Lettiî inédite du 5 février
XXX NOTICE BIOGRAPHIQUE
directions d'àmes choisies et toute sorte de puérilités. »
Ce rôle d'abbesse universelle, pour reprendre l'expression fort outrée de Saint-Simon, a-t-il été si ridicule? Je ne le pense pas. Notons d'abord que ces mille couvents se réduisent à deux. Celui de Gomerfontaine dont nous venons de parler, et celui de Bizy dont madame de Maintenon ne s'occupa qu'à partir de 1712. Est-il singulier que, voyant placées à la tète de ces deux abbayes, qui étaient pauvres et dans une situation difficile, deux anciennes élèves de Saint-Cyr, elle leur soit venue, pécuniairement ainsi que moralement, en aide et les ait assistées de ses conseils? Mais, pour nous en tenir à Saint-Cyr, le rôle qu'elle y joue et qui nous est aujourd'hui connu dans ses moindres détails par la publication « de ces lettres et de ces réponses à l'infini » n'a rien qui la diminue, bien au contraire. Un maître en ces matières, mon confrère M. Gréard, a montré combien, comme pédagogue, pour employer un mot que la langue contemporaine a remis en usage, elle était en avance sur son temps, et lui a fait le double honneur de commencer par une étude, à elle consacrée, son livre sur l'Education des femmes par les femmes, et de tirer des écrits
NOTICE BIOGRAPHIQUE
qu'elle a laissés un substantiel petit volume d'Avis sur V éducation. Il n'y a rien à dire après lui; mais je voudrais m'arrèler un instant à montrer madame de Maintenon dans son rôle de supérieure laïque, dirigeant Saint-Cyr au temporel et au spirituel, non pas seulement au point de vue de l'éducation des demoiselles, mais à celui de la discipline monastique et de la conduite des religieuses. Elle n'y apparaîtra pas au-dessous de la tâche qu'elle avait assumée.
Supérieure laïque, elle l'était bien en effet, non pas seulement par l'autorité qui s'attachait à elle comme fondatrice, et que confirmaient les lettres patentes d'institution de la Maison, mais par une désignation spéciale et particulière. La Communauté des dames de Saint-Louis avait bien une supérieure, nommée à l'élection pour trois ans; mais une commission de l'évêque de Chartres, approuvée parle Pape, avait, en 1689, nommé madame de Maintenon supérieure spirituelle (situation, je crois, unique) et elle en exerçait les fonctions avec beaucoup d'application et de minutie. Elle avait commencé par régler le costume des religieuses, mais elle n'avait pas osé l'arrêter de façon définitive, sans avoir sollicité auparavant l'approbation du Roi. Pour l'obtenir,
XXXII NOTICE BIOGRAPHIQUE
elle fit revêtir le costume projeté à sa femme de confiance, la fameuse Nanon, et la présenta au Roi. Le Roi approuva tout, sauf la coiffure qui était fort simple : « Quel diable de petit bonnet est-ce là? » dit-il. Madame de Main tenon sourit sans rien dire, et, quelques jours après, Nanon apparut avec un autre bonnet un peu moins simple, que Louis XIV approuva. Il aurait voulu aussi que les religieuses eussent du beau linge, et qu'en particulier leurs chemises fussent de toile de Hollande. Mais madame de Maintenon trouva que la toile ordinaire était plus conforme au vœu de pauvreté, et elle tint bon1. Dans l'administration intérieure de Saint-Cyr, elle se mêlait des moindres détails. Suivant son expression, « elle s'abîmoit dans les marmites » au point d'expliquer, par exemple, dans une lettre à ma'dame de Butéry qui exerçait les fonctions d'infirmière, comment il fallait faire le bouillon pour les malades, et elle ajoutait ce sage conseil : « Apprenez à être un peu cuisinière, car on commande bien plus à propos quand on sait de quoi il est question 2. » Mais la discipline intérieure de la maison, la direction morale et intellectuelle