SUR DIEU
Elle a agi dans tout, jusque dans les moindres choses, avec une grande pureté d'intention, disant très souvent : « Y a-t-il quelque bien à aller chez
telle personne, à écrire une telle lettre, à faire plaisir à celte autre, etc. » Dès qu'elle y voyoit de l'inutilité, elle ne le faisoit pas; souvent elle m'a refusé d'aller me promener et dîner chez quelque dame, me disant : « Vous n'aurez pas de bien à faire là. »
Dans les grands malheurs et les pertes de la France, son recours étoit d'abord d'aller à la chapelle, dans la petite tribune que le Roi lui avoit fait faire.
Elle me lit chanter un jour un cantique de Saint-
Cyr qui est de monsieur Racine1 et qui commence par
ces paroles :
Quel charme vainqueur du monde
et quand je fus à celles-ci :
0 sagesse, ta parole Fit éclore l'univers
elle parut dans l'admiration, jeta quelques larmes et me le lit recommencer parce qu'il la mettoit en dévotion 2.
1. Jean Racine, né à la Ferté-Milon le 22 décembre 1639, mort le 21 avril 1699.
2. Ce cantique, intitulé : Sur les vaines occupations des gens du siècle, est tiré de différents endroits d'Isaïe et de Jérëmie. La strophe qui attendrissait madame de >1aintenon est celle-ci :
0 sagesse, ta parole Fit éclore l'univers, Posa sur un double pôle La terre au milieu des airs.
Tu dis et les cieux parurent, Et tous les astres coururent Dans leur ordre se placer.
Avant les siècles tu règnes Et qui suis-je, que tu daignes Jusqu'à moi te rabaisser?
'^Edition des Grands Écrivains, t. IV, p. 159).
Toutes les fois quelle eutendoit chanter le trio à'Esther : « Ah! qui peut avec lui partager notre amour i », elle étoit toute prèle de faire l'oraison.
Elle étoit ravie quand elle recevoit quelques lettres d'évêques et gens d'église, et qu'elles lui parloient de Dieu; elle les relisoit plusieurs fois, et disoit : « Qu'il sied bien à ces gens-là de parler de Dieu, et que cela me fait plaisir. »
Elle disoit qu'elle n'avoit aucun mérite à la présence de Dieu, parce qu'elle lui étoit naturelle, nue tout la portoit à penser à Lui.
Elle dit un jour, à l'occasion d'un crucifix qu'elle portoit dans son oratoire : « Il me semble que, quand on est dans la sécheresse et dans la peine, et qu'on baise humblement les pieds de mon Seigneur, on y trouve toujours de la consolation. »
On parloit devant elle du livre de Y Imitation] elle dit : <■<■ 11 me semble que tout le monde trouve que ce qui est connu ne touche point; je ne suis pas de même, car tout ce que je lis me touche, même les choses les plus ordinaires. »
Ayant essuyé de la part du Roi une contradiction fort sensible, comme je m'en affligeois, elle me dit : « Je vous assure que j'en ai remercié Dieu sur-le-