XXIV INTRODUCTION
paru ou s'était cru une manière de personnage, il venait à Paris pour prendre ses diplômes de grande naturalisation dans la République des Lettres.
Laurent Angliviel de la Beaumelle, né en 1726, avait à peine vingt-quatre ans. Précoce comme un Méridional, il avait l'esprit vif, primesautier, le caractère hardi, le goût des aventures, de l'originalité, de la vivacité, du trait, une plume alerte et acérée, de la conversation, de l'entregent, l'art de se glisser et de se faire accepter, un aplomb imperturbable avec des manières douces, une tenue soignée, en un mot tout ce qu'il fallait pour réussir dans les temps à la fois éveillés et indulgents où il arrivait à Paris. On obtenait alors, assez facilement, un brevet d'homme du monde quand on se targuait de belles lettres et de philosophie.
La société reçut La Beaumelle comme elle devait recevoir Jean-Jacques Rousseau. Le type a quelque ressemblance. Celui-là vient aussi de Genève : il est imbu des maximes de la « ville sainte » ; ayant pris le vent des idées nouvelles, il a la main prompte et vigoureuse, l'esprit hardi et incisif-. Puisque la cognée est mise à l'arbre antique, il s'enrôlera dans l'équipe. Il a une idée
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en tête, c'est de reprendre, dans l'histoire de Louis XIV, les relations avec madame de Maintenon.
On sent et on sait d'où l'idée lui était venue. Né dans ce massif des Cévennes oii le souvenir des dernières luttes religieuses était encore frémissant, fils de réformé, ayant reçu le « baptême obligatoire », élevé par les jésuites, retourné au protestantisme, son enfance, sa jeunesse n'ont entendu que ces noms mille fois répétés, et mille fois maudits; Louis XIV, madame de Maintenon. Celle-ci huguenote, petite-fille du grand Agrippa, évadée du « Désert » pour la Cour, maîtresse du corps, du cœur et de l'esprit du roi, avoir laissé consommer l'acte impie!...
A Genève, il retrouve les mêmes souvenirs, les mêmes indignations : elles le font historien. La société est étroite, froide et fermée, pourtant elle accueille le nouveau converti; il a le don de plaire aux femmes et filles mûres, il les amuse, les occupe, les passionne comme un charmant et dangereux enfant. Une demoiselle de Baulacre, qui tient bureau d'esprit, s'intéresse à lui, le fait pénétrer dans les familles parentes des d'Aubigné où se conserve, avec l'horreur de la petite fille qui a trahi, la vénération du grand-père qui a