‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 8 sur 112 · Lettres historiques et édifiantes, t. II, p · texte numérisé non relu

Lettres historiques et édifiantes, t. II, p

XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

aride, sans onction ni tendresse. Mais, en ce cas, il faudrait aussi faire honneur à cette même origine de ce que cette piété avait de ferme, de sain, d'opposé aux petites pratiques d'une dévotion mesquine. Comme prières, elle recommandait toujours aux religieuses les prières communes « qui ne sont communes, disait-elle, que parce qu'elles sont les meilleures » : le Pater, « tous les besoins étant exprimés dans les sept demandes qui y sont renfermées », Y Ave Maria, le Credo, le Confiteor; comme lectures, Y Évangile, Y Imitation, es Soliloques de saint Augustin, Y Introduction à la vie dévote. Elle y ajoute cependant Grenade et Rodriguez1. Elle ne cessait, dans ses entretiens avec les demoiselles, d'opposer ce qu'elle appelait la piété droite et la dévotion de travers, et comme on lui demandait ce qu'elle appelait la dévotion de travers, elle répondait : « C'est, par exemple, quitter le Saint-Sacrement pour aller prier devant l'image d'un saint; faire des neuvaines pour des bagatelles... c'est dépenser beaucoup à orner une chapelle pendant qu'on laisse manquer les religieuses saines et malades de leurs besoins; c'est

1. Rodriguez est l'auteur d'un traité sur la Perfection chrétienne. Quant à Louis de Grenade, c'était un Dominicain dont les œuvres complètes constituent trois volumes in-folio.

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employer à la prière beaucoup plus de temps qu'il n'est marqué et négliger de remplir les devoirs de sa charge et mille choses semblables; » et elle ajoutait : « Le plus grand nombre des chrétiens fait consister la piété en pratiques extérieures, confessions, communions de temps en temps, long séjour dans les églises, observances des fêtes et jeûnes; mais dans tout le reste : oubli de Dieu, colères, haines, vengeances, mensonges, avarice, parjure, immodestie, chansons libres, etc. ' ». Quand on lui demandait en quoi consistait, au contraire, la piété droite, elle répondait : « La piété droite est celle qui nous attache aux devoirs de notre état... »

« Votre piété ne sera pas droite si, étant mariées, vous abandonnez votre mari, vos enfants et votre petit domestique pour aller dans les églises, dans les temps où vous n'êtes pas obligées d'y aller. Quand une fille dira qu'une femme fait mieux de bien élever ses enfants et d'instruire ses domestiques que de passer la matinée à l'église, on s'accommodera de cette religion; elle la fera aimer et respecter2. »

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