Lettres sur V éducation des filles, p
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des religieuses l'occupaient avec raison davantage. Dans cette direction, elle fit cependant au début, il faut le reconnaître, une grosse faute.
On sait que, fascinée par madame Guy on, entraînée par Fénelon, elle laissa s'introduire et se développer à Saint-Cyr ces maximes d'une spiritualité malsaine que l'Eglise devait bientôt condamner. « On ne parloit plus, disent les dames de Saint-Cyr elles-mêmes, dans leurs Mémoires, que de pur amour, de sainte indifférence, de simplicité laquelle on mettoit à se bien accommoder en tout pour prendre ses aises, à ne s'embarrasser de rien, pas même de son salut... Ces façons de parler étoient si communes que les rouges mêmes (c'étoient les enfants les plus jeunes) les tenoient; jusqu'aux sœurs converses et aux servantes, il n'étoit plus question que de pur amour, et il y en avoit qui, au lieu de faire leur ouvrage, passoient leur temps à lire les lettres de madame Guyon et croyoient les entendre1. » Pour ouvrir les yeux de madame de Main tenon, il fallut le vigoureux bon sens de son directeur, l'évèque de Chartres, Godet des Marais, et, pour ramener Saint-Cyr à la saine doctrine,
I. Mémoires des Dames de Saint-Cyr, chap. xxxix; Lavallée, Madame de Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr, p. 189.
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l'intervention personnelle de Bossuet, qui vint y faire deux conférences où il traita à fond « les dogmes affreux, de l'indifférence pour le salut éternel et de l'oraison passive » ; puis le renvoi par lettres de cachet de trois tenantes obstinées du pur amour; enfin l'intervention personnelle de Louis XIV, qui adressa d'abord aux dames de Saint-Louis une lettre assez sévère, datée du camp de Compiègne, et qui vint en personne tout à la fois rassurer la communauté qui craignait d'être en disgrâce, et lui recommander de tout sacrifier pour conserver la pureté de la foi. Depuis cette journée où l'on vit Louis XIV « assis au milieu d'une nombreuse communauté de religieuses, leur parler avec la majesté d'un grand roi, et toute la force d'un prédicateur zélé », il ne fut plus question du quiétisme à Saint-Cyr, et il faut rendre justice à la fermeté avec laquelle madame de Main tenon, éclairée par l'expérience, sut en bannir toute nouveauté, comme on disait alors, et y maintenir la paix religieuse, alors que, peu après, cette paix devait être si profondément troublée en France par le renouvellement de la querelle janséniste et par la bulle Unigenitus. Mais il faut surtout reconnaître combien saine, élevée, et presque austère, était
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la dévotion qu'elle y entretenait. Madame de Maintenon, on le sait, avait été baptisée catholique mais elle avait été élevée dans la religion protestante par sa tante madame de Yillette. Vers quatorze ans, elle s'était convertie à nouveau, mais non sans répugnance. Ses ennemis dans le monde religieux ne l'avaient pas oublié. Ils usaient sans scrupules de cette arme contre elle, et plus d'une fois elle avait fait à ses dépens l'expérience de cette vérité plaisamment tournée par elle et passée presque en proverbe : « Le premier citron qui fut confit le fut par un dévot1. » Quand elle suggérait quelques mesures de douceur en faveur des huguenots, et c'était sa tendance, on rappelait qu'elle avait été calviniste. Il lui en restait bien quelque chose. C'est ainsi que, de son propre aveu, elle n'aimait pas beaucoup la messe, à laquelle elle assistait cependant tous les jours, mais plutôt par devoir, et préférait les vêpres, c'est-à-dire le chant des psaumes qui est le fonds de l'office protestant. Aussi les offices de l'après-midi étaient-ils célébrés avec plus de solennité à Saint-Cyr que ceux du matin. Par cette origine protestante il faut peut-être expliquer ce que sa piété conserva toujours d'un peu