invitée,
Et par l'espoir du prix vivement excitée.
Chacune, pour l'avoir, se surpasse à l'envi,
Tremble que par une autre il ne lui soit ravi,
Et du nom révéré de celle qui les donne
De l'un à l'autre bout tout le salon résonne.
Une honnête rougeur qui se mêle à leurs lis
Rend d'un nouvel éclat tout les teints embellis.
Quand l'âge dont la fleur est si belle et si chère,
Mais qui vient, et qui fuit d'une aile si légère,
Leur fait voir quel parti chacune doit choisir
Et qu'à son gré chacune a fixé son désir,
Alors, soit que son choix aux autels la destine,
Soit qu'au joug de l'hymen un doux penchant l'incline,
On lui fait embrasser l'état qu'elle choisit
Et de sa place vide une autre se saisit.
(Pour madame de Maintenon.) Celle qui t'inspira de si célestes vues, Du ciel uniquement doit les avoir reçues. Ses nobles sentiments et ses soins glorieux Font bien voir que sa vie est toute dans les cieux.
Elle a toujours aimé les enfants; elle en a presque toujours eus avec elle. Monsieur le marquis de Villette lui offrit un jour de lui donner des oiseaux rares.
« Je n'aime aucune bête, luimanda-t-elle, mais j'aime fort les enfants. » Sur cela, il lui donna un petit Maure qu'elle fit élever et instruire, et le mit ensuite dans les troupes, où il- mourut en se souvenant d'elle, et la faisant encore remercier de sa conversion. Ce petit Maure, nommé Angola', avoit tant de croyance dans tout ce qu'elle disoit (car il avoit remarqué que jamais elle ne trompoit même les enfants) qu'un jour elle répondit une badinerie à quelque chose qu'il lui demandoit; il en fut surpris et lui dit : « Toi dis sottises », le trouvant extraordinaire.
Elle mit une jeune Irlandaise2 en pension dans l'abbaye des Bénédictines de Saint-Cyr3; elle l'y fit élever et instruire. Cette demoiselle, depuis, est retournée en Irlande où elle a été mariée fort richement; elle le fit savoir à madame de Maintenon, en lui faisant mille remerciements, et lui disant qu'elle lui devoit tout son bonheur et son instruction.
1. " Angola est mort », écrivait brièvement madame de Maintenon à madame de Caylus, le 28 nov. 1706. (Cul. Morrisson cat., t. IV. p. 39.)
2. Mademoiselle d'Aumale parle probablement ici de l'une des filles de madame de Barneval, dont le nom est souvent cité dans les lettres de madame de Maintenon. Cette dame, veuve, vint en France à la suite du roi Jacques II; étant tombée dans la misère, madame de Maintenon prit soin d'elle et de ses filles.
3. Le couvent des Bénédictines de Saint-Cyr s'appelait Notre- Dame des Anges, et madame d'Aligre en était abbesse. Cette abbaye très ancienne passait pour avoir été fondée par un des rois de la première race.
Je rapporte cela en passant, car sa vie est pleine de traits pareils. Combien de filles a-t-elle retirées du désordre ! Combien en a-t-elle fait religieuses ' ! Quelque temps avant sa mort, elle fit une femme veuve carmélite, qui étoit restée sans enfants et qui avoit mené une vie très libertine. Elle me dit plusieurs fois : « Je mourrois contente si je puis voir finir cette affaire. » Elle Ta vue, et cette femme fit profession aux carmélites de Blois avec une grande édification, et madame de Maintenon l'apprit avec une grande joie. Cette femme avoit été élevée à Saint-Cyr.
Puisque je parle du goût qu'elle avoit pour les enfants, je devrois dire ici ce qui regarde madame la duchesse de Noailles, sa nièce 2, que madame de Maintenon a élevée et aimée tendrement, qui, après avoir brillé à la Cour, s'en est retirée pour mener une vie vraiment chrétienne, et qui édifie extrêmement, l'ayant fait dans un âge où elle pouvoit jouir encore longtemps des agréments de la Cour, de la place où elle y étoit et des grands biens qu'elle a. Elle est la couronne de celle qui l'a élevée, et qui lui procure les véritables biens.
1. « On me demande partout des demoiselles, disait madame de Maintenon. Nous en avons qui veulent être capucines et filles de VAve Maria, d'autres carmélites; Sainte-Thérèse s'empare de nos filles. Menons-les à Dieu, n'importe comment. » (Madaïne de Maintenon et la maison royale de Sainl-Cyr,p. 234.)
2. Françoise-Charlotte-Amable d'Aubigné, née le 5 mai 1684, mariée le 1er avril 1698 au comte d'Ayen, plus tard duc de Noailles. Elle mourut à Raint-Germain-en-Laye le 6 octobre 1739.
Mademoiselle de Penchrech1 a été élevée chez elle, dès l'âge de trois ans ; elle en prit soin comme de sa fille et l'a mariée à monsieur d'Auxy.
Depuis la mort du Roi, elle prit auprès d'elle, à Saint-Cyr, une jeune demoiselle d'Auvergne qui venoit d'y arriver, et lui servoit elle-même de maître pour tous ses exercices; c'est mademoiselle de la Tour2, qui, sortant de si saintes mains, ne pouvoit manquer d'être portée au bien; elle est restée à Saint-Cyr pour être religieuse dans le lieu où repose sa double bien-
1. Jeannette de Pincré ou Penchrech, née en Bretagne, épousa à quatorze ou quinze ans le fils de madame de Villefort âgé de vingt-deux ans et prit le nom de madame d'Auxy. Nous avons raconté dans la Notice biographique qui est en tête de ce volume son extraordinaire fortune. On ne sait pas exactement ce qu'elle devint après la mort du Roi; cependant on sait qu'elle eut la petite vérole en 1716. « C'est grand dommage, dit Dangeau, car elle est une des jolies femmes de France » (T. XVI, p. 502).
2. Marie du Fayetde la Tour devint religieuse de Saint-Louis le 9 mars 1 "32 et mourut le 7 mars 1760 à l'âge de quaranteneuf ans. « Quelque temps après qu'elle se fut retirée ici, il nous vint une petite demoiselle nommée de la Tour, qu'il sembloit que la Providence envoyoit pour lui faire plaisir, car elle étoit toute jolie par son esprit et par ses manières. Madame, qui a toujours fort aimé les enfants, voyant celle-là plus petite qu'on ne l'est d'ordinaire à sept ans, et assez délicate, ne voulut pas qu'on la mît d'abord aux classes; elle la tint dans son appartement, afin de l'accoutumer, et de la laisser fortifier avant d'entrer tout à fait dans les exercices des classes. Cette petite devint si aimable et gagna tellement l'amitié de Madame, qu'elle ne voulut plus qu'elle sortît d'auprès d'elle, et la traitoit comme elle auroit pu faire sa fille, si elle en avoit eu une; aussi lui permit-elle de l'appeler sa maman. » (Mémoires sur Madame de Maintenon, recueillis par les dames de Saint-Cyr).
failrice. Je veux faire voir par là qu'elle n'a guère été de temps sans avoir un enfant avec elle.
Le petit de Malézieu l, entrant un jour à Saint-Cyr, et voyant passer les deux cent cinquante demoiselles qui alloient à l'église, étonné des amitiés que madame de Maintenon faisoit aux unes et aux autres, crut qu'elle en était la mère, et lui dit : « Madame, vous avez bien des enfants. »
On pourroit faire un grand article de la confiance que tout le monde avoit en elle, et combien on y avoit recours dans tout ce qu'on demandoit, ou qu'on vouloit dire au Roi, à commencer par tous nos princes et princesses, par le dauphin et la reine d'Espagne2, celle de Pologne3, le roi4, la reine d'Angleterre5, et
1. Mademoiselle d'Aumale doit vouloir parler ici d'un des trois fils de Nicolas de Malézieu. L'aine fut évêque de Lavaur, le second brigadier des armées du roi, le troisième capitaine des carabiniers. Nicolas de Malézieu était né à Paris en 1650, il mourut le 4 mars 1727. Sur les conseils de Bossuet, il avait été attaché au duc du Maine, avec MM. du Court et Chevreau. 11 était de l'Académie française. Peut-être cependant s'agit-il d'un de ses petits-fils.
2. Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, née en 1688, épousa en 1701 Philippe V, roi d'Espagne. Elle mourut en 1714.
3. Marie-Casimire de la Grange d'Arquien, mariée le 6 juillet 1665 à Jean Sobieski, morte au château de Blois le 30 janvier 1716, âgée de soixante-quinze ou soixante-dix-sept ans.
4. Jacques II, roi d'Angleterre, né le 24 octobre 1633, détrôné en 1688, mort à Saint-Germain-en-Laye le 6 septembre 1701.
5. Marie-Béatrix-Éléonore d'Esté, née en 1658, mariée Jacques II, roi d'Angleterre. Elle mourut à Saint-Germain-! n- Laye le 7 mai 1718
MÉMOIRE SUR MADAME DE MAINTENON. lit
presque tous les princes de l'Europe, qui lui ont donné des marques d'une estime particulière. Des régiments tout entiers, des villes et même des provinces et des républiques lui écrivoientdans des temps de calamités, pertes ou autres rencontres où l'on avoit besoin d'elle. Les parlements, le sénat de Chambéry et bien d'autres compagnies des plus respectables s'adressoient à elle, dans ce qui devoit aller au Roi, et tous les grands du royaume, cardinaux, évêques, l'on sait qu'ils ne prenoient pas d'autre roule.
Elle a reçu beaucoup de brefs des papes; elle les donnoit à Saint-Cyr, disant : « Les autres mettront tous ces titres dans leurs familles, mais moi je mets tout à Saint-Cyr, comme étant ma famille. » Voici un de ces brefs qui fera juger les autres !.
1. Mademoiselle d'Aumale a omis d'insérer dans son Mémoire le texte de ce bref d'Alexandre VIII. Le voici tel qu'il a été publié dans la Correspondance générale, t. III, p. 221.
Rome le 18 février 1690.
« A notre chère fille en Jésus-Christ, la noble madame de Maintenon.
» Chère fille en Jésus-Christ, noble dame, vos vertus insignes et vos nobles et recommandables prérogatives nous sont si connues qu'elles nous engagent de vous donner des marques toutes particulières de notre affection paternelle. Notre très cher fils, François Trévisani, notre camérier, vous en rendra de bouche un éclatant témoignage en portant la barrette que nous envoyons à notre très cher fils Toussaint, cardinal de Forbin; les effets vous le feront encore mieux connoîlre dans les occasions qui pourront se présenter. Nous vous prions aussi de notre part de vouloir bien donner toute l'assistance et toute la protection possible dans la Cour, où vos
Elle se mit un jour à brûler tout ce qu'elle ne vouloit pas laisser après elle, quantité de lettres du Roi pendant le siège de Mons, etc., en disant : « Laissons de nous le moins que nous pourrons, » et, quand tout fut brûlé, elle me dit : « Me voilà hors d'état de pouvoir prouver que j'ai été bien avec le Roi, et qu'il m'ait fait l'honneur de m'écrire. » J'en sauvai quelquesunes; les dames de Saint-Louis en ont sauvé aussi quand elles l'ont pu.
Voici quelques lettres de celles que nous avons pu sauver et qui feront voir de quelle manière on lui écrivoit, mais ce ne sont pas les plus particulières qui ont toujours été brûlées.